‹ Du divorceChapitre 34 sur 41 · S IL · texte numérisé non relu

S IL

Du mariage.

Le mariage est une loi portée contre l’inconstance de l'homme, un moyen de réprimer l'intempérance de ses désirs.

La fin du mariage n’est pas les plaisirs de l’homme, puisqu'il les goûte hors du mariage.

La fin du mariage n’est pas seulement la reproduction de l’homme, puisque cette reproduction peut avoir lieu sans le mariage.

Mais la fin du mariage est la reproduction, et surtout la conservation de l’homme, puisque cette conservation ne peut, en général, avoir lieu hors du mariage, ni sans le mariage.

L'effet du mariage est donc la perpétuité du genre humain; car le genre humain se compose, non des enfans produits, mais des hommes qui sont conservés.

Donc le mariage est une bonne loi; car tout ce qui conserve les êtres est bon ou bien.

La famille, composée du père, de la mère, des enfans, est une socièté actuelle formée de trois personnes, pouvoir, agent où ministre, sujet, comme toute société.

Le mariage qui précède la famille et qui la produit, ÉotrhE de l’homme et de la femme, est une société éventuelle.

La nature n'a pas fixé le terme de cette éventualité, ou la survenance des enfans.

Ainsi, la non-survenance des enfans n’est pas une raison de rompre le mariage, puisqu'il peut en survenir (car, s il y avoit eu impuissance, il n’y auroit pas eu de mariage), encore moins d’en contracter un autre, dont la fécondité est tout aussi éventuelle. Une fois

que les enfans sont survenus, la société, d’eventuelle, est devenue actuelle; s'il y a des enfans produits, il y a des hommes à conserver ou à former, et il y a raison de ne pas rompre le mariage; car il faut parler raison à des législateurs. :

Si le mariage est une société éventuelle, si celte société est composée de trois personnes, le père, la mère et l'enfant, le mariage est donc réellement un contrat entre trois personnes, deux présentes, une ( l’enfant}) absente, mais représentée par le pouvoir public, garant des engagemens que prennent les époux de former une société; car l’autorité publique représente toujours, dans la famille, la personne absente, l’enfant avant sa naissance, le père après sa mort (1). Le contrat formé entre trois personnes ne peut être rompu par deux, au préjudice de la troisième, la plus foible de la société; et cette troisième personne ne peut jamais consentir à une rupture toute à son préjudice, parce qu’elle est toujours mineure dans la famille, même alors qu’elle est majeure dans l'Etat.

(1) Voyez le développement de cette raison dans le Divorce, considéré au XTXE siècle.

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Le mariage est une société naturelle, et non une association commerciale. Les mises ne sont pas égales, puisque l’homme y met la protection de la force, la femme, les besoins de la foiblesse : les résultats, en cas de séparation, ne sont pas égaux, puisque l’homme en sort avec toute son autorité, et que la femme n’en sort pas avec toute sa dignité, et que, de tout ce qu’elle y a porté, pureté vir-

ginale, jeunesse, beauté, fécondité, considé-

ration, fortune , elle ne peut, en cas de dissolution, reprendre que son argent.

Le mariage est donc naturellement indissoluble. é

Les anciens l’ont ainsi pensé; voyez Virgile: Connubio jungam stabili, propriamque dicabo.

Voyez Tacite, dans les Mœurs des Germains :

« Plus heureuses et plus sages sont les cités où » les vierges seules peuvent former les nœuds » d’hyménée, et une fois seulement, ouvrir

» leur cœur aux désirs et aux espérances de

» l'épouse; elles reçoivent un époux, comme » On reçoit un corps et une ame, etc. »

Voyez Denys d'Halicarnasse : « Il 1 les

» plus grands éloges à ces lois plus anciennes

de Rome, dit M. Malleville, qui interdi- » soient le divorce; il régnoit, dit-il, une har- » monie admirable entre les époux, produite » par l’union inséparable des intérêts. »

. L'indissolubilité naturelle du lien conjugal a été reconnue, jusqu'en 1792, par tous les modernes, même par ceux qui en ont permis la dissolution. Les rédacteurs du projet de Code civil avouent en termes formels cette indissolubilité naturelle : le rapporteur du tribunal de Cassation, lors même qu'il demande la dissolution du lien conjugal, va jusqu'à dire: « Le mariage est une société perpétuelle dans » son vœug» Et quels sont les vœux de perfection que l’homme, à l’aide des lois, ne puisse pas accomplir ? |

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