‹ Du divorceChapitre 6 sur 41 · NET · texte numérisé non relu

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suppose tant d'effets sans cause, et de sujets sans pouvoir, ou même en Dieu une volonté sans action, l’homme naturellement bon, et cependant se donnant des lois pour le devenir, la femme égale au mari, l'enfant au père, le sujet au pouvoir, bouleverse l’ordre dans nos pensées comme dans nos actions, dérègle l’homme, trouble la société, et fait des hommes sans raison, même avec beaucoup d’esprit, comme elle fait des sociétés sans stabilité, même avec beaucoup de forces extérieures.

Ainsi toutes les doctrines relatives à la société se partagent en deux opinions diamétralement opposées.

La religion chrétienne nous enseigne que l’homme naît enclin au mal, et qu’il trouve, dans la société, la loi qui redresse ses pen-, chans.

La philosophie moderne nousenseigne « que » l’homme est né bon, et que la société le dé- » prave. »

L'une, qui jugenos és déréglés, nous donne des lois qui les combattent.

L'autre, qui juge nos inclinations bonnes, nous donne des lois qui les favorisent.

L'une, qui croit l’homme origmellement déréglé, prend hors de l’homme Ja règle de ses penchans, et, par eonséquent, le motif de sés devoirs et le prix de ses vertus.

* L'autre, qui croit l’homme originellement

bon, ne sort pas de l’homme pour trouver la règle de ses devoirs, qu’elle place dans ses sensations (1); et par conséquent elle fait de la vertü un bien-être physique, et du vice un malaise, une douleur; et elle n’a ni consolation à offrir au juste qui souffre, ni frein à opposer au méchant dans la prospérité (A) 240 |

Maïs la religion triomphera , « parce que

(1) Cette doctrine des sensations n’est pas de ce siècle, et déjà Jurieu avoit dit x » vérité dans les livres divins, comme on sent la lumière » quand on la voit, là chaleur quand on est auprès du feu, » le doux et l’amer quand on mange. » de principe conduit

à toute sorte de fanatisme.

(2) Th. Hobbes a jugé l’homme originellement mauvais, et il a cherché, dans les passions des hommes, le motif de la société ; mais il s’est égaré , lorsqu'il a eru trouver le remède au mal dans le mal même, la raison des lois dans la violence, et par conséquent le juste ou l’injuste dans la permission ou Ja défense faite par les hommes. Cest ce qui fait dire à Leibnitz : « Il y a dans Hobbes, et en abon-

Syst., pag. 453: « qu’on sent la

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» l’ordre, comme dit Malebranche, est la loi » inviolable des esprits, » et que les êtres, dans l’ordre intellectuel comme dans l’ordre sensible, tôt ou tard obéissent à leurs lois. Déjà nous voyons en Europe tous les hommes de lettres justement célèbres par leur esprit et leurs connoissances, avouer ou défendre la nécessité de la religion chrétienne, et marquer leurs ouvrages du sceau de son immortalité ; car, que les écrivains y prennent garde : tous

» dance, des vérités d’une grande profondeur, mélées à des » erreurs de la plus dangereuse conséquence. »

Luther a fait l’homme mauvais, mais si mauvais qu’il n’a pas même la faculté de devenir bon, et qu’il est bon de la seule bonté de Dieu, et sans aucune action de sa part. Mais s’il n'a pas la force d’acquérir, il n’a pas la capacité de perdre, et le dogme de la Justice imputative a nécessité celui de la justice inamissible. En sorte que les uns veulent que l’homme naïsse bon, et les autres, qu’une fois bon il ne puisse devenir mauvais. Je remarque avec plaisir que M. Kant, dont la philosophie fait tant de bruit en Allemagne, se rapproche des dogmes du christianisme, et qu’il reconnoît « une sujétion de la loi morale au principe » de l’amour-propre, qui est l’antique péché de l’homme, » duquel dérive la totalité de ses mauvaises actions subsé- » quentes...., mal qui doit être exprimé sous le nom de » faute originelle. » Notice littéraire sar M. Emmanuel Kant , tirée du Spectateur du Nord.

ss D les ouvrages où les principes de l’ordre seront niés ou combattus, disparoïtrontde la mémoire des hommes, quelque bruitqu'’ils aïent pu faire parmi les contemporains ; ét il n’y aura que ceux où ils seront défendus ou respectés, qui passeront avec gloire à la postérité, et quelquefois mériteront l’honneur, le plus grand de tous, d’être comptés parmi les livres classiques qui servent à former l’homme pour la société. C’est une belle remarque du Quintilien de notre siècle, que, de tous les ouvrages de notre littérature, les plus distingués par un srand caractère d'invention et de style, sont, dans tous les genres, ceux que la religion a marqués de sonempreinte; parce que la parole étant l’expression et l’image de la pensée, la plus grande vérité dans les idées produit naturellement la plus haute perfection dans le discours.

Je finirai par dire un mot du sujet particulier de cet ouvrage, et sans doute on ne trouvera pas que je m'en suis écarté dans ce discours préliminaire; car j'ai dû prouver que la religion est conforme à la raison, puisqu’en discutant la loi du divorce, j'établis qu'il n’est

ht contraire à la religion que parce qu'il est epposé à la raison.

Dans le cours de cet écrit, jai raisonné dans la supposition que la démocratie, qui peut convenir à une municipalité qui existe sous la protection d’un grand Etat, à Pontoise comme au canton de Zug, ne peut subsister dans une grande société. Cette vérité n’est plus combattue, même par l’orgueil, et ne l’est tout au plus que par l'intérêt. Je dis la démocratie, et je n'ai pas besoin d’expliquer cette expression; car le mot République, dont j ai souvent fait usage, ne désigne par lui-même aucune forme particulière de gouvernement, et il est synonyme d'Etat public et de société politique. C'est dans ce sens général que les hons auteurs du siècle dernier l'ont employé ; M. Bossuet, en mille endroits, et La Fontaine, lorsqu'il dit :

Daus les emplois de Mars, servant la république.

J. J. Rousseau lui-même, dans le Contrat social , applique, et à dessein, cette dénomination » indifféremment à toutes les formes de gouyernement, et il dit quelque part « que

» la monarchie elle-même peut être une ré- » publique. » 4

Fortement persuadé que le divorce, décrété én France, feroit son malheur et celui de l'Europe, parce quela France a reçu de mille circonstancés natives ou acquises le pouvoir de gouverner l'Europe par sa force et par ses lumières, et par conséquent le devoir de l’édifier par ses exemples ; et certain que le divorce nous est venu de la mème inspiration étrangère qui, à la même époque, dicta à la France tant d’autres lois désastreuses, j'ai dû en combattre le:projet par tous les moyens tirés de la société domestique ou publique que me fournissoit ma cause, ét exposer toutes les vérités qui pouvoient la faire triompher. La vérité est toujours utile à Ja société, quoi qu’aient pu dire des sophistes qui voient. la vérité dans leurs imaginations, puisque la so- ciété ne périt jamais que faute de la connoitre; et c’est ce qui fait que le crime de la retenir captive est aussi grand peut-être que celui de la persécuter. Maïs la vérité, qui n’est que la connoissance des rapports naturels entre les êtres, est vraie généralement, et indépendamment des temps, des hommes et des

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circonstances ; et la raison, qui ne peut: se proposer que d'être utile à la société, enfaisant connoître aux hommes la vérité, setient, le plus qu'elle peut, dans les hauteurs des généralités , où la vérité absolue, essentielle, est pure et sans mélange comme le principe d’où elle émane; car elle ne pourroït en descendre sans entrer dans la moyenne région des considérations particulières, où les passions des hommes forment les nuages qui l’obscurcissent et les foudres qui l’écrasent.

J'espère donc qu'onretrouvera, dans ce petit écrit sur un sujet important, un ardent amour pour la vérité, joint à l'attention qu’elle-même commande de ne pas lui susciter des obstacles pour aucun motif personnel d'intérêt ou de vanité. Ceux qui souffrent par la société ne doivent souffrir que pour elle; maitresse jalouse, elle ne tient aucun compte à ses amis des peines les plus extrêmes qu'ils n’endurent que pour eux, ou des travaux même Îles plus glorieux dont elle n’est pas l'unique objet : et la raison elle-même condamne ces hommes dont parle Tacite, «qui, netravaillant que pour » leur renommée, ont cherché une mort am- » bitieuse dans d’audacieuses entreprises, sans

PET » utilité pour la chose publique ; » Qui plerique per abrupta, sed in nullum reipublice usum, ambitiosä morte inclaruerunt.

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