CONCLUSION
L'an du Seigneur 1313 un différend s’éleva entre l'abbé de Belval-en-Dieulet(ordre de Prémontré, diocèse deReims) et les bourgeois de la communauté de Vaux-en-Dieulet. Ceux-ci s’assemblèrent pour discuter les questions en litige. Le procès-verbal de cette assemblée délibérante, parvenu jusqu’à nous (1), fait connaître les noms et qualités de quatre-vingt-deux habitants.
On y rencontre les noms du maire, du lieutenant-maire, des échevins, des bourgeois, enfin les noms de vingt-deux femmes.
Et le procès-verbal ajoute après l’énumération : « Touz et toutes de la dite ville de Vaus h plus suffisant et la plus grant partie de toute la communauté de la dite ville, si comme ils disoient et firent, ordenèrent et devisèrent entreus. »
A la fin du xix° siècle, les intérêts de ce même village (2) sont assurément plus complexes et en même temps mieux déterminés. Ils sont sanctionnés par des règles précises. Nous l'avons vu, les élus de la commune
(1) Cartulaire de Belval, ms. de M. Gueillot de Reims. Cette charte a été publiée par M. Bonvalot dans son ouvrage sur Le Tiers Etat d'après la charte de Beaumont, Paris, 188% (pièces justificatives, n° 52). — Cf. Defourny, La loy de Beaumont, p. 170.
(2) Vaux-en-Dieulet, canton de Buzancy (Ardennes).
décident en principe de toutes les affaires de la commu nauté, particulièrement de la gestion des communaux.
N'y a-t-il pas lieu de regretter que la femme sui juris ne soit plus appelée, même dans la mesure la plus restreinte, à statuer sur le mode et l'étendue des ! Jouissances communales, qui intéressent indistinctement tous les foyers du village, toutes les chaumières du hameau ?
Et sans vouloir jeter le trouble dans nos institutions en empruntant sans les atténuer des coutumes étrangères (1), ne pourrait-on concilier dans ce petit État qu'est la commune les intérêts de tous les ménages ?
Gette réserve faite, ce regret exprimé, nous nous plaisons à rendre hommage à l'idée de décentralisation qui a inspiré les lois municipales modernes, notamment la loi du 5 avril 1884.
D'autre part, nous sommes lieureux de constater que le domaine communal a conservé son importance. Et quelle que puisse être la négligence avec laquelle les communaux soient administrés et surveillés, nous ne voulons pas oublier qu'il y a là un capital assuré, dont le revenu préserve les habitants des campagnes du paupérisme (2), parfois même leur apporte une aisance relative.
À une époque où les intérêts cosmopolites et la vie fiévreuse tendent de plus en plus à jeter la famille hors de son foyer, à effacer les traditions, à isoler les individus, n’estil pas bon de reconnaître en cette propriété communale le plus sûr lien d'attache au pays et à la patrie pour beaucoup des déshérités de la fortune ?
La patrie n’est elle pas, en somme et pour tous, ce village,
(1) Voir sur les droits accordés aux femmes dans certains pays : Maurice Block, Les communes et la liberté; de Ferron, Institutions municipales et provinciales comparées.
(2) Leroy-Beaulieu, Traité de la science des finances, 1879, t. I, p.79.
ce clocher, qui évoquent le souvenir de notre berceau ? N'est-ce pas ce champ que nos pères ont cultivé et embelli? N'est-ce pas cette terre, enfin, qui doit encore couvrir de fleurs ou de ronces la poussière de notre tombe?
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