Quatrième rapport (B, N
SECTION II
Parmi ceux qui doivent être secourus, lès premiers sont les malades : ils ont droit aux secours publics.
Les uns, sans être en état de se soigner eux-mêmes, ont une demeure et même une famille; les vrais principes de la bienfaisance, voire même l’économie, exigent qu'ils soient secourus chez eux et confiés aux soins de leur famille : « Ce système de secours remplit ainsi plusieurs intérêts précieux à servir. »
D’abord, plus il y aura de malades soignés à domicile, moins il faudra d’hôpitaux. Or l’établissement d’hôpitaux à la campagne est chose difficile et précisément, en province ; les malheureux sont en plus grand nombre ; d’ailleurs là où règne l’esprit de famille, là aussi les liens d’affection se resserrent, la bonté se cultive et les mœurs se perfectionnent.
L'indigent éprouve toujours du dégoût et de la honte à entrer dans un hôpital; cette impression ne se raisonne pas, on froisse ses sentiments naturels de fierté et d'indépendance,
Le système de secours à domicile sera commun aux habitants des villes et des campagnes. En vain opposerait-on l’économie des hôpitaux ; les secours à domicile ne sont pas plus dispendieux, sans compter que tous les hôpitaux n’ont pas une gestion remar-
quable; en donnant les soins au foyer, on épargne
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toute dépense étrangère au malade. On économise, de plus, tous les secours que l’indigent malade peut recevoir des personnes qui s'intéressent à lui : parents, amis, voisins charitables ; la bienfaisance particulière est stimulée par la présence de la misère.
Le pauvre est-il dans un hôpital, il n’a plus recours qu’à l'État, dont il devient la charge.
Dans les villes, beaucoup d’ouvriers sont entassés dans des taudis; sans être privés de domicile, ils n’ont pas du moins un logement convenable où ils pourraient être secourus, ils n’ont pas de famille qui puisse les soigner. Dès lors, on aura recours au système des hospices que l’on multipliera en raison des besoins, en tendant toujours de rapprocher, le plus possible, les pauvres de leur famille, pour qu’ils se sentent moins étrangers.
Le rapport insiste ensuite, d’une façon toute particulière, sur le triste sort de ces malheureux qui «sont le jouet d’une imagination déréglée ». « Plongés, par intervalle, dans l’anéantissement le plus complet de leur raison et devenus alors la honte de la nature, ils ne trouvent dans leur retour au calme que d’affligeants souvenirs, dans ces souvenirs qu’un triste réveil et le sujet du plus affreux désespoir. »
Jusqu'ici, on a eu très peu pitié de ces malheureux. S'ils ont été secourus quelquefois, c'est plutôt pour garantir la sécurité publique qu’eu égard à leur pro-
pre situation. Aucun effort n’a été réellement fait