CHAPITRE PREMIER
LA RÉSISTANCE NATURELLE DU PÉRITOINE AUX INFECTIONS ET LES CONDITIONS DE CETTE RÉSISTANCE
Il est intéressant d'étudier quels sont les moyens de défense naturels du péritoine afin de mieux juger par quelle conduite on pourra le mieux les ménager et les favoriser au cours d’une intervention.
Le péritoine présente deux propriétés remarquables au point de vue de la résistance aux infections:
1° Son pouvoir d’absorption;
2° Son pouvoir d’exsudation:
Enfin un rôle très important est dévolu à l’épiploon ainsi que nous le verrons plus loin.
1° PouvorR DE RÉSORPTION DU PÉRITOINE. — Le péritoine peut assimiler jusqu’à leur complète disparition, les liquides et certaines particules solides. Des quantités étonnantes de liquides peuvent être absorbées par la voie péritonéale. Chez l’homme adulte, le pouvoir résorbant serait de trois à six litres par heure. Les liquides organiques, le sang par exemple, sont fort bien résorbés. Trois facteurs expliquent l’activité de cette absorption: les phénomènes d’osmose, la filtration par pression positive, l’action vitale du péritoine.
a) Les phénomènes d’osmose. — TIs ne présentent rien de particulier dans la cavité péritonéale, ils varient seulement avec la nature du liquide à absorber.
b) La fütration par pression positive. — IT existe à l’intérieur de la cavité péritonéale une pression naturellement supérieure à celle existant dans les capillaires veineux et
les lymphatiques.
Cette pression, déterminée par l’action des muscles de
la paroi, subit l’influence des mouvements respiratoires et augmente avec la quantité du liquide épanché.
ce) L'action vitale du péritoine. — C’est par l’action directe de la séreuse et grâce à l’activité des leucocytes que se fait la résorption des corps étrangers microscopiques et des micro-organismes. -
En injectant des particules colorées dans des péritoines d’animaux, on a pu constater que la résorption des solides se faisait exclusivement par les lymphatiques qui apparaissaient bientôt colorés par les particules qu'ils véhiculaient (Milian).
Un certain nombre d’expériences démontrent qu'il y a un élément vital dans ces divers phénomènes; si on modifie les conditions physiologiques du péritoine par des solutions antiseptiques, l’absorption est considérablement retardée et l’ingestion d’une quantité normalement inoffensive de germes peut provoquer une péritonite (expérience de Grawitz).
Nous reviendrons sur ce sujet afin d’insister sur les ménagements qu’on doit observer, à l'égard de cette séreuse, au cours de la laparotomie, pour lui conserver tout son pouvoir vital. |
LADOS X .
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2° Pouvorr D’EXSUDATION DU PÉRITOINE,. — L'activité exsudative du péritoine n’est pas moins remarquable; à l’état normal, la séreuse est recouverte d’une mince couche de liquide dont la sécrétion, sous l’influence d’une irritation, augmente rapidement.
Exsudation séreuse. — Ce liquide péritonéal exsudé, très riche en globules blancs et en fébrinogène, jouit des mêmes propriétés biologiques que le sérum sanguin. Les globules blancs agissent directement sur les éléments figurés. Quant au sérum exsudé, il a conservé ses propriétés et Joue un rôle certain dans la défense contre les micro-organismes et les toxines élaborées (bactériolysines de Pfeiffer, antitoxines de Behring).
Il nous a paru intéressant d’insister sur la défense humorale du péritoine. Il est vraisemblable, en effet, chez les malades atteintes de lésions de péri-annexite, plus ou moins refroidies, que des inoculations successives ont pu réaliser une véritable auto-vaccination.
Exsudation plastique. — Le fibrinogène contenu dans le liquide péritonéal, par sa transformation en fibrine, donne lieu à la formation d’adhérences et c’est là un des modes de défense les plus actifs du péritoine.
Très rapidement, il se forme, en diverses parties de la séreuse, un enduit poisseux, collant, qui les rend cohésives et les agglutine les unes aux autres. Il en résulte une série de cloisonnements susceptibles d’isoler complètement une portion de la cavité abdominale, de limiter ainsi une infection, d’aveugler une petite perforation intestinale et d'éviter l'absorption en masse des toxines qui se pro‘uirait si celles-ci diffusaient librement dans la totalité de la séreuse. La formation de ces adhérences est très rapide;
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un corps étranger, placé dans le péritoine, en est entouré en douze heures. Les anses intestinales sont très vite immobilisées par accolement réciproque et cette action est très favorable, car les mouvements péristaltiques brasseraient les liquides de culture et les amèneraient au contact des parties éloignées du foyer primitif.
LE ROLE DE L’ÉPIPLOON. — Les diverses propriétés du péritoine se retrouvent au plus haut degré dans l’épiploon dont le rôle, particulièrement actif dans la défense de la cavité abdominale, a été mis en lumière ces dernières années. Cet organe, bien que dépourvu de fibres musculaires lisses est indiscutablement doué de mouvements qui lui sont imprimés par le diaphragme. Ces mouvements. suivant la remarque de Cornil, sont « intelligents » c’est-àdire qu'ils dirigent l’épiploan vers le point menacé: il va obstruer une solution de continuité de la paroi, s’étaler au devant d’une perforation intestinale, enrober un corps étranger. Les expériences de Milian et de Heger ont montré que les corps étrangers aseptiques (poudre de carmin, perles de verre) sont saisis et balayés par l’épiploon. Milan a vu des bactéries charbonneuses, injectées expérimentalement, (prises à la glu épiploïque » et y former un véritable feutrage. Le même auteur a vu des segments de viscère, insérés dans le péritoine, entourés et littéralement digérés par l’épiploon.
Il faut donc respecter, autant que possible, cet auxiliaire précieux, ne pas le réséquer inutilement, mais, au contraire, chercher à l’amener en contact avec les surfaces infectées et l’y fixer au besoin.
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