‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 10 sur 52 · Écuyers et écuyères, cité dans l'ouvrage ci-dessus · texte numérisé non relu

Écuyers et écuyères, cité dans l'ouvrage ci-dessus

qu'on peut obtenir la souplesse ou la hauteur de l'encolure, soit par la manière forte mais rapide, en comliinant la pression des genoux et des éperons avec la tension des rênes, soit par une méthode plus douce mais plus lente, en n'utilisant que le dernier procédé. L'art del'équitation fournirait des exemples nombreux autant que précis des moyens dont on dispose pour mécaniser l'activité animale, parce que le cheval, par l'excellence de sa mémoire et par son aptitude naturelle à contracter des manies, conserve fidèlement dans son esprit, sans la modifier, la représentation des actes accomplis et des circonstances qui les ont accompagnés. Presque toute son éducation consiste dans l'organisation des souvenirs qui ont pour objet les rapports de contiguïté unissantdes mouvements déterminés au son des mois impérieux ou caressants, au contact ou à la vue de la cravache, à l'action des aides. Et comme son travrail est une suite de variations sur un thème fondamental qui lui est naturel, à savoir l'aptitude à courir, on éprouve relativement peu de peine à créer en hii les habitudes particulières qui distinguent par exemple le trot du galop, ou encore les allures basses et étendues de l'attitude plus relevée et

plus ramassée que comporte le dressage de mise en valeur. Certains sujets de cirque, accoutumés à travailler en musique, en arrivent à danser en cadence, à courir, sauter, galoper, entrer, sortir, s'agenouiller en suivant les temps forts de la mesure mieux que la plupart des élèves à qui un professeur doit inculquer les éléments de l'art chorégraphique ^ Mais à mesure que les exercices enseignés s'éloignent davantage du type de motricité particulier aux équidés,les connexions entre les mouvements et les stimulus extérieurs deviennent, non pas peut-être plus longues à établir, mais plus difficiles à nouer, en ce sens qu'on est obligé d'employer des subterfuges mettant en œuvre d'autres tendances spécifiques moins générales, quelquefois même des dispositions qui se rencontrent à titre exceptionnel chez un petit nombre d'individus. C'est ainsi que les chevaux compteurs sont choisis parmi ceux qui se montrent enclins à lever et à baisser le pied en frappant le sol. On les habitue à commencer ce mouvement à un signal donné et à le cesser dès que le dresseur fait mine de se porter en avant, de la sorte ils ont l'air d'énu-

1. D"après M. Daubresse, La musique et les anitnaux. La Revue LXXV, p. 87.

mérer toutes les unités ou les dizaines que l'on veut.

D'une manière générale, « le dressage du cheval d'école, consiste, comme le remarque M. Hachet-Souplet, à trouver ses points sensibles, à se rendre compte de leur relation avec des mouvements donnés, à développer la sensibilité de certains d'entre eux de façon à exagérer les mouvements correspondants, enfin à donner, par la répétition, une sorte de rythme à tous ces mouvements en rythmant soi-même son action sur les points sensibles. Peu à peu cette action devient de plus en plus légère et finit par se réduire à des indications presque invisibles pour l'observateur : dès lors la bête est dressée. » On ne procède pas aulrement avec les autres espèces, du moins dans la mesure où l'on vise à leur inculquer l'aptitude à exécuter comme dans un accès de somnambulisme des actes dont la raison suffisante ne se manifeste sons forme de conscience claire que dans l'intelligence du dresseur. Qu'il s'agisse d'instruire un ours à danser, un perroquet à traîner une voiture ou à faire la culbute sur une table, un éléphant à jouer de la trompette, à faire le garçon d'hôtel, à marcher sur des bontcillos de [bois, etc., la méthode est

la même : il faut lier dans l'esprit de l'élève la représentation du mouvement à une excitation qui doit au cours des répétitions rester invariable, quelle qu'en soit la nature : geste du dresseur, son de sa voix, air de musique, friandise reçue, etc., et il faut que la liaison soit assez solide pour que le stimulus exerce sur les réactions appropriées une contrainte irrésistible.

Mais bien que les associations par contiguïté forment la base de la plupart des procédés de dressage, on ne saurait trop attirer l'attention sur les deux points suivants : 1° elles sont de plus en plus difficiles à établir à mesure que s'éclaircit la conscience des sujets auxquels on s'adresse; 2° les mieux doués de ceux-ci, dans les limites de leur instinct, apportent presque toujours aux exercices qu'ils ont appris, des modifications se traduisant tantôt par des inventions véritables, tantôt par le simple retour aux mouvements naturels. Les singes en particulier font le désespoir de leurs professeurs par leur originalité intellectuelle plus encore que par leur indocilité; car ils utilisent sans cesse les connaissances acquises pour l'invention capricieuse des mouvements les plus imprévus. Les chiens sont en général de bien meilleurs automates, mais il

importe, en ce qui les concerne, de distinguer les manies artificielles qu'on leur inculque dans le dressage savant, des talents dus au développement méthodique de leurs facultés natives ^ Autant les premières sont machinales, autant les secondes impliquent une souplesse dont la persistance n'est possible que par le renouvellement continu des représentations conscientes, grâce à la prédominance des associations par similarité. Les chiens de berger sont remarquables à cet égard. A quelque race qu'ils appartiennent, qu'ils soient originaires de la Beauce ou de la Brie ou qu'on les choisisse parmi les magnifiques colleys d'Ecosse, leur dressage comme gardiens de troupeaux est à peu près insignifiant. Il consiste, à peu de chose près, dans l'imitation des actes qu'ils voient accomplir à un congénère plus Agé ou à leur maître, celui-ci bornant le plus souvent son intervention

1. Il semble que dans la conscience canine il y ail deux couches superposées; la plus profonde comprendrait les instincts propres à la vie sauvage, c'est-à-dire, somme toute, une forme d'activité rigide où les lueurs d'intelligence seraient aussi intermittentes que chez les autres canidés; — la plus superficielle, formée h-nlement par l'influence prolongée de la vie domestique, consisterait surtout dans une imitation de l'activité humaine, à qui elle emprunterait quelque chose de sa plasticité.

à modérer l'ardeur juvénile qui pousse les conducteurs novices à foncer sur les retardataires et parfois sur le gros du troupeau, au lieu d'en faire le tour pour opérer le rassemblement convenable. Mais, dès qu'ils se sont familiarisés avec leur métier, il n'est pas de variation qu'ils n'exécutent sur ce thème fondamental. Non seulement ils procèdent d'une façon différente suivant qu'ils ont affaire à des agneaux, à des béliers, à des poulains, etc., mais encore ils tiennent compte des accidents du terrain, au point de se porter d'eux-mêmes dans les trous de haies où les moutons ont une tendance à passer; ou bien s'ils rencontrent un troupeau étranger, ils savent parfaitement empêcher des mélanges regrettables et reconduire les intrus. Hugh Dalziel ' connaît un colley qui, « sans qu'on lui dise rien, part à l'heure voulue, trotte environ à un mille de distance et, séparant les vaches laitières de celles qui sont stériles... les conduit à la ferme pour qu'on les traie et les ramène ensuite au pâturage. Le chien n'a eu que quelques leçons pour ramener à la maison les vaches laitières et c'est de son propre mouvement qu'il

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