‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 11 sur 52 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

s'est mis à faire ce travail tout seul. » Des traits de ce genre indiquent chez leurs auteurs une disposition à reconnaître le même dans le d'i/férent, c'est-à-dire l'aptitude à généraliser, tout en tenant compte de la diversité des cas particuliers. Par là se crée dans leur conscience comme un rudiment de liberté, puisque chaque nouvelle synthèse mentale, par suite, chaque réaction qui la manifeste au dehors, est dans sa qualité propre et jusqu'à un certain point, imprévisible en fonction des antécédents déjà connus. Cette faculté créatrice n'est pas également développée chez tous les individus de la même race, à plus forte raison de la même espèce. Certains sujets, assez communs parmi ceux qui résultent des croisements consanguins, semblent témoigner d'une régression mentale dont la marque la plus nette est le retour aux associations mécaniques par contiguïté, môme dans les actes où leurs congénères normalement développés procèdent en général par inférence analogique. J'ai observé des chiens qui, ayant reçu en un lieu déterminé une correction pour faute grave, ne pouvaient dans la suite passer en cet endroit sans donner les signes d'une frayeur très vive. (On sait que le cas est assez liabituel aux ciievaux

et que c'est une des raisons qui doivent empêcher de les frapper au moment où ils viennent de broncher par suite d'une peur injustifiée; car le châtiment ne ferait qu'accroître le mal.) De plus, les sujets en question manifestaient leur infirmité intellectuelle de bien d'autres façons, en particulier par une telle exubérance de mouvements désordonnés que les images kinesthésiques, comme dans certains accès de chorée, semblaient envahir la conscience entière au détriment des représentations qui normalement auraient du être éveillées par les circonstances extérieures : piste à retrouver, objet à rapporter, etc. D'une manière générale, dès qu'un animal, à quelque espèce qu'il appartienne, manifeste une mentalité inférieure à celle de ses congénères, les exercices dont il se montre incapable sont ceux qui, exigeant la combinaison de l'activité instinctive avec des images plus ou moins complexes imitées de Fintelligence humaine, dénotent une certaine plasticité dans les habitudes résultant du dressage. Il n'en reste pas moins apte, s'il tombe entre les mains d'un opérateur patient, à être monté comme une mécanique savante dont on pourra jouer avec d'autant plus de précision que chaque mouvement

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sera lié par un rapport immuable à l'action d'un ressort déterminé : faim, crainte du fouet, etc., et au dispositif d'un engrenage psycho-physiologique dont le fonctionnement aura été prévu dans les moindres détails.

Aussi, lorsqu'un chien, par exemple, se montre incapable de modérer son allure, lorsque renonciation d'un mot connu tel que cherclie, la soupe, le chat, etc., le lance en avant comme un projectile, sans qu'il cherche à se rendre compte si l'objet indiqué est présent ou absent, lorsqu'au bruit de sa chaîne, remuée même par inadvertance, il vient, la mine déconfite, pour se faire attacher, en un mot lorsque prédominent dans un sujet les tendances motrices solidaires des associations par contiguïté, on peut être à peu près sûr que, malgré la meilleure éducation, il restera toute sa vie au-dessous de la besogne qu'on attend de lui, à moins qu'elle ne soit purement machinale. Mais, d'un autre côté, la plupart des sujets, parmi les mieux doués, ne parviennent h une autonomie relative qu'en utilisant comme moyens les données du dressage devenues inconscientes, ou les instincts secondaires inculqués à plusieurs générations d'ancêtres. Lorsqu'un cheval est bien mu et ùie7i ?ms,

c'est-à-dire lorsque la pression des genoux, la traction des guides ou des rênes, l'action exercée par le poids ou la tenue du cavalier, par la résistance de la voiture, la nature du sol, etc., provoquent en lui des réactions aussi sûres et aussi immédiates que les mouvements de la déglutition qui suivent l'entrée des aliments dans l'isthme du gosier, alors seulement, dans certains cas, on peut abandonner l'animal à lui-même avec la certitude que sur un terrain inconnu, ou par une marche de nuit, il se tirera des difficultés rencontrées beaucoup mieux qu'en obéissant à l'impulsion du cavalier. A plus forte raison, le barbet ou le griffon le plus intelligent a-t-il besoin d'être rompu aux exercices de l'arrê't, du rapport, etc., pour que, laissé à son initiative, il ne commette pas des sottises parfois irréparables. Les mouvements appris gagnent tellement à passer à l'état de tendances inconscientes que les individus dont les ancêtres ont été soumis à la même éducation, acquièrent les automatismes demandés comme en se jouant, avec une rapidité et une sûreté d'autant plus grandes qu'ils semblent ignorer les efforts pénibles de l'accommodation psychique.

A côté des distinctions précédentes, les diffé-

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rences mentales qui reposent sur l'emploi possible de la persuasion ou de la coercition, paraissent d'autant moins importantes que ces deux procédés peuvent être combinés à doses diverses à peu près dans tous les cas. En réalité, il n'est pas une métbode qui ne les emploie simultanément ou tour à tour, puisque instruire un animal, c'est k la fois susciter en lui certaines représentations et lui imposer certains mouvements. Aux deux extrémités de l'éclielle intellectuelle l'une des deux opérations semble suffire dans un certain nombre de cas. En haut quelques individus d'élite ont un caractère si docile que chez eux comprendre et exécuter ne font qu'un; l'idée suscite l'action. Aux degrés inférieurs on trouve par contre des groupes assez nombreux où la réprésentation kinesthésique ne se produit que lorsque le mouvement lui-même a été exécuté à plusieurs reprises, sous l'intluence provoquée des instincts primaires. Par ce moyen, en mettant en œuvre la puissance irrésistible de la faim, de la peur, etc., on dresse des lapins domestiques à franchir des obstacles, des pigeons à faire la navette entre deux colombiers, à venir se poser sur les épaules du dresseur ou les bras de telle personne déterminée, en un

mot on force les animaux les plus stupides, pourvu que leur activité biologique ne soit pas un pur réflexe, à satisfaire leurs besoins essentiels par des démarches nouvelles dont la représentation ne tarde pas à se souder à celle des actes nécessaires à la vie. L'art de la fauconnerie, si cher aux anciens rois de France, reposait tout entier sur le même principe. Pour atfaîter l'oiseau de proie, il fallait le prendre par la faim, le lancer d'abord sur un spécimen de l'espèce de gibier qu'il était destiné à chasser et, détail important entre tous, ne le laisser se repaître que sur le poing du fauconnier ^ D'une façon générale, on est obligé de suivre une méthode analogue avec les bêtes féroces auxquelles on veut inculquer quelque talent spécial. Seulement on ne peut les forcer à exécuter le travail voulu qu'après les avoir rendues inoffensives à l'aide d'un narcotique et de tout un attirail coercitif, qu'on réduit ensuite peu à peu jusqu'à le supprimer, à mesure que les habitudes qu'on veut créer s'incrustent plus profondément parmi les dispositions organiques.

Certains dresseurs sont à ce point fanatiques

1. V. pour les détails Magaud d'Aubusson, La Fauconnerie, Paris, 1879.

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d'autorité qu'ils emploient des moyens analogues pour obtenir de leurs élèves, même dociles et intelligents, des actes que ceux-ci poussés par leur instinct ne demanderaient pas mieux que d'accomplir de leur propre initiative. Par exemple veulent-ils habituer un chien à rapporter à l'eau? L'animal a beau appartenir à l'une des races qui n'ont pas de plus grand plaisir que de nager, plonger, barboter : tant qu'il agit spontanément ou obéit sans difficulté, ils pensent que la leçon n'est pas commencée; ils fatiguent la pauvre bête jusqu'au point où n'en pouvant plus, elle ne bouge que contrainte par le collier de force. D'excellents sujets peuvent être rebutés pour la vie par un pareil traitement, exactement comme les enfantsà qui on impose, sans tenir compte de leur mentalité, des tâches fatigantes, (lorsqu'il serait si facile d'obtenir les mêmes efforts, et bien plus féconds, en mettant enjeu les tendances les plus conformes à l'Age, au caractère, aux circonstances, à tous les facteurs dont la combinaison donne naissance à des goûts capables j)ar leur infiuence subjective de décupler l'énergie disponible. Ce n'est pas que l'éducation attrayante nous paraisse très recommandable. Peut-être est-elle indispensable au premier âge, tant que prédomine

le besoin de jouer, c'est-à-dire d'utiliser l'exubérance capricieuse des mouvements ou des images pour l'apprentissage spontané du genre d'activité propre à l'espèce ^ ; et, plus généralement, peut-être est-il nécessaire, même quand on a imposé à l'élève, animal ou homme, une tâche ingrate, de l'assister jusqu'au moment où surnage dans sa conscience la représentation des actes réussis, non des fautes commises. Dans la moyenne des cas, il faut finir par une bonne impression et ne pas craindre, si la besogne est pénible, d'y joindre des associations agréables. Par exemple, un cheval qu'on attelle pour la première fois, gagne beaucoup à être conduit du côté de l'écurie; quelques pièces trouvées et rapportées au début donnent à un chien de chasse de la persévérance jusqu'à la fin de ses jours.

Mais il importe plus encore d'habituer peu à peu le sujet à vouloir, c'est-à-dire quand il s'agit de l'animal, à exécuter les ordres du dresseur, agréables ou non. Si l'obéissance est la moralité des enfants, à plus forte raison faut-il la considérer comme la vertu par excellence de nos

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