‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 34 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Remarquons d'abord que le degré de puissance auquel s'élève la volonté de la plupart des adultes, est proportionné pour une grande part au nombre et à la ])récision des habitudes qu'ils ont contractées pendant leur période de croissance, et que l'initiative enfantine ne se porte presque jamais d'elle-même vers le travail nécessaire à leur formation. Qu'on se représente la quantité prodigieuse d'essais que l'apprenti menuisier exécute avec la scie, la j)lane et le rabot avant d'être en état de fabriquer un meuble où se manifeste son style personnel; qu'on imagine le nombre indéfini de parades, ripostes, battements, froissements, etc., que doit exécuter un maître d'armes avant de posséder son art, les myriades de gammes et d'ar-

pèges qu'un pianiste doit égrener avant de devenir un bon exécutant, et l'on se rendra compte de la place considérable qu'occupe le dressage dans l'acquisition des aptitudes exigées par les diverses professions. Artisan, artiste ou sportsman, un apprenti ne devient un maître ou un collaborateur que lorsque, par une répétition à peu près journalière, les actes qu'il a imités du professeur, ont abouti à la formation d'un mécanisme inconscient. Or le plus souvent les mouvements élémentaires qu'il a dû apprendre dans le détail avant de les posséder dans leur ensemble, exprimaient non le jeu spontané de ses tendances, mais les effets de la persuasion ou de la coercition exercée par une volonté étrangère : car, même les sujets destinés à exceller dans un certain genre d'activité, manifestent souvent peu de goût pour les exercices préparatoires qui en sont la condition indispensable.

11 n'y a pas lieu dans cet ordre d'idées d'établir une distinction entre les aptitudes motrices et les acquisitions intellectuelles dues à l'instruction. Outre que le meilleur critérium dont on dispose pour apprécier la valeur de celle-ci, réside en somme dans la puissance

lis LKDUCATION EST-ELLE UN DRESSAGE?

d'action qu'elle confère à l'individu ou au groupe, il est à remarquer qu'en beaucoup de matières, les processus intellectuels ne sont (ju'un simple intermédiaire enti'e l'accommodalion de l'œil qui perçoit et celle de la main qui exécute. Non seulement, comme le dit Descartes à propos de la fabrication des lunettes, « il faut de l'adresse et de l'habitude pour faire et pour ajuster des machines' » décrites par d'autres, mais encore la conception des applications et même des vérités propres aux sciences positives est subordonnée pour une large part à la pratique journalière des expériences qui finissent par créer dans l'esprit, en dehors de tout raisonnement, des associations sensorielles et motrices d'autant plus promptes à jaillir en intuitions que les idées abstraites reposent sur un plus riche support d'images familières, dont quelques-unes, inculquées dès l'enfance, se confondent avec la substance même de la pensée. A plus forte raison en est-il ainsi, lorsque l'instruction a pour objet, comme par exemple, dans l'enseignement du dessin, l'appropriation de certains mouvements aux représentations correspondantes. La

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