L'EDUCATION EST-RLLE UN DRESSAGE
liension en songeant qu'à moins d'un tact des plus délicats ou d'un sens pédagogique inné, une institutrice risque, en appliquant leurs conclusions à des cas déterminés, de déformer la frêle plante humaine qu'elle voudrait cultiver.
11 semble, en efîet, que jusqu'à six ou sept ans l'enfant ail assez à faire de prendre conscience des instincts sur lesquels viendront se greffer les acquisitions ultérieures. Tous les animaux soumis au dressage passent la première partie de leur vie à jo'i!»r, c'est-à-dire à exécuter sans utilité, et le plus souvent sans but, les actes correspondant au fonctionnement de leurs organes spécifiques; les meilleures leçons, s'ils les recevaient trop tôt, leur seraient plus nuisibles ([u'utiles. C'est aussi dans le jeu, comme l'a montré M. (^ompayré, que doit consister l'étude (lu jx'lit mfant. — Dans ses premiers gazouillements aussi bien que dans la formation des premiers mots et des premières phrases, dans ses tentatives indéfiniment variées pour marcher, courir, grimper, barboter dans l'eau, aussi bien que dans son goût pour le merveilleux, pour les inventions artistiques ou les cons- Iniclions mécanicpuîs, se manifeste le même besoin instinctif d'essaver toutes les formes de la
vie spécifique, avant que l'éducation et l'expérience en viennent fournir le contenu. Il n'est pas jusqu'à la logique impitoyable de cet âge, sa curiosité, son respect des règles établies et des habitudes prises, oîi l'on ne puisse voir l'équivalent humain de ce que les gambades sont pour le poulain, les mordillemenls pour le chiot, les prises de bec pour le poussin, etc.
Parmi les avantages que l'enfant tire du jeu, il en est un sur l'importance duquel on ne saurait trop insister, à savoir la nécessité d'exercer simultanément, en une coordination harmonieuse, presque toutes les fonctions organiques et mentales. Que l'on compare, pour s'en rendre compte, l'activité d'un bambin s'amusant avec du sable à celle d'un petit écolier qui prend part, sous la direction de la jardinière, aux exercices* énumérés par Mlle Brès dans le Dictionnaire pédagogique à l'article Jardins d' enfants. Tandis que le premier en faisant des grottes, des tunnels, des rivières, des ponts, etc.. combine les sensations tactiles et musculaires avec les don-
1. Quoique désignés par l'auteur sous le nom de jeux, ces exercices ne peuvent comporter, comme on le verra plus loin, ni la liberté, ni l'initiative des jeux proprement dits.
l-2i; LKDLCATrON EST-EIJ,K l'N DRESSAGE.'
nées de la vue el de l'ouïe; tandis qu'il peuple ses conslruclions devenues des palais, des soulerrains, ete., d'èhcs mystérieux, avee lesquels il s'eiilrcliciil dans nu lanj'aji;e aussi clair pour lui <|u'incompréliensible pour les adultes, tandis qu'à chaque instant l'actiou du venl. de l'eau, de la pesanteur, de la capillarité, etc., lui font toucher du doigt quelques-unes des lois naturelles et éveillent en lui le sens précieux de la causalité, le second, pour si avisée que soit la direction qu'il reçoit dans la culture des jardinets ou la pratique des jeux gymnastiques accompagnés de chant, est toujours plus ou moins obligé non seulement d'appauvrir la riche souplesse de ses facultés natives par suite des limitations artificielles que lui impose uue volonté adulte, mais encore d'exercer séparément des organes dont il faudrait avant tout établir la corrélation progressive. En outre, certains travaux, tels (pic l'usage des dons, le pliage <lu papie^, le tissage des laines de couleur, présentent le double inconvénient d'habituer l'observateur novice à des distinctions tranchées que ne comporte pas la nature, et de gêner l'éducation ])ar excellence de la vue, celle d'oîi résulte l'aptitude à évaluer les distances. Les causes de
myopie sont déjà assez nombreuses dans le régime scolaire, pour qu'on évite de créer dans le bas âge l'babilude d'accommoder la vision aux détails minutieux et aux courtes distances, d'autant plus que le petit enfant semble éprouver une certaine difficulté à fixer son attention sur les contours estompés et les horizons lointains : seul le désir de parcourir des espaces toujours plus étendus, peut-être aussi l'instinct de curiosité qui le pousse à s'enquérir de ce qu'il y a au delà des lieux connus, sollicitent peu à peu son regard sur les objets éloignés qui ont pour lui le défaut de ne pas trancher vivement sur le fond d'où l'œil doit les détacher.
En outre, le matériel des Kindergarten a beau être aménagé de la manière la plus ingénieuse, le petit écolier cesse bien vite de s'y intéresser pour une double raison : on lui donne ou on lui remet en dépôt des objets déjà façonnés, dont il n'a par suite ni à conquérir la possession, ni à inventer l'usage, et, qui pis est, on lui en explique minutieusement la forme, la couleur, l'origine, la destination, c'est-à-dire qu'on empêche, autant qu'on le peut, son imagination de doter l'humble réalité des merveilleuses richesses qu'elle a un besoin naturel de dépenser. iVussi l'enseigne-