‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 45 sur 52 · L KULCATION KST-ELLE UN DRESSAGE · texte numérisé non relu

L KULCATION KST-ELLE UN DRESSAGE

En j)reinier lieu il y a moins de richesse, mais plus (le l'oui^ue el cle régularité dans la vie instinctive. La faculté mythique s'appauvrit, les jeux ou se manifeste l'activité spontanée de l'imagination aussi hieu que celle des muscles, présentent un caractère moins original, plus conventionnel, puisqu'on trouve à peu près les mêmes du nord au midi et qu'ils reviennent chaque année aussi régulièrement que les saisons : la toupie après les billes, les billes après la garuche ou la marelle, bien plus, les divers jeux de balle les uns après les autres, etc. En outre, les joueurs, quoique incapables encore de former des équipes à la façon des adolescents, aiment davantage à se grouper en bandes, à exécuter les ordres d'un chef, non pas de celui qu'ils choisiraient volontairement, mais de celui qui sait s'imposer par sa fougue, son audace, son ingéniosité. Le besoin d'obéii' se retrouve dans leur admiration pour les prouesses des adultes, dans leur disposition à se renseigner auprès d'eux et à considérer leurs explications comme offrant toutes les garanties de la certitude.

Au nn'lange de fiction et de réalité qui est la marque propie du monde perçu parle bambin, se substituent des données de plus en plus pré-

cises liées au jeu des muscles et des organes sensoriels. Jamais les sens ne fourniront à l'esprit des indications aussi exactes sur les propriétés des choses, moins à cause de la sensibilité spéciale aux organes, puisqu'elle s'accroît pendant l'adolescence, qu'en raison de l'intérêtexclusif provoqué par le monde extérieur. Jamais non plus les muscles ne seront aussi dociles aux commandements du cerveau. Les images kinesthésiques deviennent si -familières qu'entre l'intelligence qui conçoit, et la main qui exécute, presque aucun effort de volonté ne trouve à s'insérer. Aussi l'attention résulte-t-elle moins d'une inhibition d'origine centrale que de la coordination spontanée d'états psycho-physiologiques en vue d'un fait à observer, d'un mouvement à exécuter ou, mieux encore, des deux opérations à la fois, puisque à cet âge la représentation n'est pas loin de s'identifier avec l'action *. Entièrement tournée vers le dehors, elle parvient difficilement à se fixer sur le monde de la conscience, de sorte que celui-ci, avec ses désirs et ses regrets, ses joies et ses peines, reste à peu près fermé aux grands enfants. De là

1. Rappelons que, d'ainès M. Bergson, dans l'activUé instinctive la représentation est Iwuchce par faction.

liH LKldCATlON KST-KlJ.r. L" N I) RF.SSAG K ?

provient en partie la cruaulé qu'on leur reproche. Leur curiosité pour les j)liénoniènes naturels, leur besoin île mouvement, combinés avec l'incomprébension de la vie mentale, leur font torturer bêles et {^ens, le plus souvent en toute innocence. La sympathie naturelle du bambin n'apparaît plus que |)ar(le rares échappées ', par exemple, lorsqu'on parvient à leur rendre sensible la soullVance qu'ils ont causée à autrui. Tolstoï dans son livre Pour les enfants nous raconte sui' lui-même un trait de ce genre. Agé de 10 ans, il lui arriva de battre de toutes ses forces un pauvre cheval qui, harassé de fatigue, refusait de s'éloigner de l'écurie. Or il se mit à l'embrasser et à lui demander pardon, dès que son précepteur lui eut l'ait remarquer à quel point l'animal avail dû soullVir. Mais de tels faits ne peuvi'ut être qu'exceptionnels. Si les fluctuations de la vie émotive traduisent avant tout un état d'inadaptation, les j)etiles personnalités de huit à douze ans sont (rop merveilleusement é(iuilibrées et liop bien adaptées au

1. Cl' iiK^nio appauvrissenif^nt est un des (.ir.u'li'ro.s (|ui (listint^iicnl ladulloilt^ r;uli)k'.srcul, ce qui couliiinerail IVipinidu (le Sl-Hall qui voil dans la seconde enfance un pir-niii'i- élal adulle organisé sur un plan iiilV'iifur à celui d<' riiumanili' ailuelle.

milieu naturel, sinon à la vie sociale, pour avoir l'occasion d'insérer entre des excitations et des réactions également précises, les états tristes ou joyeux, par lesquels la conscience nous avertit de la disproportion provisoire ou durable qui empêche la pensée de s'achever en mouvement, le rêve de fraterniser avec la vie. Cet état d'équilibre, cette harmonie intérieure se manifestent par une santé telle que de huit à douze ans, la courbe de la mortalité s'abaisse régulièrement, en même temps que celle de la plupart des maladies auxquelles la première enfance fournit un tribut si lourd. Aussi peut-on exiger du garçon ou de la fillette un travail soutenu, sans que l'on ait à redouter d'atteindre aussi vite qu'à partir de treize ans la limite où la fatigue confine au surmenage.

En second lieu, de sept à quatorze ans, l'enfant ne manifeste à peu près aucune originalité intellectuelle. Bien que ses qualités d'observateur, ses demandes continuelles d'explications, dénotent des besoins rationnels, par exemple une tendance prononcée à combiner l'analyse et la synthèse qui sont au fond de toute méthode scientifique, son raisonnement ne va guère que du particulier au particulier. En outre

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ses idées de grandeur, de temps et d'espace sont si limitées, ses impressions si débordantes, sa crédulité si grande, son expérience si courte, il est tellement tyritnnisé par la force des perceptions extérieures et contrôle si peu l'exercice de son attention, qu'à peine peut-on dire qu'il pense au sens propre du mot. Dans son esprit l'erreur et la vérité voisinent sans se gêner, tellement vastes sont les lacunes qui empêchent les idées de se joindre ou de se repousser suivant les exigences de la logique. Aussi inditl'érent aux connaissances spéculatives qu'aux intérêts de l'adulte, il ne relient, en dehors des faits, que des formules verbales dont le plus souvent il ne cherche pas à comprendre le sens, lorsqu'elles se rapportent à des objets étrangers à sa vie actuelle. Et comme, en même temps, la courbe des différents types de mémoire s'élève suivant des progressions à peu près parallèles, il retient avec aisance et ténacité tout ce qu'on lui fait apprendre, les mots aussi bien que les choses, les chiirres aussi bien que les vers, les mouvements mieux que tout le reste. En effet, bien que chaque sujet ramène à l'espèce de représentations (]ui prédomine en lui, les matières d'enseignement qu'on lui propose, il est rare que les

images kinesthésiques n'exercent pas sur l'imagination de cet fige un attrait spécial, contribuant à les fixer rapidement dans la mémoire jusqu'à leur transformation en habitudes organiques.

On voit par là combien importante devient à ce moment la part du dressage dans l'éducation. Prédominance dans l'esprit des états sensoriels et moteurs, santé solide, indifférence presque passive à la plupart des matières d'enseignement et plus généralement aux intérêts de la vie adulte, progrès rapides de la mémoire qui acquiert encore plus d'importance en raison du rôle très restreint que joue la réflexion, tels sont quelques-uns des caractères essentiels de la seconde enfance, telles sont aussi les qualités essentielles qu'un dresseur désirerait chez un élève en qui il voudrait créer des aptitudes variées.

En fait d'aptitudes destinées à devenir définitives, notons en premier lieu les automatismes physiques dont la formation ne peut être différée au delà de dix ans, parce que avant qu'elle fût en voie d'achèvement, l'adolescence serait déjà venue, c'est-à-dire une période de croissance où la santé est plus précaire, l'incoordination psycho-

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physiologique plus marquée, l'accommoclatiou des réponses motrices moins i)récise, où la mémoire des images kinoslliésiquos diminue, sinon en elle-même, du moins dans la place relative (|u'clle oc(U|>o parmi les fondions mentales. Aussi doit-on considérer comme perdu sans remède le temps (pion laisse écouler à cet âge, sans initier récoliorà la technique de la musique et du dessin, à l'usjiiic (h's oulils exigés jtar les travaux (ki l)ois et du 1er, aux exercices (|ue réclamerait une éducation piiysi(jue destinée à faire du corps le serviteur docile de la volonté: marche, course, saul, natation, liraufusilou à l'arbalète, maniement des objets usuels dont se compose la matière rie la science et de l'industrie, etc. Le dommage est d'autant ])lus grand que ces acquisitions s'elVectuent alors avec le minimum d'effort, sans que rinstrucleur ait besoin d'employer la contrainte, tant les garçons et les liilellrs de ce! àgeainit'Hl loutes les foi'nics du mouvement. Pour des motifs analogues, l'enseignement des langues, du moins dans la partie qui a Irait au vocabulaire, aux idiotismes, à tout ce (|ue le langage comjjorte de conventionnel et parfois d'illogicpie, doit occuper à ce moment une |»art importante de l'in-^lruclion scolaire, à côté de

l'histoire, de la géographie et des sciences naturelles, présentées comme des répertoires de faits, des possibilités d'action, non comme une matière à des considérations théoriques. Il n'est pas jusqu'aux mathématiques dont les règles et procédés essentiels ne doivent s'apprendre par cœur, avant que soit tenté un essai de démonstration. Ce qui importe par-dessus tout c'est de gaver l'élève \ de façon qu'à l'âge suivant il puisse, sinon se bornera assimiler la nourriture ingérée, du moins la trouver à sa portée sans qu'il soit obligé de la cliercher à grand'peine, au moment où ses facultés les plus actives tendent à l'élaboration de la matière intellectuelle et se détournent du monde extérieur pour s'appliquer de préférence à l'organisation même de la pensée. L'éducation morale ne fait pas, comme on pourrait s'y attendre, exception h cette règle. Sans aller jusqu'à soutenir avec Tolstoï" qu'il n'y a pas d'instincts honnêtes, mais seulement des habitudes honnêtes, remarquons que la plupart des actes moraux que nous accomplissons, résultent moins d'une décision delà volonté que d'un pli du caractère contracté de bonne lieure. En par-

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