Op. cit., p
i-,i I. i;i»t CATION i:>T-i:i.i,i. i\ m i; Lssir.R ?
(iciilicr, les l)oiiiu\s inaniLTcs elles liuhiliulcs do |)oIil(^ssc' acquises (lès l'enfance, font plus pour la (h'iicalesse morale (pie les iioliims les plus précises de droil, de cliaiiti'.dc (li{j;nité indi\iduelle, peut èlre même que la culture lilléraire cl psycliolo^icjue. Si vous accoulunie/, un enfant, au besoin par la force, à lordi'e, à la propreté, à la dixiplinc, à la déférence envers les personnes Agées, si vous laites en sorte (juil s'iiderdise les mots j;rossiers, la destruction inutile de loul oifjet \ivant ou inanimé, (|u"il rcj^arde les ^(Mis en face sans ellVonterie ni timidité, (ju'il collabore aussi Ineu à ror<;anisalion des jeux (juà celle des mulualilés scolaires el des aulrt's pratiques de iMinfiiisauce, vous j)0Uvez èti'e sfir que pin-- lar<l les mots de justice, di^niilé, assistance, au lieu de rester seulement un pi'étcxte à de violentes déclamations, à des dissei'talions éléj^^antesou à d'onctueux sermons, mcllionl en braidc |MMir le plus uiand bien de tous les forces vives ou latentes dont chacun, à dQ<. de^^ri's divers, dispose poui' l'aclinn.
1. I.a vil' Ji- fiiiiiilliî jusiiu'ù K» ou I2;iii.s, dit .\1"'« Nt'cker ilfi Saussuri', ix^iil rmiinT du'/, h's jeuiifs L'aircuis cos liabiludos ilVf,'arils ri il»- polili'ssc. i|iii sont |iiiiii- .liusi diro la rivilisatiiin il<' l'individu l'I dniiucnl dt-jà de la diyniU' à Of'Iiii (|iii l»>s a loiilraclcVs. L'cducat. progrcss., \ii, '.\.
LA PART DU DRESSAGE DANS LÉDUCATION. lob
Est-ce à dire qu'il faille dans réducation de Ja seconde enfance, diminuer la part qui revient à l'initiative de l'élève. Bien au contraire. Ce serait oublier deux lois fondamentales, à savoir, la nécessité pour un bon dresseur de mettre enjeu les tendances propres au sujet, et aussi la dépendance qui subordonne la liberté du vouloir à V habitude de l'inbibition, c'est-à-dire à la fréquence des réactions d'origine centrale et non périphérique, qui conditionnent l'exercice de la volonté. Si les progrès, à cet âge, sont plus particulièrement liés au fonctionnement des sens et de la mémoire, il convient de rappeler qu'à tout âge, ils sont en raison directe de l'effort personnel. Les travaux scolaires, problèmes à résoudre, exercices de grammaire, devoirs d'imagination, etc., font un appel constant au choix, à la réflexion, à l'organisation des souvenirs, en un mot ù l'initiative. A plus forte raison en est-il ainsi des jeux, dont la plupart répondent si bien aux instincts de la seconde enfance. Qu'il s'agisse de travail ou de jeu, on peut fouetter l'apathie des sujets trop passifs non seulement par des moyens analogues à ceux dont nous avons constaté l'emploi chez le dresseur, appel à l'émulation, à la sympathie, encouragements, etc., mais en y
15ti I.KDl CATION IIST-KLI.K IN I) K K S S A (i K .'
ajoulaiil les procétlés (jiii, tels le déli, lu lidélilé aux eiigagenicnls pris, ne sont do mise qu^wec des élèves a|i|t;ii'l('naii( à rcspèec raisomiahle. M ProiiNoiisà rriilanl timide (ni'il peut |»iiis (|iril ne pense, l'ar les encouragements, les promesses, les menaces même, Ibrçons-le à parler, à jouer avec des camarades. U se décidera à agir du jour où il aura conslaté que l'action est |)Ossil)le. Ou bien pi'r>uad('/-l(' par l'exeinple. On l'ail mieux ce (pi'ou voil l'aire par un moiiileur ou plutôt encore par un plus [)elit (|ue soi : où d'autics réussissent et surtout un plus faible, ne puis-je tenter l'épreuve'.'* »> D'aulres moyens sont encore plus j)uissants, surtout vers onze ou douze ans, tels (pic riullneiiei' (les leejures, l'exemple (les par(Mils, celui des persounes (pu' renr;inl aime ou admire. Hue d'Iunumes parmi les meilleui's pourraient dire comme Marc-AuiN'Ie : Mou aïeul m'a appris la patience,... à ma uK're je dois la piété,... à mou p("'re, la modeslie, ele...-' el se rappelleraieut aloi's <pie c'esl cnlic linil cl qualorze ans (ju'ils furenl le |)lus sensibles à
1. IJaiili «'L It. irAllniincs, I'si/cliulo<jie applirjiifc n l'cliication, p. :tOO.
2. Tout \c preinior livre iltvs Pensées a |iour dlijfl ICxiiosti dos biiMifails ([uc l'auli'Ui' |ionsnit avoii- r.'iMs des ('-lies Ihuis qui roiilnurait-nl.
cette douce influence; car, légitime ou non, jamais l'autorité des adultes n'exerce autant d'empire qu'à cet Age '.
Mais de quelque manière que procèdent les parents et les maîtres, il est certaines conditions de la liberté dont ils ne pourront provoquer l'apparition avant l'adolescence. Si la volonté est une « résultante », si, comme le soutient Preyer, elle naît peu à peu des mouvements réflexes, impulsifs, instinctifs, qui avec le progrès des facultés de perception et d'idéalion, et après avoir été longtemps exécutés et variés, tombent sous le coup de l'attenlion, on doit en former les composantes pendant l'enfance, mais jusqu'à la puberté, l'attention réfléchie est trop intermittente, le pouvoir d'abstraction trop faible, les Ans proprement humaines trop étrangères à la conscience, surtout l'aptitude à dégager la loi des faits, à substituer l'autonomie à l'obéissance est trop peu prononcée, pour que l'élève puisse se passer des directions physiques et mentales qu'il reçoit constamment des volontés adultes.
d. Cf. W. Foi'busli, Tfie boy frohem, 6*^ éd. p. 14.
CIIAIMTKK Mi
1,A l'AKT DK F.A I.II'.i:iiTK
Dès la puberté, le problème de rédiicalioii se présonle sous une foi-mc nouvelle. ]>ien que l'acquisilion des liabiUuios indispensables à la volonté continue à s'efîectuer, de sorte ([u'on ne saurai! renoncer complètement aux procédés de la pi'i-iodo précédente, l'adolescent révèle dans sa personnalité physique et menlale des caractères si difl'érents de ceux de renfanl qu'on ne saurai! en aucun»^ manière se contenter de la nn-liiodi,' (léj^i employée.
La plupart des peuples on! eu le sentiment qu'à ce moment commence pour l'individu la \ie V(''ritable, relie qui le rend digne de i»arti- (iper aux secrets de la tribu, d(; se pré|»arer à l'état de citoyen, d'assumer la responsabilité de ses actes. Pres(pii' parlou! la seconde naissance t'sl ou a ét('' (■(•h'brée par des fêles, des cérémo-
nies rituelles, toute une initiation dont malheureusement on ne trouve chez nous la survivance que sous des formes religieuses et non civiques, en particulier dans les deux sacrements de la communion et de la confirmation.
Parmi les caractères psychologiques qui font du pubère un être nouveau, le plus important est sans contredit l'intérêt de plus en plus vif que, contrairement à l'enfant, il éprouve pour les fins susceptibles d'émouvoir un adulte civilisé. On pourrait même définir l'adolescence un effort progressif par lequel l'enfant d'hier s'efforce de réaliser en soi les qualités supérieures que sa race a conquises ou aurait pu conquérir. La vie instinctive qui donne à la première enfance un caractère si particulier, semble recommencer sur un autre plan,, le plus haut que l'individu puisse atteindre. Les tendances qui confèrent à la personne humaine une valeur incomparable, apparaissent à ce moment et, après avoir donné lieu à des manifestations souvent incohérentes, s'organisent peu à peu, non sans perdre en général une bonne partie de leur richesse initiale. Non seulement la plupart des jeunes gens de quatorze à dix-huit ans semblent s'efforcer d'entrer en communion avec les ins-
ir.o I. KiucATioN i;sT-i;ij,K rx durssage?
liiids les |»liis liaulcmciil clilVért'iiciôs de leur race, mais dans celle aspiration eommune, ils se (li^liiii^iiciil les mis des autres |)ar des caraclèrt's orii;iiiau\ (|ni, inalgi'c leur iuconsislance, donnenl à la peisoimalilé adolesceiile une marque individuelle doutou clieicheiail vainemeuiré(|uivalent aux âj^es précédents.
En oulre, il importe de noter que si, avant la puberté, les mêmes méthodes pédagogiques conviennent aux deux sexes, il n'en est pas de même à partir de ce moment. La plupart des jeunes filles gardent quelques traits essentiels de la mentalité enfantine, en particulier une grande docilité intellectuelle, de l'aversion pour les idées abstraites et le raisonnement logique, une aptitude d'autant plus remarquable <i noter les détails du monde extérieur qu'elle contraste avec leur impuissance fréipiente à sortir du conventionnel et à s'intéresser aux problèmes d'ordre général. L'apparition de la l'onction sexuelle modifie beaucoup moins leur conscience que celle des adolescents. Une fois passée la j)remière surprise, elles s'adonnent de nouveau à leurs éludes avec presque autant de tramjuillilé indifférente (|n'aii|iaiavanl. sans i-essenlii\ au même degré (pie leurs frères, les curiosilésde tout ordre,
les désirs innommés elles élans fous qui poussent les garçons pubères à varier indéfiniment leurs expériences de lavie mentale. Aussi souffrent-elles beaucoup moins de l'anarchie intérieure et de l'obnubilation fréquente de l'intelligence, qui semblent paralyser pour un temps beaucoup de grands élèves. Pour ce motif et grâce à la persistance du rôle joué par la mémoire dans leurs progrès scolaires, elles semblent, en beaucoup de matières, progresser plus vite que les garçons du même âge, ceux-ci ne pouvant plus absorber la nourriture intellectuelle avec la même passivité qu'autrefois. Cette supériorité en matière d'instruction, contrastant avec une infériorité réelle, mais moins apparente, à d'autres égards, contribue dans les pays où la coéducation est la règle, à indisposer les jeunes gens contre les jeunes filles, du moins dans les High Schools et les Collèges, contrairement à ce qui se produit dans les Universités , où étudiants et étudiantes fraternisent davantage dans la communauté des mêmes méthodes, des mêmes goûts intellectuels.Sans insister plus que ne le comporte notre sujet sur la diversité d'aptitudes qui distingue les deuxsexes, remarquons simplement qu'en général les jeunes filles ont une sentimentalité beaucoup
Mbndousse. 11
1G2 l/KDrCATlON H ST- K 1,1. i; IN D 11 K SS AG F, ?
nuiiiis coinplt'xc (lue celh' des adolescents, moins capable siirloui do sa! lâcher à des objets impersonnels, ([lie leiii- imagination, môme si elle se complaît dans le romanesque, est enfermée par la vie qui les attend dans des limites plus étroites, que leur volonté et leur intelligence s'appliquent moins à la création de fins originales qu'aux moyens d'atteindre celles qui leur sontproposées; en un mot, et quelque banale que soit cette conclusion, nous sommes obligés de constater avec l'opinion courante, que, en général, les facultés féminines tendent spontanément à conserver le patriinoilie ac([uis par la race, plutôt qu'à augmenter sa valeur par de nouvelles conquêtes d'ordre matériel ou moral. Or, une organisation psycho-pliysiologique où prédominent des caractères plus sj)écifiqucs qu'individuels, un esprit où les idées toutes faites sont destinées à jouer le rôle principal, exigent forcément, quelque part qu'on essaye de faire à la liberté, une métiiode éducative où prédominent les procédés aptes cà créer de bonnes hîibiludes.
Au conirnire, le garçon pubère semble rompre, parfois In iis(|iicment, avec bïs intt'rèls ({ui le passionnaient juxjne-là. l'u voile semble s'interposer, malgrélcs progrès de ladiscrimination sen-
sorielle, entre sa conscience et le monde extérieur, tandis que par contre, la vie intérieure commence à se révéler sous des formes de moins en moins indécises, A la pauvreté des émotions qui agitaient son ame d'enfant, se substitue une sympathie si diffuse qu'elle s'étend sur tous les objets réels ou imaginaires sans parvenir à s'épuiser. Les amitiés amoureuses entre adolescents du même âge ou bien entre grands et petits, le goût pour les groupements de toute espèce, l'affection croissante pour les parents, l'enthousiasme pour les grands hommes et les nobles causes, les alternatives d'amour et de haine, de délicatesse et de cynisme, de cruauté et de compassion, chez certains un mélange constant d'égoïsme et de générosité, bref toutes les oscillations de la vie affective qui atteignent pendant cette période leur maximum de fréquence, peuvent s'interpréter comme autant d'essais pour permettre aux tendances individuelles de passerde l'état potentiel à l'état actuel. Et ce qui prouve à quel point ces tentatives expriment le quid proprium qui distingue une personnaHté de toutes les autres, c'est que la plupart des sujets, malgré l'obsession des images sexuelles et le besoin d'émotions tendres, restent des années sans aimer d'amour
164 LKULCATION KST-KLLE UN DRESSAGE?
les jcimes filles de leur enloiirage, même celles qu'ils adetiionnenl le plus, tandis que parfois ils s'éprennent lollement des créatures fictives que leur imagination peut parer de tous les charmes dont se compose, suivant l'idéal de chacun, la perfection féminine.
D'une manière plus générale, la prédominance des états subjectifs dans la pensée adolescente est telle que la plupart des sujets éprouvent beaucoup de peine pendant quelques années à se faire une idée exacte des nécessités naturelles et sociales <[ui conditionnent leur activité. Leur esprit, au lieu de se laisser façonner par les impressions extérieures comme à l'âge précédent, réagit sur le fonctionnement des organes sensoriels et sélectionne, parmi leurs données, celles qui lui paraissent avoir quelque relation avecles états nouveaux q^ui le préoccupent. Aussi, tout comme chez le petit enfant, beaucoup de perceptions sont-elles des demi-illusions, en particulier celles qui sont fournies par des sens en rapport étroit avec lacénesthésie, tels que l'odorat, le goût, le toucher, le sens musculaire. Au conti'aiie la vue et l'ouie, en raison de leur caractère j)lus iniellecluel qu'alïectif, gardent la même valeur objective ([u'autrefois; leurs dis-
criminations qui semblent devenir plus précises, jouent, quoiqu'insuffisamment dans bien des cas, le rôle de réducteur qui, les années précédentes, était dévolu au toucher. Mais, considérés dans leur ensemble, les sens provoquent dans la conscience des états très nuancés de plaisir et de peine plus qu'ils ne lui fournissent des représentations précises ; leurs organes se comportent comme des appareils enregistreurs moins exacts surtout le sujet éprouve plus de difficulté à coordonner leurs apports, en particulier, à faire accorder les impressions tactiles et musculaires avec les données de la vue et de l'ouie. Du moins en est-il ainsi dans les premières années de l'adolescence, de sorte qu'en règle générale, les progrès dans l'apprentissage technique du dessin, de la musique, des travaux manuels, ne reprennent leur élan que vers la dix-septième année ou encore plus tard. Jusqu'à ce moment, il convient d'autant plus de restreindre le nombre d'heures qui auparavant était consacré à ces matières, que le pubère, abandonné à lui-même, utilise souvent l'habileté déjà acquise pour exécuter sur les thèmes qui lui sont familiers, les variations originales que lui suggère le sentiment nouveau de la beauté.
166 l/f:DL'CATION EST-ELLT. UN DRESSAGE?
Ainsi faisant, il prend conscience de son pouvoir créateur, lors même que ses productions artistiques ou mécaniques, comme c'est le cas le plus fréquent, valent plus par l'intention que par le résultat. On peut formuler la même remarque à propos de ses lectures et de ses premiers essais littéraires. Autant il importe de bien choisir les livres qui répondent le mieux à la mentalité de l'enfant, autant il convient de laisser l'adolescent prendre contact, selon sa fantaisie, avec les diverses manifestations de l'esjjril humain. De cette manière il est peu de situations, peu de sentiments réels ou imaginaires dont il ne fasse au dedans de lui-même rex|)érience idéale; car, les personnages littéraires l'intéressent beaucoup plus que s'ils vivaient en chair et en os, parce que le verbequi les crée, com|)orte clans l'esprit juvénile une imprécision (|ui lui permet de se les représenter sous les (rails (^u'il préfère. Volontiers il interpose des textes livresques entre les spectacles de la nature <d les émotions qu'ils lui suggèrent, ce qui, chose remarquable, n'enlève rien à la sincérité de celles-ci : car il est très rare qu'un adolescent puisse trouver une formule personnelle adéquate à l'imprécision de son rêve, l'our
définir cet indéfinissable, il aurait besoin d'une abondance de vocabulaire tout à fait disproportionnée avec l'exiguïté des ressources verbales qu'il possède. C'est en partie parce qu'il se rend compte instinctivement d'une telle indigence, qu'il s'intéresse bien plus que l'enfant à la forme des mots et à leur signification, à la tournure des phrases, aux virtuosités du langage, en un mot aux propriétés du verbe considéré implicitement comme une réalité ayant son existence propre, la même d'ailleurs que celle de l'idée. Une formule heureuse lui paraît une solution satisfaisante des problèmes les plus ardus, et, comme, d'autre part, les premières idées dont il s'enchante, les premiers raisonnements où il se complaît, présentent une rigidité dialectique excluant la relativité qui résulterait de leur rencontre avec les faits ou avec des concepts plus complexes, il risque, si on n'y prend garde, de verser dans une sorte de psittacisme où le formalisme de la pensée dégénérerait facilement en intolérance pratique.
Les controverses oratoires instituées sous différentes formes parles adolescents eux-mêmes sont bien instructives à cet égard. Les figures de style, les motschoisis, les images recherchées
168 r/KnrcATioN est-ei.lk un dhessage?
tuut l'altirail de rûloquence, y voisinent avee des raisonnements dont la simplicité recliligue atteste (|uo, pour l'orateur et les auditeurs, il ne saurait y avoir de vérité en dehors desjugements qu'on peut rallacher logiquement à des prin- •cipes catégoriques : mais comme des désirs puissants, dus le plus souvent à l'imagination affective, sous-tendent presque toujours la chaîne des arguments présentés comme apodictiques, la dialectique juvénile relève de la logique des sentiments eu ce sens que la conclusion, déjà impliquée dans les prémisses, conditionne d'avance la démonstration d'où elle résultera.
C'est pour de tels motifs que les idées pures ne jouissent jamais d'un |)ouvoir de réalisation aussi grand qu'à cet Age, Mais d'autres facteurs interviennent en même temps, qui en quelques années impriment à la croissance de la volonté un élan incom|)arable. Notons en |)remier lieu l'accroissement des forces musculaires qui pousse !•' j)uhère à la pratique des sports les plus pénibles, parfois même à l'exécution de véritables tours de force. Cette énergie peut se df'jx'nser non seulement dans des mouvements d'une amplitude et d'une violence inconnues auparavant, mais encore dans un travail mécanique
aussi délicat que la soudure de deux pièces minuscules, le bronzage d'un objet métallique, etc., en raison des progrès décisifs accomplis par l'inhibition centrale. Et comme d'autre part des mobiles puissants, tels que la conscience de soi, la vanité, l'émulation, l'orgueil, l'honneur, la sociabilité, la sympathie, etc., peuvent à ce moment concentrer la totalité de l'effort sur toute idée intéressante, l'attention se développe en même temps que la volonté dont elle est l'élément essentiel.
Une intériorité à la fois affective et imaginative, une disposition à penser les idées comme des absolus indépendants de l'expérience, un besoin incoercible de libérer par l'action l'énergie nervoso-musculaire accumulée dans l'organisme, une aptitude croissante à maintenir dans la conscience la représentation d'une idée ou d'un mouvement, voilà plus qu'il n'en faut pour créer dans le sujet untelgout de l'indépendance que la docilité de la veille passe bientôt à l'état de souvenir. Et comme chez la plupart des adolescents prédomine la tendance à faire des essais dans toutes les directions possibles, avant que la spontanéité individuelle se détermine dans une forme d'activité exclusive de toutes les autres,
no LKDLCATKIN KST-KLLK L.N DKKSSAGE.'
on poul s'aLtcndro aux actes les plus cstimablos comme aux pires scUtises. C'est ici la pc'riode j)ar excellence de la contingence, celle où la liberté s'elVorce par tles tentatives réiléiées de se consolider (Ml autonomie, quelquefois api'ès avoir e\j)i''i"im('ult'' loulesles formes du <'a|)rice et l'isquc bieu des modes de servitude.
Kst-il possible dans ces conditions d'abandonnei- sans de graves inconvénients les adolescents à eux-mêmes? Leur initiation aux fins les plus élevées de la vir liuniaiuc se fera-t-elle toute seule, si on les laisse se (b'brouiller comme les petits enfants, en les empèclianl simplement de contracter de mauvaises habitudes? Dans la moyenne des cas, il n'est pas permis de l'espi'l'er, ne serait-ce que pour les raisons suivantes: la réaction contre la contrainte extérieure et plus généralement contre les habitudes imposées au garçonnet, les poussent à faire par bravade des actes qui, à leurs yeux, attestent la suprématie dt's hommes libres; — l'indifférence ou, |»his exactement, l'incompréhension des adultes à leur égard, les porte à fronder comme également artificiels les usages les plus conventionnels et les règles de morale les mieux fondées, ou, si par contre, l'iusliiicl de sociahilili' l'fiii|Mirtc,
fortifié par le désir de plaire et de briller, ils risquent à cause de leur raideur inlellectuelle d'attribuer aux distinctions de classe et de fortune une importance démesurée. Ceux en qui fermentent des tendances ayant quelque origina lité, se trouvent dépaysés parmi les adultes, plus rarement parmi leurs camarades, et, à cause des souffrances dues à leur timidité, ils s'enfuient dans la solitude où, en l'absence des réducteurs habituels, ils vivent leur rêve, parfois au risque de manquer leur vie. A côté de ces délicats en qui les moindres impressions s'amplifient en émotions, d'autres adolescents, bien plus nombreux, croient faire preuve de virilité, en imitant dans les faits et gestes des adultes les particularités qui frappent le plus communément leurs yeux, ou qui répondent le mieux à leurs désirs prédominants. Faute d'être soigneusement sélectionnées dès leur apparition, leurs tendances plus délicates ou plus personnelles subissent un arrêt de développement qui peut être définitif, de sorte que souvent le sujet devient incapable de comprendre qu'en dehors de l'argent, du café et des femmes, il puisse y avoir un intérêt quelconque au monde, l'instinct paternel mis à part. Bien plus, la vulgarité des premiers désirs décèle
n2 I/KOrCATIOX KST-ElJ.i: UN DRESSAGE?
Iit's IV(''(jii(Miiui<'iil des liabiludcs vicieuses, dues en partie à l'abslention systématique de toute mesure concernant l'éducation sexuelle.
Si l'on remarque, d'un autre côté, que l'efTort intellectuel fourni entre quatorze et vingt ans est en général le plus considérable de tous ceux que l'individu accomplit dans sa carrière, qu'il a pour objet soit des matières scolaires fixées par les programmes, soit une tecbnique indusirielle, commerciale ou agricole, n'admettant guère d'imprévu, on conviendra que l'adolescent pas plus que le garçonnet ne saurait « trotter» à sa seule fantaisie.
Est-ce à dire qu'il faille le soumettre au régime pédagogique de l'Age |)récédent? Bien au contraire : car le dressage, c'est-à-dire la substitution d'une volonté élrangère à la spontanéité du pubère, aurait des conséquences encore pires que celles qu'entraînerait une émancipation trop complète.
11 n'y a peut-être lieu de pire en éducalion que l'état d'un garçon de quinze à vingt ans dont l'exubéranle spontanéité est comprimée sous une règle uniforme, qu'on lui impose sans tenir com|)le de ses aspirations, légitimes ou non. Tiavailb; par le désir obscur de prendre sa
revanche de cette contrainte injustifiée, il profite de toutes les occasions qu'il peut faire naître, pour donner libre cours à son besoin d'indépendance. De la liberté qu'il dérobe, il est porté à abuser, au point que la majeure partie des sottises qu'il commet dans les internats, vient peutêtre de là ; il n'y a pas lieu d'en excepter les habitudes vicieuses qui trop souvent créent entre pubères une sorte de franc-maçonnerie dont les mystères sont soigneusement cachés aux adultes qui, d'ailleurs, ne cherchent pas aies connaître. Oubien encore, chezlesnaturesimpressionnables, la timidité naturelle à cet âge s'exagère au point d'entraîner une impuissance radicale à réagir normalement dans les circonstances rares, telle qu'une visite à faire, un examen à passer, etc. Bien plus, à certains égards, il importe assez peu que la contrainte s'exerce par persuasion ou coercition, puisque dans l'un et l'autre cas il peut y avoir atrophie des qualités congénitales, de celles que le sujet, s'il évoluait suivant sa loi propre, fortifierait peu à peu en les combinant dans ]a formation d'un caractère personnel -ou d'un esprit original. Les charmeurs à la manière de Fénelon, ou, plus simj)lement, les maîtres trop diserts, dont le talent attire l'attention des
i-;i I. i:nrr.ATi<i\ i:st-elle un dressage?
jt'uiios iuidilt'iirs moins sur le fond des idées que sur la niaiiièrc donl ellfs sont exposées, peuvent exercer une action telle, même sur les mieux doués, que peud.uU des années ceux-ci s'elîorcenl d'imiler les modèles admirés plutôt que de penser ou agir par eux-mêmes. Plus généralement, un adolescent que l'on lient en lisières, devieni incapable de marcher seul, et comme il arrive un momenl inévitable où en qualité d'étudiant, de citoyen, d'ouvrier, etc., il est livré à lui-même, des chutes peuvent se produire dont il iK' se relèvera pas, ou, ce qui est encore pire, il pourra confondre de bonne foi la liberté avec raiiaicliie des égoïsmes, à moins qu'il ne la rejette comme un fardeau trop lourd pour ses épaules inexercées.
Comment échapper au dilemme qui nous HKintre la contrainte el le laisser-faire aboutissant à (les conséquences analogues? Un moyen nous reste qui est la clef de l'éducation du troisième Age : à savoir l'apprentissage de la liberté'. Les idées cintrantes en pédagogie sur la culture de l'initiative, conviennent d(; tous points à l'adolescence, à coiidilioii ([u'oii sorte (\o<> généralités et (|u'on s'inspire des caractères particuliers à celte pé'riode df la vie aussi bien que des ten-
dances personnelles à chaque élève. Il ne saurait être question de recommencer ici les analyses que j'ai tentées dans une autre étude. Elles ont abouti à cette conclusion que la première nécessité pour les éducateurs de la jeunesse est de surveiller l'apparition de chaque inclination, de mettre à sa portée un aliment approprié à sa valeur, en laissant au sujet le soin de le conquérir et de l'assimiler. Les fêtes, les représentations dramatiques, les cérémonies, la décoration des salles, les lectures variées, les jeux et toutes les formes humaines de la joie, à condition que les élèves y soient inventeurs et acteurs plus que spectateurs, favorisent et règlent l'essor de l'imagination, l'arrachent à une subjectivité excessive et la sollicitent peu à peu aux créations achevées, de même que les sociétés littéraires ou sportives, la bonne camaraderie et les amitiés plus tendres qui la diversifient, fournissent à l'amour naissant la nourriture qui lui convient le mieux, en attendant que la maturité de la fonction sexuelle le détermine dans le sens des affections familiales. Quant à l'instruction proprement dite, elle a tout à gagner en remplaçant peu à peu par le raisonnement les méthodes mnémoniques propres à l'âge précédent. Mais à
iS L1:DL CATION EST-I:LLK un UIIKSSAGE?
rainplilicatioii oratoire cl à la dissortalion logique, aux combiuaisons d'idées et de grandeurs dont se compose trop souvent tout renseignement scientifique, elle doit ajouter les études faites d'après nature, les observations qui permelleut à relève qui les a entreprises, de dégager la loi de sa propre expérience et de créer en lui la curiosité scientifique par les découvertes (|u'il a réussies dans des recherches se rapportant à quel([ut's disciplines bien choisies. Pardessus tout, il importe de faire passer le pubère du régime de l'hétéronomie à celui de l'autonomie. Transporter la règle au dedans de lui dans la mesure où il la comprend et où il l'accepte, ne donner jamais des ordres qu'on ne puisse justifier, bien plus, le faire participer à la rédaction des règlements qu'il doit suivre, le faire collaborer à l'organisation de l'établissement (service de la bibliothèque, composition des menus, etc.), le laisser se surveiller lui-même, multiplier dans les relations journalières avec les camar;ides ou avec les adultes les occasions de l'expérience morale, enhu lui inspirer une telle confiance qu'il aille spontanément au-devant des conseils indispensables, telles sont quelques-unes des indications (|ue comporte la psychologie de
cet âge : il est d'autant plus facile de s'y conformer que la volonté de l'adolescent, dans ses progrès continus, se subordonne d'elle-même à un certain nombre d'impératifs rationnels: justice, honneur, patrie, dignité virile, etc., auxquels il est facile de conférer l'autorité intérieure d'où résulte la liberté. Ainsi traités, non seulement les jeunes gens deviennent débrouillards, mais encore ils se montrent plus exigeants vis-àvis d'eux-mêmes et des camarades que ne le seraient les adultes, et finissent par acquérir un sentiment à la fois très délicat et très énergique de leur responsabilité individuelle et collective. Cependant il y a des individus qui, élevés dans de bonnes conditions, restent obstinément audessous de la moyenne atteinte par leurs contemporains : pour ceux-là le dressage est encore de saison, puisque l'érudition peut être considérée comme le succédané de la science, les bonnes habitudes comme celui de la moralité. En tout état de cause, il est nécessaire que les grands élèves aient le sentiment très net que leur initiative a pour limite certaines prohibitions qui s'imposent à toute personne, adolescente ou adulte, en raison de leur caractère rationnel ou social, et que ces barrières seront maintenues
Mendousse. 12