‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 8 sur 52 · Cf. Leibniz, JVoui'. Essais, avant-propos · texte numérisé non relu

Cf. Leibniz, JVoui'. Essais, avant-propos

32 l'HI I.OSOPIIIE DU DU ES S AGE.

houle, elc. Des essais persévérants opérés dans cet ordre d'idées jetteraient peut-être quelque lumière sur la question de l'hérédité des caractères actjuis, et s'il était prouvé que seuls les progrès eiïectués dans le sens des tendances piéexistantes persistent dans l'organisme, à la (lillercnce des acquisitions qui, par rapport à la nature spécifique de l'individu, n'ont que la vajcin- d'un accident, il y aurait là une position moyenne où j)Ourraient se rencontrer les néolamarckions et les néo-darwiniens; car ceuxci pourraient expliquer la persistance de certaines liahitudes motrices chez les descendants des individus dressés en invoquant la continuité de l'aclion exercée par la volonté humaine sur les générations successives, c'est-à-dire, en somme, la répétition d'une même variation accidentelle. De fait, quand celte influence ne s'exerce plus, l'instinct ne tarde pas à reprendre sa forme primitive : il y a régression parce que sans doute le progrès efTechu' pioveiiail d'une cause extérieure passagère et non de l'élan vital lui-même. Les chiens revenus à l'état sauvage ne tardent pas à perdre la falcullé d'ahoyer ; ceux qui étaient préposés à la garde des troupeaux cessent de resj)ecter leurs protégés, ceux qui rapportaient

le gibier se mettent à chasser pour leur compte, etc. K

Si l'intelligence des animaux est prisonnière de la vie, à plus forte raison faut-il considérer leur sensibilité comme la traduction en langage de conscience des vicissitudes liées au jeu des tendances biologiques. Ala différence de l'affectivité humaine en qui les représentations objectives, unies par des relations universelles, peuvent élever les joies et les tristesses à la dignité d'un sentiment rationnel, supérieur en valeur à toute vie individuelle, en tout cas susceptible d'un enrichissement indéfini, les plaisirs et les peines accessibles aux bêtes appartiennent à peu près tous à l'ordre des sensations, tout au plus à celui des émotions, celles-ci n'exprimant d'ailleurs que la rencontre soudaine des habitudes individuelles ou spécifiques avec un obstacle extérieur. Quoiqu'il n'y ait guère de sentiment altruiste qu'on n'ait attribué à tel ou tel individu appartenant à l'une des espèces supérieures, on peut affirmer, sans de grands risques d'erreur, que les faits invoqués impliquent une illusion provenant, entre autres causes, de l'indéci-

1. Bien entendu, ce retour aux tendances naturelles s'efl'ectue rarement dès la première génération.

Mendousse. 3

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sioii des faits aflectifs, de la difTicuUé de compreudre des consciences différant de la nôtre peut-être plus qu'en degré, et de la cristallisalion qui recouvre presque immanquablement dans notre esprit l'image des animaux vivant dans notre familiarité. La reconnaissance, la tidéiilé, le dévouement et en général les sentiments ad'ectueux attribués aux bêtes, ou bien se réduisent à des liabitudes conti'actées dès le jeune Age, ou bien ne sont (jue la conscience des conditions qui donnent à la vie du sujet une sécurité dont la jouissance finit par s'associer à la représentation d'une personne, d'un local, etc. Mais que surviennent des circonstances où les instincts primaires sollicitent l'activité en sens contraire, aussitôt le frêle échafaudage des sentiments s'écroule sous la poussée intérieure des émotions proprement vilalos, au point que beaucoup de prétendus amis des chats, des chiens, etc., ne trouvent pas d'autre moyen pour retenir leurs favoris à l'époque des amours quede supprimer en eux les conditions biologiques de l'instinct de reproduction.

Il ne semble donc pas possible que le dresseur crée par la pei'suasion seule des aptitudes entièrement nouvelles dans les individus qu'il instruit ;

tout au plus peut-il pi^ovoquer dans la mise en jeu des tendances naturelles des variations qui, si elles favorisent la vie spécifique, auront quelque chance de se transmettre par hérédité à condition que la postérité de l'élève soit soumise aux mêmes pratiques.

Mais, dira-t-on peut-être, si la conscience animale est déterminée dans sa forme par les nécessités d'un instinct variable suivant les espèces, comment l'homme parviendra-t-il à pénétrer dans cette conscience de manière à y implanter sa volonté? Remarquons d'abord que l'instinct dans ses grandes lignes est analogue chez tous les êtres vivants morphologiquement semblables, analogues aussi par conséquent les tendances fondamentales qui en sont l'aspect conscient. De plus si deux mentalités instinctives différentes ne peuvent guère se pénétrer, par contre l'intelligence humaine par son universalité est apte à comprendre toutes les formes de la vie. En troisième lieu, la mémoire fonctionnelle qui semble être à la base de l'intelligence animale n'est pas essentiellement, différente de ce vulgaire empirisme qui, d'après Leibniz, explique les trois quarts de nos actions Enfin, dernier trait qui montre à quel point est

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nécessaire dans le dressage la sympathie entre l'homme et l'animal, seuls réussissent à former de très bons sujets les maîtres qui partagent les goûts de leurs élèves. Un homme de cheval, non seulement se plaît dans la compagnie de ses bêtes, mais encoreaime autant qu'ellesles courses rapides et les longues randonnées. Le bon chasseur, dit un proverbe, fait le bon chien; plus généralement, il suffit dans bien des cas d'exceller dans une occupation semblable à celle qu'on veut imposer à un animal, pour que celui-ci, par imitation, devienne un bon écolier, lors même que son maître ignorerait totalement la |)étlagogie du dressage, à condition, bien entendu, que la tâche à exécuter appartienne à la catégorie des actes que le sujet accomplirait spontanément à l'état de nature. Mais d'autre part, comme le dressage, quel que soit le but poursuivi, dévie les aptitudes naturelles vers des mouvements utiles à l'homme et non plus à la bête, celle-ci, même assez intelligente pour comprendre ce qu'on veut d'elle, doit toujours être soumise plus ou moins à des mesures coercitives dont ne peuvent se passer entièrement les méthodes les plus intellectualistes; de sorte que, même dans les cas les plus favorables, on est

forcé d'avoir recours à des procédés permettant d'établirentre les exercices demandés etla volonté du dresseur un lien aussi souple mais aussi solide que celui qui subordonne dans l'hommecertains mouvements à la fois réflexes, instinctifs et volontaires tels que la marche, la natation, etc., à l'innervation centrale. Bien qu'abandonnés le plus souvent à une spontanéité subconsciente, ils n'en demeurent pas moins sous le contrôle du cerveau qui, à chaque instant, peut par impulsion ou inhibition, les accélérer, les ralentir, les modifier, en un mot, les accommoder à l'imprévu de l'action.

CHAPITHE III

Quelles que soient dans leur détail les méthodes suivies, nous sommes fondés dès à présent à répartir dans deux grands groupes les procédés qu'elles impliquent, l'un comprenant les moyens aptes à favoriser l'initiative de l'animal, à créer en lui de nouvelles tendances dont s'enrichira son instinct, l'autre comprenant les pratiques susceptibles d'agencer en lui un mécanisme rigide dont le déclanchement se fera au gré de l'opérateur. En réalité les deux espèces de procédés se mêlent dans tous les cas en proportions variables. Parmi les sujets à l'intelligence ouverte il n'en n'est aucun qu'on ne soit obligé d'habituer à des mouvements strictement automatiques, se produisant avec la régularité d'un réflexe à la suite d'un stimulus déterminé; de même qu'il n'existe peut-être pas un mammifère, un reptile

OU un oiseau dont la conscience soit si étroite qu'on ne puisse y insinuer quelques représentations nouvelles venant accroître la partie claire de l'activité instinctive.

Les auteurs qui se sontoccupés delà psychologie du dressage, pensent avec raison qu'on peut ramener à l'association des idées la plupart des opérations intellectuelles qui s'accomplissent chez les élèves de toute catégorie. Mais ils ne paraissent pas avoir distingué, parmi les diverses espèces de liaisons associatives, celles qui donnent naissance à des habitudes passives, tendant d'elles-mêmes à un automatisme inconscient, de celles qui, parce qu'elles mettent en jeu la spontanéité propre au sujet, gardent toujours ouverte par un côté la chaîne des représentations associées, de sorte que celles-ci, ne formant jamais une série définitivement close, conservent dans une certaine mesure le caractère conscient propre aux tendances incomplètement adaptées. En gros, on pourrait identifier les premières avec les habitudes mentales réductibles à la loi (le contiguïté, les secondes avec les relations réductibles à la loi de ressemblance. Celles-ci prédominent dans le dressage des animaux destinés à travailler en pleine nature, à l'état de

liberté ; celles-là dans la formation des animaux savants ou tenus en main.

On peut en efl'et poser en principe que tout sujet dont on attend des mouvements rigoureusement déterminés, doit posséder dans son esprit des connexions définitives entre certaines images kinesthésiques et les représentations visuelles, auditives, gustatives, etc., qui les ont précédées, accompagnées ou suivies au cours des nombreuses leçons reçues. On n'a pas à se préoccuper outre mesure du rapport entre les exercices demandés et les modes naturels d'activité. Il suffit que la conformation anatomique de l'élève ne le rende pas réfractaire aux exigences de l'instructeur, pour que celui-ci, s'il a les qualités nécessaires, finisse par créer les automatismes voulus. Le plus souvent il procède par répétition en ayant soin de décomposer les actes à exécuter en autant de mouvements élémentaires qu'il juge opportun : c'est ainsi que pour instruire un singe à ramasser un objet, par exemple la roue d'une voiture^ il faut d'abord riiabituer à se tenir debout, puis le forcer à tenir dans les mains l'anse d'un panier, etc. '. D'après

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