‹ Du droit de punirChapitre 26 sur 48 · D£ LA SPÉCIALITÉ DES PEINES · texte numérisé non relu

D£ LA SPÉCIALITÉ DES PEINES

C'est le triomphe de la liberté, lorsque les lois tireot chaque peine de la nature particulière du crime. Tout l'arbitraire cesse; la peine ne descend point du sacrifice du législateur, mais de la nature de la chose, et ce n'est point l'homme qui fait violence à l'homme. Montesquieu. Esprit des lois.

Beccaria penche visiblement pour une vieille doctrine reproduite dans toutes les anciennes lois, dans tous les légistes, l'analogie des délits et des peines. Cette idée dont la loi du talion a été l'expression la plus obscure et qui a longtemps imposé à notre ancienne législation les pénalités les plus étranges, a, depnis Beccaria, séduit encore deux puissauts esprits, Kant et Bentham.

FâusTiN HÉLiB, Pré/aee de Beccaria.

An moment où la révolution française éclata, la peine de mort avec toutes les variétés de son application, telles que la potence, la roue, le bûcher, embrassait cent quinze cas différents, et les crimes et délits oui échappaient au dernier supplice étaient

5 unis de la mutilation d'un membre , de l'empreinte u fer ronge , de la section de la lèvre on de la langue, de la flétrissure et de tous les raffinements qu'une cruauté ingénieuse s'était plu à inventer. Berengbr , Rapport sur les prisons.

La spécialité des peines qualifiées de <& peines expressives » est une idée spécieuse et fausse que l'expérience a condamnée, quoiqu'elle ait été la visée des plus anciens législateurs et de plusieurs criminalistei» modernes Beccaria, Montesquieu, Kant, fientham.

Assurément, il est très-facile et très-simple de couper la langue de celui qui a blasphémé ou calomnié, la main de celui qui a volé, les deux mains de celui qui a tué, les parties sexuelles de celui qui a violé ou qui a été convaincu d'adultère , les pieds de celui qui a déserté, les narines de celui qui a conspiré ; de crever un œil à celui qui a commis un faux en écriture privée , les deux yeux à celui qui a commis un faux en écriture publique ou contrefait des billets de banque ; de graver au fer rouge sur le front ou la joue des lettres variées, les unes qui indiquent telle ou telle condamnation subie pour des faits moins graves, les autres qui désignent les récidivistes, etc. Mais à quoi aboutirait un pareil système pénal exhumé du passé? Aboutirait-il à réformer la société , qui a dû l'abandonner après l'avoir adopté? Non, il n'aboutirait qu'à mettre à nu et à vif ses plaies les plus hideuses et qu'à nous ramener à la barbarie , d'où nous sortons.

Ce système suranné ne serait pas seulement faux et barbare, il serait encore dangereux, car les cinq volumes du Dictionnaire de la pénalité sont là pour attester que les gouvernements ne s'arrêtent plus dès qu'ils se mettent à imaginer une peine différente pour chacun des actes qu'ils se sont donné pour tâche de punir.

Si ingénieuse qu'elle paraisse être, toute pénalité sera toujours inique, car elle ne parviendra jamais à être juste et égale. Est-ce que la même peine est

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