LES CINQ PEINES CAPITALES
♦ En France, les peines capitales sont au nombre de cinq.
1* VécartèUment,
Le criminel, après avoir été «appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, et avoir fait amende honorable, est conduit nu en chemise, dans un tombereau , au lien du supplice, où Ton a précédemment construit, au milieu d'un parc entouré de palis, assez étendu pour que les chevaux aient une place suffisante pour tirer, un échafaud haut de trois ou quatre pieds , sur lequel le criminel est posé à plat sur le dos, et attaché avec des liens de fer, dont un lui entoure la poitrine vers le cou, et Tautre les hanches vers le bas-ventre. Ces liens sont vissés dans le bois de Téchafaud , afin que son corps ne cède pas à reffort des chevaux, que Texécuteur achète au moyen d'une somme qui lui est délivrée , et qui sont harnachés comme les chevaux qui tirent les bateaux.
L'exécuteur lie ensuite Tarme homicide dont il s'est servi à la main du criminel, et la lui brûle avec du soufre. On lui arrache ensuite avec des tenailles des morceaux de chair aux mamelles, aux cuisses et aux gras des jambes , et Ton asperge ses plaies d'une composition de plomb, huile, pois-résine , cire et soufre fondus ensemble. On attache en-
suite une corde à chaque membre du patient, savoir, aux jambes, depuis le genou jusqu^au pied, et aux bras, depuis Fépaule jusqu'au poignet, par trois nœuds d*embal- ]age qu*on fait faire à la corde. Le bout de chaque corde s'attache an palonnier de chaque cheval, qu'on fait ensuite tirer par plusieurs petites secousses. On se détermine enfin à faire tirer les chevaux de toutes leurs forces , en tout sens« pour écarteler tous les membres. Mais, comme il arrive ordinairement que les tendons et les ligaments résistent et ne quittent point , malgré TefTort des quatre chevaux , ni même d'un plus grand nombre , on est enfin obligé de couper les ligaments vis-à-vis la jointure des os. Alors les chevaux entraînent chacun son membre; et après les avoir détachés de la corde et du tronc de Téchafaud , Ton jette le tout sur un bûcher qu'on allume sur-le-champ ;. et quand le tout est réduit en cendres , on jette les cendres en l'air avec des pelles. Le supplice de Damiens a duré deux heures, lui vivant. Il avait été appliqué à la question pendant deux heures un quart. M. de Machault rougissait au feu le fer des pincettes que lui-même appliquait sur les jambes nues du régicide.
Ce supplice n'a lieu ordinairement que pour les crimes de lèse-majesté au premier chef, quoique cependant il ait été employé quelquefois pour punir les attentats faits à lapersonne des princes du sang, comme on le fit, en 1582» à l'égard de Salcède , pour avoir attenté à la personne du duc d'Anjou, frère du roi; et, en 1563, contre Jean Poltrot, pour avoir assassiné le duc de Guise. On l'emploie même quelquefois contre les chefs de conjuration, ainsi qu'il s'est pratiqué, en l'année 1548, contre Lavergne, l'un des principaux chefs de la conjuration de Bordeaux (1).
(1) JoussE, Traité de la justice criminelle en France. Paris, 1771.
2* La petne du feu tnf.
Elle s'emploie ordinai-ement contre les coupables de sacrilèges, de parricides, de crimes contre nature; les empoisonneurs et incendiaires... Le $acrilége comprend : le blasphème, l'athéisme, la magie, le sortilège, Thèrèsie, etc. Quant à la manière dont cette peine s'exécute, on plante* aif milieu d'une place un poteau de sept à huit pieds de haut, autour duquel, laissant la place d'un homme, on construit un bûcher en carré , composé alternativement de fagots , de bûches et de paille. On place ainsi autour du bas du poteau un premier rang de fagots et un second de bûches, en observant de laisser à ce bûcher une issue pour arriver au poteau.
Le patient étant arrivé au lieu du supplice, l'exécuteur, après l'avoir fait déshabiller, lui met une chemise de soufre, et puis le fait monter sur le rang de fagots et de gros bois , l'attache au poteau par trois liens différents , l'un au cou, l'autre aux piedd avec des cordes, et le troisième au milieu du corps avec une chaîne de fer. Gomme les exécuteurs se servent ordinairement , pour la construction du bûcher, de crocs dont le fer a deux pointes, une droite et l'autre crochue, ils en ajustent un en fermant le bûcher 'de^f on que la pointe se trouve vis^-à-vis du cœur du patient, et aussitôt que le feu est mis au bûcher de toutes parts, un des exécuteurs pousse avec force le manche de ce croc qui déborde le bûcher, dont la pointe perce le cœur du patient, qui meurt sur-le-champ.
Il arrive néanmoins quelquefois que les cours jugent à propos de tempérer la rigueur de ce supplice en ordonnant que le criminel sera auparavant étranglé secrètement par l'exécuteur. Ce qu'elles font par un retentum qui se
met au bas de Tarrêt, et dont Ton donne seulement communication à Fexécuteur.
L'exécution étant faite , et aussitôt que Texécutear pest approcher de l'endroit où le patient a été mis, il prend une pelletée de cendres qu'il jette au vent, ainsi qu'il est ordonné par l'arrêt.
3* La roue.
Cette peine a été introduite en France par l'édit de 1534 de François V\ Pour son exécution, on dresse un échafaud sur le milieu duquel est attachée à plat une croix de Saint- André, faite avec deux solives en forme oblique, assemblées au milieu où elles se croisent , sur lesquelles il y a des entailles qui répondent au milieu des cuisses, des jambes, du haut et du bas des bras. Le criminel, nu en chemise, étendu sur cette croix, le visage tourné vers le ciel, l'exécuteur ayant relevé sa chemise aux bras et aux cuisses, l'attache à la croix avec des cordes à toutes les jointures, et lui met la tétë^ sur une pierre. En cet état, armé d'une barre de fer carrée, large d'un pouce et demi, arrondie avec un bouton à la poignée , il en donne un coup violent entre chaque ligature, vis-à-vis de chaque hoche, et finit par deux ou trois coups sur l'estomac.
Quand le patient ne doit pas être rompu vif, suivant le retentum porté par • l'arrêt et qui ordonne parfois que le condamné sera étranglé secrètement, sans même sentir de coups vifs , ou bien après en avoir senti un , on a précédemment construit sous l'échafaud, à l'endroit où le patient a la tête , un moulinet composé de deux montants arrêtés en haut sous l'échafaud et en bas dans la terre, que deux traverses assemblent; et au milieu est le moulinet rond percé de trois trous, comme on le voit derrière les
charrettes et chariots , et une corde passée en cravate sur le cou du criminel se va rendre à ce moulinet, et, se roulant autour par le moyen de leviers que deuiL hommes abaissent Tun après l'autre , elle serrje vigoureusement le cou du patient et Tétrangle sur-le-champ.
Après Texpédition faite , le corps du criminel est porté sur une petite roue de carrosse dont on a scié les moyeux en dehors , et qui est placée horizontalement sur un pivot. L'exécuteur, après lui avoir plié les cuisses en dessous, de façon que ses talons touchent an derrière de sa tête , rattache à cette roue , en le liant de toutes parts aux jantes, et le laisse ainsi exposé au public plus ou moins de temps. Quelquefois on Texpose ainsi sur un grand chemin , où on le laisse pour toujours.
4* La potence.
Elle s'inflige pour tous les cas od la peine de mort est simplement ordonnée par la loi, sans en désigner le genre. Elle s'emploie principalement contre les roturiers, pour les mêmes cas auxquels la peine de la décollation ou de la tête tranchée s'emploie à l'égard des nobles (1).
Cette peine s'exécute ainsi. Après que l'on a attaché au cou du criminel trois cordes, savoir les deux tortouses^ qui sont des cordes grosses comme le petit doigt , ayant chacune un nœud coulant, et le jet, ainsi appelé parce qu^il ne sert qu'à aider à jeter le criminel hors de l'échelle, qn le fait monter sur la charrette de Texécuteur, où il est assis sur une planche de traverse^ le dos tourné au cheval, le confesseur à côté^ de lui , et l'exécuteur derrière. Arrivé à la potence, où est appuyée et liée une échelle, Texécu-
(1) En crimes qui méritent la mort , le vilain sera pendu et le noble décapité. (Loysel, liv. VI, titre 2, max. 28.)
teur monte le premier, à reculons, et aide, au moyen des cordes, au criminel à monter de même.
Le confesseur monte ensuite du bon sens, et pendant qu^il exhorte le patient, Texécuteur attache les tortouses au bras delà potence, et lorsque le confesseur commence à descendre, Texécuteur, d*un coup de genou, aidé du jet, fait quitter Téchelle au patient, qui se trouve suspendu en Tair, les nœuds Coulants des tortouses lui serrant le cou. Alors Texécuteur, se tenant des mains au bras de la potence, monte sur les mains liées du patient,, et à force de coups de genoux dans V estomac et de secousses, il termine le supplice par la mort du patient. Il y a des parlements où Fexécuteur, laissant les tortouses plus longues, monte sur les épaules du patient, et à coups de talon dans V estomac, en faisant faire quatre tours au patient , il termine plus promptement son supplice.
5" La décollation.
Nous plaçons cette peine dans le dernier ordre des peines de mort , non-seulement parce qu'elle parait la moins rigoureuse, mais parce qu'elle n'emporte point parmi nous la note d'infamie, comme les précédentes. C'est pour cela qu'elle est principalement réservée pour les personnes nobles.
Cette peiqe, qui était connue à Rome sous le nom du glaive, s'exécute parmi nous de la manière suivante : on élève un échafaud ou plancherde dix ou douze pieds en carré et de six ou sept de haut ; quand le patient est monté on lui ôte son habit. Étant en chemise et le cou découvert, les mains liées par devant, à genoux, l'exécuteur lui coupe les cheveux, s'il en a, et lui fait baisser un instant la tête sur un billot d'un pied en carré, haut d'environ huit
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pouces, assez près de lui pour voir le point, puis, le confesseur retiré, il prend son sabre, et, d*un coup de revers, il abat la tète du patient. S^il manque son coup , il achève de la couper sur le billot à coups de hache (1).