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variant selon les lieux, les temps et les croyances, contrevenu à aucune des lois dérivant de la nature des choses , lois immuables? Es-tu sûre d'être d'accord avec l'humanité, à l'égard de laquelle tu n'es que ce qu'une nation est à l'univers et que ce qu'un siècle est à l'éternité? »
Si la peine est l'expiation de la faute , l'expiation doit être entière; si la peine est l'intimidation du pervers, elle ne doit pas l'intimider à demi; si la peine du méchant est la protection des bons, elle ne doit pas les protéger à moitié ; si la peine corporelle est la réparation du trouble, elle doit être complète. Point de demi-peines! point de demi-supplices !
Logiquement, la peine de mort peut se défendre; logiquement, aucune antre peine, même celle de la détention à perpétuité, ne résiste à un examen approfondi. Mettre les mauvais en prison , ce n'est pas seulement mettre les bons à l'amende, puisque ce sont ceux-ci qui payent les frais de logement et de nourriture de ceux-là ; c'est encore et surtout mettre la société aux prises avec un problème insoluble : le problème des libérés.
Qu'en fait-elle, qu'en peut-elle faire, sinon des récidivistes, sinon des êtres plus dangereux à l'expiration de leur peine et à leur sortie de prison qu'avant la condamnation et la prétendue expiation de leur crime?
Un ouvrier meurt, tombe malade ou change
d'atelier; deuxreiQ{daçant& se prése^teot levr livret è la maîn ; Tun n'a jamais encouru aacuœ condaBination jadiciaireV l'antre est nn libéré : que deira fiedre la société, représentée par le manufacturier ou l'entrepreneur? Si elle donne la jH'éférence am libéré, que pensera et que deviendra Timmaculé? Si elle donne la préférence a l'immaculé , que pensera et que deviendra le libéré? Qui lui donnera le pain sans lequel la faim, mauvaise conseillère, le poussera au vol et du vol au meurtre^ par la déclivité àe la pente et la puissance du milieu? Qui lui donnera le coucher, sans lequel, s'il échappe à la cour d'assises^ il n'échappera pa& à la police correctionnelle qui juge et punit les vagabonds? Si le libéré est jeune, s'il a été a^ez rusé pou tromper les défiances de la mciété à son égard, s'il a été assez laborieux pour gagner son pain et payer son gite, à qui se niariera-t-il? S'il avoue sa qualité de repris de justice^ trouvera-t-il une honnête fille qui consente, avec l'assentiment de ses ^rents, à devenir sa femme? S'il parvi^it à cacher qu'il m été condamné à une peine afiUctive et infamante, quel sera le sort de la malheureuse femme le jour où un incir dent tardif, mais immanquable, lui révélera le passé de son. mari? S'ils ont des enfants,, qu'en feronl-ils? comment les élèveremt41s? Si le libéré ne se marie pas, s'il n'ose pa», s'il ne peut pas se marier,, dans quels bas-fonds de cette société, fière ds nom qu'elle porte, le libéré plongera-t-il pour y trouver
/Gooçle
— - liiiifrif: iri' .
une concubine? et si de cet accouplement il naît des enfants, quel lait suceront-ils? En ouvrant les yeux, quels exemples auront-ils? Dès leur plus bas âge assis à l'école de la flétrissure et de la réprobation, de la misère et du vice , quelles leçons puiseront-ils? C'est en vain que Bentham a émis le vœu que je vais rappeler :
Un criminel ne doit pas, après avoir subi sa peine dans les prisons, être renda à la liberté sans précaution et sans épreuves ; le faire passer subitement d'un état de captivité à une liberté illimitée ; Tabandonner à tontes les tentations de Tisolement, de la misère et d'une convoitise aiguisée par de longues privations, c'est un trait d'insouciance et d'inhumanité qui devrait enfin exciter l'attention des législateurs.
C'est également en vain que le directeur des prisons et des établissements pénitentiaires de France, M. Dupuy, a consigné dans son rapport de 1865 les réflexions suivantes :
Serait-il juste d'attribuer à l'inefficacité de notre sys* tème répressif les récidives qui sont annuellement signalées ? Ne pourraient-elles être imputées à d'autres causes ?
La surveillance légale, qui se justifie d'ailleurs par des motifs de sécurité publique, n'a-t-elle pas pour efiTet de jeter fatalement les libérés en dehors de* la société? Ne les empèche-t-elle pas de se procurer du travail ?
La courte durée des peines ne contribuerait-elle pas à cet état de cboses ?
Les canses les plus actives des récidives doivent donc
être recherchées aillears que dans le régime de nos établissements, dans lequel les privations et les moyens de réforme sont combinés de telle sorte qu'il semble diflBcile d'aller plus loin sans rompre la mesure qui doit être gardée entre les droits de la répression et ceux de Thumanité.
Entre Iqs maisons de force et de correction , il n'y a pas d'établissement de refuge et de travail à la porte desquels les repris de justice puissent aller frapper avec la certitude qu'elle leur sera ouverte et qu'ils y trouveront à gagner leur vie sans y perdre leur indépendance.
Pourquoi?
Serait-ce parce qu'il serait impossible que l'ordre y régnât sans un régime disciplinaire qui différât peu de celui de la prison?
Serait-ce parce que de tels établissements, si l'Etat les fondait, ne pourraient exister sans porter atteinte à la concurrence, laquelle vit nécessairement de liberté et d'égalité?
Quelle que soit la cause qui ait empêché de prendre en considération le vœu souvent émis qu'il se fondât des établissements librement ouverts aux repris de justice, il suffît de constater qu'il n'y en a point.
Si le droit de punir n'est pas un droit qui se justifie par son origine et sa légitimité ; s'il est dénué de la puissance d'intimidation salutaire qu'on lui attribue et que les faits contredisent; si l'usage de
punir n'est pas un usage qui se justifie par sa fin et son utilité; si cet usage est moins utile que nuisible et moins tutélaire que dangereux ; si ces adoucissements n'ont été que des inconséquences; si, enfin, les problèmes dont il est hérissé sont insolubles, n'en doit-on pas conclure que l'humanité, pour se mettre à l'abri des risques de meurtre et de vol, a autre chose à faire que de dresser des échafauds ou des potences, et qu'à construire des prisons selon le mode d'Auburn ou selon le mode de Philadelphie?
Je ne suis point exigeant : je ne demande pas au droit que s'e^t arrogé l'homme de punir corporellement un autre homme , je ne lui demande pas de me prouver sa légitimité, ce qu'il ne pourrait faire ; je me contente de lui demander de me démontrer son utilité; et c'est parce que j'ai cherché cette utilité sans la découvrir que j'ai rencontré sur mon chemin ce point d'interrogation : La société ayant désarmé l'homme au nom usurpé de la justice, ne serait-ce pas au tour de l'homme de désarmer la société au nom mérité de la science?