‹ Du droit ecclésiastique dans ses principes générauxChapitre 31 sur 85 · L'évêque de Borne, successeur du prince des apôtres · texte numérisé non relu

L'évêque de Borne, successeur du prince des apôtres

Plusieurs circonstances pouvaient intervenir d'une manière spéciale dans la détermination de Tordre de succession à la primauté de Pierre, le faire éclore et lui servir de base. Premièrement le lieu où Pierre laissa en mourant son sacerdoce, sa chaire et sa royauté ; secondement la qualité de successeur de Pierre, envisagée en dehors de sa dignité de prince des apôtres (2) ; troisièmement une union particulière avec la personne de Pierre, fondée sur l'ordination reçue de ses propres mains.

Sous ce dernier rapport le nombre des prétendants aurait été fort considérable, alors même qu'on ne voudrait pas tenir compte

(1) Bosêuetf Defensio déclarât, cleri Gallic.,1. X, c. 5.

(2) LupoH, Jurisecdes. prœléct., v. U, p. 95.

DE Là succession. 99

des redierches historiques faites récemment, et qui précisent d'uue manière plus exacte le nombre d'évéques, de prêtres et de diacres consacrés ou ordonnés par Pierre (i). Celte circonstance, d'aiUmirs, n'avait par elle-même aucun rapport avec Tordre de succession, et n'aurait pu avoir d'action déterminante qu'avec le concours des deux autres. Or, d'une part, Tordre de succession se rattachant nécessairement à la personne de Pierre, de Tautre, le lieu de sa mcrt et la succession à sa dignité, considérée abstractivement par rapport à la primauté, devant avoir une influence dét^fflinante sur Tordre du succession à la primauté elle-même, tout ce qu'il reste à faire, c'est de suivre Pierre dans la carrière qu'il a parcourue, ou plutôt dans là voie où Dieu a conduit le prince des apôtres. C'est là, et surtout au terme de sa course, que nous trouvons le véritable principe de Tordre de succession dans le royaume du Christ sur la terre.

Après avoir d'abord coopéré, pour sa part principale, à la fondation de TÉglise de Jérusakm, Pierre porte ses p£^ à Ântioche, où il exerce longtemps les fonctions épiscopales. De là il se rend à Rome, en fonde, en gouverne TÉglise, institue, par le ministère de Marc son disciple, Tévêché d'Alexandrie, et meurt à Rome, évêqne de Rome.

On le voit, TÉglise de Rome ne peut pas invoquer le privilège de Tancienneté. Celles de Jérusalem (2) et d'Antioche existèrent avant elle; que Pierre fût mort sur le siégede Tune de ces dernières villes, son successeur à ce siège devenait naturellement héritier légitime de sa primauté (S). Or Pierre est mort à Rome, évêquede Rome. Celui qui lui succédait comme évêque de Rome, identifié par cette qualité avec lui, à tel point que Pierre semble revivre et se perpétuer dans sa personne, était aussi celui entre les mains de qui devaient passer des mains de Pierre les clefs du haut sacerdoce

(1) Tertull., dePrœêcript., c. 52. Catal. felic, 4 p. — Or^lnes de TÉglise romaine, par les membres de la communauté de Solesmes, 1. 1, p. 212; pièces JMtificatiYes, n. 6, p. 18.

(2) Pearaony Lectiones in Acta apost. I, n. 18, p. 36. — Gotti, Vera ceci^, christ., t. II, p. 1, art. 2, n. 1, p. 34. — Bolgenif TEpiscopato, p. 64. ^Doudey Sacra maj. Hierr. eccles., p. 35.

(3) LupoK, p. 104. — 11 Thimoth., iv, 21.

et le sceptre pastoral de la royauté, cehii qui devait être rhéritier de Pierre dans l'enseignement prophétique, et par suite devenir comme lui cette pierre fondamentale, « assise dans les^rofondeurs de la terre et qui doit élever les chrétiens établis sur elle jusque dans les hauteurs du séjour de Tespérauce. » Dans Tordre temporel, c'est le plus proche parent du roi défunt qui recueille sa succession au trône ; ici également c'était l'évêque de Rome qui, comme successeur de Pierre dans Tépiscopat romain, devenait, en vertu de ce titre, l'héritier légitime de toute sa succession, et il n'est guère permis de douter que ce premier successeur du prince des apôtres, dont nous voyons déjà le nom figurer dans la seconde épître à Timothée, n'ait été désigné et choisi par lui-même comme celui à qui devaient passer toutes ses dignités (1).

Or, de même que c'est par Pierre principalement que Dieu transmet ses grâces à l'Église générale, par Pierre que cette Église a reçu le souverain pouvoir des clefs, par Pierre que l'infaillibilité de l'enseignement lui a été assurée, par Pierre enfin, en tant que chef^ qu'elle est le royaume de Dieu en terre, c'est aussi par Pierre que l'Église de Rome a été décorée du privilège suréminent en vertu duquel ses évêques sont revêtus de la suprématie sur toute l'Église. La chaire de Pierre et l'Église romaine jouissent de la primauté à cause de Pierre (ratione Pétri), parce qu'en vertu de cette parole: Tues Pierre, etc., toute puissance est conférée au siège apostolique par la succession de ceui qui y sont assis (2). Ainsi cette glorieuse prérogative n'est point Tapanage de l'Eglise romaine, comme telle ; elle ne le possède uniquement que par Pierre, qui lui-même, quoique investi personnellement, directement et immédiatement (3) de la primauté, ne l'a pas reçue néanmoins pour lui-même, mais pour le bien de

(!) Iren., Adv. hœr., III, 5.

(2) Toici comment s'exprimait le général des dominicains dans le concile de Florence : Ex quo ( des paroles de Jésus-Christ à Pierre ) , patet quod sedes Pétri et romana ecclesia dicitur habere primatum ratione Pétri, quia per hoc quod dixit : Tu es Petrw, etc., omnis potestas derivatur in sedem apostolicam per successionem sedentium in ea. — Bolgeniy l'Episcopato, p. 71.

(3) Bolgeni, loc. cit.

DE LA SUCCESSIOD^; : \ \ ^ { ; : '- '\î(kj

rÉglise (1), et, par la même raison, la transmet à l'Église de Borne, non pour le bien particulier de cette Église, mais pour celui de TÉglise universelle. C'est donc au prince des apôtres, après Dieu, qu'eUe est redevable de cet honneur, et non à la splendeur de Rome, devenue par Pierre, dans un sens tout autre et infiniment plus élevé, la reine et la dominatrice du monde, non plus qu'au décret d'un concile, ou à la faveur d'un de ses empereurs (2). En marquant Rome dans l'ordre de ses conseils pour devenir le siège épiscopal du prince des apôtres, le lieu de sa mort. Dieu fixait d'avance, pour toutes les générations futures jusqu'à la consommation des temps, Tordre de succession à la primauté. Ces deux circonstances étaient les événements historiques auxquels allait se rattacher le sort de tous les siècles. Par eux s'accomplissait la première transmission de la puissance ecclésiastique (5) ; la primauté entrait dans le domaine de l'histoire, pour recevoir en elle et par elle ses développements ultérieurs; quoique cependant on puisse dire, avec pins de raison encore, qu'instituée de Dieu pour le bien du genre humain, et dirigée par l'esprit d'en-haut, la primauté a de son côté exercé sur l'histoire une action incessante et salutaire (4).

Alors même donc que les premiers siècles de l'antiquité chrétienne garderaient le silence sur la primauté de Tévêque de Rome, alorsmême qu'il ne s'élèverait pas une seule voix en sa faveur, ce fait seul que Pierre a^té évêque de Rome, est mort évêque de Rome, suffirait pour étabhr inébranlablement, en faveur de l'évêque de Rome, le droit de succession à la primauté . Mais, au lieu de ce silence, nous entendons s'élever de toute part les témoignages les plus éclatants et les plus irrécusables (5). Et d'abord les qualifications

[1] lupoii, p. 114. — Dœllingert Handbuch, bd. 1, s. 354.

(2) Mmdoza, Quesi., 4 âchol. — Biner. ^ de Summa Trinitate, p. 105. — Natalit Alexander, Hist. eccl. saec, I, )•. 244. — Walter, Kirchenrechts, 8.39.

(3) Soardif de Supremarom. ponlif. anctoritate, vol. I, p. 19. — Xystus Epist. ad Joan. Antioch. : Beatus Petrus apostolus in successoribus suis, qood accepit, hoc tradidit.

(4) Blatter, Hist. pol., bd. VIII, s. 436.

(5) BmnettiSj Privil S. Pétri vindic. , t. I, p, 9t) et suiv i t. II, p. 176 et

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scsules dont Tévèque de Rome est décoré, et qu'il s'attribue luimémo (1), sans réclamation y et cela dans les temps mêmes où son autorité est le plus dénuée de toiit appui extérieur, n'exprimentelles pas la croyance et la conviction générales, que rinstitiition de Pierre en qualité de chef de l'Église a appelé son successeur dans la chaire de Rome à ime égale dignité? Il est désigné par le nom même de Pierre, identifié avec Pierre (2) ; cest Pierre qui parle par sa bouche (3) ; il est pour tous les pasteurs ï interprète institué de la voix de Pierre, le propagateur universel de sa foi et du salut qu'elle enfante (4). Il est V homme apostolique, le père apostolique et catholique (itaéira?) (5), Yapôtre de toute r Église, le pontife suprême^ Xévêque des évêques, Yévêque de rÊglise catholique.

Mais ce ne sont pas seulement ces dénominations significatives qui viennent proclamerle droit de l'évêque de Rome; c'est la voix de tous les saints Pères, de ceux d'Orient comme de ceux d'Occident ; ce sont toutes les voix de l'histoire ecclésiastique qui s'élèvent en chœur pour le saluer de leurs acclamations. Qui pourrait ne pas connaître la voix du souverain pasteur de l'Église dans ces lettres de saint Clément, troisième successeur de saint Pierre, adressées à l'Église de Corinthe, au sujet de l'opposition qu'elle faisait à son presbytère, pendant la vacance du siège apostolique, et oii, avec une autorité qui ne suppose pas même la possibilité d'une réclamation, il les blâme et les rappelle à l'ordre (6)?

suiv. •— Ces témoignages sont si nombreux, que l'on pourrait dire avec Cicéron : Àut hoc testium satU m«, aut neacio quid soUis est.

(1) Klee, Dogmatik., bd. 1, s. 215.

(2) Lêo M., in Serm. 2, anniv. assuropt. su» : Probans (Petrus) ordinatissimam totius Ecdesi© chariUtem, qu» in Pétri sedem Petrum suscipit, et a tanti amore pastoris nec in persona tara imparis tepescit hœredis.

(3) Idemy Epist. 25 : Beatus Petrus, qui in propria sede vivit, pnesidct, prœstat quœrentibus fidei veritatem.

(4) Epist. S. Synod. Chalced. ad Leonem; op. S. Leonis, 1. 1, p. 1087 : Vocis beati Pétri omnibus constitutus interpres et cjus lidei beatificalionem super omnes adducens.

(5) Cette qualification n'était cependant pas appliquée exclusivement à révêque de Rome. V. Gotti, Vera ecd. Christ., t. U, p. 37.

(6) Rothe, Die Anfange der christlichen Kirche, bd. 1, s. 403. — ScfuBuemann, Ponlif. Rom. epist., p. 6.

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Peu après ce saint pontife, nous entendons saint Ignace, dans sa Lettre aux Romains, donner à leur Église, entre autres apel- . btions honcNrables, celle de directrice de V alliance de f amour ^ c'est-à-dire, de Talliance des chrétiens réunis par la charité dans la société de rÉglise (1). Il ne tient à aucune autre Église un semblable langage, et, tandis qu'il exhorte tous les autres fidMes à rester fermement attachés à leurs évéques respectifs, il s'abstieflt de toute recommandation de ce genre vis-à-vip de ceux de Rome, tant ils étaient renoinmés pour leur attachement exemplaôreauleur (2).

Saint Irénée, écrivant aux hérétiques, est encore plus énergique sur la prééminence de Rome. « Il est nécessaire, dit-il, que t toute ËgUse, c'est-à-dire, que tous les fidèles soient en com- « munion avec cette Église, à cause de sa primauté surémi- <( nente, parce que c'est dans son sein que se sont constamment « coBservées les traditions apostoliques (3). » Ces paroles remarquables du saint évêque de Lyon , placées à la suite du tableau des papes qui avaient occupé le siège de Rome depuis saint Pierre jusqu'à son temps, se terminent par cette observation non moins frappante : « Il est superflu de faire Ténumération « des évéques des autres Églises. Pour confondre nos adversaires, « il nous suffît de montrer k plus ancienne de toutes, celle qui « a été fondée par les glorieux apôtres Pierre et Paul (4). »

iSaint Cyprîen signale aussi Rome (5) comme la chaire de

(1) HpoxaOïQjJkivv) vvii «'jfQ&irnÇ'

(2) Rothe, bd. I, 8. 445.

(3) Irm., C. hœr., III, 3. Ad banc enim romanam (ecclesiam) propter poUorem piineipalitatem necesse estomnem convenire Ecclesiam, hoc est eos, «prisant undique fidèle»; in qaa semperab his, qui sont undique, conser- TsU est ea quse est ab apostolis traditio.

(4) /fw., Quaniquam valde longum est, in hoc tali volumine ecclesiarum nuiDerare successiones, maiimse et anliquissimaB et omnibus cognilœ a glonosissimis duobus apostolis Petro et Paulo Komse fundatœ ecclesiœ, eam quœ bibet ab apostolis traditionem et annunciatara hominibus fidem per succes- WHïes episcoporum pervenientes usque ad nos, indicanlcs, confimdimus «nneseos, qui quoquo modo vel sibi placentia, vel vanam gloriam, vel per cKciUtem et malam sententiam prseter quam oportet coUigunt.

(5) Cyprian.f Epist. 55 ad Comel. : Post illa adhuc insuper pseudoepi- ■copo sibi ab luereticis constituto, nayigare audent, et ad Pelri cathedram

Pierre, calhedra Pelri, et la première Église de la chrétienté ; il l'appelle la racine et la matrice de FÉglise catholique (1), et saint Augustin annonçait qu'elle n'avait cessé de jouir de la prééminence du siège apostolique (2).

Les autres Pères de l'Église ne parlent pas autrement (5), et en tout ce qu'ils disent leur témoignage est confirmé par les faits. Ce que Pierre avait été, dans le dessein du Christ, pour les apôtres, l'évêque romain Tétait pour Tépiscopat, qui s'empressait de toutes parts de lui adresser des lettres de paix et de communion (4). De même que Pierre avait été établi par Jésus-Christ conune celui dont la foi ne devait pas défaillir, et qui avait mission de fortifier ses frères , de même nous voyons l'évêque de Rome comme le centre autom* duquel tous les évêques viennent se ranger, comme le frère commun à qui ils s'adressent tous, dans les luttes de la foi, pour être affermis (5). De là, dans les questions doctrinales, ses décisions acceptées comme définitiTes et émanées du Maître infaillible, et, dans les affaires de discipline générale, ses prescriptions considérées et obéies comme des jugements sans appel.

Nous signalions tout à l'heure le ton d'autorité de Clé- ' ment 1" ; celui de Victor I", au sujet de la question de la fête de Pâques, est encore plus ferme, plus absolu. Son langage est celui d'un juge suprême qui prononce en dernier ressort (6). Déjà précédemment Marcion, déposé de l'épiscopat et frappé d'excommunication, en avait appelé au pape Éleuthère, comme on vit, à quelque temps de là, les novateurs Fortunat et Félicis-

atque ad Ëcclcsiam principalem, unde unitas sacerdolalis cxorla est, a schis maticis etprofanis litteras afrerre, nec cogitare eos esse romanos, quorum fides apostolo prsedicante laudata est , ad quos perildia habere non possit accessum .

(1) Idem, Ëpist. 45 ad Gornel.

(2) August., Epist. 43, n. 7.

(3) V. dans Klee^ Dogmatik., bd. I, 217 sq , les passages des samts Pères relatifs à ce sujet.

(4) Origine de l'Église romaine, vol. I, p. 53.

(5) Go«», p. 36. — Domine (rater, tel est le titre que le synode de Carthage donne au pape. Ëpist. syn. apud Âugust. epist 172, n. 2.

(6) De SimeonibuB, de Romani pontif. judiçiaria potestate, t, I, passim.

sime, excommuniés par saint Gyprien, s'adresser ^ Corneille pour obtenir leur réhabilitation (1). Cyprien lui-même, ce Père, d'ailleurs, défenseur si zélé de la primauté, ne dut-il pas faire lepreuve de la puissance du chef suprême de TÉglise, dans son différend avec Etienne I", au sujet du baptême des hérétiques (2)? Et certes Cyprien n'aurait pas été admissible à se plaindre; n'avait-il pas lui-même, peu auparavant, invité le pape à déployer toute sa sévérité contre Marcien, évêque d'Arles, qui s'était rallié à l'hérésie des novateurs , et qui en effet avait été déposé par Etienne (5)? Denis d'Alexandrie s'était trouvé impliqué dans le démêlé de Cyprien avec le pape. L'affaire était terminée, et néanmoins il lui fallut se laver au tribunal de l'évéque de Rome du soupçon de sabeUianisme (4). C'est ainsi encore qu'un autre patriarche , successeur de Pierre sur le siège d'Àntioche, Paul de Samosate, fut contraint de reconnaître l'autorité du successeur de Pierre à Rome, en se voyant déposé de son patriarcat par le même pape (5).

Tous ces faits appartiennent au troisième siècle. Comme les exemples se multiplient dans les temps subséquents, nous nous boraerons à signaler, pour le quatrième siècle, l'attitude de Rome vis-à-vis de l'hérésie arienne ; la protection que les évoques dépossédés par les ariens, et Athanase en particulier, trouvèrent dans Jules 1" (6) ; la conduite du pape Damase à l'égard d'Ursace d'Auxence (7) et des apollinaristes (8); puis, pour le cinquième, la guerre infatigable que le pape Célestin fit aux nesloriens (9), et celle que fit aux eutychiens Léon I", qui, pro-

(1) Epiphan.y Hœres., 42. — Cyprian., Epi8t.43 ad Corn.

(2) Euseh., Hist. eccl.. VU, 5. — D« Simeonibus, p. 132.

(5) Cyprian., Epist. 67 ad Steph. — De Simeonibus, p. 412 ad 426.

(4) Àthana8,j Epist. de Sentent. Dionys., n. 14, de Synodis, n. 43. — tolgmi, p. 89.

(5) De Simeonibusj p. 448.

(6) De Simeonibusy p. 473 ad 510.

(7) Gotti, p. 47.

(8) Damas. y Epist. 5, a. 378. — Apud Schœnemanny Pontif. Rom. epist., t.I, p. 342.

(9) F. la correspondance entre Célestin, Cyrille d'Alexandrie, dans Schœ- ^Mtimny p. 768.

cédant vis-à-vis d'eux comme chef suprême de TËglise et juge souverain, fulmina contre eux la sentence d'excommunication, et les retrancha de la o(»nmunion des fidèles.

Après tous ces exemples, il ne saurait en aucune façon être mis en doute que, de» les temps primitifs du christianisme, non-seulement les évêques de Rome se sont arrogé, dans toutes | les affaires de TÊglise, la primauté de l'autorité souveraine, mais encore que cette primauté a été reconnue comme leur appartenant d'institution divine, par toute TÉglise, et en particulier par répiscopat- tout entier. Ils ne sortaient donc pas de la limite de leurs attributions en se déclarant les chefs de Tépiscopat (1), en évoquant à leur tribunal toutes les causes majeures (2), en prétendant que là seulement elles pouvaient recevoir une solution définitive et obligatoire poiu* tous (3). L'opinion qui prétend que les lettres des papes ne s'adressaient qu aux provinces soumises à leur juridiction métropoUtaine ou patriarcale n*est donc pas soutenable (4). Il en est de même de la supposition que le sixième canon du concile de Nicée a limité les droits du pape à ces provinces suffragantes (5). Ce canon n'a entendu statuer nullement sur ce point, mais seulement imposer aux patriarcats d'Antioche et d'Alexandrie les formes et les règlements juridictionnels du patriarcat de Rome (6). Bien loin de révoquer en doute la primauté du pape, Tuniversalité des synodes Fa pleinement reconnue ; celui de Sardique, en particulier, la place en son rang naturel, dans sa réglementation de Tordre d'appd (7), et une foule de conciles ont sollicité de Tévêque de Rome la sanction de leurs décrets (8).

Avec la primauté de Kerre et de ses successeurs entrait dans

(1) Léo M., Serm. 2 infest. assumpt. suœ, c. m.

(2) Damas., Epist. 1, n. 1.

(3) CiriciuSf Epist. 1 ad Himerium episc. Tarasconensem, a. 385, c. 15. — Zosimusy Epist. 9 ad Hesychium salot. ann. 418, c. iy.

(4) Walter, Kirchenrecht, § 19, s. 43.

(5) £(ee, 8. 235,n.2.

(6) Walter, p. 44, n. W.

(7) Idem.

(8) Idem, n. F, s. 41.

le monde une puissance spirituelle immense, en même temps qa'un principe d'ordre d'une action irrésistible. La vérité du christianisme devait à la fin triompher "et de la fureur de l'empire romain, si longtemps acharné à la persécuter, et de la rivalité haineuse du pontificat païen, ennemi envieux du sacerdoce chrétien, d un ordre si supérieur (1). La conversion de Constantin vint encore ajouter à la puissance de l'Église. Fortes de leur origine divine, l'Église et la primauté n'avaient nullement besoin de la reconnaissance des empereurs ; mais les empereurs sentaient, au point de vue de leur position, le besoin pour euxmêmes de se déclarer authentiquement dans leurs lois les fils et les protecteurs de TÉglise et de son chef. L'un des documents les plus remarquables sous ce rapport est un édit de l'empereur Yakitinien, dont les principes sont reproduits dans les lois de Jostinien (2)«

D'un autre côté, les ennemis n'ont manqué en aucun temps au siège de Pierre et à la primauté du pape. De Dioscore d'Alexandrie (3) à Luther, Calvin, Marc-Antoine de Dominis et aux modernes adversaires de la primauté, l'histoire n'est qu'un tableau continu des luttes et des combats soutenus par la chaire

(1) DœUinger, 364.

(2) NoY. Yaleotm. 5, imp. de episcop.. ordinatione^ ann. 445. Cum igilur sedis apostolicœ primatum, S. Pétri meritum, qui princeps est episcopalis corons et romane dignitas civitatis, sacre etiam synodi finnavit auctori- Us; ne quis prseter auctoritatem sedis istius illicita prœsumptione attentare oitalor. Tune enim demum ecciesiarum pax ubique servabitur, si rectorem ^um agnoscat universitas. Hec cum hactenus inviolabiliter iuerit custodita, hacperemii sanctione decernimus. ne quid tam episcopis galiicanis quam iliarum provinciarum contra consuetudinem veterem liceat sine vin venenbilis Pape urbis œlernœ auctoritate tentare. Sed hoc illis onmibusque pro lege sit, quidquid sanxit vel sanxerit apostolicœ sedis auctoritas. Voyez sur Bolgeni, p. 71, Ballerini : Opus sancti Leonis, t. I, p. 642. — Eichhorn (Gnmdsœtze des Kirchenrechts, bd. I, s. 77) ne Voit, à tort, dans cet édit H^'un simple rescrit, et Richeter (s. 37) raccompagne de cette remarque : <U en résuite encore autre chose, la conscience, de la part de l'empereur, de sa supériorité sur la primauté et sur celui qui en était investi.» Celte consé- <IQence est absolument arbitraire. Un empereur qui reconnaît la primauté de Pierre, comme le fait Yalentinien, ne se détacherait pas du troupeau que te Christ a commis à la garde et à la conduite de Pierre.

(3) Devoth Jus can. uniy., 1. 1, p; 57 sq;

108 UU DROIT ECCLÉSÏASTJQUE.

de Rome. Hais si tant d'enuemis acharnés ont pu réussir à eu- Iraîner bien des âmes faibles hors de la communion romaine, leurs efibrts sont restés impuissants vis-à-vis de son chef, et n*ont iibouti qu a mettre dans tout son jour la solidité inébranlable du rocher sur lequel le Christ a bâti son Église.

LES évÊQUES, EN TANT QUE SUCCESSEURS DES APÔTRES. g XXII.

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