‹ Du droit ecclésiastique dans ses principes générauxChapitre 61 sur 85 · Du défaut de foi et de science · texte numérisé non relu

Du défaut de foi et de science

Si l'Église, dont la puissance est essenliellement spirituelle,

(4) Can. Communiter^ 3, d. 55. — Ce délai n'est pas toi^ours suflisanl. — Conférences f loc. cit., p. 92.

(2) Can. Quamvis tritte, 14, c. 7, q. 1.

(5) Can. Maritumf 2, d. 53 : AfDictione diaboli vexatus. — Can. Cterici. 4, ibid.

(4) Can. Maritum, 2, d. 53. — Qui in furiam uliquando versus iusanit

(5) Conférenceêj loc. cit., p. 87.

(6) Berardij loc. cit, p. 354.

attache néaDmoins, par amour de la dignité extérieure, une si grande importance à la perfection du corps, combien plus elle doit tenir à la prédominance de Télément spirituel dans ses prêtres ! Aussi, dans les conditions qu'elle exige des ordinands , ne lui sufBt-il pas qu*ils soient sains d*espril; elle veut encore qu'ils aient cultivé et nourri toutes les facultés de leur intelligence, et elle refuse Tordination aux esprits incultes et stériles, en leur opposant ces paroles du prophète :

f Parce que vous avez méprisé la science, je vous rejetterai f (les fonctions de mon sacerdoce (1). Car les lèvres du prêtre f garderont la science , et Ion recherchera la loi de sa bouche « parce qu'il est l'ange du Seigneur des armées (2). i»

L'ignorance est à peine tolérable dans les laïques; elle l'est bien moins encore dans les clercs, qui, par leur dignité, occupent une place si éminente dans rhunianité (3). Aussi doit-on rigoureusement exclure des saints ordres tous ceux qui sont désignés par les formules canoniques, comme inscii litteraruih, iUiterati, ignorantes et imperiti (4). L'évêque qui les ordonnerait offrirait au Seigneur, selon Fexpression de l'Ancien Testament, et contrairement à ses préceptes, des bêtes aveugles (5).

La direction des âmes est la plus sublime des sciences, Yart des arts (6) ; cette mission difficile ne doit point être confiée à des intelligences sans culture; la chaire du docteur ne peut être occupée par des hommes qui ne serai^t pas même dignes de prendre rang parmi les disciples (7) I L'enseignement présuppose toujours le savoir ; on ne devient pas chevalier sans avoir été d*abord écuyer ; on ne donne pas de leçons avant d'en avoir reçu (8), et celui qui veut porter la lumière dans les ténèbres

(1) OseaSf IV, 0. — Can. Omnes psallmUa, 7, d. 38.

(2) Malach.Ahl.

(5) Si m lotcMCan., 3, d. 38 (Léo M.).

(4) Can. lUUeratoSf 1, d. 36. — Can. Qui in aliqvo^ 5, d. 51 (Conc, Toîet., IV, c. 49). — Can. Vilissimus^ 45, c. 4, q. 1. — Can. Prxcipimu», 10, d. 34. — Can. Staiuimui, 8, d. 61, note 58.

(5)^Can. Sacerdotes, 2, d. 49.

(6) Cap. Quum sit, 14, X, de ^l. et quai, pnef., 1, 14.

(7) Can. SacerdoteSf cii. [Conc. lat., IV). . . . ■

(8) Can. Si cUricatus, 27, c. 16, q. 1.

intellectueltes de ses frères doit lui-même approcher son esprit du flambeau de la science pour dissiper ses propres ténèbres.

Ce fut donc avec juste raison que le pape Honorius III déposa un évêque qui avouait son entière ignorance de la grammaire et qui n avait jamais hi Donat , fondant cette déposition sur les statuts canoniques et le respect de la majesté divine, qui ne permettait pas de tolérer une pareille imperfection (i) dans un ecclésiastique. Il n*est plus temps, en effet, de commencer à s'instruire alors que déjà on est revêtu d'une dignité qui impose à ses élus le devoir d'ensdgner (2); ce serait donner un aveugle pour guide à un autre aveugle, et tous deux tomberaient dans la fosse (3)! Une première erreur en engendrerait une foule d'autres; l'ignorance n'est-elle pas la mère de toutes les erreurs (4) ? La science, au contraire, est la mère des vertus (5), et la posséder, c'est d^'â une présomption que Ton possède également une âme vertueuse (6) î

La science est un bien, tandis que rignorance est un mal tellement odieux à l'Eglise, qu elle s'est efforcée de le prévenir en prononçant dans ses synodes la peine de la suspense, et contre le clerc ordonné malgré son défaut de connaissances, et contre l'évéque qui lui a conféré l'ordination (7). Le concile de Trente (8), dans le sentiment profond des impérieux besoins de l'Église à cet égard, a fait aux évéques une obligation ess^tielle d'instituer des séminaires pour l'instruction des jeunes gens qui se destinent h l'état ecclésiastique.

Du reste, la sollicitude de l'Église pour la culture et le pix)grès de la science n'est pas d'origine récente: elle a marqué tous les

(1) Cap. Quamvis, 15, X, tit. cit. — Per evidentiam facli usque adeo de iUiteratura et insufficientia sua constat.

(2) Greg. Magn. Pastoral., p. II, c. li.

(3) Can. Qiue tjww, 5, d. 38. — Agohard, Tract, de priril. et jure sicerdot.

(4) Can. Ignwranîia, 1, d. 38 (Conc. TôUt, lY, e. 24).

(5) Can. Prauentiwn, c. 1, q. 5.

(6) Cap. Cwn in jwentute, 15, X, de Prsesumt. (II, 25).

(7) Can. Qui in aliquo, 5, d. 51. — Cap. Quum sit, cit. : -- Et ordiwtores ultioni gravi decernimus subjacere.

(8) Cône. Trid., Scss. 23, de Refbrm., c. 18.

siècles par des masures empreintes de la plus haute sagesse ; et, bien loin d'arrêter Fessor des intelligences, les dépositaires de la puissance spirituelle le couvrirent toi]ùours de leur protection et r^couràgèrent de tout leur pouvoir.

Gharlemagne, cet illustre prince qui, plus qu'aucun de ses successeurs, se montra fermement convaincu de cette idée, que de l'accord intime et de Tunité d'action de la puissance temporelle avec l'Église devait résulter le plus grand bonheur des peuples confiés à ses soins; Charlemagne, disons* nous» ne fit que traduire la pensée de l'Église en érigeant un grand nombre d'écoles sur toute la surface de ses vastes États (i). Le même esfnrit anime le pape Eugène 11^ lorsque, dans un concile tenu à Rome, en l'an 826, il décrète solennellement que, dans tous les évécbés, dans toutes les paroisses, partout enfin où besoin serait, il soit institué des maîtres pour enseigner la jeunesse dans les sciences et les arts libéraux (2). L'élude même de la littérature profane n'était pas exclue de l'enseignement ecclésiastique, et l'on s'autorisait en cela de l'exemple de saint Paul, qui, dans plusieurs passages de ses épîtres, avait cité des sentences tirées des livres de l'école païenne (5). Hais cette étude devait avoir pour objet unique le bien de l'Église ; aucmi autre intérêt ne pouvait y trouver place. Â l'exemple de Hoïse et de Daniel, s initiant aux mystère^ de l'antique Egypte ou de la Chaldée (4), pour en extraire tout ce qu'ils renfermaient de choses bonnes et utiles, mais rejetant avec horreur tout ce qui leur sembkut être une cause de séduction et de désordre moral, les clercs doivent soigneusement disfjemer le baume qui vivifie d'avec le poison qui tue. Toujours tutélaire et protectrii'e, l'Église éloigne d'eux les oeuvres classiques, toutes le^ fois que la culture de ces œuvres doit les détourner de leur véritable voc^^on. Conformément à ces vues, l'ec^ désiastique ne doit; point consommer son temps dans la lecture de pomédies , de bucoliques , de fables uniquement propres à

(1) Yid. Deutsche Geschichte, t. 2, p. 172.

(2) Can. De quibusdomj 12, d. 37.

(5) Gan. Turbat, 8, d. cit. (Beda).

(4) Can. Qui de mensa, 11 ^ d. cit. — Can. Turbot, cit.

339 DU DROIT ECCLÉSUSTIQUE.

allumer dans son âme le feu de la convoitise. On ne sacrifie pas seulement aux démons en brûlant sur leurs autels un encens idolâtre, mais encore en accueillant avec plaisir dans son âme le langage des païens (1). La louange de Jupiter est inconciliable avec la louange du Christ (2) , et ce serait une honte pour l'Église que Tobole de la veuve ne profitât qu'aux grammairiens et aux rhéteurs, et que les deniers du temple reçussent une destination profane (5) !

Une étude exclusive des sciences profanes est donc interdite aux ecclésiastiques, qui doivent au contraire les considérer comme des travaux purement préparatoires dont ils sont tenus de s'affranchir le plus tôt possible. Il faut qu'à leurs yeux, grammaire, géométrie, arithmétique, musique, autant de sciences qui portent en elles-mêmes leurs beautés et leurs vérités et ont leur utilité dans la vie (4), ne soient en quelque sorte que les servantes de l'Église. Il est bon et avantageux de les posséder; mais ce n'est point là ce qui constitue la vocation ecclésiastique; révêque n'a point reçu pour mission d'enseigner les règles du langage et de la littérature, mais de conduire son troupeau et de l'instruire dans la parole dé Dieu (5).

Dieu, voilà la véritable étude, la vraie science que doit poursuivre le sacerdoce s'il veut apprendre au peuple à connaître et à servir Dieu! Et c'est dans cette pensée que Moïse se prosternait oonstammeut auprès du tabernacle pour recueillir de la bouche de Dieu même les vérités qu'il devait enseigner au peuple (6). Le prêtre qui ne va point s'abreuver à cette source sacrée, qui consume ses jours et ses nuits à creuser les subtilités de la dialectique, et dont la pensée errante, s'élançant tour à tour dans les hauteurs des cieux et dans les profondeurs de la terre, se plonge dans Tinanité de ses stériles recherches, et tombe définitivement dans le vide, ou bien encore qui passe sa vie à forger

(1) Can. Sacerdotea, 2. — Can. IdeOf 15, d. cit.

(2) Gan. Quum multa, 5, d. 86.

(3) Gan. Quando presbyteri^ 2, d. 38.

(4) Can. Si quis artem, 15. d. 37.

(5) Gan. Quum multa^ 5, d. 86.

(6) Gan. Si quU vuU, 3, d. 36.

des ïambes, et met toute son application à encombrer son cerveau d'une forêt de rhythmes, ne marche-t-il pas réellement dans la vanité de ses pensées et dans une véritable nuit de l'âme (1 )? Ce n'est point avec des distiques ni avec les logomachies d'une dialectique quintessenciée que Dieu a sauvé son peuple, mais avec la pureté du cœur et la simplicité de la foi (2).

Ils sont donc singulièrement absurdes, ces riches de la science qui, se grandissant dans leur sot orgueil de toute la hauteur dont leurs connaissances dépassent, à leurs yeux, le savoir du commun. des hommes, prétendent dominer le genre humain et raillent méchamment un évêque parce qu'il n'aura pas toujours réussi à revêtir sa pensée de formes rigoureusement irréprochables. 11 a transgressé les règles de la grammaire, peut-être est-il allé jusqu'à se rendre coupable de solécismes, que dis-je? de barbarismes ! la satire peut-elle avoir assez de traits à lui lancer?... Vanité ridicule! Comme si c'était la voix, et non les élévations de 1 ame, qui porte les paroles de l'homme jusqu'aux oreilles de la Divinité (5) I Méditer la parole de Dieu, c'est le devoir de tous les chrétiens ; mais c'est la véritable, l'unique science de ceux qui aspirent à parvenir aux dignités hiérarchiques (4). De même que la nuit, selon le langage du pape Zéphyrinus dans le pseudo-Isidore (5), n'éteint pas la clarté des étoiles, ainsi la perversité du monde est impuissante contre les fidèles, quand ils éclairent leurs âmes au firmament scintillant de la sainte Écriture.

C*est donc dans la parole de Dieu que Tecclésiastique doit porter les investigations de son esprit. Il faut qu'on puisse dire de son cœur ce que saint Jérôme disait du cœur de Népotien dans son panégyrique, qu'il était comme une bibliothèque de Jésus- Christ (6). Celui qui ne connaît pas la sainte Écriture ne connaît

(1) Can. JVonnc, 3, d. 37.

(2) Can. Omnem, 6, d. cit.

(3) Can. Sedulo, 12, d. 38.

(4) Can. Omne» piallenkif 6, d. cit.

(5) Can. Sicut stellas, d. cit.

(6) Thomautn^ Vêtus et nota discipl. Ecdes., p. II, lib. I, c. 85, n. 1, vol. IV, p. 556.

354 DU DBOÎT ECCLÉSIASTIQUE.

pas Jésu&Chrîst (1), et quiconque ne connaît pas Jésus-Christ, Jésus-Christ ne le connaît pas. C'est pourquoi TÉglise eiige de tous ses ministres qu'ils aient fait de grands progrès dans celte connaissance, et elie oblige Févéque, par des prescriptions trèssévèreSy à ne pas imposer les mains sans examen. On raconte de saint Césaire, évêque d'Arles, qu'il n'ordonna jamais de diacre qui n'eût lu au moins quatre fois la sainte Écriture (2).

Du reste, les conctitions imposées aux clercs, relativement à ia culture des sciences, ne pouvaient être les mêmes pour tous; FËglise les a sagement graduées selon les degrés de la hiérarchie. D^à, dans les temps anciens, celte gradation avait été observée, et plusieurs canons avaient posé des règles à cet égard (5). Le concile de Trente, dans^les temps modernes, a complété cette œuvre par de nouvelles dispositions, d'après lesquelles nul ne doit être admis à la tonsure s'il ne sait au moin» lire et écrire, et s'il ne connaît les vérités fondamentales de la religion chrétienne (4).

Tout aspirant aux ordres mineurs est tenu de produire une attestation de son curé faisant foi de son instruction religieuse, et une autre du directeur de l'école qu'il a fréquentée, relative à ses connaissances en latinité (5).

îiOs clercs des ordres inférieurs ont tout le temps nécessaire à ^acquisition du degré d'instruction que l'Église exige des sousdiacres et des diacres. Ceux-ci doivent non-seulement posséder une certaine connaissance des lettres, et surtout* l'usage familier de la langue latine, mais encore être vo^sés dans tout ce qui se rapporte aux fonctions de leur ordre (6). On peut néanmoins user de plus d'indulgence à l'égard des réguliers que leur vo-

(i) Can. Sijuœta,9fà: cit. — Ignoralio Scripturarum, ignoratioChristi est.

(2) Conférences d* Angers. Sur les irrégularités, juin 1709, q. 2, p. 97.

(5) Can. Nulli, 4. Can. Qu» ipsisj 5. Can. Omnes paalUntei, 6. Can. Placutt, 7. — Conférences, loc. cit., p. 98 sqq.

(4) Conc, Trid.y Sess. 23, de Rei'orm., c. 4.

(5) lékm., loc. cit., c. 5, c. 14.

(6) W., ibiél., c. 13.- Barbosa, de Offic. etpotest. Episc., p.U, tàH- 46, n. 9, p. 410.

catkm u*appelle poiui à la direction des âmes (1). Toutefois, pour ce qui coustitue plus essentiellement Fiiistruction sacerdotale proprement dite, le religieux lui-même, lorsqu'il est appelé à rhonneur du sacerdoce, ne saurait en être dispensé. Il ne doit donc être promu à cette auguste dignité qu'à la condition d'être versé dans la connaissance des saintes lettres et du. droit canon. Quant au prêtre séculier, destiné à la dispensation quotidienne des choses sainte et à rompre continuellement le pain de la parole au troupeau de Jésus-Christ, cette douhie connaissance lui est indispensablement nécessaire à un degré incompai^ablement plus élevé (2). Mais si l'Église se montre si exigeante à l'égard des simples prêtres, que ne doitrclle pas demander aux évêques? Aussi veut-elle voir en eux comme autant de personniûcations vivantes de la science ecclésiastique, sans quoi elle ne les croit pas en état de remplir dignement les fonctions de leur charge (5). Elle ne permet à aucun prêtre d'ignorer les canons (nulli sacer^ dotum liceat ignorare) (4). Hais, quand elle s*adresse à l'évêque, elle lui recommande cette étude avec un zèle qui ne peut être égalé que par lardeur sans bornes qu'elle l'invite à y apporter. C'est qu'en effet la connaissance du droit ecclésiastique est indispensable au maintien de la discipline générale, et le pape Célestin avait bien raison de dire : « Qui de nous peut espérer une protection efficace, si Tautorité des Décrétâtes, grâce à la liberté d'interprétation laissée aux laïques, est violée au gré du premier venu? i» L'expérience a parfaitement démontré combien il est préjudiciable, disons plus, dangereux pour le clergé, surtout en £ace de l'autorité temporelle, d'abandonner l'étude du droit canon et de vivre dans Tignorance des lois protectrices de l'Église. Comment le prêtre fera-t-il reconnaître ses droits et obtiendra-t-il qu'on les respecte, s'il ne les connaît pas lui-même?

(1) Bairhoia, loc. cit., n. 14, p. 411. — Fermosinif Tract, de Oflic. et srcris, ad Gap. Àdaures, de Temp. ord., q. 2, p. 220 sqq.

(2) Conc. Trid., loc. cit., c. 14.

(5) Idem, Sess. 22, de Reform., c. 2. — Gan. Qui eccUêiasticii 2,d. 36. (4) Can. Nullif 4, d. 38. — Can. Ignorantiaf 1, d. cit.: Sciant sacerdotes Seripturas aanctas et canoneo. — Vid. sapra §5.

On conçoit d'ailleurs, sans qu'il soit besoin de le dire, qu il ne s'agit point ici de cette connaissance du droit qui sert à conduire habilement un procès, mais de celle qui, dans un ordre plus élevé, a pour but suprême le règne de Tordre dans TÉglise, l'éducation du peuple chrétien (i).

Le droit canon étant donc une des sciences nécessaires à tous les clercs en général, et plus spécialement aux prêtres, pour l'exercice de leur ordre, ceux-ci doivent Tavoir étudié, de même que les autres sciences, avant la réception de l'ordination. L'ordinand qui ne possède pas les connaissances voulues se trouve frappé d'un défaut qui, en tenant compte de la différence des conditions prescrites pour les divers degrés de l'ordination, constitue une irrégularité. Ce défaut peut, il est vrai, se corriger de lui-même par l'étude des sciences exigées, mais cette étude doit toujours précéder l'ordination, et Tévêque ne peut pas conférer les ordres à un ignorant parce qu'il aura promis de s'instruire |2). Dans ce cas, le sujet incapable ne peut même, rigoureusement, être relevé de son défaut par voie de dispense, nul n'étant apte à un emploi tant qu'il est dépourvu des moyens de le remplir (3). Cependant le pape peut accorder la dispense sous la réserve expresse que l'ordonné n'exercera les fonctions de son ordre qu'après avoir acquis les connaissances exigées (4).

Mais la véritable science du clerc, celle qui, pour lui, est audessus de toute science, c'est la foi, ou plutôt il n'acquiert de connaissances que pour corroborer en lui la vertu de la foi, dont un souffle divin lui a transmis le don incomparable. Ceci nous amène à traiter de Thérésie, qui, en même temps qu'elle consti-

(1) Carol. a Basil. S. Pétri, Vita S. Carol. Borr., lib. VIII, c. 34. — Canonuiri ea scicnlia perjucunda erat, quœ Patrum mores et acta reprœsentans, ecclesiie componendœ atque ordinandœ rationem continet : dolens eos commun! consuetudine tanlum canones ad interpretandum seligi, qui ad lites judiciaque pertinent. (V. Thomassifit Vêtus et nova Ecd. discipl., p. II, lib. I, cap. 91, n. 12, tom. IV, p. 575.)

(2) Fagnani, Comment, in cap. Quum in eunctit, 7, X, de Elecl., n.l5i, et in Cap. Qualiterj de Mi. et quai., n. 18.

(3) Schmier, Jurispr. can. civ., lib. I, tract. 4, cap. 3, sect. I, § 3, n. 42. (Tom.I, p. 4'25.)

• (4) Pirhingt Jus canon , lib. I, til. XI, sect. 1, § 5, tom. ï, p. 398.

tue lin crime contre l'Église, fail naître anssi un empêchement canonique à l'ordination, sous le titre de Defectns fidei.

Cet empêchement s'étend-il aux enfants des hérétiques? C'est là une question controversée. Les textes des lois (1) relatifs à ce sujet ne parlent que de l'irrégularité de ceux qui sont morts dans rbérésie, et seulement au point de vue des bénéfices, d'où il faudrait conclure, par une stricte interprétation de la loi, que l'hérésie des parents n'est point une cause d'exclusion pour les enfants. Cette opinion a été d'ailleiu*s consacrée par la coutume de plusieurs pays (2), et les décisions récentes de la congrégation sur cette matière inclinent sensiblement vers l'indulgence (5).

Dans le langage usuel, on distingue habituellement sous le nom de néophytes les enfants hérétiques revenus à l'Église ; mais, dans la langue du droit, cette dénomination revêt un tout autre sens. On entend généralement par néophyte une personne nouvellement baptisée (4). Par extension, on appelle encore ainsi celui qui a différé de recevoir le baptême jusqu'à une maladie dangereuse (5), que pour cette raison on désignait autrefois sous le nom declinicuSy ainsi que le laïque qui prend soudainement la résolution d'entrer dans un ordre religieux, en même temps qu'il manifeste le désir d'être promu aux ordres sacrés (6).

La situation particulière de toutes ces personnes n'est pas faite pour inspirer à l'Église beaucoup de confiance; elle ne peut supposer chez elles ni connaissances suffisantes, ni expérience, ni garantie de foi. Elle ne saurait en faire des maîtres dans la doctrine (7). C'est aussi ce qu'elle a voulu éviter en reproduisant, dans les décrets de plusieurs conciles (8), les préceptes de l'apô-

(1) Gap. Quicunquef 2. Cap. Statutum felicis, 15, de Hœret. in 6to (Y. 2].

(2) Thomasiin, loc. cit., cap. 65, n. 7, p. 414.

(3) Ferraritt Promta bibliotheca jur. can. s. v. Irregutaritas. Art. I, n. SOsqq.

(4) Gonzalez Tellez, Comment, in Décret. Cap. Sam <e, 7, X, de Rescr. — Perrarit, loc. cit., n. 57. — Conférences^ loc. cit., q. 3, p. 109.

(5) Can. Si quU in œgritudine^ 1, d. 57. ((>) Can. Sicut neoph., 2, d. 48.

H) Can. Apoit.y 69.

(8) Can. Quoniamy 1, d. 48. (Cône, Nie., \, can. 21.) — Conc. Load., can. 3.

558 DU DROIT EGGLfiSIASTlQUE.

tre saint Paul (1), qui refusent Tordination aux néophytes, par ce motif qu'ils concevraient trop souvent d*eux-mênies une icîse orgueilleuse en s*imaginant que TÉglise a besoin d'eux, et non qu'ils ont besoin de FÉglise. Un néophyte revêtu des dignités sacerdotales est trop exposé à manquer d'humilité ; il ne comprend rien à ce mépris de soi-même, sentiment tout chrétien que peut seule concevoir une âme fortement trempée dans la foi; il ne s'est point éprouvé dans le jeûne et dans les larmes; il na pas épuré ses mœurs par de fréquentes expiations; il ne les a pas réformées par une étude constante de ses travers et de ses faiblesses (2).

Ces considérations, pesées dans une balance sévère et tenue d'une main ferme, ont déterminé dans tous les siècles, même les plus reculés, les législateurs ecclésiastiques à exclure les néophytes des ordres sacrés ; la pratique constante de FÉglise leur interdisait même l'accès des ordres mineurs (3). Cette double exclusion n'est nullement arbitraire; elle renferme un principe aussi vrai, aussi juste que cette comparaison de saint Gr^^oire le Grand (4) : « Tant que les murs d'une maison récemment construite ne sont pas complètement secs, ils ont peine à supporter le poids de la toiture, et tout l'édifice peut facilement s'écrouler (5). »

Ce n'est donc qu'après avoir vécu dans l'Ëglise un long espace de temps, qui ne doit point toutefois se mesurer par les années (6), après avoir acquis les connaissances suffisantes et cet esprit d'humilité sans lequel on n'est chrétien que de nom, que le néophyte entre dans la plénitude de la vie spirituelle et qu'il peut être admis à l'ordination.

Ce principe, qui est la loi de FÉglise, n'est pas infirmé par certaines ordinations tout exceptionnelles, comme celle de saint

(1) I Tim. III.

[2] Hieron., Epist. ad Oceanum.

(3) Gan. Neophytut, 9, d. 61. — Conférencetf k>c. cit., p. 111.

(4) Gan. Statuimut, 8, d. 61 : Quum valde iniquuni sit et ab6arduin,ut * mperiti magistris, novi antiquis et rudes pneferantur emeritis.

i5) Gao. Sicut neoph., % d. 48.

6) Barhoia, loc. cit., p. II, aWeg. 10, n. 8, p. 206.

Ambroue, par exemple. Ce n'est que très-rarement, et en considération seulement des vertus extraordinaires du néophyte, que l'Eglise autorise ces dérogations au droit commun ; c'est ainsi que rélection <le saint Âmbroise, suivant son propre témoignage, ne fut reconnue des évêques d'Occident qu'après une délibération solennelle, et de ceux de l'Église d'Orient par l'invocation d'un exemple antérieiu* (1).

Cette exclusion des néophytes, qui n'est que l'extension du principe Defecttis fidei, ne doit pas néanmoins être exagérée (2); il ne faut pas oublier que la conquête du monde à la foi chrétienne fut l'ouvrage de Juifs nouvellement convertis (5); et, malgré l'extrême réserve qu'on doit apporter dans l'ordination des enfants des Israélites, des mahométans et des païens, les lois canoniques ne les considèrent pas comme généralement irréguliers. Si l'entrée de certains offices et emplois ecclésiastiques leur est interdite, c'est le fait de circonstances purement locales, comme, par exemple, en Portugal, ou de quelques privilèges particuliers (4).

La force et la maturité de la foi constituent, aux yeux de FÉgUse, une des conditions essentielles de l'admission aux saints ordres. Il doit être nécessaire à quiconque veut embrasser la carrière ecclésiastique d'avoir reçu le sacrement dont la vertu propre a pour objet de fortifier la foi; cette obligation forme la matière d'un décret du concile de Trente (5). Il est vrai qu'à la rigueur la confirmation n'est pas essentielle au salut ; mais ceuxlà seuls sont parfaits chrétiens, dit le pseudo- Isidore, qui ont été confirmés (6). Cette perfection, l'Église l'exige dans les ministres de ses autels, et, en présence du décret formel du concile oecuménique, on ne peut approuver l'opinion des canonistes qui

(1) Can. Neophytiu, 9, d. 61.

(1) Barbota, loc. cit., p. I, tU. 2, gloss. 17, n. 5 sqq , p. 98 sqq.

(3) Glotsaf ad Gap. Eam te, 7, de Rescr. vers. Jndœos.

(4) Benêd. XIV, deSynod. diœc, lib. XII, cap. 1, n. 4 8qq. — Giraldt, Expositio jur. pontif. ad Gap. Eam <e, cit., p. I, p. 8, 9, et p. Il, p. 951.

(5) Conc. Trid.y Sess. 23, de Reform., c. 4.

(6) Gan. Omnêê fideletf 1, d. 5, deGonsecr.

n'admettent pas le défaut de confirmation au nombre des irrégularités (1).

Il existe d'ailleurs plusieurs décisions de la congrégation du concile qui se prononcent également dans le sens de Texclusion, à l'égard de ceux qui ont négligé de recevoir la confirmation avant la tonsure, et déclarent qu'ils ne peuvent être promus aux saints ordres sans une dispense expresse du pape (2).

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