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9. Collections des sources du Droit ecclésiastique du neuvième au douzième siècle.

Dès le commencement du neuvième siècle, les matériaux du droit ecclésiastique s'étaient tellement amoncelés, que les collections antérieures a cette époque ne pouvaient plus suffire ; le besoin d’une bonne compilation qui rassemblat ces éléments épars et sans ordre, besoin depuis longtemps et incessamment éprouvé dans la pratique, se fit sentir alors plus impérieusement que jamais. Pour répondre à cette urgente nécessité, on vit éclore, jusqu’au douzième siècle, une foule de collections diverses (1), dont l'imprimerie a négligé jusqu'à présent, pour un grand nombre, de faciliter l’exploitation à la science. Cette observation s'applique même aux principales. Nous allons nous occuper de ces dernières.

La première, qui appartient encore au neuvième siècle (2), ést la collection connue primitivement sous le nom de Corpus canonum (infra), et appelée aujourd’hui : Collectio Anselmo dedicata (3), ouvrage considérable divisé en douze par-

(66) Ce formulaire se trouve, ainsi que plusieurs autres, dans Walter, Corp. * jur. Germ. antiq., t. IN. — Vid. Gengler, Deutsche Rechtsgeschichte im Grundrisse, S$. 244 u. ff,

(1) Walter, Kirchenrecht, § 100, en compte trente-six.

(2) On-tronve l’analyse d’une autre collection de la fin du neuvième siècle, én neuf livres (Cod. Vatic., 1349), dans les Ballerini, de Antiq. collect., p. IV, c. 18, n. 6, p. 671. Mai, Spicilegium Roman., vol. VI, p. 397 sqq., donne les titres des chapitres,

(3) Voyez sur cette œuvre : Salmon, "Tract. de studio Conciliorum, p. 43. — Coustant, de Antiq. canon. collect., n. 169, p. 152 sqq. — Ballerini, loc. cit., c. 10, p. 625.— Lebeuf, Histoire de l’Académie royale des inscriptions, t. XVIII, p. 346 el suiv. — v. Savigny, Gesch. d. Rôm, Rechts im Mittelalter , Bd. 2,

ties (4). Cet Anselme, désigné comme Archipræsul, est vraisemblablement le troisième de ce nom parmi les archevèques de Milan, et, par conséquent, l'achèvement de cette collection, entreprise à son instigation, et non encore imprimée, devrait être placé entre les années 883 et 897. Un recueil manuscrit, augmenté par Denys, de la véritable Hispana, lui sert de base, tant pour les conciles que pour les décrétales (5); elle emprunte le reste de ses matériaux à un manuscrit du Pseudo-Isidore ne contenant que les décrétales, au registre de Grégoire le Grand, dont elle a recueilli de nombreuses lettres, aux canons de deux synodes tenus sous Zacharie (743) et Eugène II (826), à une lettre apocryphe de saint Jérôme à Rustique : de Septem gradibus, et pour la deuxième partie, qui est certainement d’une époque plus récente (6) et d’un autre auteur, à la législation de Justinien et de Julien, où, avant elle, aucune autre collection n’avait encore puisé d’une manière immédiate.

Plusiéurs particularités distinguent la collection de Régino (7), abbé de Prum (8)(915), connu en outre comme historiographe; elle fut composée, vers l’année 906 (9), sur l'ordre et aux sollicitations de Rathod, archevêque de Trèves, et adressée à Hotton, archevèque de Mayence, avec une épitre dédicatoire, sous le titre de Libellus de Synodalibus causis et disciplinis ecclesiasticis.

§ 100, S. 289. — Aug. Theiner, Ueber Ivo’s vermeintliches Decret (Mainz, 1832), S. tou. ff. — Richter, Beiträge zur Kenntniss der Quellen des canonischen Rechts (Leipz., 1834), S. 36 u. ff.

(4) Sarti, De claris archigymnasii Bonon. professor., t. 1, p. II, p. 189 sqq., donne, sans connaître la collection, une table des quatre parties, les seules fournies par le Cod. Pal. Vatic. 580. Voyez Walter, loco citato, p. 216, notes.

(5) Voyez $ 5, note 37; §-6, note 48.

(6) Richter, loco citato, p. 50.

(7) D'après Richter (p.52), Bourchard de Worms aurait fait usage d’un manuscrit de cette collection non encore pourvu de cette seconde partie.

(8) Edid. Hildenbrand. Helmst., 1659. — Baluze, Paris., 1671; Vienn., 1765 ; la plus récente et la meilleure édition est celle de Wasserschleben, Lips., 1840.

(9) Vid. Ballerini , loco citalo, c. 11, n. 1 sqq., p. 634 s4q.— Wasserschleben, Beitrage, S. 1 u. ff.

L'auteur s'était proposé pour but de faire pour Hotton, ainsi que pour tous les évèques allemands en général, une sorte de Manuel (Manualis codicillus, Enchiridion) qui pat remplacer, dans leurs visites pastorales, un grand nombre de volumes difficiles à transporter (10).

Régino a puisé le plus souvent ses matériaux, non point aux sources originales, mais dans des compilations qui lui en offraient la reproduction (11); c’est ainsi qu’il a pris tour à tour dans la collection espagnole et dans celle de Denys une grande quantité de canons de conciles, et qu'il y a glané en même temps dans les décrétales du Pseudo-Isidore, dans le Breviarium de Julien, et dans divers pénitentiaires , dans la Lex Burgundionum et la Lex Ripuanorum, dans les capitulaires des rois francs, ainsi que daus ceux d’Hinemar de Reims.

Régino s'attache, avec un zèle tout particulier, à faire entrer dans son travail les décisions des conciles les plus récents de la Gaule et dela Germanie; la raison qu’il en donne, c’est que, « dans. le temps critique » où il vivait, il était extrêmement nécessaire d'attirer l'attention sur les prescriptions légales, opposées comme une barrière à des crimes inconnus avant cette époque « entièrement pervertie » (12). Ll importe aussi, ajoute-t-il, bien que l'unité de foi fasse de l'Église universelle un corps homogène, de tenir compte des diverses coutumes des différents peuples.

Conformément au but qu'il s'était assigné, Régino a divisé sa collection en deux parties : la première se rapporte au clergé et au culte, la deuxième aux laïques ; celle-ci ren-

(10) Præf., p. 1. Cette préface ne se trouvé que dans un manuscrit de Trèves, et doit à Wasserschleben le jour de la publicité.

(11) Notamment dans celle d'Halitgar et dans une aulre composée de 381 chapitres (Cod. Vatic., 1352), et publiée par Richfer sous le titre de: Antiqua canonum collectio, qua in libris de synodalibus causis compilandis usus est Regino Prumiensis. Marburg., 1844, 4. — La supposition que Régino ait fait usage de la Collect. Ans. dedic., est très-peu vraisemblable. Vid. Richter, Beitrage, $.°54. .

(12) Præf., p. 2.

ferme en outre une nomenclature des questions du ressort des tribunaux consulaires.

Cette collection s’est enrichie ultérieurement d’annexes et d’additions; mais, en même temps, un remaniement qu’on lui a fait subir en a détaché divers documents qui y figuraient dans l’origine (13).

Les ‘deux collections dont nous venons de parler (14) ont servi concurremment de base à une troisième, qui a pour auteur (15) Bourchard (16), évèque de Worms (Ÿ 1025). L'époque où ce travail fut achevé peut être déterminée par cette circonstance, qu'on y voit figurer une formata de Bourchard (17) de l’année 1012, et non le concile de Seligenstadt de l'année 1023 ; ce dernier document ne se trouve dans tous les manuscrits que sous forme d’appendice d’une insertion posthume.

Le titre de cette énorme collection qui comprend vingt livres (18), est simplement Decretum; l'auteur la nomme

(13) Wasserschleben, loco citato, p. 28 sqq., fait mention d’un manuscrit de Leipzig, qui contient un extrait de la coliection de Régino d’une date autérieure à ce remaniement. — En ce qui concerne Rotger, archevêque de Trèves, qui composa une collection en 922, on peut lire la notice suivante consignée dans Pertz, Archiv., t. 8, p. 813 : « Leyden. Vulcan., 94 vol., in-8, mbr. sec. X, in 8 Blatter, Incipit epistola domini Rotgeri sanctæ Treverorum Ecclesia episcopi ad universos presbyteros Ecclesiæ sibi éommissæ, Rotgerus, etc., indignus atque peccator, etc., 28 canones, le dernier est: de Modis et remediis pœnitentiæ — juxta. » — Wasserschleben, loco citato, p. 486. Alberici, Chron., a. 905. Vid. Pertz, loco citato, t. X, p. 245.

(14) La collection de l'abbé Abbon de Fleury (+ 1004) (Mabillon, Vetera Analecta, ed. prima, t. II, p. 248; ed. secunda, Par., 1723, fol., p. 133 sqq.) est moins considérable, elle a été composée avant l’année 997 , date de la mort de Hugues Capel, à qui elle est dédiée en même temps qu’à son fils Robert. Elle est inlitulée : Canones domini Abbonis abbatis — excerpti de aliis canonibus, et se compose de 52 chapitres.— Vid. Ballerini, loco citato, c. 11, n. 4, p. 632. — v. Savigny, loco citato, § 102, p. 204. — Freiburger Kirchenlexikon, Bd. 1, S. 9 u. ff.

(15) Vid. Schannat , Hist. Episc. Wormat., p. 333. — Binterim, Concilien, Bd, 1,8. 293.

(16) Vid. Ballerini, loco citato, p. IV, c. 12, p. 633 sqq.; €. 18, n. 12, p. 674,

(17) Lib. II, c. 227.

(18) Le neuviéme, qui traite de la pénitence, a pour titre : Corrector el medicus ; le vingtième, De contemplatione (c’est-à-dire des choses futures), est

Collectarium (19). Bourchard composa son recueil, vivement réclamé (20) par l’état de son diocèse, à l'instigation particulière de Brunicho, prévôt du chapitre de Worms, et parait avoir eu pour collaborateur Olbert, son confrére dans le cloitre de Lobbes, plus tard abbé de Gemblours, et de Walter, évéque de Spire (21). Dans la préface de son livre, Bourchard se plaint de la confusion qui régnait dans les canons et dans les pénitentiaires, et qui donnait lieu à de graves inconvénients dans son diocèse, à cause de l’ignorance de la plupart des prétres. Il destine en conséquence tout spécialement sa collection à l'instruction du jeune clergé, pour lui apprendre à mettre plus tard en pratique les enseignements qu’ils auront reçus. IL indique aussi les sources auxquelles appartiennent les éléments de sa collection; il cite en première ligne la Collectio Anselmo dedicata (22), et c’est avec raison qu'il lui assigne ce rang, attendu qu'il avait puisé directement dans cette compilation et dans Régino, tandis qu’il n'avait emprunté que par intermédiaire ses matériaux à d’autres sources, telles que les canons des apôtres, les décrétales papales (23), etc. Commele

intitulé : Liber speculationum sur le Cod. Vatic., 4227, qui porte le titre de ce livre. Voyez Ballerini, loco citato, c. 12, n. 6, p. 619.

(19) Ballerini, loco citato, n. 4, p. 636.

(20) D. Burchardi, Wormaciensis Ecclesia episcopi, Decretorum libri XX ex Conciliis et orthodoxorum patrum Decretis, tum etiam diversarum nationum Synodis, seu loci communes congesti, in quibus totum ecclesiasticum munus luculenta brevitate et veteres ecclesiarum observationes complectitur. Opus nunc primum excussum, omnibus ecclesiasticis ac parochis apprime necessarium. Colon., 1543, fol.; Paris., 1549, 8; Colon., 1560, fol.

(21) Ballerini, loco citato, n. 1, p. 633.

(22) Richter, Beiträge, S. 53. — Ballerini, loco citato, n. 5, p. 638,— v. Savigny, loco citato, p. 291, note b.

(23) Ex ipso nucleo canonum , quod a quibusdam corpus canonum vocatur, quae sunt nostro tempori necessaria, excerpsi. Ex Canone apostolorum quædam, ex transmarinis conciliis quædam, ex Germanicis quæd., ex Gallicis q., ex Hispanicis q., ex decretis Romanorum pontificum q. , ex doctrina ipsius veritalis q., ex Veteri Testamento q., ex apostolis q., ex dictis $. Gregorii q-, ex dictis S. Hieronymi q., ex d. S. Augustiniq., ex d. $. Ambrosii q., ex d. S. Benedicti q., ex d. S. Isidori q. , ex d. S. Basilii q., ex Poenitentiali Romano ds ex Peenit. Theodori q., ex. Pœn. Bedæ queedam.

Pseudo-Isidore, Bourchard a cru nécessaire de donner une haute antiquité à divers actes de sa collection, spécialement à ceux qui sont tirés des capitulaires francs, en reculant la date de ces actes ou capitules, et en les faisant émaner de papes beaucoup plus anciens que leurs véritables auteurs (24). Plusieurs de ces documents antidatés sont passés plus tard avec leurs faux titres dans les collections postérieures, calquées sur la compilation de Bourchard (25). Concurremment avec la Collectio Anselmo dedicata, le décret de Bourchard est devenu à son tour le fondement de deux autres collections qui n’ont pas encore été imprimées. L'une d'elles, divisée en douze parties, à cause de la prédilection de l’auteur pour le nombre apostolique, comme il nous l’apprend lui-même, est pour ce fait intitulée : Collectio duodecim partium (26). Comme elle a été composée avant l’année 1024, et que, sur un grand nombre de points, elle concorde parfaitement avec le décret de Bourchard, les canonistes sont partagés d'opinion sur la question de savoir lequel des deux, du Decretum ou de la Collectio duodecim

(24) Ballerini, loco cilato, n. 5, p. 638.

(25) On a fait à Bourchard un double grief de faire trophée d’une longue nomenclature de sources où il n’a jamais puisé immédiatement, et de parler avec emphase des veilles que lui a coûté son facile labeur. (Vid. Richter, Beitrage, S. 53.)

Pour ce qui est d'abord du premier reproche, si l’on veut bien tenir compte de l’état de la science à l’époque où écrivait Bourchard, on ne saurait voir, dans ce qu’on juge à propos d'appeler un étalage d’érudition factice, la moindre preuve de vanité ni de jactance. Quant à son œuvre, quelques facilités qu'il ait eues sous la main pour l’exécuter, il n’en est pas moins vrai, eu égard aux nombreuses occupations que lui créait l'administration de son église, qu’en se l’imposant, il s'était chargé d’une tâche lourde et laborieuse. Mais, quoi qu’il en soit de ces réflexions, nous ne devons-pas négliger de faire observer que le passage relatif aux veilles de Bourchard ne se trouve point dans la préface reproduite par les Ballerini (note 19). Bourchard y donne simplement son ouvrage comme une compilation où il n’a mis du sien que son travail, se déclarant d'avance pleinement récompensé de sa peine, pourvu que le livre réponde aux besoins de son diocèse, dût-il ne jamais en franchir les limites,

(26) Ballerini, loco citato, p. IV, c. 18, n.7, p. 671. — v. Savigny, loco citato , p. 299.— Aug. Theiner, Disquisitiones, p. 308 sq. — Wasserschleben, loco citalo, p. 34 sqq.

partium, a servi de source à l'autre (27); mais l’hypothèse la plus probable est incontestablement celle qui donne Vantériorité à Bourchard (28). Quant au véritable auteur de cette collection, son nom n’est pas venu jusqu’à nous, mais l’annexion qu'il a faite à son manuscrit d’un nombre important de conciles allemands prouve qu’il était luimême de cette nation.

La deuxième collection issue de celle de Bourchard est plus célèbre ; on la doit à Anselme, évèque de Lucques (29) (1086). Elle est composée de treize livres, dont les six premiers sont empruntés à la Collectio Anselmo dedicata, et les sept autres à Bourchard (30). On a contesté à ce grand homme, l’un des défenseurs les plus ardents de Grégoire et des droits de ce pontife aux honneurs de la canonisation, la paternité de cette compilation; mais tout doute disparait devant l'autorité irrécusable de manuscrits authentiques (31). Le recueil de l’évéque de Lucques n’a pas de préface et n’a vraisemblablement paru qu'après sa mort (32).

(27) Theiner tient pour Popinion qui donne la paternité à la Collectio duodecim. Cet auteur a le mérite d'être le premier qui ait révélé cette œuvre au monde de la science.

(28) Vid. Wasserschleben, loco citato, p. 38 sqq.— Molindus (Pref. ad Ivon. Decr, Ballerini, loco citato, c. 12, n. 2, p. 634), — v. Savigny, loco citato, § 102, p: 295, note e.

(29) Andr. Rota, Notizie storiche di S. Anselmo. Veron., 1733. — Tengnagel, Vetera Monum. Ingolst., 1612, 4, p. 83 sqq., est le premier qui ait édité la biographie de ce saint évêque par Baldus, son pénitencier. On a encore une autre vie de saint Anselme par Ranger, son troisième successeur. Voyez Periz, Archiv, t. 7, p. 463 et suiv.

(30) Vid. Ballerini, loco citato , p. IV, cap. 18, p. 640 sqq. — Sarfi, loco citato, t. 1, p. II, p. 191 sqq. — Savigny, loco citato, § 103, p. 295. —Theiner, loco citato, p. 363 sqq. — S. Anselmi epistola— nunc primum vulgata : acced. in decretum MS. S. Anselmi — animadversiones M. A. Monsacrati, Luc. 1821. — À. Mai, Spicileg. Rom., tom. VI, p. 312 sq., puis p. 316-395, où sont donnés les titres des chapitres.

(31) Ballerini, loco citato, n. 2, p. 641 sq.

(32) Walter, loco citato, p. 220.— Sur les Affonis, Card. Capitula (Walter, loco citato, p. 221, n. 21) qui appartiennent à la même époque. Voyez plus haut $ 11, note 27.

Cette collection a une valeur toute particulière à raison des matériaux qui la composent, et qui ont été tirés en partie des archives romaines (33), avantage qu’elle a de commun avec la collection contemporaine de Deusdedit (34), élevé par Grégoire VIE à la dignité du cardinalat (35). Celle-ci (36), dédiée au pape Victor II (1086-1087) et traitant, dans quatre livres, de la primauté et de la puissance spirituelle du clergé romain, des choses ecclésiastiques et de la liberté de l’Église (37), n’a pas encore été non plus imprimée, et c’est très-regrettable (38). :

L’indication sommaire des matières qu’elle renferme suffit à montrer toute l'importance de cette collection pour l'étude du droit ecclésiastique et même pour l’histoire du temps ; car elle paraît devoir principalement son origine

(33) Vid. Ballerini, loco citato, n. 5, p. 643.

(34) Ballerini, loc. cit., cap. 14, p. 646. — Zaccaria, De duabus antiq. can. collect., p. IT (Gallandi, tom, IT, p. 743).— Voyez aussi Mai, loc. cit., p. 314.

(35) Deusdedit cite les Tomi Lateranensis basilicæ in archivo sacri Lateranensis palatii, et contient différeutes choses que Cencius (comme pape, Hono> rius III) a insérées dans son Liber de censibus Ital. (vid. Pertz, Archiv., t. V, p. 89 sqq.), édité par Muralori, Antiq. Ital., tom, V. Vid. Ballerini, loco citato, n. 4, p. 651. ‘

(36) Un autre écrit du cardinal Deusdedit, Adversus invasores et simoniacos et reliquos schismaticos, appartient au règne d'Urbain II. 1l se compose aussi de quatre livres.

(37) Il s'exprime ainsi dans la préface (Ballerini, loco citato, p. 648) : Nam primas liber continet privilegium auctoritatis ejusdem Romanæ ecclesiæ. Et quoniam ecclesia sine clero suo esse non potest, neque clerus absque rebus, quibus temporaliter subsistat, huic subjunxi secundum et tertium de clero et de rebus ejusdem ecclesiæ. Quia vero sæculi potestas Dei ecclesiam sibi subjugare nititar, libertas ipsius et cleri et rerum ejus tertio et maximo quarto libro evidenter ostenditur.

(38) Pertz, loco citato, p. 87, prétend que «le besoin d’une édition complète de « cette œuvre ne saurait se faire sentir, tant qu’on ne sera point parvenu , par « un collationnement exact de chaque pièce avec les sources existantes , à dé- « couvrir les documents exploités par ce recueil, à les imprimer et à déterminer « la relation de l'ouvrage de Deusdedit aux sources où il a été puisé. » Ce résultat, sans doute, est on ne saurait plus désirable; mais rien , ce nous semble, ne serait plus propre à en faciliter la réalisation que l’impression même de l’œuvre dont il s'agit, et qui a une importance incontestable pour l'histoire du temps auquel elle appartient, et, conséquemment, la science n’a été déjà que trop lougtemps privée de ce puissant auxiliaire,

aux violents conflits qui éclataient alors entre la puissance séculière et le pouvoir spirituel.

Il est encore une autre collection manuscrite, non moins importante, d'un troisième ami de Grégoire VII, Bonizo (39), qui, d’abord évéque de Sutri, puis de Plaisance, mourut mutilé et assassiné par les schismatiques, dont il s'était attiré la haine en défendant l’Église dans son livre de Persecutione Ecclesiæ (40).

Ce recueil se compose de six livres, dont le quatrième a essentiellement pour objet les prérogatives de l’Église romaine, et a une grande valeur historiques(41).

Parmi ces divers personnages qui jouérent un rôle dans le cours de la querelle des investitures, figure encore le célébre Ives (1117), qui fut d'abord abbé du monastère de Saint- Quirin-de-Beauvais, ensuite évêque de Chartres (42). On lui attribue deux collections, l’une connue sous le titre de Decretum, l'autre sous celui de Pannormia (43) ou Pannomia (44). Toutefois, il n’y a pas à cet égard unanimité d’opinion parmi les canonistes ; les uns, et ce sont les plus anciens, prétendent qu'il est complétement étranger à l’une et à l’autre de ces collections ; les autres, d'une date plus récente, le reconnaissent comme l’auteur de la seconde, mais lui contestent la composition de la première (45).

Les deux collections ont le même avant-propos; mais ce qui les distingue essentiellement l’une de l’autre, c’est que

(39) Ballerini, loco citato, cap. 15, p. 657.—Voyez encore Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, tom. VII, p. 11, p. 74. — Mai, loco citato, p. 312.

(40) Liber ad amicum, édité par Hefele, Script. rer. Boic., tom. 11 (Bibly Cotton. Jul. A. VIT). Chronicon Roman. Pontificum. Per{z, Archiv., Bd. 7, S. 72.

(41) Vid. Ballerini, loco citato, n. 3, p. 659.

(42) Vid. C.F. Fronto, Vita D. Ivonis, dans l'édition des œuvres d’!von. Vid. note 47. Opp. Frontonis. Histoire liltér. de France, tom. X, p. 102.

(43) Quel que soit de ces deux noms le véritable, l'un et l’autre sont synonymes de Pandectæ.

(44) Vid. Ballerini, loco citato, cap. 16, p. 661. Theiner, ueber 1vo’s vermeintliches Decret, S. 26 u. ff. — Savigny, loco citalo, § 106, p. 303, — Wasserschleben, loco citato, p. 47 sqq.

(45) Ballerini, loco citato, n. 7, 8, p. 665.

la Pannormia, distribuée en huit parties (46), est un recueil méthodique parfaitement ordonné, tandis que les dix-sept énormes livres du Décret (47) sont un amas confus et indigeste de compilations empruntées à d’autres collections, notamment à Bourchard , et pleines de redites inutiles.

Cette circonstance est, sans doute, de nature à faire croire à une différence d’origine, et ce qui autorise encore plus cette croyance, c’est la répugnance que l’on éprouve à attribuer une œuvre aussi défectueuse à un homme aussi érudit que l’évêque de Chartres (48). On n’a pu, cependant, jusqu'ici, arriver sur ce point à une complète certitude ; un seul fait est acquis d’une manière indubitable : c’est que la Pannormie, dont la troisième et la quatrième partie ont été puisées presque entièrement dans la collection d’Anselme de Lucques et dans la Collectio Anselmo dedicata, est elle-mème un extrait du Décret (49). — Malgré la communauté (50) de l’avant-propos et la connexité alléguée par le système contraire, l'opinion la mieux fondée est celle qui voit dans le Décret, non point une collection éditée par Ives, mais seulement un recueil de matériaux destinés à la composition de la Pannormie, que l’évêque de Chartres aurait fait pour son propre usage (51).

Un autre travail, qui a de grands rapports avec le Décret,

(46) Liber Decretorum sive Pannormia, ed. Sebast. Brandt, Basil. 1499, 4.— Pannormia seu Decretum Jvonis Carnutensis restitutum, correctum et emendatum, ed. Melch, a Vosmediano, Loyan. 1557. Voy. note 47,

(47) Decretum D. Ivonis episcopi Carnutensis, septem ac decem tomis sive partibus constans. Cura ac studio Jo. Molinæi, Lovan. 1661, fol.—Jvonis, Carnutensis Episcopi, Opera omnia edid. F. J. Fronto, Paris, 1647, fol.

(48) Theiner, loco cilato, p. 44.

(49) Wasserschleben, loco cit., p. 61 sqq., p. 77.—Hugues de Chalons (Savigny, loc. cit., tom. 2, § 109, note d) a aussi publié un extrait du Décret , autre cependant que l'extrait de la Pannormie, adopté par Theiner, loco citato, p. 50.

(50) Periz, Archiv., Bd. 8, S. 594, n. 578, vergl. 878, cite deux manuscrits du décret, l’un de Luxembourg, l’autre de Trèves. On lit dans celui-ci : Summa Ivonis : Prowmium sacrorum canonum. Incipit Prologus Carnulensis episcopi ; etc. 8 (livres). Ce nombre 8 ne semble-t-il pas insinuer que ce manuscrit n’a rien de commun avec le Décret?

(51) Wasserschleben, loco cilato, p. 60. — Theiner, luco citato.

c’est la Collectio trium partium (52), d’un auteur inconnu, et qui n'a jamais été imprimée (53). Elle se divise en trois Hvres, dont le premier contient les décrétales des papes jusqu’à Urbain 11(1099); la deuxième, les décrets des conciles d’après le Pseudo-Isidore ; la troisième enfin, tout empruntée au Décret (54), les décisions des saints Pères et un certain nombre de dispositions du droit romain et de la législation franque. Ces deux premières parties sont une refonte chronologique d’une autre collection antérieure encore in connue.

De la combinaison de ce décret avec la collection d’Anselme de Lucques est encore sortie, à peu près vers le règne de Pascal II, une grande collection en cing livres, qui, pour avoir été découverte à Saragosse (55), porte le nom de Collectio Cæsar-Augustana (56).

Le recueil Polycarpus (57) ne fait que reproduire, sous un autre titre, Anselme de Lucques et la Collectio Anselmo dedicata. Elle appartient à l'époque d'Honorius II (58) (1124- 1130) et a pour auteur un cardinal-prétre du nom de Grégoire (59). A ce même temps se rapporte encore l’œuvre

(52) Ballerini, loco citato, part. IV, cap. 18, n. 2, p. 669.—Theiner, loc. cit., p. 17. — Savigny, loco citato.

(53) Theiner, loco citato, considère cette collection comme la source du Décret et de la Pannormie; mais Wasserschleben allègue pour l’inverse des raisons très-plausibles.

(54) Ballerini, loc. cit., cap. 18, n. 14, p. 675. — Waller, loc. cit., p. 223.

(55) Elle avait été envoyée à Antoine-Auguste, archevêque de Tarragone, par les chartreux. Voyez le traité de ce dernier, De emendatione Gratian., lib. 1, dial. 5 (Gallandi, tom. I, p. 254), où cette collection est citée sous le titre de Liber Cæsaraugustanus.

(56) Vid. Ballerini, loc. cit., cap. 18, n. 11, pag. 673. — Savigny, loc. cit., $ 104, p. 299. — Theiner, Disquis., p. 356.

(57) Vid. Ballerini, loc. cit., cap. 17, p. 666. — Theiner, loc. cit., p. 341.— Voyez aussi Arevalo, Isidoriana, cap, 101 (Opp. S. Isidor., t. 11, p. 327 sqq.).

(58) Cette œuvre clôt la liste produite par le manuscrit dont Arevalo donne l'analyse (Cod, Reg. Vatic. 1025. Richter, Kirchenrecht, § 72, note 21).

(59) Les Ballerini s'inscrivent en faux contre ce fait, par la raison que Grégoire, cardinal de Sainte-Sabine, vivait sous le pontificat de Grégoire VIT, et qu'il est mort sous celui d’Urbain IT, conséquemment avant 1099. 11 résulte de là tout simplement que l’auteur dont il s’agit n’est point Grégoire, cardinal de Sainte- Sabine, mais bien Grégoire, cardinal de Saint-Chrysogone.

SOURCES DU DROIT ECCLÉSFASTIQUE. gf

d’Algerus (avant 1128), Scholastique de Liége (60) : c’est un Code de discipline ecclésiastique, en trois livres, qui a pour titre de Misericordia et justitia (61), et n’est au fond qu'une compilation de Bourchard et d’Anselme (62).

(60) Mabillon, Vetera Analecta, 2da edit., p. 129. (61) Martène, Nov. Thes. Anecd., tom. V, col. 1020. (62) Richter, Beitræge, S. 7 u. ff.

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