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VIII

A. Motif, objet et appréciation de la collection de Gratien. OUVRAGES A CONSULTER.

Ant. Augustini, Archiepiscopi Tarraconensis, de emendatione Gratiani dialogorum libri duo ; cum notis Steph. Baluzii et Ger. Mastrichtii (Augustin. Opera. Lue., 1767, tom. LI, p. 1 sqq. — Gallandi, Sylloge, tom. II, p. 85).

Fr. Florens, Diss. de methodo atque auctoritate collectionis Gratiani et reliquarum omnium collectionum decretalium post Gratianum. Accessit oratio de recta juris canonici discendi ratione, ubi que maxime in Gratiani collectione sint cavenda, ostenditur (Opp. Norimb., 1756, tom. I, p. 51 sqq. — Gallandi, loc. cit., tom. IT, p. 157 sqq.).

J. H. Bohmer, De varia decreti Gratiani fortuna (*). Hal., 1743, avant l'édition de Bohmer du Corp. jur. can.

Maur. Sarti et Maur. Fatlorini, De claris archigymnasii Bononiensis professoribus (*"). Bonon., 1769, tom. I, p. I et II, in-fol.

(*) A propos de la mention que Bæhmer fait de Raynerius Bellapecora, comme interprète du décret, Sarti dit du {raité de Boehmer : Habuit id Boehmer ex eodem fonte, ex quo alia plura commenta putidissima hausit , qua dissertationem suam de varia Gratiani fortuna infarsit. Tam nullus interpres fuit Gratiani hic Bellapecora, quam nullus homo fuit.

(**) Voyez, sur cet ouvrage, Savigny, Geschichte des Roem, Rechts im Mittelalter, Bd, 3, § 25, §. 62-71.

P. J. Riegger, Diss. de Gratiani decreto. Vindob., 1760. — Schmidt, Thesaur. jur. eccles., tom. I, n. 3, p. 37; remanié par le fils.

J. A. de Riegger , De Gratiani collectione canonum illiusque methodo et mendis (Oblectamenta histor. et jur. eccles. Ulm., 1776).

— De Gratiano auctore Decreti (Opuscula acad. Frib., 1773).

Spiltler, Beitrage zur Geschichte Gratians und seines Decrets (im Magazin für Kirchenrecht und Kirchengeschichte. Stick 1, Leipz., 1778).

Seb. Berardi, Gratiani canones genuini ab apocryphis discreti. Venet., 1783. (*).

Le Plat, De spuriis in Gratiano canonibus. Lovan., 1777. — Gallandi, Sylloge, tom. Il, p. 801 sqq.

Les éléments littéraires du droit canon s’étaient accrus successivement d’une manière si prodigieuse, vers le milieu du douzième siècle, comme on le voit par la multitude des collections répandues à cette époque par toute l'Église, qu'il devenait presque impossible de s’en rendre maitre. On concoit facilement quelle immense difficulté devait surgir, dans une si grande abondance de matériaux , des inévitables contradictions qui naissaient entre les divers passages des lois. Déjà le cardinal Deusdedit avait senti cette difficulté en composant sa collection, et avait fait observer que, méme dans les Evangiles, on rencontrait des contradictions apparentes qui s’évanouissaient devant un examen plus attentif, ce qui arrivait aussi dans les canons (1). Ives de Chartres se vit

(*) On trouvera, à la suite de ce paragraphe, la liste exacte et complète des canons apocryphes répandus dans le décret de Gratien. Cette nomenclature, tirée d’un ouvrage italien imprimé en Toscane en 1843 , donne le résultat pratique des immenses recherches ct des savantes dissertations de Beraldi, et peut dispenser ceux qui ont à se préoccuper d'une économie de temps on d’argent de Vacquisition et de la lecture de son livre en 4 vol. in-4°. (Le Traducteur.)

(1) Card. Deusdedit, Collect. Canon., pref. (Ballerini, de Antiq. collect., p. IV, cap. 14, n. 3, p. 649) : Porro si qua hic inserta , quod etiam in evangelistis sæpe contingit , sæpe invicem contraria videbuntur : discretione adhibita facile patebit, quod neque sibi nec extra positis scripturis adversentur. Quod si patenter adversari contigerit, inferior auctoritas potiori cedere debebit.

94 DU DROIT BCCLÉSIASTIQUE.

également obligé de signaler cet écueil aux lecteurs de ses collections et d’eugager ceux-ci à ne pas se scandaliser à chaque contradiction qu'ils pourraient y découvrir, mais à considérer d’abord mürement si telle prescription des ca— nons devait s'entendre stricto sensu, ou s'il y avait lieu a ‘ adoucissement, s’il fallait y voir une décision juridique pro prement dite, ou bien une inspiration miséricordieuse, le Seigneur ayant lui-même concilié la justice et la miséricorde. | Et, pour se guider dans l'appréciation de ces passages contradictoires des décrets canoniques, il se donne comme un fil conducicur une considération aussi simple que rationnelle : posant pour principe, que tout l’ensemble de la discipline ceclésiastique n’a proprement pour objet que de détruire tout édifice qui s’élève contre le Christ et de fonder la cité de Dieu par la vérité dans la doctrine et la dignité dans les mœurs, comme aussi de la purifier par la pénitence : de toutes les souillures humaines , il se demande quel est le principal architecte de cette cité divine. Et il répond : C’est la charité (2)! D'où il tire cette conséquence, qu'il faut toujours interpréter les antinomies apparentes des canons dans un sens favorable à une sainte indulgence. | . Pour répondre donc au véritable besoin de ce temps-là, une collection devait viser, avant tout, à faire disparaître toutes ces antinomies. Plus on se rapprochait de ce but et plus on se préservait du danger, alors imminent, de voir les lois générales livrées, dans les différentes églises particulières, à une interprétation pratique tout à fait arbitraire et s’éloignant de la vérité, ou s’écarter complétement du droit coutumier (3). Or, on ne saurait refuser à Gratien, qui pro-

(2) Ivo Carnut., Prolog. in Decret. (Opp., p. 1, p. 1.) — Voy. encore Hugo Catal. (dans Vinc. Bellov., Spec. doctrin,, lib, VII, €. 50, p. 591).

(3) Sigihardi, Crem, Episc. Summa (dans Sarli, Append., p. 194; Cod. Palat. Vatic. 653): Materia Gratiani sunt canones, decreta, constitationes et verba ss. Patrum vim canonum habentia. Intentio ejus est principalis hæc in unum colligere, ef eorum discordiam ad concordiam revocare, Secundaria viros eccle-

fessait à Bologne le droit canonique, comme une science spéciale et distincte de la théologie (4), d'avoir, le premier, atteint cet heureux résultat, sous un grand nombre de rapports, dans sa célèbre collection (5), qui forme la première grande partie du Corpus juris canonici. 11 déclare luiméme (6), ainsi que plusieurs de ses disciples, entre autres, Sicard de Crémone et, aprés lui, Etienne de Tournay, que la conciliation des canons en contradiction apparente les uns avec les autres est le principal objet de son œuvre (7), ce qui explique le nom de Discordantium canonum concordia (8), qui lui a été donné, sinon par Gratien lui-méme, du

siasticos moribus informare, et'in ministeriis , negotiis el sacramentis instruere. Causa fuit desuetudo juris canonici; venerat enim in desuetudinem , ut ecclesiastica negotia potius consuetudinibus, quam canonibus regerentur. — Steph. Tornac., Summa de Decretis (Epist. ed. Du Molinet, Par. 1679, p. 443). Circa librum, quem pra manibus gestamus, hæc altendenda sunt, scilicet qua sit compositoris materia, quae ipsius intentio, quis finis intentionis, quæ causa operis, quis modus tractandi, quae distractio libri. Compositorem hujus operis recte dixerim Gratianum, non auetorem. Capitala namque e sanctis Patribus edita in hoc volumine composuit et ordinavit , non eorum actor (1. auctor) vel conditor fuit, nisi quis forte eum actorem (I. anclorem) dicere ideo velit, quoniam mulla et ex parte sua distinguendo et exponendo sanctorum sententias in paragraphis suis ponit. — Intentio ejus est diversas diversorum Patrum regulas, qui canoncs dicuntur, in unum colligere et contrariantes quæ in eis occurrunt in concordiam revocare : finis et utilitas , scire ecclesiastica negotia , de jure canonum tractare et tractata canonice definire. Causa operis hæc est, cum per ignorantiam jus divinum jam in dissuetudinem deveniret, et singulæ ecclesia consuetudinibus -potius, quam canonibus regerentur, periculosum reputans id Gratianus , diversos codices, conciliorum et Patrum capitula continentes, collegit et quae magis necessaria causis dicendis videbantur, in hoc volumine comprehendit.

(4) Sarli, loco cilato, p. 247, § 1.

(5) Vid. Walter, Kirchenrecht, § 101: — Richter, Kirchenrecht, '§ 73. — Gluck, Præcognila uberiora univ. jurispr. eccles., § 24-31.

(6) Dicla Gratiani post can, Sacerdos, 24, d. 50: Quomodo igitur hujusmodi auctoritatum dissonantia ad concordiam revocari valeat, breviter inspiciamus.

(7) Sigih. et Steph. Tornac.,lococitato(note 3), v. Intentioejus.— Huguccio, Apparat. (Cod. Vatic. 2280, dans Sarti, loco citalo, App.) Ne igitur ex tanta varietate canonum aut diversa viderentur adversa, aut varia viderentur contraria, magister Gralianus, communi consulens utilitati, dispersos canones in unum colligere et, si qua videbatur inesse contrarietas, proposuit solvere.

(8) Savigny, Geschichte d. Reem. Reichs im Mittelaller, Bd. 3, § 190, 8. 515, note a. — Innocent III, Cap. Innotuil, 20, X, de Elect. (1. 6. p. d.) : Quidam

moins peu après lui. Le titre primitif était Decreta (9), l'usage lui a substitué celui de Decretum, qui ne vient pas non plus de Gratien ; le mot de Décret était déjà communément adopté pour désigner les collections de droit ecclésiastique, et il y est resté spécialement affecté au recueil de Gratien (§ 17).

Au sujet de l’importance de cette collection, nous remarquerons que les contemporains de Gratien ne nous ont laissé que fort peu de détails sur les circonstances de sa vie; ce qui fait qu’à cet égard beaucoup de choses sont enveloppées du voile de fables absurdes ou abandonnées au vaste champ des conjectures (10). Aussi peut-on dire, avec raison, qu’a partson ouvrage, tout ce qui a rapport à l’auteur est couvert d’une profonde incertitude (11). Tout ce que l’on sait, c’est qu’il vécut et professa à Bologne, dans le monastère de Saint- Félix. Appartenait-il à l'ordre des Camaldules de ce temps, comme on l’admet généralement (12)? C’est ce qui est ‘fort douteux (13); de mème que la question de savoir s’il a jamais été évêque (14). Quoi qu'il en soit, il ne faut pas le confondre avec le cardinal Gratien, conseiller intime d’Alexandre III,

vero ad concordiam discordantia revocantes, repugnantiam canonum pradictorum sopire quodammodo videbantur, etc.—Sarti, loco cilato, p. 271, § 25.—P. J. Riegger, de Grat. decr., § 14, p. 26, et J. A. de Riegger, de Gratiano auct. decr., § 29-30, p. 290 sq.

(9) C’est la formule de citation suivie par Alexandre III, dans cap. Ubi non, 2, X, de Despons. impub. (IV, 2). — Les autres dénominations données à cette collection sont : Liber Canonum, Codex Decrelorum, Liber Decr., Volumen Decr. — P. J. Riegger, loco cilato, § 15, p. 22.

(10) Ainsi il en est, par exemple, de la supposition qui fait de Gratien le frère de Pierre Lombard et de Pierre Comestor, el de tous trois, des enfants adultérins. — Toutes ces fables ont été suffisamment réfulées par Sarti, p. 259 sqq. Cet auteur est de tous les critiques celui qui fournit le plus de lumières sur ce qui a rapport à Gratien.

(11) Savioli, Annali Bolognesi (Bass. 1784), tom. Ij p. I, p. 262.

(12) Sari, loco citato, p. 261, § 6.

(13) Savioli, loco citato, p. 361. — Voyez plus bas, note 23.

(14) Comme le prétend Robert, de Monte, Cron. ann. 1130 (Perts, Monum. Germ. hist., tom. VIII, p. 490) : Gratianus episcopus Clusinus coadunavit decrela valde utilia ex decretis, canonibus, doctoribus, legibus Romanis sufficientia ad omnes ecclesiasticas causas decidendas , qua frequentantur in curia Romana et in aliis curiis ecclesiasticis. Hac postmodum abbreviavit magister Omnebontim episcopus Veronensis, qui fuerat ejus discipulus (§ 180, p. 167). — Vid. Sarti, loco citalo, p. 266, § 17. ~

et ami de cœur de Thomas Becket (15), qui n’est mort qu'en 1204 (16).

Quant à l'époque où fut composé le décret, on la place généralement daus les années durant lesquelles Jacobus, un des quatre docteurs, enseignait le droit romain, et Roland Bandinelli, promu au cardinalat vers l'année 1150 (17), plus tard pape sous le nom d’Alexandre III (1159), était encore professeur à l’Université de théologie de Bologne (18). On pourrait presque dater l'apparition de ce recueil du pontificat d’Eugéne IL (1145-1153) (19), bien que l'argument qu’on prétend tirer d’une formule d'appel de Gratien (20), portant

(15) Vid. S. Thom., Epist., Ep. 13 (Opp., edid. Giles, tom. Il, p. 35), Ep. 38, p- 107; Ep. 40, p. 108; Ep. 46, p. 119 sq., et tom. IV, p. 342.

(16) Alberic., Trium font. monach. Chron. ann. 1156 (Leibnitz, Access. histor., tom. II, p. 328). — Vid. Pertz, Archiv, Bd. 10, S. 243.— Chiflet, de Jur. utriusque architectis apolog. diss., cap. 5, n. 4 (Everard. Ott6, Thes. jur. rom., tom. 1, p. 184).

(17) Sardi, loco cit., p. II, p. 6.

(18) Huguccio in Decr. Grat., cap. 31, C. 2, Q. 6, verb. anno Incarnationis MCV (dans Savigny, loco cit., Bd. 4, § 45, p. 141) : Credo hic esse falsam literam, nec credo, quod tantum temporis effluxerit, ex quo.liber iste compositus est; cum fuerit compositus domino Jacobo Bononiensi jam docente in scientia legali, et Alexandro tertio Bononiæ residente in cathedra magistrali in divina pagina, ante episcopatum (al. apostolatum) ejus.—Glossa MCX LI (vid. v. Savigny, loco citato, p. 147) : Dicit Hugo, quodhic est falsa litera : quia non sunt tot anni, quod hber iste compositus fuit ; fuit enim editus docente Jacobo Bononiensi in legibus, et Alexandro in theologia, qui fuit postea Papa Alexander tertius, et fuit'anno Domini MCL ut ex chronicis patet. — Sarti, loco citato, p. 264, § 12 et £8. — Theiner, Disquis., p. 4f9.

(19) Riegger, loco citato, § 5, ps7; §10,p. 21. —En tête du manuscrit d'in décret qui date du treizième siècle, et qui.se trouve dans la bibliothèque du comte de Schénborn à Pommersfeld , on lit les paroles suivantes : Inc. versus Nicholay Maniacutii ad incorrupla Pontificum nomina conservanda. Ces vers au nombre de 120 finissent ainsi: Tercius Eugenius, qui nunc prelatus habetur, Donec vult vivat, demum supra astra levetur. Sunt centum quinque, nec non et septuaginta.— On ne saurait tirer de ces vers aucune induction relativement à l'âge du décret ; tout ce qu’il est permis d'en conclure, c’ést que probablement ces vers annexés au décret sont contemporains de très-anciens manuscrits de ce document.

(20) Dict. Grat. post Can. Post appellationem, 31, C. 2, Q.6: Ego A. (Adelinus) sanctæ Rheginæ Ecclesiæ minister licet indignus, contra sententiam domini G. (Gualterii) S. Rav. Ecclesiæ archiepiscopi injuste in me lalam pridie

98 DU DAOIT ECCLESIASTIQUE.

la date, peut-être arbitrairement (21) choisie, de 1141, ne

prouve pasle moins du monde que le livre ait été mis au jour cette mème année, ou imrhédiatemetit après. Il est vrai que

certaines données indiquent précisément le milieu du douziéine

sièele (22), c'est-à-dire l’année 1151 (23), comme ayant vu

naître le décret; mais on trouve tout près de cette date des travaux de quelques disciples de Gratien sur cet ouvrage,

qui donhent droit de présumer que celui-ci avait été ter-

miné plus tôt (24).

La collection de Gratien est célèbre, autant qu'aucun autre livre, dans l’histoire du droit canonique ; non parce qu’ellé a inauguré des principes entièrement neufs dans la législation ecclésiastique et basé le pouvoir papal sur de nouveaux fondements (25), mais parce qu’elle a ouvert une voie nouvelle à l’enseignement et à l'étude du droit canon, par l’application de la méthode scolastique (26).

Une des causes qui contribuèrent le plus puissamment au succès du décret, ce fut, sans contredit, le lieu même où il parut, à cause de la célébrité de l'école qui y florissait et de l'avantage qu'avait par conséquent l’auteur de pouvoir faire de son ouvrage l’objet de ses leçons (27).

Toutefois, ces circonstances seules ne suffiraient pas à expliquer ce succès, si la collection de Gratien ne s'était dis-

Kal. Maj. a. Dom. incarn. MCXLI (al. MCV al. MCLXI) indictione quarta Romanam sedem appello, et apostolos peto. ~

(21) C’est ce que fait Sarti, loco citato, p. 264, $ 12. — V. Savigny, loco citato, p. 130 sqq., est contre cette opinion.

(22) Glossa MCXLI, note 18.

(23) Chron. S. Bavon. dans Warnkônig, Flandrische Rechtsgeschichte, Bd. 1, S. 49, adopte cette date. — Il en est de même d’un ancien manuscrit de la bibliothèque de Vienne (de Riegger, de Grat. auct. decr., § 3, p. 270, not.) : Liber decretorum per Gratianum Clus. monachum S. Felicis civitatis Bononiensis ordinis $. Benedicti fuit compilatus in eodem monaslerio anno Domini MCLI.

(24) Sarti, loco citato, p. Il, p. 6. Vid. § 16.

(25) Voyez, contre cette opinion des Gallicans, Sardi, loco cilato, p. 273, 6:31.

(26) Sardi, loco citato, p. 254, § 12.— Glick, loco citato, § 122 sqq., p.277.

(27) Devoli, Jus canon. univ. Proleg., c. 18, $ 27; t.1, p. 373. — V. Savigny, loco citato, t. III, § 190. :

tinguée elle-même, sous aucun rapport, de ses devancières, qu'elle faisait toutes oublier. Mais Gratien n’est pas seulement compilateur, il est aussi écrivain (28). Tout ce qu’avaient pu faire ses prédécesseurs, c'était de donner dans leurs préfaces quelques explications sur le motif et le but de leurs travaux ; tandis que le professeur de Bologne, qui possédait de vastes connaissances théologiques (29}, s'attache dans tout le cours de son œuvre à atteindre un résultat scientifique et pratique bien déterminé. A ce point de vue, ce qu’on appelle les Dicta Gratiani, c’est-à-dire, ses dissertations, méritent beaucoup plüs d'attention qu’on ne leur en accorde habituellement (30). Ces gloses savautes sont toujours avec les canons dans une corrélation réciproque; après avoir formulé, d'une part, sous forme de décrets, les principes dela doctrine dont il fait ensuite scientifiquement la preuve, l’auteur s'applique à établir la concordance de ces mêmes décrets et à en tirer toutes les conséquences pratiques.

Comme compilateur, Gratien n'a pas écrit un livre original et immédiatement puisé dans les sources proprement dites. Il ne s’est adressé à ces sources qu’en ce qui concerne les documents appartenant au règne d’Innocent Il. Pour tout le reste, il a tiré ses matériaux de diverses collections antérieures, et c’est ainsi que*les défauts et les inexactitudes de ces œuvres se sont glissés dans la sienne. Mais, eu égard à l’état de la science à cette époque, on doit reconnaître qu’il lui eût été difficile de mieux faire (31).

(28) Steph. Tornac., loco citato (note 3), v. Quoniam mulla. — Sarti, loco citato, p. 249, § 6; p. 270, § 24.— J. A. de Riegger, de Gratiani collectione, $2,p. 1. — Walter, loco citato, p. 225. — Rosshirt, Rechtsgeschictite, Bd. 1, S. 82 sqq.

(29) Sarti, loco citato, p. 272, § 26.

(30) P. J. Riegger, loco citato, $ 13, p. 26. Le mode mème d'impression pratiqué à l'endroit des nouveaux Corpora juris tend à signaler les Dicta Gratiani comme ua pur accessoire. Ils ne sont que cela en effet, au point de vue de l'autorité légale; mais au point de vue scientifique, il en est tout autrement. Envisagés sous ce dernier rapport, les Dicta Gratiani se produisent au contraire comme le texte d’un livre doctrinal, dont les canons sont les pièces justificatives.

(31) Sarti, loco citato, p. 254, § 12; p. 272, § 295 p. 273, $ 30,

100 DU DROIT ECCLESLASTIQUE,

Le système de Gratien présente également de grandes imperfections (§ 54), et, parmi ses opinions, il y en a heaucoup d’erronées (32); c’est un fait acquis depuis longtemps et qu'on ne saurait contester (33). Mais toutefois, dans l’appréciation de ces défauts, de ces erreurs, il serait peu conforme à l'équité de se servir avec une inflexible rigueur du compas du scepticisme critique de notre siècle. Répondant aux besoins pratiques de son époque, le Décret d’or (34) du seigneur (35) et maître (36) Gratien a été signalé, à juste titre, comme un ouvrage éminemment utile pour les tribunaux ecclésiastiques (note 3), dans l’exercice de leurs fonctions judiciaires, ainsi que pour la chaire et le confessional, et, sous tous les rapports, comme une œuvre noble et laborieuse (37).

CANONES GRATIANEI DECRETI

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