VI PRÉFACE
quant au fond, s'accréditent çà et là. C’est la fameuse question des fausses décrétales. On verra comment l'Allemagne, qui a fait tant de bruit de ces documents apocryphes, se trouve amenée, par ses critiques les plus habiles et les plus récents, non-seulement à désintéresser Rome, la papauté et l’Église de ce long malentendu, mais à garder pour la Germanie, au profit de quelques-uns de ses prélats, la responsabilité de cette entreprise hardie.
Bientôt la lumière se fait dans l'Occident : l’une des premières et des plus florissantes études, dès le onzième siècle, c’est le droit ecclésiastique. Son mouument capital : le Décret de Gratien, le décret de la Panormie d'lves de Chartres, les grandes collections . de saint Anselme, de Bonizon, de Deusdedit, amis et dévoués défenseurs de saint Grégoire VII, semblent éclore de la lutte contre les empereurs qui opprimaient les lois de l'Église, et des héroïques efforts du saint Pontife qui mourut en exil pour avoir aimé la justice.
Ses plus illustres continuateurs sur le siége suprême, Innocent III, Honorius 1V, Boniface VIII, sont autant de pères du droit, et Grégoire 1X attache son nom aux cing livres des décrétales qu’on a appelés le Pentateuque des canons. Dieu permit que le Corpus juris eût reçu son dernier complément avant que le schisme et les hérésies ne vinssent déchirer le corps de son Église.
A partir du schisme d'Occident, l'étude du droit s’affaiblit à mesure que diminuent les forces de l'Église elle-même ; la décadence est’ plus sensible là où le droit commun a perdu plus de terrain ; de là vient sans doute que le nombre des grands canonistes décline si rapidement en France, et que, dans les derniers temps, le docteur Phillips, qui a recueilli jusqu'aux travaux des protestants, a un si petit nombre de noms francais à consigner dans ces annales littéraires du droit.
Espérons que des jours meilleurs vont naître; que, plus nombreux, moins accablé de travaux urgents, moins circonscrit dans ses éléments d’étude, le clergé français marchera à grands pas dans la voie que ses premiers pasteurs lui tracent a l’envi. Ce mouvement, qui fait tout graviter en France vers le centre de l'Église, ne s’en tiendra pas à l'unité de la prière et à la communion des cœurs ; il prendra sa forme la plus extérieure et la plus palpable dans les actes mêmes et dans la vie disciplinaire. Ce li-