XV
c. Les Glossateurs du Décret.
Le livre de Gratien n’a jamais été approuvé officiellement par les souverains pontifes, ni par Eugène III, à l'époque de sa première apparition, ni par aucun des successeurs immédiats de ce pape, ni plus tard, après avoir été soumis à une révision critique par la commision des Correctores romani, placée sous l'autorité du chef de l'Église (1) ($ 16 ). Si cela est vrai de la collection en elle-même, abstraction faite des divers canons qu’elle renferme et qui ont force de loi, on peut le dire à plus forte raison (2) des Dicta
(43) J. H. Behmer, Gründliche Untersuchung des Wortes Palea, 50 vielfaltig im Decreto Gratiani anzutreffen (Wôchentliche Hall. Anz. Iahrg. 1744, n. 22, 23, 25).
(44) Vid. Sarti, loco citato, p. 280, § 1. Cet auteur a trouvé, dans un vieux Cod. Casunat. du Décret, la note marginale suivante sur le canon Jllud statuendum, C. 20, Q. 1 : Et vocatur Palea a suo auctore, scilicet discipulo Gratiani, qui Paucapalea vocabatur secundum Hu. (guccio). Jo. (annes Teutonicus). Toutefois, comme les anciens manuscrits contiennent un plus grand nombre de Paleæ que les nouveaux, il-y a lieu de présumer qu'il en est plusieurs qui doivent le jour à d’autres que Paucapalea, et que l’on a néanmoins intitulées de son nom, pour maintenir l'appellation consacrée par l'usage. Vid. Sarti, loco citato, p. 280, § 48.—Th. A. Reimarus, pref. p. 52 ad Petri Blesens. Speculum jur. canon., Berol. 1837.
(1) Ant. Augustin. præf., ad Can. poenit.(Opp., t. 111, p. 254).— Boetius Epo, de Jure sacro, lib. II, €. 2, n. 134, p. 177. — Sarti, loco citato, p. 279, § 46. — Bartholi, Institut. jur. can., c. 53, § 5 sqq., p. 465. — Devoli, Jus canon. univ., proleg., c. 18, $ 30 tt. I, p. 376).
(2) Joann. Andreæ Novella in Decret. Cap; Ex parle, 2,X, de Rescript.
Gratiani (3). Ainsi, toute l'autorité du Décret repose uniquement sur son admission dans l’école, comme œuvre de Gratien (4), sans opposition de la part du pape. C’est par cette voie qu’il est entré dans la vie pratique et qu'il a pris rang parmi les ouvrages. que l’on désigne habituellement comme le Liber feudorum , sous le titre de Livres de droit, pour les distinguer des Codes ou Livres de lois.
Le nom de Gratien parvint en peu de temps à une grande célébrité et appela à Bologne une foule d'étudiants de tous les pays, même les plus lointains, qui venaient recueillir les leçons du savant professeur sur les lois ecclésiastiques. - Plusieurs de ses disciples se consacrèrent après lui, et quelques-uns en même temps que lui, à l’enseignement du droit canonique, en adoptant pour le Décret le procédé en usage parmi les commentateurs du droit romain, lequel consistait à expliquer le texte (littera) (5) par des gloses, soit interlinéaires, soit marginales (6), qui ont été conservées pour la plupart dans les copies multiples du Décret.
Les plus anciens manuscrits de la collection de Gratien ne renferment qu’un petit nombre de ces sortes de gloses, qui se bornèrent d’abord à fixer le sens de quelque mot ambigu, ou d’un passage difficile. Ce n’est que plus tard et peu à peu qu’on voit se multiplier les commentaires de cette collection (commentaires écrits qu’il ne faut pas confondre avec les remarques orales des cours publics, désignées éga-
(ed. Venet. 1523; fol. 16) : Non obstat, si dicis librum Decretorum fuisse per Papam approbatum, quia nec hoc constat. Et dato quod constaret , approbatio non fuit quo ad Dicta Gratiani, quae quotidie reprobamus.
(3) S’ilen était autrement, la glose ne se montrerait pas aussi bostile qu'elle le fait assez souvent. Voyez, par exemple : Glossa Sicut ad Can. 1, D. 68 : Superficialis est argumentatio magistri. — Gl. Formatas, ad Dict. Grat. p. Can. Ecclesiis, 3, ead. Et licet Gratianus dicit — non credo. Voyez ci-dessus § 12, note 32.
(4) Sarli, loco citato, p. 271, § 24.
(>) Steph. Tornac., Summa de Decret, {$ 178, note 3), proœni, : His prolibatis ad litleram veniamus.
(6) Savigny , Geschichte des Rôm. Rechts im Mittelälter, Bd. 3,.§ 207, S. 561 sqq. .
114 DU DROIT RCCLESTASTIQUE,
lement sous le nom de gloses) (7), et prendre successivement jusqu’au commencement du treizième siècle, des proportions si considérables, que le Décret sembla disparaîtré lui-même sous cette masse de travaux étrangers (8).
L’emploi de cette méthode valut aux professeurs du droit canon de partager avec ceux du droit romain la qualification de glossateurs ; les premiers, pourtant, ne portèrent pas sitôt que les seconds le titre de Doctores, et s'appelèrent, jusqu'à la fin du douzième siècle, du nom de Magistri (9). Ceux de Canonistes et de Décrétistes (10) servirent à les distinguer des Légistes, professeurs de droit romain.
A l'égard des cours publics, voici quelle était la méthode des glossateurs : ils commengaient (11) par embrasser d’un coup d'œil général la matière qu'ils avaient à traiter, en y tracant de grandes divisions (summa); ils lisaient ensuite le texte des différents passages (§ 14, n. 37) et développaient, après l'avoir établie, la question de droit de chaque chapitre (casum ponere) (12). Is s’appliquaient alors, incidemment, a concilier d’autres passages qui paraissaient se contredire ; puis, résumant tous les principes énoncés, ils en faisaient sortir des règles générales, axiomatiques, vulgairement connues sous la dénomination de Brocarda (13), du nom d'un Bourchard sur lequel on n'est point fixé. Quand le temps le permettait, le professeur examinait encore certains cas particuliers, réels ou imaginaires (Causæ), qui donnaient lieu à diverses questions (Quæstiones). Plus fréquemment, ces questions étaient renvoyées à un autre cours ou à un jour déterminé de la semaine, et servaient alors, en même temps,
(7) Savigny, loco citato, § 205, S. 558.
(8) Sarti, loco citato, p. 280, $ 48, p. 287, § 1.
(9) Sarti, loco citato, præf., $ 29, p.26. — Savigny, loco citato, § 77, S. 207.
(10) Sarti, loco citato, p. 250, $ 7. — Savigny, loco citato, § 190, S. 416.
(11) Savigny, loco citato, § 204, 8. 552 sqq.
(12) Glossa Bene quidem, ad Can. 1, D. 96 : Et ego cum Hug. ad majorem intelligentiam aliquantulum latits posti casum, quam Bene,
(13) Savigny, loco citalo, $ 209, S. 569; § 16, note 16.
de matière à des discussions. Les travaux littéraires de ces professeurs correspondaient en grande partie à leurs leçons orales, qu'ils publiaient sous différents titres : Apparatus glossarum , Summæ, casus, Brocarda et Quæstiones.
Les questions ont assez généralement conservé le titre secondaire qui leur avait été donné dans l’origine d’après le jour où elles avaient lieu ; ainsi, on les appelle encore, dans le langage de l’école : Quæstiones mercuriales (14), veneriales (15), sabattinæ (16) et dominicales (17).
On est encore à chercher quels furent les premiers glossateurs (18) ; les noms de tous ceux que l’on connait appartiennent à des personnages qui étaient eux-mêmes venus à Bologne pour suivre les lecons des décrétistes, dont l’école, qui eut bientôt une rivale à Paris (19), était déjà florissante. Le véritable siége de cette école fut longtemps encore le monastère de Saint-Félix, où enseignèrent Paucapalea, Omnibonus et Hugucio (20).
Bien que les chapitres ajoutés au Décret par Paucapalea nous aient conservé son nom, l'existence de ce glossateur n’en serait pas moins problématique sans la mention formelle que fait de lui Sicard, autre disciple de Gratien (21), dans un passage de ses écrits ($ 14, n. 10 ). Il n’en est pas de méme d’Omnibonus, auteur d’un abrégé du Décret; on connait diverses circonstances de sa vie (22). Selon toute
(14) Johannes Andrea, Vid. Savigny, loco citato, Bd. 6, § 39, S. 119.
(15) Il en existe, sous ce titre, de Barthélemy de Bresci. Sarti, loco citato, p. 339.
(16) D’Asoetde Roffredus Epiphanii. Savigny, loco citato, Bd. 5, $ 15, S.41, § 76, S. 207.
{{7) De Barthélemy de Brescia. Saréi, loc. cit., p. 339, qui mentionne aussi les Quæstiones de ce glossateur dans le Glossa Rata ad Can. Nullus, 1, C. 9, Q. 2. La Glossa Quæ acquisierit , ad Can. Abbates, 16, C. 18, Q. 2, porte: Sed hanc quæstionem plene notavi inter dominicales quæstiones. Ces paroles, bien que portant le seing Bern., peuvent être attribuées à Barthélemy,
(18) Sarti, loco citato, p. 280, §§ 48, 49.
(19) Vid. Du Boulayé, Histor. Univ. Paris., t. II, p. 580 sqq.
(20) Sarti, loco citato, p. 280, § 50; p. 282, § 1.
(21) Sarti, loco citato, p. 281, $ 1.
(22) Rob. de Monte, Chron. ann. 1130 ($ 178, note 14).—Sardi, loco citato, Pp. 283, § 3. — Bickell, Festprogramm. (Marb. 1827), S. 5.
vraisemblance, il composa son livre avant Pannée 1157, époque de sa promotion au siége de Vérone. Il avait jusqu’alors résidé à Bologne, ainsi que le constate une décrétale qui lui fut adressée par Eugène III, et dans laquelle le pape lui donne le titre de Magister Omnibonus (23). Il siégea à la grande diète de 1158, convoquée à Roncaglia par Frédéric I", et mourut en 1185; dans cette même année, Sicard fut promu à l'évêché de Crémone.
Sicard, ou Sigihard, nous a laissé trois ouvrages : le Liber mitralis (24), une chronique (25) et une Summa canonum (26); celle-ci n'est qu'un extrait numéroté du Décret, qu’il composa pour la commodité de ses auditeurs (27). Il avait voulu, comme il le dit lui-même, « réunir en un seul « bouquet tout le parterre de Gratien, resserrer la vaste et « puissante mer de sa doctrine dans un petit ruisseau, où « chacun pit venir se désaltérer, et déployer son ciel « comme un pavillon, pour en éclairer les ténèbres scienti- « fiques avec les étoiles des distinctions (28), qu'il avait en « partie empruntées à Gratien lui-même, en partie puisées « dans les écrits spéciaux des savants, ou recueillies de la « bouche des saints Pères, ou, enfin, élaborées de ses propres « mains. »
La division en distinctions lui paraissant mauvaise, il la rejette et décompose la première partie en cent vingt-deux chapitres et les Causæ en huit sections, en tête de chacune desquelles il embrasse d’un coup d'œil général toutes les autres causæ qui s’y rattachent. Il classe les six premières sous le
(23) Cap. Lidderas, 2, X, de Juram. calumn. (IE, 7).
(24) Wilh. Durantis (§ 181, S. 186) a inséré cet ouvrage dans son Rationale divinorum officiorum. Vid. Sarti, loco citato, p. 284, § 1; App., p. 141.
(25) Sicard, Ep. Crem. Chronicon, dans Muratori, Script. rer. Ital., t, VII, col. 529 sqq. | |
(26) Sarti, loco citato, App., donne des extraits d’un manuscrit du Vatican. La Bibliothèque royale de Munich possède deux manuscrits de Sicard : Cod. Benedictobur. 55 (lat. 4555) ; Cod. Polling. 12 (lat. 11312). Le premier est celui dont fait mention Pez, Thesaur. Anecd., t. III, p. III, col. 623.
(27) In sociorum utilitatem.
(28) Stellis distinctionum ; Sari, loco citato ; Stellis dictionum.
titre de Causæ criminales, les vingt suivantes sous celui de Causæ pecuniariæ ; toutes les autres (Sicard ne fait pas mention du Tractatus de penitentia) se rapportent au mariage.
Quant à la date de cet ouvrage, à s’en tenir à certaines formules consignées dans un manuscrit et dont l’une est d’Adrien IV, une autre d'Alexandre III (29), on pourrait la placer dans le cours de l’année 1160. Tout porte à croire que Sicard avait quitté Bologne pour aller étudier le droit canon à Mayence, et il y a lieu de présumer qu’il termina dans cette ville sa Summa canonum, à la fin de laquelle il se nomme le fils spirituel de l’Église de Mayence (30). Il mourut, en 1215, évéque de Crémone, sa ville natale (31).
À force de recherches, on est parvenu à découvrir encore quelques autres des plus anciens glossateurs ; mais, pour la plupart on ne connaît guère que leurs noms. De ce nombre sont : Ansalde chanoine de Bologne, Urson, Anselme et Butirus (32). Mais le premier dont il nous reste une glose ex professo du Décret, c’est Rufin, que, pour cette raison, Guillaume Durantis, dans son avant-propos du Speculum judiciale, met au premier rang de la liste des glossateurs (33). Rufin (34) avait certainement achevé et publié, avant l’année 1190, sa Summa de decretis, que Huguccio connaissait déjà ; nous n’avons donc point à examiner s’il est le même que le canoniste Rufin, envoyé en 1222 au pape Honorius III par l’université de Bologne, à l’occasion de son démélé avec la bourgeoisie (35).
(29) Sarti, loco citato, p. 198. Les deux manuscrits cités ci-dessus (n. 26) ne donnent, anx fol. 27 et 28, que des formules générales, où le nom du pape est laissé en blanc.
(30) Cod. Polling., fol. 164 : Ego vero Sigehardus Cremonæ filius natione, et Moguntinæ ecclesia filius spiritualis translatione, æmulos patienter sustineo et mei judicium matris arbitrio derelinquo.
(31) Sicard, Chron. contin., dans Muratori, loco citato, col. 625.
(32) Sarti, loco citato, p. 286, § 1 sqq.
(33) S. Jo. Andreæ Addit. ad Guil. Durant. Spec. judic., edit. Venet. 1518, - fol. 1. (Ant. Augustin., Opp., t. IV, p. 609; Savigny, loco cit., Bd. 3, Anhang. 2, S. 631 sqq.) — Sarti, loco citato, p. 287, § 1.
(34) Le nom de ce glossateur figure dans plusieurs endroits de la Glose du Décret : par exemple, Glossa Quod ordinatio et Nos ad Caus. 9, q. t.
(35) Vid. Sarti, loco citato, p. 238, § 2.
Sylvestre, contemporain de Rufin, jouissait comme lui d’une grande considération, à cause de son zèle pour la science du droit canonique et de sa vaste érudition (36).
Tl est aussi un autre contemporain de ces deux glossateurs, connu sous le titre de Summus canonista : c'est Jean Faventinus (37), dont il existe encore un grand nombre de commentaires sur le Décret de Gratien. Malheureusement, les seings de ces commentaires, dans les éditions imprimées, n’offrent pas un caractère suffisant d'authenticité (38) ; on. peut cependant attribuer, avec une certitude presque complète, à Faventinus toutes les gloses qui portent les seings Jo. de Fa., Jo. de Fan., Jo. de Fant. ; et mème celles signées : Jo. Faber (39), attendu qu'il ne saurait être ici question du juriste français du même nom (40), ni de Jean Fantuzzi (41), qui vivaient l’un et l’autre beaucoup plus tard.
La glose de Faventinus, indépendamment de son utilité pour l'interprétation de nombreux passages du Décret, a fourni encore à la dernière collection méthodique des gloses de ce Décret la base d’une meilleure distribution des chapitres. Ge genre de classification, dans lequel nul autre décrétiste ($ 14) ne peut se poser son rival, est vraisemblablement son œuvre (42).
À la même époque appartiennent également les deux glossateurs, présumés espagnols, Jean et Pierre Hispa-
(36) Diplovatacci Vite (Sarti, loco cit., App., n. 43, p. 267). Selon Vallégation de Sarti, il existerait aussi des gloses de cet auteur sur le Décret, dans les éditions imprimées. Nous n'avons pas été assez heureux pour en découvrir aucune.
(37) Diplovatacci, dans Sarti, loco citato, p. I, p. 288, note e.
(38) C’est sur la foi de Sarti que nous donnons les exemples qui suivent; mais, nous l’avouerons, ce n’est pas sans hésiter et sans nous demander s’il ne serait pas absolument possible de donner à ces seings une autre explication.
(39) Glossa Quidam in excommunicatione ad Dict, Grat., c. 4, q. 1.
(40) Savigny, loco citato, Bd. 6, § 13, S. 40 sq.
(41) Sarti, loco citato, p. 289.
(42) La bibliothèque de Donai possède un manuscrit du quatorzième siècle, qui contient un Æpitome du Décret de Gratien; il commence par ces paroles, reproduites avec une légère variante dans la glose Humanum genus, D. 1:
nus (43). Dans ces auteurs on trouve aussi des gloses dont les seings portent : Mart. (44) et Marti. Hispanus (45), et où il faut admettre, comme pour Faventinus (46), une substitution de nom (47).
Immédiatement après ces derniers on doit citer le célèbre Étienne de Tournay, auteur d'une Summa de deeretis, comme un des hommes (48) qui, sortis de l’école de Bologne, ont acquis des droits durables à la reconnaissance de l'Église, pour les services qu'ils out rendus à la science du Droit canonique.
Mais quelque grands que soient ces services, ils sont peu de chose encore auprès du pas immense que l’illustre Laborans, promu au cardinalat en 1173 par le pape Alexandre III (49), a fait faire à cette science, en s’efforçant de systématiser le Décret de Gratien, dans une collection en six livres (50) publiée vers 1182. Cette œuvre, fruit d’un travail de vingt ans, porte pour titre, dans le manuscrit
Magister Gratianus volens compilare, et donne ensuite une division des distinctions, calquée à peu près sur la Glose (voy. Tailliar, Notice de manuscrits concernant la législation du moyen âge; Douai, 1845, p. 38). Faut-il voir là un extrait de la Glose, ou l’œuvre de quelque glossateur ?
(43) Vid. Sarti, loco cit., p. 289, § 1. — Les Gloss. Non exierit, ad Can. Quidam, 2, c. 5, q. 1; — Glossa Tempus, ad Can, Placuit, 3, d. 7, de Panit., sont de Pierre.
(44) Glossa Virginibus, ad Can, 14, c. 27, .q. 1.
(45) Glossa Ex quo, ad Can. Reperiantur, 7, c. 1, q. 1.
(46) Sarti, loco cit., p. 305, not. c, admet que ces seings doivent se rapporter à Mélendus. Vid. not. 38.
(47) Ce n’est que vers la fin du treizième siècle, bien postérieurement à Barthélemy de Brescia, que l'on trouye un canoniste du nom de Martinus Hispanus. Qn saurait encore moins songer à Mag. Martinus Hispanus (Sarti, p. 502), dont il ne commence à être fait mention que dans l'année 1275.
(48) Sarti, loco citato, p. 291.
(49) F. A. Zaccaria, Dissertatio de inedita canonum collectione quam XII sæculo cardinalis Lahorans composuit (Diss. latin. de reb. ad histor. atque antiq. Eccles. pertin., Fulgin. 1781, 4, tom. 11, diss. 14; Gallandi, Sylloge, tom. II, p. 767-800). — Theiner, Disquisit., p. 3 sqq., p. 399-446. La décrétale d’Alexandre II Super co, 22, X, de Testibus (11, 20), est adressée à Laborans ; dans la Collection grégorienne; elle est adressée à un cardinal Matthieu. Vid. Theiner, p. 431.
(50) Le sixième n’est au fond qu'un épilogue.
120 DU DROIT RCCLESIASTIQUE.
qui nous reste de lui, et qui est le seul existant : : Codex compilationis.
A l'exception d’un petit nombre de passages empruntés à d’autres sources, et de quelques décrets d’Innocent IT, d’Eugéne III et d'Alexandre IT (51), l'ouvrage du cardinal Laborans est entièrement puisé dans Gratien, bien que celuici n’y soit pas nommé, ce qui d'ailleurs n’était nullement nécessaire, l’auteur se proposant uniquement de donner au Décret une forme moins confuse et plus régulière.
Toutefois, ce travail fut à peu près perdu pour la pratique (52); déjà, à cette époque, Gratien jouissait d’une trop. grande autorité pour qu'il fit permis de suivre un autre guide, et l’école qui possédait alors deux de ses disciples les plus renommés, Bazianus et Huguccio, se contentait des gloses-de ces professeurs sur le Décret et n’imaginait rien de mieux.
Bazianus (53), le premier Doctor utriusque juris, s'était aussi fait un nom célèbre comme légiste (54), au point que son épitaphe qui l’appelait poétiquement Ja Rose de Bologne, sa patrie, pouvait dire de lui: « Il fut donné aux deux droits d’habiter dans son cœur. » « Seul, il eut cette gloire, homme sans égal dans l'Italie » (55).
Il ne faut pas oublier non plus, sur la liste des glossateurs du Décret, Gandulfus (56), auquel on peut reprocher sa rédaction un peu diffuse, Melendus (57), Richard l’an-
(51) Theiner, loco citato, p. 429.
(52) Pierre de Blois est le seul qui paraisse en avoir fait usage. vid. : n. 60.
(53) On rencontre souvent les gloses de Bazianus sous le seing Bas. Exemples : Glossa Adjecit quoque, ad D. 51. — Glossa S/udet, ad Can. Quicunque, 2, c. q. 7 sqq.
(54) Ne pas le confondre toutefois avec le légiste Johannes Bassianus. Vid. Savigny, loco cit., Bd. 4, § 88, S. 291, note h. La Glose le désigne par le nom de sa ville natale. Glossa Expendisse, ad Can. In primis, 7, ©. 2, q. 1 : In hac opinione fuit Joa. Cremonensis, et alii doctores legum.
(55) Sarti, loco citato, p. 292.
(56) Glossa Opportuno, ad Can, Quoniam, 13, d. 31. — Glossa Nuptiarum, Can. 41, c. 17, q. 1. — Voyez Sarti, loco citato, p. 295.
(57) Sceau : M. Mel. — Glossa Secundum, Can. 8, d. 19. — Glossa Dimisit, ad Can, Qui studet, 11, c. 1, q. 1.— Glossa Quia utrumque, ad Can, In
glais (58) (1237), auteur de Distinctions et d’un Ordo judiciarius, Damase Bohémus (59), à qui l’on doit un ouvrage portant également ce dernier titre, ainsi que des Brocarda et des Historiæ, et Pierre de Blois le jeune, connu par son Speculum juris canonici (60), dans lequel il signale diverses contradictions qu'il avait trouvées dans les sources.
Mais tous ces compilateurs, décrétistes et glossateurs furent entièrement éclipsés (61) par Hugues, ou, comme on le nomme plus habituellement, Hugguccio (62), le maitre du grand pape Innocent III. Né à Pise, Huguccio, après avoir fait de fortes études théologiques, cultiva et - professa le droit canon à l’université de Bologne. IL avait l'intention d'employer ses vastes connaissances à édifier un ouvrage de la plus haute importance, son grand Appareil pour l'explication du Décret (63); mais cet ouvrage, bien qu’il ait trouvé une continuation dans Jean de Deo (64), est demeuré inachevé (§ 16). Élevé au siége de Ferrare en 1190, Huguccio prouva qu’il avait la véritable intelligence de sa position. Malgré ses connaissances extraordinaires en droit canon, lui, qui enseignait aux. autres, ne rougissait pas, dans les cas difficiles, de consulter son disciple. Une sacrorum, 1, d. 2, de Consecr. — Sarti, loco citato, p. 305. Voyez plus haut, note 46. -
(58) Sarti, loco cit., p. 310. —Tailliar, loco cit., p. 44-50, p. 95-99 (Glossa Ne liberto, ad Can. Si testes, 3, c. 4, q. 2). — On Pappelle aussi Richardus pauper (Richard Poore). 11 ne faut pas le confondre avec saint Richard (né en 1197 et mort en 1253), erreur où il est d’autant plus facile de tomber que l’un et l’autre ont été évêques et ont occupé le siége de Chichester. Voyez, sur le dernier, Sarti, loco cilato, p. 334.
(59) Sarti, loco cit., p. 306, § 3. — Savigny, loco cit., Bd. 5, § 60, S. 162 sqq. — A. Wunderlich, Anecdota quæ processum civilem spectant , p. 33 sqq.
(60) Petri Blesensis Opusculum de distinctionibus in Canonum interpretatione adhibendis sive, ut auctor voluit, Speculum juris canonici edid. Th. Aug. Reimarus, Berol. 1837, 8.
(61) Seing : H. Hu. Hug.; ses gloses figurent sur toutes les pages du Décret.
(62) Vid. Sar£i, loco citato, p. 296 sqq.
(63) Savigny, loco cit,, Bd. 5, $ 149, S. 480 (München, Bibl.” palat. VIT, 146).
(64) Disciple de Zoen de Tencarariis, Sarti, loco cit., p. 338, § 6, p. 349 sqq. App., p. 116. — Savigny, loco cit., tom. 5, § 145, p. 462 sqq. — Vid. Savigny, loco citato, p. 480.
122 DU DROIT RCCLÉSIASTIQUE.
décrétale que lui adressa Innocent III (65), proclame avec non moins de solennité l’éminence de son savoir que l’autorité supréme de Rome, tribunal souverain, établi de Dieu au-dessus de toute science humaine, auquel, selon les paroles de saint Irénée, toutes les églises doivent s’adresser. « Plus il nous est connu, écrit le pape à Huguccio, que “ vous êtes versé dans la science du droit canonique, et « plus nous vous félicitons devant le Seigneur, Frère « bien-aimé, d’avoir, dans les questions douteuses, recouru « avec empressement à la chaire apostolique, qui est, en « vertu de l'institution divine, la mère et la maîtresse de « tous les fidèles, pour soumettre à son approbation et faire « confirmer par elle l'opinion que vous aviez sur ces ques- « tions, alors que vous enseigniez à vos disciples la science « de la législation ecclésiastique. » Huguccio (66) mourut en 1210 (67).
A ces glossateurs du Décret vinrent se joindre, à partir du commencement du treizième siècle, Benincasa Senensis et Laurentius Hispanus. Le premier a écrit des Casus pour l’application des principes du Décret. Comme on ne connait rien de semblable de Pierre Beneventanus ($ 18) et de Roffredii (Beneventanus) Epiphanii, on est fondé à croire que les seings Bene..., Beneve..., Beneventa..., qui se trouvent dans les éditions imprimées (68), ne sont pas authentiques et ne sont qu'une corruption de Ben (in casa) (note 38). Laurentius, dont il est resté un très-grand nombre de gloses (69),
(65) Cap. Quanto te novimus, 7, X, de Divort, (IV, 19).
(66) On a encore de lui un ouvrage étymologique très-remarquable : Liber derivationum. Sarfi, loco citato, p. 301.
(67) 11 est fort regrettable que Fattorini n’ait pas jngé à propos de donner place dans son supplément à la biographie d'Haguccio par Diplovatacci, C’est une omission que l’on s'explique d’autant plus diflicilement qu’il a fait cet honneur à d’autres qui, certes, y avaient beaucoup moins incontestablement droit,
(68) Sarti, loco cit., p. 315. Ego Bartholomzus Brixicnsis, inter studentes Bononiæ minimus, Casus decretorum quondam a Benincasa compositos pro modulo scientiæ mea duxi in melius reformandos, —Tailliar., loco cit., p. 57.—Sarti, loco citato, p. 126.
(69) Sceaux : L. La. Lau. Laur., spécialement sur le Tract. de peenit.
avait été le professeur de Tancrède et de Barthélemy de Brescia (70). Tancrède (71), enfant de Bologne par sa naissance et par la dignité d’archidiacre dont il fut revêtu dans cette ville, s'est illustré surtout par son livre de l'Ordo judiciarius (72). Il n’est pas certain qu'il ait aussi composé des gloses sur le Décret (73); son nom se rencontre, il est vrai, assez fréquemment dans le Glossaire (74); mais cette seule circonstance ne prouve pas suffisamment qu'il y ait collaboré lui-même,
Jusque-là, chaque glossateur avait puisé dans les travaux de ceux qui l’avaient précédé, et augmenté de ses propres gloses la masse commune des commentaires du Décret; mais le tout avait besoin d’être passé au crible d’une révision intelligente et sévère et distribué avec ordre et méthode. Cette nécessité, qui se faisait vivement sentir, assurait d’avance l'accueil le plus favorable à l'ouvrage du professeur Jean, surnommé Teutonicus, du nom de son pays natal (note 79). On ne peut fixer d’une manière précise l'apparition de l’Apparatus decretorum, dans lequel Jean le Teutonique, s'emparant des gloses de ses devanciers, les soumit à une nouvelle disposition (75); on sait seulement que ce savant canoniste était uni d’une étroite amitié avec Innocent III (76),
70) Sarti, loco citato, p. 316, § 2.
(71) Vid. Sarti, loco cit., p. 11, p. 28 sqq.—Savigny, loco cit., fom. 5, § 43, p. 115 sqq.
(72) Savigny, loco cit., § 45, p. 120 sqq. — Sa Summa de Matrimonio a été éditée récemment par A. Wunderlich, Gott. 1841 ; son Ordo judiciarius par F. Bergmann, Pillii, Tancredi , Gratiæ libri de Judiciorum ordine, Gotting. 1842, 4, — Voyez plus bas §§ 16 et 17. -
(73) Sarti, loco citato, p. 82. — Savigny, loco citato, $ 50, p. 182.
(74) Outre les passages cités par Savigny, note b, voyez : Glossa Civitatis, fan. 13, d. 61. — Glussa Electus, 3, d. 63. — Glossa Fidejussione ad Can. Induciæ, 4, c. 3, 4.— Glossa Tot scriplis, ad Can, Honoratus, 8, d. 75. — Glossa Irruerit, ad Can. Si quis cpiscopus, 8, d. 92.
(75) Sarti, loco citato, p. 826 sqq.
(76) 11 dit lui-même : Mihi quandoque Papa Innocentius dixit, quod falis electio non valet : Eligo istum , si Papa placuerit, non magis, quam si diceretur : Cognosco uxorem istius, si placuerit viro. Glossa ad Cap. De multa, 4, Comp. IV, de Præb. (III, 2; Greg., cap. 28, cod. III, 5).—Glossa Sabbati, ad Can. Quod @ patribus, 4, d. 85.
qu’il ajouta des gloses à la quatrième collection des Décrétales, publiée immédiatement après la mort de ce pontife (77), et qu’à cette époque l'Apparatus avait été déjà mis au jour (78). Ces diverses circonstances ont fait placer cet ouvrage sous le règne d’Innocent III, environ vers l’année 1212 (§ 18).
D’après une tradition historique dont l’authenticité n'est pas suffisamment garantie, Jean Teutonicus (79), à qui des écrivains postérieurs ont donné le surnom de Séméca, professait encore à Bologne en 1227, avec Accursius (80); il paraît certain, dans tous les cas, qu’il termina vers cette époque sa carrière professorale. Il passa le reste de ses jours en Allemagne, et mourut prévot à Halberstadt en 1240 (81).
L'Apparatus de Jean Teutonicus devint désormais la Glossa ordinaria du Décret, c’est-à-dire le commentaire adopté par l’école, avec diverses modifications successives. Une autre glose, la Glossa ordinaria sur les sources du droit romain, par Accursius, suivit de près l'apparition de ce travail. Accursius était, comme Jean (82), un disciple d’Azon (1220), et occupait, en même temps que lui (1221), une chaire à l’université de Bologne (83). La gloire immortelle du Caroccio de la vérité (84), comme ses contemporains appelérent Accursius, n’est point obscurcie par le fait, d’ailleurs trés-vraisemblable, de la publication antérieure de
(77) Ant. Augustin., Praef. ad Coll. 1V. Decret. (Opp., tom. IV, p. 609).
(78) Ant. Augustin., loco citato.
(79) Son seing porte régulièrement: Jo, ou Joann.; cependant on lui attribue également les autres gloses qui ne sont pas signées. Quelquefois le nom est en toutes lettres, Joannes Theutonicus, comme par exemple : Glossa Deseratur, ad Can. Jus militare, 10, d. 1. —Glossa Vocavit, ad Can. Fuerunt, 2, d. 7.
(80) Sarti, loco citato, p. 328, § 5. bad
(81) 11 y a un autre Jean Teutonique, de l’ordre des Frères précheurs, et anteur d’une Summa casuum conscientiæ, intitulée, de son nom, Joannina. — Sarti, loco citato, p. 327, § 5.
(82) Glossa Frangatur auctoritas, ad Can. Quando necessitas, 4, d. 36: ita exponebat Azo, ut ab eo audivi Jo.
(83) Savigny, loco cilato, tom. 5, § 93, p. 270 sqq.
(84) Vid. Savigny, loco citato, § 100, p. 296, note c.
l’Apparalus de Jean Teutonicus, la lumière des décrets (85).
Cet Appareil fut repris en sous-œuvre et complété, vers Van 1236, par l’un des professeurs les plus laborieux de Bologne, Barthélemy de Brescia, disciple de Laurentius, de Tancrède (86) et d'Hugolin de Presbyteris (87). Barthélemy avait reproduit, sous une forme nouvelle, les Casus de Benincasa Senensis (note 68), les Histoires de Damase et l’Ordo judiciarius de Tancrède (88) ; il s'était servi surtout du premier de ces trois ouvrages pour sa glose du Décret. De.plus, contemporain de Grégoire IX, etayant à sa disposition toutes les nouvelles décrétales parues depuis Gratien (89), toutes ces circonstances concouraient à donner à son œuvre une valeur toute particulière. Fréquemment il s'inscrit en faux contre les opinions d'autres glossateurs, et il n’est pas rare de rencontrer chez lui des passages comme ceux-ci: Quidquid Beneventanus (v. p.) dicit, ego, Bartholomæus Brixiensis, sic credo (90), etc. — Sed quidquid Jo. de F. et alii de hac materia dixerunt, istud est tenendum (91). — Quod hoc con-
(85) Lux Decretorum, Dux Doctorum, Via morum; tels sont les titres que lui donne son épitaphe, dont le monde savant doit la révélation à Zrhard, Triumviri Halberstad., Helmst. 1715, p. 34.
(86) Glossa Fidejussione, ad Can. Inducix , 4, c. 3, q. 3, et ila semel Tancr. respondit in scholis. B.
(87) Glossa Prius, can. 14, ¢.3, q. 41..Ege Barth. Brix. sic audivi ab Hugolino casum hunc. Il est encore question d’Hugolin dans les passages suivants : Glossa Cum vero, ad Can. Induciæ, cit. : sic credo casum esse ponendum ; et sic intellexi per Hugo. dominum meum. — Glossa Fidejussione, cit. : Dominus H. et alii doctores legum. — Glossa Parentes, ad Can. Consanguinei , 2, c. 3, q. 5: Dominus Hug. dicebat. — Glossa Quam semel, ad Can, Jnducia, cit.
88) Sarti, loco citato, p. 330 sqq. — Tailliar., loco citato, p. 56-50.
(89) Voici comment il entre en malière : Quoniam novis supervenientibus causis, novis est remediis succurrendum : idcirco ego, Bartholomæns Brixiensis, confidens de magnificentia Creatoris Apparatum Decretorum duxi in-melius reformandum non detrahendo alicui, neque altribuendo mihi glossas, quas non feci : séd supplendo def-ctum solummodo , ubi correctio necessaria videbatur vel propter subtractionem decretalium et diminutionem earumdem, vel propter jura, quæ supervenerunt de novo. Interdum et solationes interposui, que prætermissæ fuerint a Joanne. Hoc feci ad honorem omnipotentis Dei et Ecclesia Romana et ad communem utilitatem omnium studentium in jure canonico. B.
(90) Glossa Cum vero, cit.
(91) Glossa Plenitudine, ad Can. Qui perfectionem, 17, c. 1, q. 1.
cedit, sed dura est hæc opinio (92). A propos de ce dernier passage, nous remarquerons que généralement Barthélemy incline de préférence vers les doctrines modérées. On raconte qu'il trouva la mort, dans un âge très-avancé, au siége de Brescia (1258), et qu’il fut tué par l’ordre d’Ezzelino (93). Les modifications infligées par Barthélemy à la Glose de Jean ne sont pas purement matérielles ; elles l’attaquent encore profondément dans son caractère doctrinal. On a reproché, en effet, à ce commentateur de n’avoir eu que des connaissances très-incomplètes en théologie (94); tandis que Barthélemy est, lui, à l'abri de ce reproche, et témoigne au contraire de sa science à cet égard, en invoquant fréquemment l’autorité de Pierre Comestor (95). Du reste, il faut convenir que la méthode suivie par Teutonicus dans la rédaction de sa glose (96) et le courant scientifique de son époque devaient nécessairement l’exposer à de nombreuses imperfections ; aussi son œuvre est-elle pleine de défauts. On y trouve une foule de propositions insoutenables (97), beaucoup de choses inutiles et bon nombre de remarques absurdes. Néanmoins, tout imparfaite qu'elle est, cette glose a une grande valeur scientifique et une importance pratique plus grande encore, parce que, s'appuyant sur l’autorité de l’école, elle fait descendre le droit théorique dans la vie réelle. C’est en accommodant ainsi les principes aux faits que l'école, elle aussi, a, d’une part, concilié, sur un trèsgrand nombre de points, les dispositions tant du droit romain que du droit canonique avec celles du droit germani-
(92) Glossa In Le, ad Can. Si peccaverit, 18, e. 2; q. 1.
(93) Vid. Hallische Beitrage zu der jurist. Gel. Historie., Bd, 3, 8, 739.
(24) Sarti, loco citato, p. 340, § 4.
(95) Glossa Fidelis, ad Can. Si qui.filii, 1, d: 30, — Glossa Domesticos, ad Can. Non satis, 14, d. 86.
(96) Orthophagiensis, in Glossa Ne liberto, ad Can. Si testes , 3, ©. 4, q. 2
(97) Dans son bref de l'année 1580, inis en tête de l’édilion romaine du Curpus juris, le pape Grégoire XIII fait, au sujet des auteurs des gloses, cette appréciation frappante de justesse et d’indulgence : Quibus quum viri pii et catholici fuerint , ignoscendum videtur, si quid vel ob érrorem in illis, vel quia nondum pleraque a sacris conciliis diffinita fuerant, liberius locuti sunt.
que (98), et, d'autre part, exercé une influence considérable et directe sur la législation elle-même (99).