I. Coczecrions
Bibliotheca juris canonici veteris; opera et studio Guil. Voellii et Henr. Justelli, Lut. Paris., 1661, 2 vol. in-fol.
Xuvodixov, sive Pandectæ canonum SS. Apostolorum et conciliorum ab Ecclesia græca receptorum, ree. Guil. Beveregius, Oxon., 1672, 2 vol. in-fol.
Assemani, Bibliotheca juris orientalis canonici et civilis, Rom., 1762, 5 vol. in-4. (Vid. Walter, Kirchenrecht, § 70, notet.) Le troisième volume de cet ouvrage, devenu la proie des flammes dans un incendie qui dévora une partie de la bibliothèque du Vatican, est depuis lors extrêmement rare.
Il. Traités :
Ant. Augustinus, Archiepiscopi Tarraeonensis, de quibusdam veteribus canonum ecclesiasticorum collectoribus judicium ac censura. (Ant. August. Opera, Luc., 1765, tom. III, p. 219 sqq.)
Fr. Florens, Dissert. de origine, arte ét auctoritate juris canonici, 1632. (Opp., tom. I, p. 1-sqq.)
Pasch. Quesnell., Diss. tres de codice canonum Ecclesiæ Romane, de variis fidei libellis in antiquo Romane Ecelesiæ codice contentis, et de primo usu codicis canonum Dionysii Exigui in Gallicanis regionibus (in edit. Opp. Leon. M., Par., 1675).
P. de Marea, De veteribus collectionibus canonum. (Opuse. edid. Baluze ; Opp. edit. Bamb., vol. IV, p. 344 sqq.)
P. Coustant, De antiquis canonum collectionibus (pref. ap. Epist. Roman. Pontif.), Par., 1721.
Seb. Berardi, De variis sacrorum canonum collectionibus (pref. ad Gratiani canon. genain.), Taur., 1752.
P. et Hier. Ballerini , De antiquis tum editis tum ineditis collectionibus et collectoribus canonum. (Edit. Opp. Leon. M., tom. IIL.)
Ces traités, à l'exception des deux premiers, se trouvent réunis dans Gallandi, De vetustis canonum collectionibus dissertationum Sylloge, Venet., 1778, in-fol.; Mogunt., 1790, 2 vol. in-4.
Van Espen, Diss. de antiquis canonum codicibus (Comment. in canones et decreta juris veteris ac novi ; Opp., vol. IV).
Aem. Richter, Beiträge zur Kenntniss der Quellen des canonischen Rechts, Leipz., 1834.
Aug. Theiner, Disquisitiones criticæ in præcipuas canonum et decretalium collectiones, seu Sylloges Gallandianæ dissertationum de vetustis canonum collectionibus Continuatio, Rom., 1836, in-4.
F. Wasserschleben, Beitrage zur Geschichte der vorgratianischen Kirchenrechtsquellen, Leipz., 1830.
I. Situation du Droit ecclésiastique dans les trois premiers siècles.
Le Droit ecclésiastique est fondé tout entier sur la révélation divine; c’est 1a la base sur laquelle reposent la tradition apostolique et celle de tous les siècles chrétiens; la source primordiale de la loi morale, où, dès l’origine, les pasteurs de l'Église puisèrent leurs prescriptions ; le type que les chrétiens, dociles à la direction de leurs guides spirituels, prirent constamment pour règle de leurs mœurs, et s’attachèrent à reproduire dans leur conduite.
Envisagé à ce point de vue, le droit des temps primitifs du christianisme affecte la forme et le caractère d'un droit coutumier, tous les actes de la vie, dans cette ère de fidélité fervente, constituant une sorte de coutume secundum legem. C’est ainsi que l'Église, dès ses premiers pas dans le monde, réalisait la fin pour laquelle l'humanité tout entière a été créée : la sanctification de ses membres, .et la dénomination d’Eglises des saints, donnée même aux divers troupeaux particuliers (1), dont l'ensemble composait la grande Église de Jésus-Christ, était, généralement parlant, sanctionnée par les faits (2). C’est qu’en effet, il fallait que les débuts de l'Église fournissent la preuve pratique, par là même irrécusable, que la perfection chrétienne à laquelle l'humanité est appelée, n’était point irréalisable pour elle, et que, malgré sa faiblesse, il lui était possible, forte de la foi en Jésus-Christ et de la vertu de sa grace, d’y atteindre, du
(1) Sans doute que, parmi les chrétiens de cette époque, il y en avait beaucoup de mauvais ; mais dans ce nombre même, beaucoup étaient encore, par leur pénitence, dignes d’être présentés comme des modèles à imiter. Voyez Fronto, De vita primorum Christianorum (Epistolæ et dissert. eccles. Edit Veron. 1733, p. 24).
(2) I Cor. XIV, 33.
moins à un certain degré. I] le fallait, pour que l’Église eut dans son enfance même un type à montrer aux générations futures, et un trésor nouveau où elle pût puiser pour leur instruction.
C'est à ce premier age de l’Église, où on la voit, encore au berceau, non-seulement écraser les serpents, mais triompher des panthères et des lions, et braver la fureur des tempétes et des flammes (3), c’est à ce premier age, disons-nous, que remonte, pour la plus grande partie, le développement des principales institutions de son droit (4). A cette époque de foi et d’héroisme on ne commandait pas, on enseignait ; on ne punissait pas, on exhortait; l'instruction se donnait non-seulement par la parole, mais encore par l'exemple; la mort était l'aspiration suprème des chrétiens, le martyre, la voie qui les conduisait au ciel. En lutte incessante avec le pagauisme et le monde, chaque église était groupée en phalange serrée autour de son évèque. Dans cet état de choses, et malgré la communion intime qui unissait les membres de l’épiscopat entre eux et avec leur chef, la difficulté opposée par les conjonctures à la convocation des conciles investissait nécessairement chaque évéque du droit de pourvoir personnellement au maintien de la discipline (5). Ce même état de choses devait naturellement faire éclore la vie commune entre chaque pasteur diocésain et son clergé, et cette vie, calquée sur celle de Jésus-Christ avec ses apôtres (6), rendait à peu près superflues les dispositions des préceptes positifs; l’évêque n’avait pas besoin de prescrire à son clergé
(3) Ignat., Epist. ad Roman., c. 5.—Vid. Fronto, loco citato, pag. 2. Voyez note suivante,
(4) Voyez Du Droit ecclésiastique dans ses principes généraux, § 1174
(5) Collect. Can. Eccl. Hisp., præf. (edit. Matr. 1808) : Canones generalium conciliorum a temporibus Constantini cæperunt ; in præcedentibus namque annis persequutione fervente, docendarum plebinm minime dabatur facultas : deinde christiauitas in diversas hæreses scissa esl, quia non erat licentia episcopis sanctis in unum convenire nisi tempore supradicti imperatoris. Ipse cnim dedit facultatem Christianis libere congregari (Can. Canones, 1, D. 15).
(6) Vid. Phillips, Die Dicecesansynode, p. 26.
la tempérance, l'union, l'humilité, le zèle dans le service du Seigneur, la charité et la continence; c’étaient là autant de vertus communes à tous les chrétiens.
Ce ne fut que plus tard, alors que, l’Église s’étant propagée, la ferveur se fut graduellement refroidie et la situation profondément modifiée, que le besoin des prescriptions disciplinaires commenca à se faire sentir, et qu’on vit recourir à ce moyen salutaire le pape, le corps épiscopal, réuni en con-* cile, et chaque évéque dans son diocèse respectif.
Malheureusement, nous avons à regretter la perte d’un nombre considérable des monuments de cette discipline primitive. Nous ne devons pas néanmoins nous affliger’ outre mesure de cette lacune, en voyant celle qu'il a plu à la Providence de permettre dans ce qui a été transmis à la postérité de la vie de notre divin Sauveur. L'histoire témoigne de l'existence, à cette époque reculée, de plusieurs lettres relatives à la discipline, ainsi que de celles de divers conciles de même date; mais la tradition ne nous a conservé des deux premiers siècles aucun document, aucune source scripturaire où la science puisse trouver des matériaux immédiats de discipline.
En effet, à l'épitre près de Clément Ier aux Corinthiens (7), qu’il est impossible de considérer comme source proprement dite de droit canon, toutes les lettres des papes de cette période se sont perdues. De ce nombre sont la lettre de Soter à l’Église de Corinthe (8) et celles adressées par Victor Ier à divers évèques pour les inviter à se réunir (9) au sujet du démélé relatif à la fète de Pâques. Quant aux autres pièces de mème nature qui figurent dans différentes collections sous
(7) Coustant, Epist. Rom. Pontif., col. 6.—On attribue encore à ce pape une seconde lettre aux Corinthiens, dont il ne subsiste qu’un fragment; mais cette pièce est vraisemblablement apocryphe. Il en est à peu près de même des deux lettres ad Virgines , traduites en allemand par Pius Zingerle (Vienne, 1827). Voy. encore Hefele, im Freiburger Kirchenlexikon, Bd. 2, S. 585 u. f.
(8) Coustant, loco citato, col. 76.
(9) Euseb., Hist. eccles., 1. V, c. 23, — Coustant, loco citato, col. 91.
le nom des papes de cette même époque, elles sont toutes apocryphes (10).
La postérité n’a recueilli également que très-peu de chose du troisième siècle. A part trois lettres de Corneille (11), de l’année 251, dont les deux premières sont adressées à saint Cyprien, la troisième à Fabius d’Antioche, et quelques fragments épistolaires du pape Denys (12), il ne lui est rien par-
“venu de la correspondance des papes de cette époque, notamment de plusieurs autres lettres de Corneille (13), de celles de Fabius au concile deLambèse (14), de Lucius I‘ (15), d’Etienne I” (16) et de Félix I* (17), non plus que des décrets des nombreux conciles contemporains de ces documents (18).
À côté du petit nombre de pièces échappées aux ravages du temps, nous pouvons encore en placer quelques autres d’un grand prix : ce sont d’abord deux lettres de Denys, patriarche d'Alexandrie, d'une importance particulière, à raison de leur admission dans le Codex canonum de l'Église grecque, et de l’autorité que cette circonstance leur a donnée (19); en second lieu, la lettre dite canonique de Grégoire le Thaumaturge (20), un fragment d’un discours de Pierre d’Alexandrie, martyr (21), une lettre de saint Cy-
(10) C’est le cas en particulier pour les lettres de Clément I** à Théodulphe. Coustant, App., col. 1. — J. Bickell , Geschichte des Kirchenrechts, Band. 1, Heft. 1, S. 249 u. ff. Hefele, S. 586. — 11 est remarquable que les traditions des trois premiers siècles portent toutes le nom du pape Clément, de même que l'on a fait remonter à Charlemagne et à Edouard le Confesseur une foule d’institutions canoniques. Vid. Krabbe, dans l’ouvrage indiqué, note 30.
(11) Coustant, loco citato, col. 133, col. 135, col. 136.
(12) Coustant, loco citato, col. 271.
(13) Coustant, loco citato, col. 195.
(14) Coustant, loco citato, col. 118.
(15) Coustant, loco citato, col. 210.
(16) Coustant, loco citato, col. 221.
(17) Coustant, loco citato, col. 293.
(18) Tertull., de Jejun., c. 13. (Voy. Du Droit ecclésiastique dans ses principes généraux, § 83, note 12.) — Dellinger, Handbuch der Kirchengesch., Bd, I, Abth. 1, S. 439.
(19) Beveridge, Synodicon, t. 11, col. 1. — Mansi, Concilia, t. 1, col. 1018,
(20) Beveridge, loco citato, col. 24. — Mansi, loco citato, col. 1023.
(21) Beveridge, loco citato, col, 8, — Mansi, loco citalo, col, 1269,'
prien, qui fait mention du concile de Carthage (22) de l'année 255, et un protocole du second des deux conciles tenus, l’année suivante, dans cette même ville (23).
Les lettres de Denys et de Grégoire ont été écrites en réponse à d’autres évèques qui avaient consulté leurs auteurs, et montrent, jusque dans la simplicité de leur forme, le sceau de leur antiquité (24). Celle de saint Cyprien a été incorporée au canon, comme canon conciliaire, par un décret de la Quinisexta (25). Toutefois, l'erreur qu'elle contient relativement au baptême des hérétiques ne lui a pas permis, non plus qu’au protocole de l’année 256, d'obtenir force de loi, même en Orient (26).
Indépendamment de ces documents, le troisième sièele nous a encore légué plusieurs collections pseudo-apostoliques (27), parmi lesquelles il en est une qui mérite une mention particulière. Publiée en Syrie, sous le titre de Atdacxahia, elle obtint une grande diffusion en Orient, spécialement en Arabie et en Ethiopie (28). Elle se compose de six livres (29), et traite de la constitution et de la discipline de l'Église. Vers le commencement du quatrième siècle, probablement avant le concile de Nicée, cette œuvre s’enrichit de deux livres dus à la plume de différents écrivains. L'un, le
(22) Cyprian., Epist. 70, ad Januar.
(23) Mansi, loco citato, tom. I, col. 951, col. 973, — Hardouin, Concilia, t. I. col. 153. — Beveridge, loco citato, tom. 1, col. 367.
(24) Bickell, loco citalo, p. 32 sq., p. 253 sq.
(25) Cone. Truil., ann. 692, can, 2 (Hardouin, Concilia, t. IIT, col. 1660),
(26) Voyez sur ce point, ainsi que sur la confusion faile dans le protoeole, à Végard des noms de Januarius et de Jubanus, à qui saint Cyprien avait également adressé une lettre (Ep. 73), Bickell, loco citato, p. 43 syq., p. 243 sqq.
(27) Ces collections, outre celle dont il est question dans le texte, sont ; la Constitution apostolique de l'Église(Bickell, p. 87 sqq.), la Loi canonique du saint apôtre (Bickell, p. 81 sqq.), et le Synode apostolique d’Antioche (Bickell, p. 101 sqq.).
(28) Bickell, loco citato, p. 52 sqq., p. 148 sqq.
(29) Que ces six livres aient constitué une collection particulière, c’est ce que met entièrement hors de doute l'ouvrage de J. S. Drey, Neue Untersuchungen über die Constitulionen und Canones der Apostel. C'est ce qui résulte indubitablement encore de la collation faite par Bickell avec les recueils syriaque, arabe et éthiopien.
septième de la collection, contient des prescriptions morales et liturgiques ; l’autre, le huitième, traite spécialement, sous forme de constitutions apostoliques, de l’ordination et des autres fonctions épiscopales. La collection, formant ainsi un corps d'ouvrage en huit livres (30), a pour titre : Constitutions des Apôtres (Arardfers civ Anostéuw), Bien que n’émanant point des apôtres, elle n’en a pas moins une grande importance, en ce qu’elle ouvre une source précieuse a l’étude de la physiologie et de l’organisme de l'Église à cette époque (31). Test douteux qu'elle ait été connue nulle part en Occident avant le seizième siècle, et elle n'y a jamais eu force de loi (32). En Orient même, elle fut formellement rejetée par le concile de Trente, à cause des nombreuses interpolations hérétiques qui s’y étaient glissées (33). Cette réprobation cependant n’atteint point (34) les quatre-vingt-cing canons des apôtres (Canones apostolorum), incorporés, sous forme d’appendice, vers le commencement du sixième siècle, au huitième livre des Constitutions. Ces canons pseudo- “apostoliques dont le concile de Trente a consacré l’authenticité et la force légale (35), et dont la patrie paraît également
(30) Voy., outre les ouvrages cités plus haut de Bickell et de Drey, Krabbe, Ueber den Ursprung und den Inhalt der apostolischen Constitutionen und des Clemens Romanus (Hamb. 1829), et l'article de Drey, Constitutiones et canones apostolorum im Freiburger Kirchefilexikon, Bd. II, S. 855. — Waller, in Aschbach’s Kirchenlexikon, Bd. 11, S. 223.
(31) Vid. Drey, loco citato, p. 197 sqq. « Ces livres, dit cet auteur, exhalent « d’un bout à l’autre, et à toutes les pages, le parfum le plus exquis de la piété « chrétienne. Sons ce rapport, ils ne le cèdent à aucun ouvrage de la primitive « Église et l'emportent même sur une foule d’autres. Toutes vaines spéculations « d’une théorie stérile en sont sévèrement écartées, pour ne laisser place qu'aux « réalités de la vie pratique. »
- (32) Bickell, loco titato , p. 64 et 68. — V. encore Richter, Kirchenrecht, § 65, note 8.
(33) Conc. Trull., can. 2.
(34) Vid. Regenbrecht, de Canonibus Apostolorum et codice Hispano, Vratis]. 1828. — Cotelerius et Bruns , Canones Apostolorum et Conciliorum, sec. IV, V, VI, VI (Berol. 1839, 2 part. in-8°), p..I, p: 1 sqq.
(35) Conc. Trull., can, 2 (can. Placuit, 4, D. 16). — Chr. Lupus’, Synod, gener. ac prov. Decret.(Opp., tom. III, p. 56).—Phot. ad Amphil., q. 43, c. 19. ' ‘Ang. Mai (Veter. script. nova collectio, tom. 1, p. 272) attribue à ces canons une très-grande autorité et n’admet pas qu’il soit possible, sans alarmer sa con-
être la Syrie, appartiennent, pour la date de leur origine, à la seconde moitié du cinquième siècle, et ont été puisés dans les décrets de divers conciles, particulièrement dans ceux d’Antioche, dans les Constitutions apostoliques et à d’autres sources restées inconnues jusqu'ici; plusieurs vraisemblablement sont l’œuvre du compilateur‘lui-méme et ne sont que l'expression de la discipline de son temps (36). Cela est vrai spécialement d’une partie des trente-six derniers, annexés après coup, comme partie intégrante, à la collection un peu plus ancienne de cinquante canons. Ces cinquante canons sont les seuls qui fussent connus en Occident. Leur origine apocryphe fut dévoilée par Gélase (37), peut-être même par Hormisdas (38). Toutefois, comme ils ne renfermaient rien de contraire à la discipline de l'Église, ils ont trouvé accès dans la collection de Denys le Petit (§ V) et ont pris rang dans la législation canonique (39).