‹ Du droit ecclésiastique dans ses sourcesChapitre 8 sur 114 · Collection de Denys · texte numérisé non relu

Collection de Denys

L’illustre savant à qui l’on doit la supputation du cycl pascal et l’ère suivie encore de nos jours (1) devait encore avoir l'honneur de faire époque dans l'histoire des sources

(34) Le concile de Carthage, dont il a été fait mention plus haut, avait fait venir une nouvelle traduction d'Orient. Vid. Ballerini, loc. cit., § 8, n. 9, p. 372.

(35) Ballerini, lococitato, p. II fcap. 3, 4, n. 8, 9, p. 358.

(36) Imprimé par les Ballerini dans Leon. M. Opp., t. IN, p. 653. Mansi, Conc., tom III, col. 945; tom. VII, col. 893.

(37) La premiére édition en fut faite par Pierre Pithou, Par. 1588. Elle fut ensuite publiée par Chr. Justellus, Par. 1628. Chifflet, Divion. 1649, 4. Bibliotheca jur. can., tom. I, p. 488, sqq.— Vid. Schr@dl im FreiburgerKirchenlexikon, Bd. 4, S. 250, sqq.

(38) Ballerini, de Auliq. collect., p. IV, cap. 1, p. 571, sqq.

(1) Vid. Petavius, de Doctrina temporum , lib. XI, c. 2, n. 3. (Edit. Antw. tom. II, p. 221, sqq.), où sont relevées différentes allégations erronées au sujet de Denys. Voy. aussi Devoti, Jus canon; univ., Proleg., cap. 18, $ 8, not, 2. (Tom. I, p. 346.)

du droit ecclésiastique. Nous avons nommé le moine Denys.

Scythe de naissance, Denys se rendit à Rome vers la fin du cinquième siècle, après la mort (2) du pape Gélase (496), et, selon toute apparence, y passa le reste desa vie; car on raconte de lui qu’il était devenu par les mœurs entièrement Romain. Placé par la vaste étendue de son savoir au rang des hommes les plus célèbres, il cachait sa grandeur scientifique sous le modeste surnom d’'Exiguus (3). Il possédait à fond le grec et le latin, et rendait avec tant de facilité ces deux langues l’une par l’autre, qu’en l’écoutant les traduire à vue d’œil, on aurait cru entendre la lecture d'une véritable traduction. Il s'était en quelque sorte assimilé la sainte Écriture, à tel point qu’il n’y a pas une seule question s’y rapportant qu’il ne fût en état de résoudre pertinemment. Doué d’une rare faculté pour la parole, il savait néanmoins garder le silence, et l’ensemble de sa vie était d’une sainteté si éminente, que Cassiodore (4), son collègue dans l’enseignement de la dialectique, se croyait, après sa mort, autorisé à invoquer son intercession auprès de Dieu.

Laurent, prêtre distingué, et vraisemblablement membre du clergé de Rome, affligé de la confusion qui régnait dans la vieille traduction en usage jusque-là, engagea Denys à soumettre les décrets des conciles à un nouveau travail. Mais il ne fallut rien moins que les instantes recommanda-

(2) 11 dit en effet dans son avant-propos (Voell. el Justell., Biblioth. jur. can., t. I, p. 183): Nos, qui eum (Gelasium) præsentia corporali non vidimus.

(3) Plusieurs autres, par le même motif, se donnaient ce surnom (S. Bonif., Epist., edid. Würdtwein, Ep. 20, p. 49; Ep. 32, p. 78; Ep. 38, p. 85; Ep. 39, p. 87; Ep. 40, p. 89. — Apol. pro Honorio Labbé, Concil., t. VI, col. 1521). — Rodelgrimus exiguus—exiguus Selgardus, manuscrit de Bamberg Codex dans Rosshirt, Zu den kirchenrechtlichen Quellen des ersten Jahrtausends, S. 27. — Ballerini, loco citato, p. IV, cap. 14, not. 8, p. 647. Devoti, loco citato, not. 4, p- 347. Blasco, de Collect. can. Isid. Merc., cap. 1, p. 5; Cap. 5, p. 32. — Epist. Gall. dans Martene, Amplissima Collectio, tom. 1, col. 843. — Ceillier, Histoire générale des auteurs ecclésiastiques, t. XVI, c. 8, p. 221.

(4) Cassiod., de Divin. lection., cap. 23, ouvrage où nous avons puisé les dé- {ails historiques que l'on vient de lire.!

tions d’Étienne, évêque de Salone, pour vaincre la modestie du savant religieux (5).

Conformément donc au désir qui lui en était éxpiiné ; Denys traduisit une collection grecque, qui contenait, distribués en 165 numéros consécutifs, 20 canons de Nicée, 24 d’Ancyre, 14 de Néocésarée , 20 de Gangra, 25 d’Antioche, 50 de Laodicée et 3 de Constantinople (8).

La traduction s'ouvre par 50 canons apostoliques, placés sous ce titre: Incipiunt Regule ecclesiastice sanctorum Apostolorum, prolate per Clementem Ecclesiæ Romane pontificem; puis viennent 27 canons du concile de Chalcédoine, tirés d’un autre recueil grec, et 21 autres du synode de Sardique , pris dans l'original latin. L'ouvrage se termine par 138 canons africains, distribués ainsi qu'il suit : d’abord, 39 du concile de Carthage, de l'année 419, entre lesquels, à partir du 33™°, sont intercalés les canons des assemblées antérieures, tenues sous Aurélius; viennent ensuite, sous les cing derniers numéros des canons d’ Afrique, quelques lettres relatives à ces assemblées (9).

L'apparition de cet ouvrage, qui est parvenu jusqu’à nous dans sa forme primitive (10), fut accueillie par les témoignages de Ja joie la plus vive, spécialement de la part de Julien, prétre de Sainte-Anastasie. A l'incitation de ce personnage , Denys composa une seconde collection (11), dont

(5) Dionys. Exig., Pref. (Biblioth. jur, can., t. I, p. 101) : Quamvis charissimus frater noster Laurentius, assidua et familiari cohortatione , parvitatem nostram Regulas Ecclesiasticas de Greco transferre pepulerit, confusione, credo, priscæ translationis offensus : nihilominus tamen ingestum laborem tuæ Beatitudinis consideratione suscepi.

(8) Dionys. Exig., Pref. I. — A primo capite usque ad centesimum sexagesimum quintum, sicut habetur in græca auctoritate, digessimus.

(9) Ballerini, de Antiq. collect., p. Ill, c. 1, n. 3 (Gallandi, Sylloge, .t. I, p. 472). *

(10) Ballerini, loco citato, § 3, n. 10, p. 481.

(11) Dionys. Exig., Pref. 11. Sanctitatis vestræ piis excitatus studiis, quibus nihil prorsum eorum, qua ad ecclesiasticam disciplinam pertinent, omittit inquirere, præteritorum Sedis Apostolicae Præsulum constitata, qua volui cura diligentiaque collegi, et in quendam redigens ordinem titulis distinxi composi~ tis : ita duntaxat ut singulorum Pontificum, quotquot a me præcepta reperta

il fit un tout avec la première. Elle contient les décrétales des papes, en s’arrétant à celles du pontife qui occupait dans le moment le siége de Pierre. La plus récente en date de ces pièces est d’Anastase II (4 498), ce qui suppose (12) la compilation contemporaine de Symmaque. Comme, d’un autre côté, entre les deux parties (13) du travail du savant auteur, il s’était écoulé un laps de temps considérable (498- 514), ily a lieu de placer la première sous Anastase II, et la seconde vers la fin du pontificat de Symmaque (14).

Pour ce qui concerne en particulier les décrétales adoptées par Denys, on trouve dans sa collection, outre la célèbre lettre de Sirice à Himère de Tarragone, des lettres des papes Innocent I, Zosime, Boniface I, Célestin 1°, Léon le Grand, Gélase et Anastase (15). Elles sont distribuées par numéros, dont les séries recommencent à chaque nouveau pape.

Saus être en droit, ainsi que cela résulte de l’historique que nous avons retracé, d’être regardé comme l’inaugurateur des collections décrétaliennes , Denys est néanmoins le premier compilateur qui ait collectionné les décrétales séparément des conciles (16), et qui les ait classées dans leur ordre chronologique ($ IV). Cependant son recueil des décrétales, qui ne renferme que sept lettres de Grégoire le Grand, ce qui prouve évidemment que l’auteur n’avait point consulté les archives romaines, ce recueil, disonsnous, ne saurait, non plus que celui des conciles, être considéré comme officiel. Ce caractère pourrait, à meilleur

sunt, sub una numerorum serie terminarem, omnesque titulos huic præfationi subnecterem eo modo, quo dudum de Græco sermone Patrum transferens Canones ordinaram, quod vobis nimium placuisse cognoveram.

(12) Ballerini, loco citato, § 2, n. 9, p. 481.

(13) Eo modo, quo dudum. Vid, note 11.

(14) Ballerini, loco citato.

(15) Deux lettres, l’une de Zosime aux légats de Ravenne, l’autre de Léon aux évéques d’Afrique, n’ont été insérées qu’aprés coup; elles manquent encore dans les manuscrits. Cod. reg. Paris. 3887, Valic. 5845.— Ballerini, loco citato, n. 5, p. 470.

(16) Ballerini, loco citato’, § 2, n. 6, p. 477.

droit, être attribué à une troisième compilation qu'il exécuta sur les ordres du pape Zosime (514-523). Cette dernière œuvre avait pour objet de parer, par une traduction strictement littérale et la mise en regard des textes grec et latin, aux reproches de certains critiques qui, armés de la prétention de se connaître quelque peu en grec, attaquaient sur divers points la première traduction. Mais ce dernier ouvrage de-Denys n’est point passé à la postérité; il ne s'en est conservé que l’avant-propos (17). Nous n’avons, en conséquence, à nous occuper que de ses deux premières collections.

Malgré bien des lacunes regrettables, qui sont moins le fait de Denys que le résultat de celles qui existaient dans le manuscrit de la collection des conciles, et de l’absence d’un grand nombre de décrétales importantes (18), sa collection, grace à l'ordonnance qui y règne, au mérite de la traduction et à la critique qui l’accompagne, fut accueillie universellement avec toutes les marques d’une faveur non

(17) Voici cet avant-propos, tel qu'il est reproduit dans Biener, de Collect. can. eccl. Græc., p. 11, d’après Giov. Andres, Lettera al Sign. Abbate Morelli sopra alcuni codici delle biblioteche capitolari di Novara e di Vercelli (Parm. 1802) : Domino beatissimo pape hormisdæ dionysius exiguus. Sanctorum pontificum regulas, quas ad verbum digerere vestra beatitude de græco me compellit eloquio, jamdudum parvitatis mez nonnullo studio absolutas esse cognosco, Sed quorundam supercilium, qui se græcorum canonum peritissimos esse jactilant, quique sciscitati de quolibet ecclesiastico constituto, respondere se velut ex occulto videntur eraculo, veneratio vestra non sustinens, imperare dignata est potestate, qua supra ueteros excellit antistites, ut, qua possum diligentia, nilar a græcis latina minime discrepare, atque in unaquaque pagina, æquo divisa tramite, utraque e regione subnectam , propter eos maxime, qui temeritate quadam nicænos canones credunt se posse violare, et pro eis alia quadam constituta supponere. Quapropter, apostolatus vestri jussis obtemperans, omnem veritatem græcorum canonum, prout qui fideliter interpretatus explicui, incipiens a nicænis definitis et in chalcedonensibus desinens. Canones autem, qui dicuntur apostolorum et sardicensis concilii atque africanæ provin. ciæ quos non admisit universilas, ego quoque in hoc opere prætermisi, quia ut superius memini ut hos in illa prima digessi translatione et ut vestra paternitas auctoritate, qua tenentur ecclesiæ orientales, quæsivit agnoscere,

(18) Ballerini, loco citato, $ 9, n. 7, p. 478.

28 DU DROIT ECCLÉSTASTIQUE.

équivoque (19). Déjà, au temps de Cassiodore (20), on voit l'Église romaine en faire usage, avec la précaution néanmoins de citer le plus ordinairement les décrétales d’après les copies qui en existaient dans les arehives(21). La collection de Denys mit à l'écart toutes ses devancières , ainsi que toutes ses puinées, entre autres celle du diacre Théodose (22) et celle dite Avellana, qui ne purent parvenir à se faire accepter (23).

Mais cette ceuvre ne devait pas rester renfermée dans les limites de l'Italie; l'Espagne lui emprunta les décrétales pour compléter sa propre collection (§ V1), et l’évêque Cresconius, vers l’année 690, la reproduisit pour l’Afrique, sous le titre de Concordia (24), en la soumettant à une élaboration systématique qui la distribuait en 300 titres. Elle ne resta pas non plus étrangère à la Gaule (25), où Chilpéric, en particulier (26), paraît en avoir eu connaissance. Elle pénétra également en Angleterre (27), en Irlande (28) , et jusqu’en Orient, où, dès avant le concile de Trulle, on

(19) Ballerini, loco citato, p. 477. —

(20) Cassiodor., loco citato,’ quos (canones) hodie usu celeberrimo ecclesia Romana complectitur.

-(21) Ballerini, loco citato, n. 8, p. 480.

(22) Voyez sur cette collection : Ballerini, loco citato, p. 1, cap. 9. — Sur Théodose lui-même, vid. n. 3, p. 408.

(23) Ballerini, loco citato, cap. 12, p. 449.

(24) Imprimée dans Voellius et Justellus, Biblioth. jur. can., tom. I, App., p. XXXIII. — Henke, de Creseonii concordia canonum (Opp. academ. Lips. 1802), p. 165 sqq. — Binterim, Epistola catholiea secunda (Mog. 1824), p. 278 sqq. — Devoti, loco citato, $ 14, n. 6, p. 356.

(25) Ballerini, Observ. ad Diss, XVI. Quesnel. (Opp. Leon., t. 1, col. 907). — Vid. Devoti, loco citato, n. 3, p. 355.

(26) Gregor. Turon., Hist. eccl. Francor., V, 24.

(27) Ballerini, loco citato, col. 1042. — Le Liber canonum (A//1., Boc thara reogola) dont Théodore de Cantorbéry fit des citations dans le concile de Hertford (673), était certainement une collection de Denys. Vid. Beda, Hist. Eccles, Anglor., IV, 5. — Hildenbrand, in den Krit. Jahrbüch. Jahrg., 1845, S. 517.

(28) Dans le huitième siècle, on y réunit les conciles de Rome, des Gaules et d'Irlande, et on fit du tout une collection systématique qui se trouve dans d’Achery, Spicil., ed. 2, t. 1, p. 492 sqq. — Martene, Nov. Thes. Auecd., t. 1, p. 2. — Ballerini, de Antiq. collect., p. IV, c. 7, § 1, p. 609.

en avait traduit en grec quelques conciles africains (29). L'œuvre de Denys a hérité successivement de plusieurs additions importantes, qui consistent spécialement dans des décrétales des papes Hilaire, Félix III, Simplicius, Hormisdas, Symmaque et Grégoire II. Ces documents n’ont été que postérieurement à leur insertion, classés dans leur ordre chronologique. Vers la fin du septième siècle, ou au commencement du huitième, il y fut fait une modification fort remarquable : dans cette nouvelle disposition (30), la première partie, qui commence par la lettre de Denys à l’évêque de Salone, se compose uniquement des 50 canons apostoliques, et la seconde contient un sommaire des décrétales qui doivent leur origine aux papes des premiers siècles, de Lin à Damase. Ce travail, tiré du Liber pontificalis romain, est suivi des décrétales de Sirice et de ses successeurs, telles qu’elles sont dans Denys.

-Ce qui éleva l'ouvrage de l'illustre religieux à son plus haut degré d'importance , ce fut l’insigne honneur que lui décerna Adrien I* par l'hommage qu’il en fit à Charlemagne, en lui en offrant un exemplaire considérablement augmenté (31). Ce fait se raltache, selon toute vraisemblance, à la première apparition du monarque franc à Rome, dans l’année 774. Dans sa lettre au roi, Adrien parle, il est vrai, de la soumission des Lombards, comme d’un fait accompli; mais on induirait de là sans fondement (32) que le présent n’a di avoir lieu qu’à l’époque du second séjour de Charlemagne à Rome (781). Le roi des Francs avait dompté les

(29) Ballerini, loco citato, p. II, $ 2, n. 8, p. 490.

(30) Vid. Zaccaria, Dissertazioni varie italiane alla storia ecclesiastica pertinenti, tom. II, diss. 4. Cet ouvrage contient la collection elle-même. Gallandi, a. a. O., t. II, p. 679 sqq.

(31) Ballerini, loco citato, cap. 2, n. 1, p. 485. — Vid. Rudolph, Nova commentatio de codice canonum , quem Hadrianus I, Carolo Magno dono dedit. Erlang. 1777, 8.

(32) Comme le fait Basnage dans son édition de Canisii, Antique lect., t. 11, p- II, p. 264, n. 3. La compilation dont il est question dans Canisius n’est point l'ouvrage offert par Adrien à Charlemagne, mais simplement un extrait de cette œuvres

Lombards dès l'année 774, et rien alors ne pouvait faire prévoir une nouvelle révolte de la part de ce peuple. De plus, Adrien devait avoir hâte de mettre la dernière main à l'œuvre de saint Boniface, savoir : la restauration de la discipline ecclésiastique dans l’empire des Francs, en se servant de l'intermédiaire du jeune et énergique monarque pour la propagation et la mise en honneur dans ses États d’un recueil bien ordonné des lois de l’Église (33). Tout se réunit donc pour maintenir au fait qui nous occupe la date que nous lui avons assignée.

Charlemagne fit recevoir la collection de Denys (34) dans le synode national d’Aix-la-Chapelle (35). A partir de cette époque, elle fut désignée sous la dénomination de Codex Hadrianus, ou, simplement, Codex canonum (36), dénomination qui lui vient non point des modifications que lui avait fait subir Adrien, mais uniquement de la circonstance du présent qu'il en avait fait au roi. Elle ne diffère de la collection primitive de Denys que par certaines additions qui, à deux pièces près, ajoutées après Adrien (37), y figuraient déjà

(33) ‘Vid. Cenni, Monum. dominat. pontif., t. I, p. 299. — Coustant, Epist. Roman. Pontif., præf., n. 128, p. 108.

(34) Dans la première édition, elle porte pour titre : Canones Apostolorum veterum, conciliorum constituliones, decrela pontificum antiquiora de primatu Romanæ Ecclesiæ ex tribus vetustissimis exemplaribus transcripta ,« edid. Jo. Wendelstinus , Mog. 1525, fol. Dans la seconde: Codex Canonum vetus Ecclesiæ a Fr. Pithæo ad veteres manuscriptos codices restitutus et notis illustratus. Ex bibliotheca ill. Claud. le Pelletier, 1687, fol.—Sa collection se trouve dans la Biblioth. jur. can., tom. I, p. 101.— Harzheim, Concil. Germ., tom. I, p. 131 sqq.; et Amort, Elementa jur. canon., t. I, p. 1 sqq., n’en contient que les conciles.

(35) Annal. Lauresh., ann. 802 (Periz, Monum. Germ. hist., t. 1, p. 39) : et ibi fecit (Karolus) episcopos cum presbyteris seu diaconibus relegi universos canones, quos sancta synodus recepit et decreta pontificnm et pleniter jussit eos tradi coram omnibus episcopis, presbyteris et diaconibus. — Vid. Wasserschleben, Beitr. zur Gesch. d. falschen Decretalen, S. 8 sqq.

(36) Ballerini, loco citato, cap. 1, $2, n. 8, p. 480; cap. 2, n. 4, p. 488.

(37) Ballerini, loco citato, n. 5, p. 488. — P. IV, cap. 4, n. 10, p. 504. Ces pièces sont : un concile apocryphe de Sylvestre, et deux lettres de Cyrille, données sous le titre de Concile d’Éphèse. Vid. Walter, loco citalo, $ 84, note s, ct § 85, note h.

du temps du pape Zacharie; car ce pape, dans une lettre adressée à Pepin et à la noblesse franque (38), reproduit divers passages des conciles, dans la même teneur et le même ordre que le recueil d’Adrien.

Il n’y avait eu dans l’acte du pape, faisant personnellement hommage au roi de la collection, rien qui dût lui imprimer un caractère officiel; cependant il n’en fallut pas davantage pour donner à l’ouvrage une sorte d’autorité apostolique (39), et fournir une base à l’opinion que tout ce qui était en dehors de cette compilation était sans valeur légale (40). Telle était la manière de voir d’Hinemar de Reims lui-ménie (41), qui, par cette seule considération, et sans mème songer à soulever la question d’authenticité , révoquait en doute le caractére législatif de certaines décrétales du Pseudo-Isidore, Mais cette opinion était entièrement dénuée de fondement, comme le prouve la déclaration, en termes formels, de Nicolas I™ à cet illustre prélat (42).

§ VI

Collection espagnole.

OUVRAGES A CONSULTER

Ballerini, De antiquis tum editis, tum ineditis collectionibus et collectoribus, p. IIL, cap. 4. (Galland., Sylloge, p. 500 sqq.) S. 1sidor. Hispal. Opera, ed. Arevalo, t. lI, cap. 91, p. 160 sqq.

(38) Zachar., p. Epist. 7, cap. 1, dans Hardouin, Concil., t. 111, col. 1090.

(39) Devoti, loco citato, cap. 18, § 9, p. 347.

(40) Ceite opinion est combattue dans une dissertation ex professo, par Devoti, loco citato, § 10, § 13, p. 348 sqq., qui, occasionnellement, fait un examen approfondi de ce qui touche aux archives de Rome et d’autres églises.

(41) Hincm. Rem., Ep. ad Hincm. Laudun. (Opp., t. Il, p. 543 : Si isti sunt canones recipiendi, — quos commemorasti, qui sunt illi, quos apostolica sedes et omnes Episcopi — et omnis catholica ecclesia canones appellant ? quique — in nostris codicibus , quos ab apostolica sede majores nostri acceperunt sequendos — pro recipiendis retinent.

(42) Nicol. I P., Epist. 42, ad univ. Episc. Gall. (Hardouin, Concilia, t. v, col. 592), in Can, Si Romanorum, 1, § Si ideo, 1, D. 19.—Ballerini, loco cit., p. WH, cap. 6,§ 1,n.1, p. 519,

De la Serna Santander , Præfatio historico-critica in veram et genuinam collectionem canonum Ecclesia Hispanæ a Divo Isidoro, Hispalensi Metropolitano, Hispaniarum Doctore primum, ut creditur, adornatam , consequentibus deinde seculis ab Hispanis Patribus auctam. Bruxellis, an. VII. (Supplément au catalogue des livres de la bibliothèque de M. C. de la Serna Santander, an. XI.)

M. Ed. Regenbrecht , De canon. Apost. et codice Hispano. Vratisl., 1827: ’

K. F. Eichhorn, die Spanische Sammlung der Quetlen des Kirchenrechts (in den Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften. Berlin, 1834, und mit Zusätzen in der Zeitschrift für geschichtliche Rechtswissenschaft. Bd. 11,5. 119, u. ff., 1842).

L’année 587 fait date principale dans l’histoire de l’église d’Espagne ; c’est l’époque de l’abjuration de l’arianisme par les Visigoths et de leur retour dans le giron de l’Église catholique. C’est pourquoi le troisième concile de Tolède, de l'année 589, dans lequel Reccarède vint annoncer solennellement sa conversion, en demandant en même temps la restauration de la véritable discipline, occupe, avec les canons relatifs à cette réorganisation, une place des plus importantes dans l’histoire du droit canonique de l'Espagne. « Sous « la discipline renaissante , disent les Pères de ce concile, « tout ce que défend l’autorité des antiques canons doit être « interdit, et tout ce qu’elle prescrit doit avoir ses pleins ef- « fets ; les décrets des conciles antérieurs doivent rester en « vigueur, ainsi que les lettres synodales des évêques de « Rome (1). »

Dans cet état de choses, le besoin d’une collection systématique de toutes les sources à l’usage de l’Espagne dut bientôt se faire sentir, et on ne saurait guère douter que l’œuvre compilatoire désignée, tantôt sous le nom de Collection espagnole (2), tantôt sous celui de Collection d’Isidore, n'ait

(1) Conc. Tolet., ann. 589, cap. { (Hardouin, Concil., tom. TI, col. 477 ; Coll. Canon. Eccl. Hisp., p. I, p. 347).

(2) Sur son incontestable origine espagnole, vid. Ballerini, loco citato, p. III, cap. 4, n. 8, p. 512,—De la Serna Santander, loco cilato, n. 105, p. 67.

été l’un des résultats immédiats (3) de cette renaissance disciplinaire (4).

Certainement, la collection de Denys n'était pas restée inconnue à l'Espagne. Ce qui le prouve, c’est qu'il en fut fait usage dans la composition de celle dont nous venons de parler (5). Mais là s’était borné son rôle; la raison en est que, déjà antérieurement, l'Église d’Espagne avait son propre Codex canonum, qui, contenant des conciles provinciaux et un nombre considérable de décrétales adressées à des évéques espagnols, suffisait aux besoins de la pratique. D’un autre côté, ce Codex canonum avait, à la faveur du long usage qui en avait été fait, donné une si grande autorité à la traduction qu’il fournissait des conciles grecs, qu'il n’était guère possible de la remplacer même par une meilleure (6).

L'histoire est entièrement muette relativement à l’origine de ce Codex canonum, et il ne s’en est conservé aucune trace pour la postérité (7). On ne peut néanmoins en révoquer en doute l'existence ; elle est prouvée par une foule de témoignages historiques (8). L’un des plus imposants est le concile de Brague (9), de l'année 591, où ce recueil fut produit,

(3) Richter, Kirchenrecht, § 66.

(4) L’anique édition de cette œuvre est : Collectio Canonum Ecclesiæ Hispanæ ex probalissimis et pervetustis codicibus nunc primum in lucem edita a publica Matrit. Bibliotheca; Matrit. ex lypographia regia, 1808, in-fol.— Epistole decretales ac rescripta Roman. Pontif.; Matrit. ex typographia heredum D. Joachimi de Ibarra, 1821. La première partie n'a été publiée qu’en 1821, avec une préface de J. A. Gonzalez. Voyez, sur les défauts de cette édition, Regenbrecht, p. 95. — Eichhorn, p. 121. Elle n’a fait usage que des manuscrits espagnols, bien qu’il en existât de plus anciens du huitième siècle, notamment : Cod. Vindoh. N. XLI(Zambeck, Comment. biblioth. Cesar., lib. IE, cap. 8, .n. 281, p. 932). Voyez Koch, Notice d’un code des canons écrit par les ordres de l’évêque Rachion de Strasbourg en 787; Notices et extraits de la Bibliothèque nationale, t. VII, p. Ul, § 173 et suiv. Le Père jésuite Buriel avait préparé une édition, pour laquelle De la Serna avait écrit une préface ; cette édition n’a point paru.

(5) Ballerini, loco citato, § 1, n.2, p. 501.

(6) Vid. De la Serna, loc. cit., n. 62, p. 43. — Eichhorn, loc. cit., S. 141.

(7) De la Serna, loco citato, n. 66, p. 48. — Gonzalez, præf. ad Collect. Canon., p. 3.

(8) Ballerini, loco citato, $ 2, n. 4, p. 502. (9) Voyez sur la date de ce concile : Koch, loco citato, p. 184, p. 193, p. 212.

et où il fut donné lecture des décrets des conciles soit généraux, soit particuliers, ainsi que d’une lettre du pape Vigile à Profuturus, évèque de Brague (10). Pour ce qui est en particulier des canons du concile de Nicée, qui avait été présidé par un évêque espagnol, Osius de Cordoue, revêtu de la qualité de légat apostolique, on concoit facilement que cette circonstance avait dû en favoriser l’entrée immédiate en Espagne (11).

La vieille traduction de conciles grecs dont nous parlions il y a un instant, avait aussi été adoptée de très-bonne heure dans cette église. Nous y trouvons également en vigueur la pratique établie en Afrique, de proclamer les décfets des conciles antérieurs en y ajoutant de nouvelles dispositions (12). On profitait en mème temps de cette circonstance comme d'une occasion on ne pouvait plus favorable pour la réception de canons émanés de conciles étrangers. C’est par cette voie que furent adoptés en Espagne divers conciles de la Grèce, des Gaules (13) et d'Afrique (14). Ceux de la Gaule appartiennent, pour la plupart, aux pays conquis sur les Goths, depuis 507, et avec les évêques desquels leurs frères d’Espagne, dans la foi, étaient restés étroitement unis tout le temps que les rois de ce dernier pays avaient été voués à l'arianisme (15). C’est ainsi encore qu’une collection, con-

(10) Cone. Bracar., 1, propos. 17, c. Priscill. (edit. Matrit., p. I, p. 602) : Relecti ex codice coram concilio tam generalium conciliorum canones quam localium. Eichhorn, p. 131, conteste l’authenticité de ce passage, par la raison, dit-il, que l'édition de Madrid porte : Item placuit, ut quecumque præcepta antiquorum canonum quæ modo in concilio recitata sunt, nullus audeat præ- {erire. Rien de plus vrai: l'édition de Madrid porte le texte que nous venons de transerire , mais tout à côté de celui que l’on taxe d’interpolation isidorienne. Le Conc. Hispal., 11, ann. 619, dit également : Prolatis canonibus synodalia decreta perlecta sunt.

(11) Cécilien, évêque de Carthage, avait également porté en Afrique un exemplaire des décrets de Nicée.

(12) Vid. De la Serna, loco citato, n. 46, p. 48.— V. aussi Devoti, Jus canon. univ., Proleg., cap. 18, § 14, n. 2 (t. I, p. 354).

(13) Cone. Tarrag., aun, 516, €. 11. — Cone. Lerid., ann. 516, ¢. 3.

(14) Ballerini, loco citato, n. 2, p. 501. — Eichhorn, loco citato, §, 144.

(15) Eichhorn, loco citato, S. 144.

sistant en des extraits de conciles grecs, et apportée en Espagne par Martin, archevêque de Brague (16), Pannonien de naissance, fut reçue dans le concile de Brague ct considérée depuis comme une partie intégrale des décrets de cette assemblée (17). C’est pourquoi il ne faut pas confondre le Codex canonum avec ces quatre-vingt-quatre capitules, dits Capitula Martini (18) ou Concilium Martini papæ (19), et qui ne sont qu’une petite partie de celui-là.

Quelque attention que les conciles espagnols apportassent à ces annexious successives au Codex canonum, il était impossible qu’il ne se glissat une certaine confusion dans les manuscrits qu’elles venaient compléter (20). Ce défaut se révèle également dans une compilation des recueils de diverses églises d'Espagne, connue sous le titre d’Abbreviatio canonum (21), et que le troisième concile, en y figurant comme le document le plus récent, ne permet pas de placer au delà de l'année 589. La collection dite d'Isidore a une connexion étroite avec cet abrégé (22). Composée peu après lui, vers la fin du sixième siècle ou au commencement du septième (23),

(16) Zldef. Tolet., de Vir. illustr., cap. 35: — Greg. Turon., Hist. eccles. Francor., V, 38.— Ant. Augustin, De quibusdam veteribus canonum ecclesiasticorum collectoribus judicium ac censura, cap. 15. (Opp., tom. IIL, p. 223; Rosshirt, Zu den kirchenrechtlichen Quellen d. ersten Jahrtausends, S. 100). — Devoti, loco citato, n. 5, p. 356. — De la Serna, loco cilato, p. 52, n. 55.

(17) On les trouve dans la Collect. Canon. Eccl. Hisp., p. 1, p. 614.— Mansi, Concil., t. X, col. 846. Justell., Bibliotheca jur. can., t. I, app., p. 7.

(18) Vid. Hardouin, Concil., t. III, col. 389.

(19) C’est ce que fait Lopes de Barrera, Exercitatio historica de antiquo codice canonum ecclesiæ Hispane , Rom. 1758, 4. Vid. De la Serna, a. a. O., n. 76, p. 52.

(20) De la Serna, loco citato; n, 81, p. 55. — Eichhorn, loco citato, S. 152.

(21) Ballerini, loco citato, p. IV, c. 4, p. 587 sqq.— Arevalo, loco citato, p- 160, n. 10. — Eichhorn, loco citato, S. 132 sqq. .

(22) Voy. encore Richter, loco citato, § 66, n. 2.

(23) Richter, loco citato, fait remarquer que l’Æispana fait défaut pour le can. 5, Conc. Aurel., 1, ann. 511, dirigé contre les Goths ariens. Il aurait pu étendre son observation aux can. 4, 7 et 10, qui ne figurent pas davantage dans l'Hispana. Du reste, ces canons manquent également dans plusieurs manuscrits français de ces conciles. — Vid. Koch, p. 179.

elle est conçue dans un plan parfaitement déterminé (24), qui obviait, pour les additions éventuelles, au retour de la confusion (25). En effet, les conciles placés en avant des décré tales, y sont classés, d’abord, d’après la nation, puis, d’après la localité où ils ont eu lieu. Les modifications ultérieures de cette collection consistent principalement dans les additions empruntées à différents conciles, tant anciens que modernes, tenus sous l’autorité légitime des évèques d’Espagne (26), antérieurement à la chute du royaume visigoth (714),

Le neuvième siècle ouvre pour la collection isidorienne une nouvelle phase (27) : c’est l’époque où elle est envahie par une foule de décrétales apocryphes (28). C’est à dater de cette époque qu’elle porte le nom de Collection du Pseudo- Isidore, dénomination qui repose sur la supposition qu’Isidore de Séville (+ 636) est le véritable auteur de l’œuvre espagnole. Arrètons un moment nos regards sur cette supposition, pour en apprécier la solidité.

On peut, avec quelque fondement , admettre que cet écrivain, non moins illustre par sa connaissance du droit romain que par les éminentes qualités qui, après l'avoir placé sur le trône archiépiscopal de Séville, l’ont élevé au rang de Père de l’Église (29), n’est pas resté totalement étranger

(24) Eichhorn, loco citato, S. 138.

(25) Ballerini, loc. cit., p. Ill, cap. 4, $4, n. 11, p. 514. — Arevalo, loco cit., p. 177,n. 20.— Richter, loco cilato, note 4. Les manuscrits présentent une certaine diversité, résultat de la multiplication qui en a été faite dans différentes églises. — Arevalo, loco citato, p. 179, n. 22. |

(26) Conc. Tolet., IX, ann. 655, præf. (Hardouin, Concilia, t. 111, col. 954 ; edit. Matrit., p.1, p.447) : Id communi definitione decrevimus, ut capitula quae in priscis canonibus minime habebantnr inserta pari promulgarentur sententia, et antiquis jungerentur regulis perenni jugitate mansura et omni reverentia conservanda.

(27) Nous devons faire remarquer que cette compilation a eu aussi une traduction arabe. De ta Serna, loco citato, n. 32, p. 23. — Walter, Kirchenrecht, S. 172.

(28) Ballerini, loco citato, § 4, n. 13, p. 517.

(29) Voyez les différentes biographies de cet illustre personnage qui se trouvent réunies dans le supplément du sécond volume d’Arevalo. Vid, aussi Flores, España sagrada, t. IX, p. 216 sqq.

à la célèbre compilation ; contemporain de l'ouvrage (30), il west pas impossible que ce soit lui qui y ait ajouté le second concile de Séville (619) et le quatrième de Tolède, tenu sous sa présidence (633). Mais de ces données hypothétiques à être en droit de lui attribuer la collection elle-même, il y a l’immensité(3 1). Cette opinion, ‘qui doit toute sa bonne fortune au nom dont on l’a gratifiée, n’a pas en sa faveur un seul argument qui ne chancelle au seul contact de la main de la critique, sans en excepter celui qu’elle invoque avec le plus de confiance. Sur quoi, en effet, repose cet argument ? Sur Vindication que l’on prétend tirer de ce que l’avant-propos de la collection se retrouve mot pour mot dans les Étymologies de saint Isidore (32), avec mention expresse de la collection : « Quorum (conciliorum) gesta in hoc corpore edita continentur. » Or, pour peu que l’on veuille tenir. compte du caractère des Étymologies, caractère manifestement compilatoire, l’on reconnaitra que l’on peut bien logiquement conclure, du fait allégué, qu’Isidore avait puisé dans la collection pour son ouvrage, terminé dès l’année 630, mais nullement qu’il est l’auteur de la collection elle-même et de Vavant-propos (33).

Mais, encore que la collection espagnole ne doive pas le jour à Isidore de Séville, ne peut-on pas néanmoins en fixer la publication dans les dernières années de ce saint archevéque ? Cette supposition, au premier coup d'œil, ne paraît pas dénuée de tout fondement. Il est vrai que ce recueil contient le second concile de Séville et le quatrième de Tolède; mais on ne saurait rien induire de là contre la préexistence de la collection; car on y retrouve également des canons de date plus

(30) Arevalo, loco citato, p. 173, n. 6; p. 178, n. 18.

(31) De la Serna, loco citato, n. 90-104, p. 60 sqq.

(32) Lib. VI, cap. 16.

(33) Vid. Arevalo, loco citato, cap. 51, n. 16 (tom. I, p. 425); cap. 91, n. 16 (tom. 11, p. 193); on y lit : Existimo enim, tum hoc loco, tum aliis Isidorum vel ad marginem vel in contexta compendiis literarum indicasse scripta, ex quibus proficiebat : quae compendia librarii vel incuria vel ignorantia neglexerunt.

récente encore. Il semble que l’on soit autorisé à raisonner tout autrement d’une table placée en tête des plus anciens manuscrits de la collection (34), et qui contient le quatrième concile de Tolède (633), sans faire mention du cinquième du même nom (636). C’est cette observation qui sert de base à Vopinion (35) qui place le recueil, même en désintéressant Isidore de la question, entre 633 et 636. Toutefois, cette observation est loin d'avoir l'importance qu’on y attache. Pour juger de son peu de solidité, il suffit de jeter un coup d'œil attentif sur l’abrégé (Excerpta canonum), qui (36), dans un grand nombre d'exemplaires, remplace la table. Cet abrégé est un sommaire disposé dans un ordre systématique et qui a été successivement retouché et augmenté, parallèlement aux besoins du temps. Or, cet abrégé ne correspond point constamment au Codex canonum qui le suit; la plupart du temps, en téte d’une collection plus complète, se trouve un abrégé plus restreint, la première ayant reçu un accroissement, tandis que le second est resté ce qu’il était primitivement (37). C’est ce qui se produit dans la collection imprimée que nous avons sous les yeux, et qui va jusqu’au dix-septième concile de Tolède, tandis que l’abrégé qui la précède ne dépasse pas le douzième (38), tenu en l'an 681. Ainsi, on le voit, on ne peut tirer de l’abrégé, non plus que de la table, aucune induction relativement à l’époque de la publication de la collection elle-même. Et ainsi, de ce que des manuscrits plus anciens ont un abrégé postérieur à

(34) Par exemple, le manuscrit de Rachion, évêque de Strasbourg, de l’année 787. Vid. Koch , loco citato, p. 181.

(35) Ballerini, loco citato, § 3, n. 7, p. 512. — Walter, Kirchenrecht, S. 161.— Eichhorn, loco citato, S. 137 sqq.— Arevalo, loco citato, p. 173, n. 18, p. 175. — Richter, loco citato, § 66, n. 8.

(36) Coustant, Epist. Roman. Pontil., præf,, n. 149, n. 159, et D’Aguirre, Concil. Hisp., t. 11, præf., confondent cet abrégé avec le Codex canonum ; gest une erreur. Voyez De la Serna, loco citato', n. 61, p. 42; n, 87, p. 58, — Eichhorn, loco citato, S. 125,

(37) Vid. Arevalo, loco citato, p. 177, n. 19.

(38) 8. Exc. Canon., lib. I, tit. 22, p. 25; lib. V, tit. 18, p. 48. — Vid. Regenbrecht, loco citato, p. 108.

l’année 636, tout en renfermant des conciles de date plus récente, il ne suit en aucune façon que le cinquième concile de Tolède soit la première addition faite à la collection originaire, et encore moins qu’un index ou un abrégé fait après l’année 633 ne soit pas déjà lui-même tout simplement la reproduction d’un autre plus ancien, retouché et augmenté. Si, du reste, tous les manuscrits contiennent, soit dans la table, soit dans le corps même de l'ouvrage, le quatrième concile de Tolède, cela s'explique facilement par cette circonstance, que, ce concile étant le premier synode général espagnol tenu après la publication primitive du Codex canonum, ilavait di, à raison de son importance, y trouver immédiatement entrée (39). :

La nouvelle collection, quelque nom qu’on lui donne pour la distinguer du Codex canonum, ne diffère point substantiellement de celui-ci (40), et n’en est qu’une rédaction augmentée et ordonnée selon les besoins du temps. C’est une des sources les plus complètes et les plus importantes du droit ecclésiastique, et qui jette d’abondantes lumières sur la période disciplinaire du quatrième au septième siècle (41). Embrassant dans son parcours l’ensemble du droit canon jusqu’au commencement du huitième siècle, elle forme dans cette limite un tout complet. Elle porte pour titre : Liber canonum, et commence par un dialogue en vers entre le lecteur et le recueil : Versificatio interrogatioque lectoris ad codicem, dont les mots initials affectent la forme d’une instruction sur la véritable importance du droit canon et de la régularité de la vie chrétienne (42).

(39) Richter, Kirchenrecht, § 66, n. 8.

(40) Vid. De la Serna, loco citato, n. 80, p. 55:

(41) Vid. De la Serna, loco citato, n, 60, p. 41. — Eichhorn, loco citato S. 119, S. 130.

(42) En voici la teneur :

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