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Du pouvoir par lieutenance en général

Aucun pouvoir sur la terre qui ne dérive de Dieu, et qui, par conséquent, n'ait mission de se vouer à son service. Fondé sur l'institution immédiate, ou sur la permission de Dieu, tout pouvoir est un pouvoir de délégation, de lieutenance , une portion

du pouvoir suprême de Dieu sur les hommes, communiqué par lui-môme à quelques-uns de leurs semblables (i).

Or aucun pouvoir sur la terre ne fut aussi immédiatement institué de Dieu, ne fut aussi expressément confié à un homme pour ôtre exercé au nom et de la part de Dieu, que celui de Tapôlre saint Pierre, chef de FÊglise. Les gouvernements humains de la terre, issus d'abord de Tordre patriarcal, ont ensuite été fondés et âflermis par la force des armes et par les traités intervenus ultérieurement, et il n'est pas un seul roi qui puisse se glorifier d'avoir été institué de Dieu en personne. Le fils d'Isaïe, David luimême, ne fut sacré roi des Juifs que sur un ordre de Dieu donné à Samuel ; de même que depuis, Charles, cet autre David, après la réprobation du Saùl du vieil empire romain, reçut la couronne des mains du pontife-roi de la nouvelle alliance (2). L'apôlre Simon, lui, reçoit immédiatement de Jésus-Christ l'investiture sublime qui le place comme chef à la tête de son royaume sur la terre.

Mais précisément, et par cela même qu'il est institué , son pouvoir n'est qu'un pouvoir d'emprunt ; c'est Jésus-Christ qui en est la source ; le prince des apôtres ne le possède que par voie d'écoulement; au milieu deTauréole dont il resplendit, il nous apparaît comme la terre au milieu des irradiations du soleil. Jésus-Christ donne sans s'épuiser: ce qu'il communique à d'autres lui reste comme son bien propre ; il dit à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde, » et il n'en est pas moins la lumière-, le sacerdoce émane de lui, et il n'en reste pas moins le prêtre suprême; de même ici : encore qu'il fasse d'un autre la pierre fondamentale (le son Église, il est et il reste cette pierre angulaire aperçue mystérieusement par Isaïe, et placée par la main de Dieu à la base de l'édifice (3).

Mais pourquoi, et en quoi, Jésus-Christ, dans son Eglise, dans son royaume, a-t-il besoin d'un lieutenant ?

(i) Rom., XIII, 1. — CœffeteaUf SacramonarchiaEcclesiœcath., 1. 1, p. 41 . Ev. Joan., xix, 11.

(2) I Beg., XVI, 13. — V. Deutschegeschichte de V auteur, bd. II, s. 80.

(3) Isaïe, xxvin, Hî. - Basil., Homil., 28 dePœnit. - LupoU, Juv. eccl. piielecl., 1. 1, p. 27.

Il y aurait témérité, sans doute, à prétendre que le Fils du Père élernel, la source de toute puissance, et le premier-né d'entre une multitude de frères ; que le prince des pasteurs, le prêtre éternel ; que celui qui tient les clefs de la mort et des enfers ; que Jésus-Christ, pendant qu*il vivait sur la terre, fût obligé de recourir à un autre pour le gouvernement de son Église (1). Il y a plus : il n'avait nul besoin d'un successeur ; car, ressuscité des morts, il ne meurt plus (2); et par cela même qu'il vit et qu'il a promis à son Église d'êlre constamment avec elle jusqu'à la consommalion des temps, il semblerait au coutraireque l'établissement d'un représentant dût être considéré comme une superfétation.

Mais cette présence du Christ dans FÉglise se rapporte uniquement, d'une part, à la divine et continuelle assistance que le Sauveur donne à son épouse (3) ; de Tautre, au sacrement de Tautel : ce n'est qu'ainsi qu'il est maintenant corporellement présent dans l'Église. C'est dans ce sens qu'il disait lui-même : « Vous ne m'aurez pas toujours avec vous (4). » Depuis sa glorieuse ascension, il ne se montre plus d'une manière visible sur la terre, et personne ne l'y verra jusqu'au jour où, se manifestant dans tout l'appareil de sa majesté, il viendra de nouveau pour juger les vivants et les morts.

Cependant l'Église, comme toute société, a besoin d'être gouvernée. Le Christ, sans doute, la gouverne; mais il le fait par le ministère des hommes, ses instruments et ses organes. En cela, il veut encore se conformer à la nature humaine ; le corps de l'Eglise étant composé d'hommes, il a voulu lui donner un homme pour chef (5). Sans doute, mis en regard de col«i qu'il représente, et considéré en lui-même, Pierre est un chef bien débile, un fondement bien chancelant, un prêtre d'une sainteté bien défectueuse, un maître faillible, un roi faible et mortel; mais le Christ

(1) Daiudej Majestas hiérarchie eccles., {tart. 1, p. 1^. — Zaur. Veith^ de Primatu et infaillib. Rom. pont., p. 2

(2) Rom , VI, 9.

(3) Cœffeteau, loc. cit., p. 3.

(4^ Evang. Matth., ixvi, 2.

(5) Gottif Vera eccles. Chrisli, t. If, part. 1, p. 26. — Mendoza, quest. 4 schol.

PIEliRË , PUlNCi:; DES APOTRES. . 53

est avec Pierre (1), T Esprit-Saint est avec Pierre; fort de celte double assistance, Pierre est en état de porter la haute dignité de vicaire du Christ, et l'ho:i:?Air du Christ n'aura nullement à souffrir des infirmités de son représentant.

Ainsi le royaume de Dieu sur la terre avait besoin d'un gouvernement humain ; mais ce gouvernement humain avait besoin aussi d'une assistance divine. Sans ce gouvernement, il n'y avait dans son sein aucun ordre pour le sacrifice, aucune règle pour la croyance, aucune force de cohésion pour relier et maintenir toutes les parties dans Torganisation d*un tout harmonique. Dé- " chiré, mis en lambeaux par les divisions intestines, le corps de l'Église serait devenu la proie d'une dissolution prochaine, inévitable, si Jésus-Christ ne lui avait donné dans son vicaire un centre d'unité. Tant que le Sauveur était visible sur la terre, cliacun pouvait aller à lui : il était lui-même le lien de i*unité. Mais du jour où il s'éloignait, il fallait un autre chef autour duquel les apôtres, ainsi que les autres membres de l'Eglise, pussent se grouper et se réunir, à la direction duquel lous demeurassent soumis, comme à la direction même du guide divin, et dont ils suivissent l'enseignement, comme l'enseignement même de Jésus-Christ (2).

Ce chef, cet organe, par lequel le Christ dirige et enseigne son Église, c'est l'apôtre Pierre.

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