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QUALITÉS ET NOTES DU ROTAUHE DU CHRIST SUR LÀ TERRE

§ XXVL 1. L'Église visible.

Jésus-Christ a fondé l'Église et en a fait son royaume sur la terre ; il a institué Pierre son représentant au milieu d'elle. Au

(1) Devoti, Jus can. univ., vol. 1, p. 129.

(2) Petr. Paludan. de caus. immed. Eccles. pot. art. II. — L'opiuioii qui présentait les curés comme les successeurs des disciples de Jésus-Christ tt été condamnée en Tan 1794 par le pape i'ie VI dans la bulle: Auctoreni fidei.

chef suprême et aux apôtres, ses subordonnés, il a confié la direction de cette Église pour Fadministration des sacrements, la propagation de la doctrine du salut et le maintien de Tordre extérieur; enfin, il a pourvu à la succession en fixant la primauté dans le siège de Rome, et Fapostolat dans le corps des évéques. L'Église forme donc un royaume, où tous ceux qui croient en Jésus-Christ sont réunis en communion de doctrine et de sacrements, sous le Christ, leur dief invbible, représenté visiblement par révêque de Rome, et sous les autres évêques légitimes

Tous ces points se rattachent essentiellement à Fidée de FÉgUse, et doivent, dans un temps surtout où elle est attaquée dans son ensemble et dans chacune de ses institutions, être vivement mis en lumière, comme ses qualités caractéristiques (1). Le baptême, il est vrai, imprimant à celui qui le reçoit un caractère indélébile, est la marque distinctive de tous ceux qu'il incorpore à FÉglise par sa vertu; mais, tout en étant baptisés, ceux qui refusent de la reconnaître pour le royaume du Christ en sont exclus, exclus par leur propre fait (2).

L'Église est le royaume de Jésus-Christ sur la terre; comme telle, elle rentre dans la catégorie de tous les royaumes terrestres, et s'assimile à eux par certains traits généraux. Hais, si elle a avec eux des attributs communs, elle eu a aussi de particuliers, qui lui donnent son caractère propre et exclusif, caractère tracé primordiaiement par la' main de Dieu même, puis se développant dans Fhistoire et développant Fhisloire à son tour. Ces attributs spéciaux forment sa physionomie et sont les signes caractéristiques par lesquels elle se révèle comme FÉglise, c'est-à dire comme le royaume de Dieu, distinct de tout royaume humain.

Royaume uivque du Seigneur, il est un. Placé sous le sceptre de celui qui est la source de la sainteté, il est saint. Appelé à *'éunir sous ses lois l'universalité des hommes, il est universel ( 5) .

(1) Devoity Jus can. uuiv., vol. I, p. 130. 2) Idem, A. a. 0., p. i39.

;5) Cyprian., Episl. 52, ad Antoiiian., c. 20 : Uiia Ecdei»ia per toluui orbciii iii multa tnembra divisa.

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Fondé par les apôtres, il est apostolique. Telles sont les quati-c notes (i) assignées à l'Eglise par le symbole de Nicée et de Constantinople, et qui doivent être considérées comme ses caractères distinctifs.

L'Église est l'œuvre de Jésus-Christ, accomplie par le ministère des apôtres; elle est une, sainte, universelle; tout homme doit donc en faire partie. Il n'ya de salut qu'en Jésus -Christ, et il n'y a pour l'opérer que sa doctrine, telle qu'elle est conservée dans son Église impérissable et dotée de Y infaillibilité. Or, établie par son céleste époux pour régner sur toute la terre, destinée à opérer le salut de l'humanité, elle a dû être constituée dans des conditions appropriées à la nature humaine : elle doit être visible (2).

Aussi voyez : Dieu veut lui-même en être le fondateur ; il se rend visible en se révélant sous la forme de l'humanité. Il se manifeste aux yeux des hommes sous la figure d'un enfant; il grandit au milieu d'eux ; il leur enseigne la doctrine du salut de ses lèvres divines; il fonde son Eglise sur Pierre; il établit lessaci'ements, et offre lui-même, à la face du monde, le sacrifice de la rédemption. Il est déposé dans le sépulcre, mais le sépulcre ne le dérobe pas aux regards des hommes; il ressuscite, et se montre de nouveau au milieu d'eux. Il disparaîtra enfin pour ne plus se manifester ; mais ce ne sera qu'après de fréquentes apparitions renouvelées pendant quarante jours. Et déjà il avait donné à son Église, pour suppléer à sa présence, un chef visible, et éiabh dans les apôtres un gouvernement visible. Si, pendant sa vie mortelle, il se les est associés comme témoins de sa parole et de ses actes (§ XYllI), c'est précbément pour qu'en annonçant au monde ce qu'ils ont vu et entendu, ils puissent lui servir d'organes humains et visibles (5). C'est par la même raison qu^il

(1) Bellarmin, de nolis Ecclesiœ, en distingue quinze.

(2) Lupolij Jur. eccl. prœl., p. 26 sqq. — A7ee, Dogmatik, Bd. J, S. 154. u. ff. — Moehler, SymboUk, S. 358, u. IT.

(3] Rom., }[, 17 : Fides ex auditu, auditus auleni per verbum Chrisli. -^

De là cette iiiTitalion si fréqueiilo de Jésus-Ghrist : Qui habet aures ai;-

diendi, audial. — Mallh. XJ, 15 ; XIII, 9, 25. — Maïc, lY, 9, 23; VU, 16.

— Luc, XllI, 8 ; XIV, 34. — Apoc. 11, 7, 11 , 27, 29 ; 111,6, 13, 22 ; Xlll,9.

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institue les sacrements, ces signes sensibles qui servent d*etive* loppe extérieure à la grâce. Le don céleste n'arriyera à Thonmie qu'en passant par le domaine des sens. La grâcerde son initiation spirituelle, en particulier, est attachée à une forme matérielle qui imprime un signe visible à son admission dans l'Eglise.

. Mais rÉglise ne doit pas seulement être visible, il faut de plus qu'elle brille comme une lumière éclatante, a Et voilà que dans les derniers temps, dit Isaïe, la maison du Seigneur sera comme une montagne placée sur la cime des monts, et elle s'élèvera audessus des collines, et tous, les peuples afOneront vers elle (i). t Se servant de la même image, le Christ compare aussi l'Église à nne ville située sur le haut d'une montagne (i), où elle peut être aperçue de tous les yeux, et où tous les yeux doivent être tournés. Et en effet, si elle ne se manifestait pas avec éclat, comment pourrait la découvrii*, se réunir à elle, celui qui ne k connaît pas, ou qui ne la connaît que sous un faux jour (3)? Gomment la distinguer? €omment aUer à elle, l'interroger, se faire instruire par elle de la vérité? Aussi l'Église, peu contente de resplendir par elle^néme, comme le foyer de la lumière (4), veut-elle encore voir dans tous ses membres comme autant d'astrcil lumineux qui fassent de toute part éclater ia vérité aux- yeux de ceux qui l'ignorent ou qui la méoonnaissent. Car enfin, l'Ëglise, prise dans sa composition même, qu'est-ce autre chose 'qu'une agrégation d*éléments visibles, une société d'hoiiimes réunis sous un chef, dont Tensemble forme TÉglise militante^ et qui se manifeste tout entière dans deux catégories par&itemeiit distinctes et perceptibles : d'une part, des nuiUres qui enseignent et qui gouvernent ; de l'autre, des disciples qui sont enseignés et gouvernés? Entre autres attributions, elle a reçu le pouvoir de lier et de délier (5) ;

(1) Isaias, II, 2. — Chrysost., In h. 1. — August.^ Tracl. I, in Epist. S. Joan., n. d3.

(2) Mattli.,'V, 14.

(5) C'est ce qu'avoue lui-même Anton, de Domin.f de Rep. Eccl., lib. VII, c. 10, n. 28 : Jnfidelis, qui velit in Ecclesiam cathoiicam ingredi, ubinam illam quœrct, si iUam non congnoscat?

(4) Psalm. XVIII, 6. -- AugutL^ Tract. II in Epist. Si Joann., n. 3.

(5) Âct. XX, 28.

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si elle ne peut agir d'une manière visible, comment exercerat-elle ce pouvoir? Comment bannira-t-elle de son sein celui que le Christ lui a ordonné de regarder comme un païen et un publicain, celui qui refuse de lui obéir (1)?

D'ailleurs, toutes les voix de l'histoire nomment» montrent, signalent cette Église militante, ce royaume en état permanent de combat et de défense. Les prodiges (2) opérés, à Texemple et au nom du Christ, par les apôtres et par. tant d'autres de ses saints ; les q^rtyrs (3) qui ont seeHé sa foi* de leor sang, la perpétuité de son épiscopat, sa propagation sur toute la terre, la clmte de tant d'églises élevées par Perreor, de tant d^empires terrestres qu'elle a tus s'écrouler, tomber en raines autour de son roc inébranlable (4), la longue durée des sociétés humaines qui se sont appuyées sur elle, tous ces phénomènes et tant d'autres, ne sont-ce pas autant de rayons lumineux qui convergent sur elle pour la manifester avec éclat à tous les yeux?

Cependant TÉglise n'est pas visible sous toutes ses faces; elle a aussi son coté invisible, ou plutôt uniquement visible pour Dieu (5). Et cela est vrai non-seulement de l'Eglise triomphante et de l'Église souffrante, mais encore de l'Église militante sur la terre, qui, elle aussi, renferme r<^ément spirituel, intérieur, accessible à l'œil de Dieu seul. La conscience humaine j l'élévation de l'âme vers Dieu par la prière, les opérations internes de la grâce surnaturelle, les intentions des hommes, et généralement toute leur vie intérieure, ne sont connues que de Dieu; encore peut-on dire que cette vie intérieure elle-même s'échappe, s'irradie dans le monde extérieur et s'y manifeste par les actes. •

(1) MalÛi*, XVIII, 17. — DevoH, a. a. 0., p. 142.

(2) Gotti, Yera Eccl. Ghrisli, toi. I, p. 16 sqq. (3] Iden\^ loc. cit., 0,, p. 63 sqq.

(4) StapUtonf Yere admiranda, seu de magnitudiiic Rom Eccl;^ p. U.

(5) Lupoli, loc. cit., p. 23. — Klee^ loc. cit., S. 157. — W altère I^cliibuch des Kirchenrechts, S. 28.

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