Du défaut de foi et de science
Si l'Église, dont la puissance est essentiellement spirituelle,
[1] Gan. Communiterj 3, d. 33. — Ce délai n'est pas toujours suftisaDt. — Conférences f loc. cit., p. 92.
(2] Gan. Quainvie triste^ 14, c. 7, q. 1.
(3) Gan. MarituiUf 2, d. 33 : Àfilictione diaboli vexalus. — Gan. Chrici, 4, ibid.
(4) Gan. Maritum^ 2, d, 33. — Qui in furiaoi aliquando versus insanit.
(5) Conférences, loc. cit., p. 87.
(6) Berardif loc. ai, p. 334.
DU SAGEBDOCË. 329
attache néanmoins, par amour de la dignité extérieure, une si grande importance à la perfection du corps, combien plus elle doit tenir à la prédominance de Télément spirituel dans ses prêtres! Aussi, dans les conditions qu'elle exige des ordiuands, ne lui snflit-îl pas qu'ils soient sains d'esprit ; elle veut encore qu'ils aient cultivé et nourri toutes les facultés de leur intelligence, et elle refuse l'ordination aux esprits incultes et stériles, en leur opposant ces paroles du prophète :
« Parce que vous avez méprisé la science, je vous rejetterai c des fonctions de mon sacerdoce (1). Car les lèvres du prêtre « garderont la science , et l'on recherchera la loi de sa bouche a parce qu'il est l'ange du Seigneur des années (2). »
L'ignorance est à peine tolérable dans les laïques; elle l'est bien moins encore dans les clercs, qui, par leur dignité, occu* peut une place si éminente dans Thumanité (3). Aussi doit-on rigoureusement exclure des saints ordres tous ceux qui sont désignés par les formules canoniques , comme inscii litterarum , illiterati, ignorantes et imperiti (4), L'évêque qui les ordonnerait offrirait au Seigneur, selon l'expression de l'Ancien Testament, et contrairement à ses préceptes, des bêtes aveugles (5).
Ija direction des âmes est la plus sublime des sciences, Vart des arts (6) ; cette mission difficile ne doit point être confiée à des intelligences sans culture ; la chaire du docteur ne peut être occupée par des hommes qui ne seraient pas même dignes de prendre rang parmi les disciples (7) I L'enseignement présuppose toujours le savoir ; on ne devient pas chevalier sans avoir été d abord écuyer ; on ne donne pas de leçons avant d'en avoir reçu (8), et celui qui veut porter la lumière dans les ténèbres
(4) Oseas, IV, 6. — Can. Omnes psallenUSf 7, d. 58.
(2) Malach.Alyl.
(3) Si in iMcisCm., 5, d. 58 [Léo M.).
(4) Can. Illiieratot, 1, d. 56. — Can. Qui in aliquo, 5, d. 51 {Cône, Tolet.f IV, c. 19). — Can. Viîisaimus, 45, c. 4, q. 4. — Can..Pr»c»piiii««, 40, d. 54. — Can. Statuimus, 8, d. 64, note 58.
(5)^an. Sacerdotes, 2, d. 49«
(6) Gap. Quum sitj 44, X, de ^l. et quai, pnef., 1, 14.
(7) Can. SacerdotM f cit. (Conc. Lat.y IV). ,
(8) Can. Si cUrieatui, 27, c. 16, q. 4.
350 DU DROIT EGGLÉSlASTlQlJE.
inlellectuelles de ses frères doit lui-même approcher son esprit du flambeau de la science pour dissiper ses propres ténèbres.
Ce fut donc avec juste raison que le pape Honorius lit déposa un évêque qui avouait son entière ignorance de la grammaire et qui navait jamais lu Donat, fondant cette déposition sur les statuts canoniques et le respect de la majesté divine, qui ne permettait pas de tolérer une pareille imperfection (i) dans un ecclésiastique. Il n'est plus temps, en effet, de commencer à s'instruire alors que déjà on est revêtu d'une dignité qui impose à ses élus le devoir d'enseigner (2); ce serait donner un aveugle pour guide à un autre aveugle , et tous deux tombei'àient dans la fosse (5) ! Une première erreur en engendrerait une foule d'autres; l'ignorance n'est-elle pas la mère de toutes les erreurs (4) ? La science, au contraire, est la mère des vertus (5), et la posséder, c'est déjà une présomption que l'on possède également une âme vertueuse (6) î
La science est un bien, tandis que l'ignorance est un mal tellement odieux à l'Église, qu'elle s'est efforcée de le prévenir en prononçant dans ses synodes la peine de la suspense, et contre le clerc onionné malgré son défaut de connaissances, et contre l'évêque qui lui a conféré l'ordination (7). Le concile de Trente (8), dans le sentiment profond des impérieux besoins de l'Église à cet égard, a fait aux évêques une obligation essentielle d'instituer des séminaires pour l'instruction des jeunes gens qui se destinent à l'état ecclésiastique.
Du reste, la sollicitude de l'Église pour la culture et le progi-ès de la science n^est pas d'origine récente : elle a marqué tous les
(1) Gap. Quamviê, 15, X, tit. cit. — Per evidentiam facti usque adeo de illiteratura et insuGGcientia sua constat.
(2) Greg. Magn. Pastoral., p. II, c. 11.
(3) Gan. Qu» ipsis, 5, d. ^. ^ Àgobard, Tract, de privil. et jure sacerdot.
(4) Gan. Ignorantiaf 1, d. 58 [Conc. Tolet, lY, c. 24).
(5) Gan. PrsB9enHum, c. 1, q. 5.
(6) Gap. Cum in juventuU, 15, X, de Prsesumt. (II, 23).
(7) Gan. Qui m aliquo, 5, d. 51. — Gap. Quum git, cit. : — Et ordinatores ultioni gravi decernimus subjaccrc.
(8) Conc. Trid., Scss. 25, de Refonn., c. 18.
DU SACERDOCE. ZOÎ
siècles par des mesures empreintes de la plus haute sagesse ; et, bien loin d'arrêter l'essor des intelligences, les dépositaires de la puissance spirituelle le couvrirent toujours de leur protection et Fencouragèrent de tout leur pouvoir.
Gharlemagne, cet illustre prince qui, plus qu'aucun de ses suocesseurs, se montra fermement convaincu de cette idée, que de l'accord intime et de Funité d'action de la puissance temporeUe avec r Église devait résulter le plus grand bonheur des peuples confiés à ses soins; Charlemagne, disons -nous, ne fit que traduire la pensée de l'Église en érigeant un grand nombre d'écoles sur toute la surface de ses vastes Etats (1). Le même esprit anime le pape Eugène II, lorsque, dans un concile tenu à Rome, en l'an 826 , il décrète solennellement que , dans tous les évéchés, dans toutes les paroisses^ partout enfin où besoin serait, il soit institué des maîtres pour enseigner la jeunesse dans les scienf'^ et les arts libéraux (2). L'étude même de la littérature profane n'était pas exclue de l'enseignement ecclésiastique, et Ton s'autorisait en cela de l'exemple de saint Paul, qui, dans plusieurs passages de ses épîtres, avait cilé des sentences tirées des livres de l'école païenne (3) . Mais cette étude devait avoir pour objet unique ie bien de T Eglise ; aucun autre intérêt ne pouvait y trouver place. A l'exemple de Moïse et de Daniel, s initiant aux mystères de Tantique Egypte ou de la Ghaldée (4), pour en extraire tout ce qu'ils renfermaient de choses bonnes et utiles, mais rejetant avec horreur tout ce qui leur semblait être une cause de séduction et de désordre. moral, les clercs doivent soigneusement discerner le baume qui vivifie d'avec le poison qui tue. Toujours tutélaire et protectrice, l'Église éloigne d'eux les œuvres classiques, toutes les fois que la culture de ces œuvies doit les détourner de leur véritable vocation. Conformément à ces vues, l'ecclésiastique ne doit point consommer son temps dans la lecture de comédies , de bucoliques , de fables uniquement propres à
(1) Yid. Deutsche Geschichte, l. 2, p. 172.
(2) Can. De quibwdam, 12, d. 37.
'■fi) Can. Turbatf 8, d. cil. [Beda).
4) Can. Qui de mefua, 11 , d. cit. — Can. Turbn4, cit.
332 DU DROIT ËGCLÉSUSTIQUE.
allumer dans son ftme le feu de la convoitise. On ne sacrifie pas seulement aux démons en brûlant sur leurs autels. un encens idolâtre, mais encore en accueillant avec plaisir dans son âme le langage des païens (1). La louange de Jupiter est inconciliable avec la louange du Christ (2), et ce serait une honte pour l'Église que rphole de la veuve ne profitât qu'aux grammairiens et aux rhéteurs, et que les deniers du temple reçussent une destination profane (3) !
Une étude exclusive des sciences profanes est donc interdite aux ecclésiastiques, qui doivent au contraire les considérer comme des travaux purement préparatoires dont ils sont tenus de s'affranchir le plus tôt possible. Il faut qu'à leurs yeux, grammaire, géométrie, arithmétique, musique, autant de sciences qui portent en elles-mêmes leurs beautés et leurs vérités et ont leur utilité dans la vie (4), ne soient en quelque sorte que les servantes de l'Église. Il est bon et avantageux de les posséder; mais ce n'est point là ce qui constitue la vocation ecclésiastique ; l'évêque n'a point reçu pour mission d'enseigner les règles du langage et de la littérature, mais de conduire sou troupeau et de l'instruire dans la parole de Dieu (5). ,
Dieu, voilà la véritable étude, la vraie science que doit poursuivre le sacerdoce s'il veut apprendre au peuple à connaître et à servir Dieu! Et c'est dans cette pensée que Moïse se prosternait constamment auprès du tabernacle pour recueillir de la bouche de Dieu même les vérités qu'il devait enseigner au peuple (6). Le prêtre qui ne va point s'abreuver à cette source sacrée, qui consume ses jours et ses nuits à creuser les subtilités de la dialectique, et dont la pensée errante, s'élançant tour à tour dans les hauteurs des cieux et dans les profondeurs de la terre, se plonge dans Tinanité de ses stériles recherches, et tombe définitivement dans le vide, ou bien encore qui passe sa vie à forger
(1) Gan. SacerdoteSj 2. — Gan. Ideo, 15, d. cil.
(2) Gan. Quum mullat 5, d. 86.
(3) Gan. Quando preibyteri, 2, d. 3^,
(4) Gan. Siquis artem, 13, d. 37.
(5) Gan. Quum multa, 5, d. 86.
(6) Gan. 5» quis vult, 3, d. 56.
des ïambes, et met toute soii application à encombrer son cerveau d'une forêt de rhythmes, ne marche-t-il pas réellemenC dans la vanité de ses pensées et dans une véritable nuit de Tâme (i)? Ce n'est point avec des distiques ni avec les logomachies d'une dialectique quintessenciée que Dieu a sauvé son peuple, mais avec la pureté du cœur et la simplicité de la foi (2).
Ils sont donc'singulièrement absurdes, ces riches de la science qui, se grandissant dans leur sot orgueil de toute la hauteur dont leurs connaissances dépassent, à leurs yeux, le savoir du commun des hommes, prétendent dominer le genre humain et raillent méchamment un évêque parce qu'il n'aura pas toujours réussi à revêtir sa pensée de formes rigoureusement irréprochables. Il a transgressé les règles de la grammaire, peut-être est-il allé jusqu'à se rendre coupable de solécismes, que dis-je? de barbarismes ! la satire peut-elle avoir assez de traits à lui lancer?... Vanité ridicule! Comme si c'était la voix, et non les élévations de Tàme, qui porte les paroles de l'homme jusqu'aux oreilles de la Divinité (3) ! Méditer la parole de Dieu, c'est le devoir de tous les chrétiens ; mais c'est la véritable, l'unique science de ceux qui aspirent à parvenir aux dignités hiérarchiques (4). De même que la nuit, selon le langage du pape Zéphyrinus dans le pseudo-Isidore (5), n'éteint pas la clarté des étoiles, ainsi la perversité du monde est impuissante contre les fidèles, quand ils éclairent leurs âmes au firmament scintillant de la sainte Écriture.
C'est donc dans la parole de Dieu que recclésiastique doit porter les investigations de son esprit. Il faut qu'on puisse dire de son cœur ce que saint Jérôme disait du cœur de Népotien dans son panégyrique, qu'il était comme une bibliothèque de Jésus- Christ (6). Celui qui ne connaît pas la sainte Écriture ne connaît
(1) Gan. Nonne^ 3, d. 57.
(2] Gan. Omnem, 6, d. cit.
(5) Gan. Sedulo, 12, d. 58.
(4) Gan. Omnet picUlentet, 6, d. cit.
(5) Gan. Sicut iUllaSy d. cit.
(6) Thofn€unnf Vêtus et nova disdpl. Ecdes., p. II, lib. I, c. 85, n. 4, vol. IV, p. 656.
pas Jésus^^hrist (1), et quiconque ne connaît pas Jésus-Christ, Jésus-Christ ne le connaît pas. C'est pourquoi l'Église exige de tous ses ministres qu'ils aient &it de grands progrès dans cette connaissance, et elle oblige Tévêque, par des pt'escriplions trèssévères, à ne pas imposer les mains sans examen. On raconte de saint Césaire, évêque d'Arles, qu'il n'ordonna jamais de diacre qui n'eût lu au moins quatre fois la sainte Écriture (2).
Du reste, les conditions imposées aux clercs, relativement à la culture des sciences, ne pouvaient être les mêmes pour tous ; rËglise les a sagement graduées selon les degrés de la hiérarchie. Déjà, dans les temps anciens, cette gradation avait été observée, et plusieurs canons avaient posé des règles à cet égard (3). Le concile de Trente, dans les temps modernes, a complété cette œuvre par de nouvelles dispositions, d'après lesquelles nul ne doit être admis à la tonsure s'il ne sait au moins lire et écrire, et s'il ne connaît les vérités fondamentales de la religion chrétienne (4).
Tout aspirant aux ordres mineurs est tenu de produire une attestation de son curé faisant foi de son instruction religieuse, et une autre du directeur de l'école qu'il a fréquentée, relative à ses connaissances' en latinité (5).
TiCs clercs des ordres inférieurs ont tout le temps nécessaire à l'acquisition du degré d'instruction que l'Égliée exige des sousdiacres et des diacres. Ceux-ci doivent non-seulement posséder une certaine connaissance des lettres, et surtout l'usage familier de la langue latine, mais encore être versés dans tout ce qui se rapporte aux fonctions de leur ordre (6). On peut néanmoins user de plus d'indulgence à l'égard des réguliers que leur to-
(1) Gan. Si juœtOf 9, d. cit. — Ignoratio Scripturarum, ignoratio Gfaristi est.
(2) Conférences d* Angers. Sur les irrégularités, juin 1709, q. 2, p. 97.
(3) Can. Nulli, 4. Can. Qu» ipsisy 5. Gan. Omnes psallentes, 6. Gan. Placuitt 7. — Conférences f loc. cit., p. 98 sqq.
(4) Conc. Trid., Sess. 23, de Reform., c. 4.
(5) Idem. y loc. cit., c. 5, c. 11.
(6) Id., ibid., c. iZ,^ Barbosa, de Offic. ef potest. Episc, p-II, alle^. 46, n. 9, p. 410.
cation n^appelle point à la direction des âmes (1). Toutefois, ;M)iiir ce qui constitue plus essentiellement Tiiistruction sacerdotale proprement dite, le religieux lui-même, lorsqu'il est appelé à rhonneur du sacerdoce, ne saurait en être dispensé. Il ne doit donc être promu à cette auguste dignité qu'à la condition d*être versé dans la connaissance des saintes lettres et du droit canon. Quant au prêtre séculier, destiné a la dispensation quotidienne des choses saintes et à rompre continuellement le pain de la parole au troupeau de Jésus-Christ, cette double connaissance lui est indispensàblement nécessaire à un degré incomparablement plus élevé (2). Mais si l'Église se montre si exigeante à Tégard des simples prêtres, que ne doit-elle pas demander aux évêques? Aussi veut-elle voir en eux comme autant de personnifications vivantes de la science ecclésiastique, sans quoi elle ne les croit pas en état de remplir dignement les fonctions de leur charge (5). Elle ne permet à aucun prêtre d'ignorer les canons (nullisacerdotum liceat ignorare) (4). Hais, quand elle s'adresse à Tévêque, elle lui recommande cette étude avec un zèle qui ne peut être égalé que par l'ardeur sans bornes qu'elle l'invite à y apporter. C'est qu'en effet la connaissance du droit ecclésiastique est indispensable au maintien de la discipline générale, et le pape Célestin avait bien raison de dire : « Qui de nous peut espérer une protection efficace, si Tautorité des Décrétales, grâce à la liberté d'interprétation laissée aux laïques, est violée au gré du premier venu? » L'expérience a parfaitement démontré combien il est préjudiciable, disons plus, dangereux pour le clergé, surtout en face de l'autorité temporelle, d'abandonner l'étude du droit canon et de vivre dans Tignorance des lois protectrices de l'Église. Conunent le prêtre fera-t-il reconnaître ses droits et ob* tiendra-t-il qu'on les respecte, s'il ne les connaît pas lui-même?
(1) Barbosa, loc. cit., n. 14, p. 411. — Fermosinif Tract, de Offic. et sa-cris, ad Cap. Ad aures, de Temp. ord., q. 2, p. 220 sqq.
(2) Conc. Trid., loc. dt., c. 14.
(3) Idem, Sess. 22, de Reform., c. 2. •— Can. Qui ecclesiatticit 2,d. 36.
(4) Can. Nullif 4, d. 38. — Can. Ignorantiaf 1, d. cit.: Sciant sacerdotes Scriptural aebctas et canones. — Vid. snpra §5.
On conçoit d'ailleurs, sans qu'il soit besoin de le dire, qu'il ne s'agit point ici de cette connaissance du droit qui sert à conduire habilement un procès, mais de celle qui, dans un ordre plus élevé, a pour but suprême le règne de l'ordre dans FÉglise, l'éducation du peuple chrétien (1).
Le droit canon étant donc une des sciences nécessaires à tous les dercs en général, et plus spécialement aux prêtres, pour l'exercice de leur ordre, ceux-ci doivent l'avoir étudié, de même que les autres sciences, avant la réception de l'ordination. L'ordinand qui ne possède pas les connaissances voulues se trouve frappé d'un défaut qui, en tenant compte de la diflerence des conditions prescrites pour les divers degrés de l'ordination, coqstitue une irrégularité. Ce défaut peut, il est vrai, se corriger de lui-même par l'étude des sciences exigées, mais cette étude doit toujours précéder l'ordination, et l'évêque ne peut pas conférer les ordres à un ignorant parce qu'il aura promis de s'instruire (2). Dans ce cas, le sujet incapable ue peut même, rigoureusement, être relevé de son défaut par voie de dispense, nul n'étant apte à un emploi tant qu'il est dépourvu des moyens de le remplir (3). Cependant le pape peut accorder la dispense sous la réserve expresse que l'ordonné n'exercera les fonctions de son ordre qu'après avoir acquis les connaissances exigées (4).
&Jais la véritable science du clerc, celle qui, pour lui, est audessus de toute science, c'est la foi, ou plutôt il n'acquiert de connaissances que pour corroborer en lui la vertu de la foi, dont un souille divin lui a transmis" le don incomparable. Ceci nous amène à traiter de l'hérésie, qui, en même temps qu'elle oonsti-
(1) CaroL a Basil. S. Pétri, Vita S. Carol. Borr., lib. VIII, c. 54. — Canon uin ea scienlia perjucunda erat, quœ Patrum mores et acta repnesentans, ecclesise componend» atque ordinaodœ rationem conliaet : dolenseos communi coDRuetudine tanlum canones ad interpretandam seligi, qui ad lites judiciaque pertinent. [V. rAoma««tn, Yetus et nova Eccl. discipl., p. II, Ub. 1, cap. 91, n. 42, tom. IV, p. 575.)
[2] Fagnanif Comment, in cap. Quum in cuncêitf 7, X, de Elect., n.l51, et in Gap. ptiah'tor, de ^t. et quai., n. 18.
(3) Schmierf Jurispr. can. civ., lib. I, tract. 4, cap. 3, sect. I, § 5, n. 42. (Tom. I, p. 425.)
(4) Pirhing, Jus canon , lib. I, tit. XI, sect. 1, g 3, tom. I, p. 398.
tue un crime contre l'Église, fait naître anssi un empêchement canonique à l'ordination, sous le titre de Defectus fidei.
Cet empêchement s'étend-il aux enfants des hérétiques? C'est là une question controversée. Les textes des lois (1) relatifs à ce sujet ne parlent que de l'irrégularité de ceux qui sont morts dans rhérésie, et seulement au point de vue des bénéfices, d'où il faudrait conclure, par une stricte interprétation de la loi, que rhérésie des parents n'est point une cause d'exclusion pour les enfants. Cette opinion a été d'ailleurs consacrée par la coutume de plusieurs pays (2), et les décisions récentes de la congrégation sur cette matière inclinent sensiblement vers l'indulgence (3).
Dans le langage usuel, on distingue habituellement sous le nom de néophytes les enfants hérétiques revenus à l'Église ; mais, dans la langue du droit, cette dénomination revêt un tout autre sens. On entend généralement pr néophyte une personne nouvellement baptisée (4). Par extension, on appelle encore ainsi celui qui a différé de recevoir le baptême jusqu'à une maladie dangereuse (5), que pour cette raison on désignait autrefois sous le nom de clinicuSy ainsi que le laïque qui prend soudainement la résolution d'entrer dans un ordre religieux, en même temps qu'il manifeste le désir d'être promu aux ordres sacrés (6).
La situation particulière de foutes ces personnes n'est pas faite pour inspirer à l'Église beaucoup de confiance; elle ne peut supposer chez elles ni connaissances suffisantes, ni expérience, ni garantie de foi. Elle ne saurait en faire des maîtres dans la doctrine (7). C'est aussi ce qu'elle a voulu éviter en reproduisant, dans les décrets de plusieurs conciles (8), les préceptes de l'apô-
(1] Gap. Quicunquej 2. Gap. Statutum felicis, 15, de Hœret. in 6to (Y. 2).
(2) Thomaasin, loc. cit., cap. 65, n. 7, p. 414.
(3) FerrarU, Promta bibliotheca jur. can. s. v. Irregularitas. Art. !, n. 50 sqq.
(4) Gonzalez Teîlez, Gomment, in Décret. Gap. Eam <«, 7, X, de Rescr. — Ferraria, loc. cit., n. 57. — Conférencea, loc. cit., q. 3, p. 109.
[5] Can. Si quia in œgritudine^ 1, d. 57. (6) Can. Sicut neoph., 2, d. 48.
(1) Can. Apoat.f 09.
(8) Can. Quoniam, 1, d. 48. (Conc. iVtc, I, can. 21.) — Cône, load., can. 3.
tre saint Paul (1), qui refusent Tordiuation aux néophytes, par ce motif qu ils concevraient trop souvent d*eux-mêmes une idée orgueilleuse en s*imaginant que l'Église a besoin d'eux, et non qu'ils ont besoin de TËglise. Un néophyte revêtu des dignités sacerdotales est trop exposé à manquer d^humilitê ; il ne comprend rien à ce mépris de soi-même, sentiment tout chrétien que peut seule concevoir une âme fortement trempée dans la foi ; il ne s'est point éprouvé dans le jeûne et dans les larmes ; il n a pas épuré ses mœurs par de fréquentes expiations ; il ne les a pas réformées par une étude constante de ses travers et de ses faiblesses (2).
Ces considérations, pesées dans une balance sévère et tenue d'une main ferme, ont déterminé dans tous les siècles, même les plus reculés, les législateurs ecclésiastiques à exclure les néophytes des ordres sacrés ; la pratique constante de TÊglise leur interdisait même Taccès des ordres mineurs (5)i Cette double exclusion n'est nullement arbitraire; elle renferme un principe aussi vrai, aussi juste que cette comparaison de saint Grégoire le Grand (4) : <( Tant que les murs d'une maison récemment construite ne sont pas complètement secs, ils ont peine à supporter le poids de la toiture, et tout Tédilice peut facilement s'écrouler (5). »
Ce n'est donc qu'après avoir vécu dans l'Église un long espace de temps, qui ne doit point toutefois se mesurer par les années (6), après avoir acquis les connaissances suffisantes et cet esprit d'humilité sans lequel on n'est chrétien que de nom, que le néophyte entre dans la plénitude de la vie spirituelle et qu'il peut être admis à l'ordination.
Ce principe, qui est la loi de l'Eglise, n'est pas infirmé par certaines ordinations tout exceptionnelles, comme celle de saint
(1) I Tim. III.
(2) Hieron.y Epist, ad Oceanum.
(3] Gan. Neophytus, 9, d. 61. — Conférencet, loc. cit., p. 111. (4) Can. StatuimuSf 8, d. 61 : Qaum valde iniquum sit et absurdiim, ut > mperiti magislris, novi antiquis et rudes prsferantur emeritis. . IS) Gan. Sicfê* neoph., 2, d. 48.
6) Barbosa^ loc. cit., p. II, alleg. 10, n. 8, p. 206.
Ambroise, par exemple. Ce n'est que très-rarement, et en considération seulement des vertus extraordinaires du néophyte, que rÉg^lise autorise ces dérogations au droit commun ; c*est ainsi que l'élection de saint Ambroise, suivant son propre témoignage, ne fut reconnue des évêques d'Occident qu'après une délibération solennelle, et de ceux de T Eglise d'Orient par rinvocation d'un exemple antérieur (1).
Cette exclusion des néophytes, qui n'est que l'extension du principe Defectus fidei, ne doit pas néanmoins être exagérée (2); il ne faut pas oublier que la conquête du monde à la foi chrétienne fut l'ouvrage de Juifs nouvellement convertis (3); et, malgré l'extrême réserve qu'on doit apporter dans l'ordination des enfants des Israélites, des mahométans et des païens, les lois canoniques ne les considèrent pas comme généralement irréguliers. Si l'entrée de certains offices et emplois ecclésiastiques leur est interdite, c'est le fait de circonstances purement locales, comme, par exemple, eu Portugal, ou de quelques privilèges particuliers (4).
La force et la maturité de la foi constituent , aux yeux de l'Eglise , une des conditions essentielles de l'admission aux saints ordres. Il doit être nécessaire à quiconque veut embrasser la carrière ecclésiastique d'avoir reçu le sacrement dont la vertu propre a pour objet de fortifier la foi; cette obligation forme la matière d'un décret du concile de Trente (5). Il est vrai qu'à la rigueur la confirmation n'est pas essentielle au salut ; mais ceuxlà seuls sont parfaits chrétiens, * dit le pseudo- Isidore, qui ont été confirmés (6). Cette perfection, l'Église l'exige dans les ministres de ses autels, et, en présence du décret formel du concile œcuménique, on ne peut approuver l'opinion des canonistes qui
(1) Gan. iVeopAyttM, 9, d. 61.
. (2) Barbota, loc. cit., p. I, tit. 2, gloss. 17, n. 5 sqq , p. 98 sqq.
(3) Glo»sa^ ad Cap. Eani te, 7, de Rescr. vers. Judœos.
(4) Bmid. XIYf deSynod. diœc, lib. XII, cap. 1, n. 4 sqq. — Giraldi, Expositio jur. pontif. ad Cap. Eam te, cit., p. I, p. 8, 9, et p. Il, p. 951.
(5) Cùne. Trid.f Sess. 23, de Reform., c.4.
(6) Can. Ôninet fidelet, 1. d. 5, deConiêcr,
n*aclmettent pas le défaut de conûrmalmu au nombre des îrrégularilés (i).
Il existe d'ailleurs plusieurs décisions de la congrégation du concile qui se prononcent également dans le sens de Texclusion, à regard de ceux qui ont négligé de recevoir la confirmation avant la tonsure, et déclarent qu'ils ne peuvent être promus aux saints ordres sans une dispense expresse du pape (2).