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Répondre à C6S questions c'est chercher encore le dernier fondement de la morale. L'esprit humain ne peut pas aller plus loin.
La pensée de Rosmini est claire et ferme sur ce point. C'est notre avis, malgré des opinions contrai^ res, qui ne voient dans le système du philosophe de Roveredo qu'un édifice élevé sur la base chancelante d'une idée abstraite ou d'une hypothèse qu'iln'est pas facile de justifier.
Il est certain que Rosmini se sépare de Malebranche sur la théorie de la vision en Dieu^ et il prétend continuer la vraie tradition qui est l'honneur et la force de la philosophie dont il veut être le champion. Voici toute sa pensée.
Les plus grands philosophes de Tantiquité, majores philosopliij dit Cicéron, comprirent, sans un grand effort , que les réalités matérielles connues par le canal des sens ne constituent pas toute la science , et ils reconnurent bien que les choses possibles , celles qui n'existent pas encore et qui peuvent exister, sont les essences immuables et éternelles : elles sont les modèles , les types à la ressemblance desquelles Dieu peut créer, sans épuiser jamais sa puissance.
Mais cette vérité était si élevée qu'ils n'eurent pas Je bonheur de la posséder sans mélange d'er-
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f^r. Les esprits étroits s'épouvantent de cet im- Ptir alliage , et au lieu de foire im discernement Judicieux, ils repoussent un système qui n'est pas ^^naplet, ils classent les systèmes selon les noms ^'^Uteur, et ils condamnent sommairement ceux 9oi jie leur plaisent pas. C'est ainsi, qu'au nom des ^^eurs mêlées aux vérités dans les enseignements ^^ X^laton , on rejette immédiatement et Ton con- ^^Uxine toute proposition émanée de l'école platoni- ^^^s^toe. Il est plus sage d'examiner ces enseigne- ^lîts et de Élire avec sagesse et impartialité la part ^ la vérité et la part de Terreur, ^aint Augustin vit de bonne heure la vérité du tjicipe fondamental de l'école italique : qu'il y a ^ ^^^ idées immuables, lesquelles constituent l'intel- ^ ^^ibilité des choses , et qui ne tombent pas sous ^^^ sens. Mais il vit aussitôt Terreur des platoni-
^ns qui, voulant expliquer ces idées selon les-
^^Xiellés nous jugeons toute chose, et croyant décou-
^^ inr leur origine , enseignaient que Thomme a vécu
"^ne vie antérieure, pendant laquelle il a appris des
Sciences , qui se préseiitent à son esprit sur cette
terre , à Toccasion des sensations. La théorie plato-
>:iicienne des réminiscences n'expliquait rien et ne
:^eciilait pas la difficulté. Saint Augustin réfuta Thy-
pothèse des réminiscences et retint le principe vrai
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des essences éternelles, élément indispensable, dejs connaissance humaine. Il affîrma que si nous connaissons les réalilés créées, c'est parce que nous voyons leurs rapports avec leur type étemel, leui essence incréée.
Nous pouvons dire que la doctrine de saint Augustin sur la nature et l'origine des idées est la doctrine commune des Pères de TEglise. Rosmi]\ insiste à le démontrer, et il cite encore, après l'évêque d'Hippone , saint Justin, Clément d'Alexandrie, Eusèbe de Gésarée, Boëce, saint Anselme et saint Thomas d'Aquin (1).
Mais ces Pères de l'Eglise, fondateurs de la philosophie chrétienne inspirée par la raison et par la foi, donnèrent à la doctrine des idées une forme plus correcte et mieux arrêtée.
Ils affirmèrent d'abord , pour éviter recueil du panthéisme, la distinction essentielle entre notre esprit et ces vérités , ces types , ces essences immuables, éternelles, nécessaires, vérités que nous ne jugeons pas et qui nous servent à juger. Elles sont la règle immuable, laquelle nous comparons les choses créées pour savoir si elles sont vraies, bonnes, et estimer enfin leur valeur. Elles sont
(1) Il rinnovammto delhi filosofia, cap. xlii,
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donc essentiellement distinctes de l'esprit humain, qui est fini, imparfait, éphémère. Elles n'existent pas en elles-mêmes et indépendantes d*un sujet, car elles sont divines, et il n'y a qu'un seul Dieu, C>t*, si elles étaient indépendantes dans leur exis- ^^nce il y aurait plusieurs dieux et on renouvelle- ^'^ît, par celte affirmation, TidoUttrie de quelques disciples inintelligents de Platon. Où résident-elles ^' elles n'existent ni en elles-mêmes ni dans notre )rit, avec lequel il est défendu de les confondre ? La pensée philosophique avance avec les théolo- ^ns et les philosophes du christianisme. Nous »mmes déjà loin des affirmations incertaines et ^Xielquefois contradictoires de Platon; c'est une ^^f)ctrine ferme et claire que nous entendons et que ^^on peut résumer ainsi : ces Idées ou vérités éter- ^Xelles sont en Dieu, et elles ne sont pas distinctes ^u Verbe divin. Il n'y a pas entre elles, considérées ^n Dieu, une distinction qui impliquerait multiplicité d'êtres; rien ne doit et ne peut altérer la sim- ;X)licité et l'unité de Dieu.
L'accord est parfait sur ce point entre les théologiens et les philosophes chrétiens. Oui , les Idées sont en Dieu. Mais de quelle manière les voyonsnous? voyons-nous Dieu dans la vie présente et par les forces naturelles de notre raison ?
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Rosmiûi se sépare de Malebranche; il ne dit pas qne nous voyons Dieu. Cette expression est fausse et elle n'est pas conforme à renseignement des Pères (1). Sans cesser de reconnaître qu'il feut identifier à leur origine les Idées et FinteUigence éternelle de Dieu , il déclare que nous les connaissons en vertu d*une communication mystérieuse dont il n'essaie pas de surprendre les secrets (2J.
L'esprit humain est sans doute impuissant à franchir les barrières qui s'élèvent devant lui et qui lui dérobent la vue de la genèse de ces vérités éternelles dans notre raison. Mais nous avons obtenu un résultat considérable en pouvant constater, avec les philosophes les plus autorisés par la science et la mesure, que les Idées éternelles sont en Dieu, qu'elles nous éclairent par une conununication directe du Verbe , que la vue immédiate de lessence divine est réservée aux élus, et que Dieu daigne nous instruire lui-même par l'irradiation de sa lumière et de sa vérité. Toute autre tentative
(-!) « Questa maniera di dire dee intendersi in sano modo, perrocche presa alla lettera, corne l'ha usata Malebranche, io non sapprei approvarla. E se noi consideriamo attentamente, e raffrontiamo insieme i luoghi de Padri, noi la vcggiamo in varie guise temperata. • (Il rinnovamento, etc., p. 282.)
(2) « Indi i maestri della chiesa conchiusero , per una indéclinable conseguenza, che le idée dell'uomo erano unà arcana comanicazione délie idée divine, ffbid.j
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pour pénétrer plus loin dans la recherche de ce difficile problème serait inutile et dangereuse; il est des témérités qu'il faut savoir éviter dans l'intérêt de la cause que Ton veut servir.
Des philosophes critiques contemporains de Rosmini, et souvent encore aujourd'hui quelques disdiples trop ardents de Malebranche, attaquent avec im courage stérile ce système si vaste et si sûr que nous venons d'exposer. Ils prétendent que Rosmini a inventé Tidée d'un être intermédiaire entre Dieu et rhomme , connu sous le nom d'être possible ou idéal, et qu'il en a fait la clef de voûte d'un système sans solidité. J'estime qu'une étude plus complète de ce philosophe de premier ordre eût corrigé les sévérités injustes de ces critiques trop prompts à l'attaque; ils eussent vu, sans doule, que c'est bien l'idée de Dieu, d'un Dieu concret et personnel, qui est la base de la philosophie de Rosmini, et ils auraient lu cette déclaration qui résout la difficulté : « l'Etre idéal est en Dieu , il est Dieu même (1). » C'est ainsi que Rosmini entre dans les rangs de ces penseurs de premier ordre, dont nous recueillons les enseignements avec la docilité
{i) « L'Ente idéale è in Dio, e in Dio è Dio stesso, sebbene a noi non ci apparisca naturalmente corne divina sostanza. (// rhmitviimintqg etc., cap. lu, f. 360.
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d*un disciple, heureux d'entendre la confirmai autorisée des pressentiments de sa conscience des revendications de sa propre raison.
Gioberti 5 l'adversaire le plus acerbe et le pi éloquent de Rosmini, disciple indépendant, com lui, deMalebranche, qu'il appelle le plus métaphysicien des temps modernes, substitue l'Etre idéal de Rosmini l'idée de Dieu. S'il n'ég pas son adversaire dans l'analyse des éléments l'acte moral; si la violence de son esprit l'entrât au-delà de la vérité lorsqu'il invite Tesprit hum à la contemplation de Tacte créateur, GiobertL néanmoins le mérite d'avoir présenté , d'une nière originale et vraie, le lien qui unit la mo: à sa source et la conscience à Dieu.
Dieu, dit Gioberti, voit en lui-même les exe plaires de tous les êtres que sa puissance infini créés ou peut créer, et les principes éternels d^ morale et des sciences fondamentales.
Nos idées ne sont que la connaissance, par communication mystérieuse, de ces idées diviix Elles ont, en effet, les mêmes caractères : e sont immuables, nécessaires, intelligibles, lues ; ridée de plusieurs absolus est une cont 'diction.
jD/stinguons bien l'acte de connaissance et s
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objet. L'acte est de nous; il est humain, contingent, fini, imparfait, successif et multiple comme nos pensées. Les néoplatoniciens d'Alexandrie et les panthéistes contemporains, qui oublient cette distinction capitale , font profession de panthéisme en confondant le sujet et l'objet , le fini et l'infini.
Ces principes posés, *le lien qui rattache l'homme à Dieu nous apparaît dans sa simplicité. — L'ordre implique nécessairement l'idée de moyens qui vont d'un principe à une fin. Or, Dieu est le principe et la fin de tout ce qui eziste. L'ordre, l'harmonie, la perfection et l'unité du type cosmique est dans l'universel mouvement des choses créées, qni vont d'une origine divine à un divin achèvement, d'un Dieu créateur à un Dieu rémunérateur.
Dieu se présente à notre conscience avec la majesté d'un roi investi d'un ^ pouvoir législatif, souverain, et nous dit : Obéis-moi, agis sans troubler Tordre que je veux voir régner dans le monde et que je fais connaître à ta raison.
La loi est donc l'expression de Tordre voulu par Dieu. Elle est la voix de Dieu qui parle intérieurement à Thomme, à sa raison, et lui apprend le rang occupé par chaque créature dans Téchelle des êtres, la nécessité de mesurer son affection et sou estime à ces rangs et à ces mérites dont l'inégalité e^i
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évidente, et de donner sans mesure son estime, son amour, sa vie, à Celui qui occupe le premier rang et qui est essentiellement la perfection infinie, c'est* à-dire à Dieu.
Reconnaître et respecter cet ordre , c!est Osûre le bien ; le méconnaître et le troubler, c'est Sûre le mal.
Or, puisque cette loi morale et éternelle est la parole de Dieu dans notre âme, il est évident qu'il règne une intime et indissoluble union entre la morale et Dieu (1).
Gioberti explique ainsi Timpératif catégorique de Kant, oii, pour éviter ces formules abstraites, le vrai fondement de la morale et de Tobligation qui en est Teffet. La loi est un commandement, c'est àdire un impératif; elle est absolue et sans conditions, c'est-à-dire catégorique: elle est le commandement impérieux de la raison divine à la conscience humaine.
Gerdil et Gioberti ont étudié, avec un soin scrupuleux, une intelligence qui aime les vastes synthèses, Tordre moral qui règne entre les idées dans l'intelligence divine , et qui doit ré<»ner aussi dans ce monde, qui est leur imparfaite image et leur
(i) Gioberti, Del hno)}n, cap. i, ii, m.
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reproduction limitée. Ils ont, Tun et Fautre, un vol large et fier qui cherche les sommets et veut planer. Rosmini ne s*élève que rarement, et en tremblant, à ces hauteurs dangereuses ; il ne développe pas l'idée de Tordre moral, mais il veut savoir, en s'interrogeant lui-même avec une attention scrupuleuse, les détails les plus délicats des mouvements de notre raison , de notre conscience , de notre liberté dans l'acte moral.
Mais s'il y a quelques différences entre ces philosophes éminents dans la méthode et dans la manière de considérer le problème , ils n'ont qu'une manière de le résoudre, et ils reconnaissent, avec un accord qui est l'expression de la vérité , la présence de Dieu dans la morale et dans la raison.