EXPOSÉE
Telle était cette législation jdu duel à laquelle Louis XIV avait imprimé , de sa main puissante , le jpachet du pouvoir le plus absolu qui fut jamais.
Ce serait peut-être une étude intéressante de comparer ces formes impérieuses , derrière lesquelles la royauté ne faisait sentir que sa force, avec les procédés à la fois chevaleresques et paternels dont Henri iv avait su trouver le secret dans son cœur plutôt que dans son autorité.
Mais quelle que soit l'impression qui reste & cet égard dans l'esprit du lecteur, il faut reconnaître que les édits de Louis xiv lui valurent la reconnaissance de ses contemporains et les éloges de la postérité.
La Providence lui accorda , par un rare privilège, de vivre assez pour pouvoir se donner acte à lui-même du succès de son énergique persévérance.
« Nous avons eu la satisfaction , disait-il dans »le préambule de l'édit de 1704, de voir cesser » presque entièrement sous nostre règne ces fu- » nestes combats qui se pratiquoient dans nostre
TROISliMB ]6poque. âft6
» royaume par une opinion invétérée» qui régnoit » depuis tant de siècles dans Fespritde la nation, t
Le jugement que Louis xiv portait de son œuvre est le même qu'en a porté Tbistoire.
« Son heureuse sévérité , dit Voltaire , corrigea »peu à peu notre nation et même les nations > voisines, qui se conformèrent à nos sages coutu- »mes après avoir pris nos mauvaises ^»
Âddison ajoute : « On regarde avec justice » comme un des endroits les plus glorieux du » siècle de Louis xiv d'avoir banni le faux point » d'honneur de l'esprit d'une nation aussi vive et » aussi impétueuse que la-nation française K »
Mais un témoignage qui m'inspire plus de confiance encore est celui de Basnage , réfugié en Hollande par suite de la révocation de l'édit de Nantes, c Louis xiv ^ dit-il dans sa DUsertaiion sur » les duels ^^arrètéle cours d'un mal qui paraissait » Sjans remède : il a sauvé la vie à une infinité de » personnes en ne faisant grâce à personne ; il a » assuré le repos d'un très grand nombre de fa* » milles en jetant l'affliction dans quelques-unes » par la punition des coupables ; IL a rétabli la » règle du véritable honneur et fait disparaître le » faux qui était cruel el barbare ^. »
Je n'irai pas sans doute jusqu'à prétendre que
* Siècle de Louis xiv, chap. 29.
* Spe(!lateup, n» 99. 23 juin 1711.
^ [n$sertaHott historique sur les dueU. Ëdit. de Bâle, 1740, p. 165.
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cette fermeté dont on fait honneur & Louis xnr ait été d*une teneur si également soutenue que, pendant soixante et douze ans de règne , on ne l*ait jamais yu se relâcher une seule fois de sa rigueur.
Il est , je le sais, quelques récits de duels plus ou moins fameux dont les Mémoires du temps ont enregistré le scandale et sur la répression desquels ils se taisent.
Mais un petit nombre de faits isolés, qui deviennent de plus en plus rares à mesure qu*on avance vers la fin du dix-septième siècle, peuvent-ils autoriser à conclure que les édits n^ont été pour rien dans la diminution du nombre des duels, et que le progrès naturel de la civilisation et des mœurs a produit tout seul les résultats célébrés par tout un siècle à la louange du grand roi ?
Je repousse , quant à moi , ces théories desséchantes qui , en déniant toute elfflcacité pratique aux mesures dont la sagesse a été le plus vantée, tendraient à écarter du gouvernement des choses humaines Faction protectrice des lois, comme certains philosophes voudraient en bannir l'idée de cette providence divine dont les lois doivent être ici bas Tirnage.
C'est en vain, dit-on , qu'on a cherché dans les fastes criminels des parlements la preuve de cette sévérité inflexible qu'affectaient les édits de Louis XIV, et c'est à peine si l'échafaud, dont la menace est si souvent répétée dans des formules législatives, s'est dressé une seule fois sous ce rè-
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gne pour le châtiment exemplaire d*un duelliste.
Le simple exposé que nous avons fait tout à rheure de la législation relative au duel semble avoir répondu d'avance à cette objection. A considérer cet ensemble de mesures préventives qui, semblables à autant de circonvallations profondes, défendaient les approches du duel comme on défend celles d'une place assiégée, ne reconnalton pas aussitôt que tout était combiné dans ce système pour que le triomphe des lois consistât à empêcher plutôt qu'à punir? Assez d'exemples ont prouvé qu'en fait de justice aussi bien qu'en fait de gouvernement la modération est ordinairement la compagne de la force, comme une rigueur outrée est trop souvent le masque de la faiblesse.
Il ne faut pas d'ailleurs juger les faits du siècle de Louis xiv avec les idées du nôtre. Dans un temps où la mobilité du pouvoir est considérée par quelques-uns, non-seulement comme une nécessité de situation, mais comme une condition de succès, il peut être difficile de comprendre, mais il n'en est pas moins utile d'étudier ce qu'on a pu faire sous une autre forme de gouvernement par la continuation prolongée d'une volonté encore plus persévérante que sévère ^.
* < Louis XIV sentit qu*il ne suffisait pas de renforcer la législatioD, quMl fallait encore la soutenir chaque jour de toute la force de sa volonté royale ; il prit avec lui-même des engagements auxquels il he manqua jamais sciemment , et sMI dut hii en coûter beaucoup
^iSé BU DOBL.
d't^oir k ••ttteair use telle résoliiUon, 11 pat àa Moint sê àvn qa*il afait roidu k tes si^eu et âi rhumaDÎté on dea atrViees les plus signalés qu'il soit possible k un souverain de leur rendre. » (M. le baron Pasquier, Rapport fait en 1819 sur une proposition tendant à prpYO* qner une loi contre le duel.)