‹ Du fond de la nuit [microforme]Chapitre 14 sur 33 · ET MAINTENANT, JE VEUX SAVOIR · texte numérisé non relu

ET MAINTENANT, JE VEUX SAVOIR

Je l’aimais quand même. Je n’aurais jamais consenti à laisser annuler notre mariage. Elle était ma femme, la seule que j’eusse aimée... j’avais juré devant l’autel de l’entourer de tendresse. C’était mon devoir, malgré tout, de rendre sa vie aussi heureuse que possible. Mais, en même temps, je me promis bien de forcer cet Italien au langage trompeur à me donner des explications. Oui, j'irais le chercher, je lui arracherais une confession complète.

J’informai Pauline qu’il était nécessaire de retourner immédiatement à Londres. Elle ne manifesta aucune surprise, n’éleva aucune objection. Tout de suite, elle se trouva prête à m’accompagner. Ceci était pour moi un autre sujet d’étonnement., S’il s’agissait de choses machinales à faire, elle était adroite comme toute autra femme. Pour sa toilette, et même pour ses préparatifs de voyage, elle n’avait besoin d’aucune aide. Tous ses mouvements étaient alors ceux

d’ure personne saine d’esprit ; c'était seulement lorsque son intelligence était en jeu que l’effrayante lacune apparaissait.

Ma vieille bonne Priscille nous reçut en ouvrant de grands yeux émerveillés. Je vis que la beauté et la douceur de Pauline avaient au premier abord gagné sa sympathie. Après le thé, je priai la brave femme de conduire Mme Vaughan à sa chambre, afin qu’elle pût prendre le repos dont elle avait besoin, puis de revenir me parler.

Priscille n’était que trop pressée de revenir auprès de moi. Je sentais qu’elle brûlait du désir de me questionner sur mon mariage inattendu ; mais j’arrêtai par avance sa volubilit. Mon air lui fit comprendre que je n’avais rien de gai à lui communiquer. Elle s’assit, et, comme je l’en avais priéc, écouta mon récit sans m’interrompre. :

Je savais que ma vieille Priscille était digne de ma confiance et que je pouvais compter sur sa discrétion. Je lui racontai tout ou presque tout. Je lui expliquai aussi bien que je le pus, le singulier état mental de Pauline, Je lui indiquai ce que ma courte expérience me conseillait, et la chargeai, au nom de l’affection qu’elle avait pour moi, de protéger, pendant, mon absence, la femme que j'aimais.

Elle s’y engagea en pleurant. Un peu plus tard ic revis Pauline. Je lui demandai si elle savait, où je pourrais écrire à Ceneri. Fille me fit signe que non.

‘ Tâche de te le rappeler,”’ lui dis-je.

Elle se comprima le front du bout de ses doigts fins. J'avais déjà remarqué que tout effort pour réfléchir lui causait un grand tourment. L

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‘© Thérèse connaissait l’adresse de Ceneri, disje, afin de l’aider.

— Oui, demandez-lui…

— Mais elle nous a quittés, Pauline. Peux-tu me dire où elle est ? ”’

La pauvre créature secoua la tête d’un air désespéré et resta muette.

“© T1 m’a dit qu’il habitait Genève, insistai-je ; il s’agit de découvrir la rue ? ”?

Elle me jeta un regard perplexe. et je poussai un soupir, comprenant que toutes mes questions seraient inutiles.

‘© Il faut pourtant que je le rejoigne. J'irai à Genève. Si je ne découvre pas sa trace, je tenterai de la trouver à Turin.”

Je pris la main de ma femme.

‘* Je pars pour quelques jours, Pauline. Tu resteras ici jusqu’à ce que ie revienne. Tout le monde sera bon pour toi. Priscille te donnera ce qu’il te faut.

— Bien, Gilbert,” fit-elle avec son calme imperturbabie.

Je lui avais appris à m’appeler Gilbert.

Alors, après les dernières instructions données à Priscille, je partis pour mon voyage.

Au moment où la voiture m’emmenait, je jetai les yeux sur la fenêtre de la chambre où j'avais laissé Pauline. Elle était là, me regardant : et mon cœur tressaillit de joie. car il me sembla que ses veux admirables exnrimaient l’affectueuse tristesse d’un adicu. Ce n’était peut-être là que le jeu de mon imagination, mais j’emportai comme un trésor le souvenir de ce regard de Pau line.

Et maintenant, en route pour Genève, à la recherche du docteur Ceneri !

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