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trouver assez de sommeil, non sans doute pour me satisfaire complètement, mais du moins pour me soutenir, pendant que j'étais cahoté, de quelle façon, grand Dieu ! dans le tarantass.
Les jours succédaient aux jours et les semaines aux semaines. Nous dépassâämes bien des convois de prisonniers. La plupart étaient chargés de iers, invisibles d’ailleurs sous les pantalons. Autant que je pus m’en rendre compte, ils n’étaient pas maltraités par les soldats, mais on me fit un tableau épouvantable des souffrances que leur font endurer les geôliers et les commandants de prisons.
J’éprouvais toujours un soulagemeit quand nous avions perdu de vue l’un de ces tri:tes convois. Le contraste entre ma situation et celle de ces infortunés était saisissant, affreux... Pourtant, à moins que Ceneri ne chassât une bonne fois les doutes qui m’obsédaient, je pouvais revenir de ce voyage plus malheureux qu'aucun de ces hommes aux pieds meurtris.
Enfin, nous atteignimes Irkutsk où j'appris qu'un convoi de prisonniers arrivait sous la conduite de son capitaine et s’installait à la prison. Il me fallut beaucoup de fermeté, de persuasion et surtout un gros pourboire, représentant une énorme quantité de ‘“ vodka 7, pour obtenir la permission de franchir les portes d'un vaste bâtiment carré à l’air sombre. Avec beaucoup de mélance, je fus conduit en présence du capitaine.
C'était un jeune et hel officier, qui me lanca d'abord un regard irrité pour l’avoir dérance de laCon aussi intempestive. Mais, dès qu’il eut jeté les yeux sur la lettre du gouverneur de Tobolsk, son attitude changea et, tout en fumant avec fui des cigarettes, j'expliquai ce que je désirais.
” Causer en particulier avec un de mes prison-
En
niers ? Cette lettre me met à vos ordres. Mais quel est le condamné ? ”’
Je lui donnai son nom véritable. 11 secoua la tête. :
‘* La plupart des noms de prisonniers politiques sont des noms d'emprunt. Quand les prisonpicrs me sont remis, numérotés, ils ne sont plus pour moi que des chiffres, et je ne m’en pr: occupe pas autrement.”
Je prononçai le nom de Ceneri.
Il secoua de nouveau négativement la tête :
** Vous le connaissez de vue ?
— Oui.
— Alors ce qu'il v a de mieux est de me le désigner vous-même. Allumez une autre cigarette, vous en aurez besoin, ajouta-t-il avec intention."
Il me montra le chemin et bientôt nous nou:
trouvâmes devant une lourde poïte. Un geôlicr, porteur de grosses clefs, fit grincer la clef dan: la serrure et la porte s’ouvrit.
‘* Suivez-moi, dit Varlamoff,’” en aspirant une forte bouffée de sa cigarette.
J'obéis, mais, sur le seuil, je faillis me trouve mal, Une odeur horrible s’échappait par cette porte ouverte ; c'était à croire que toutes les impuretés du monde pourrissaient et se putréfiaiezt dans cet antre immonde.
Je surmontai mon dégoût et suivis mon guide dans l’intérieur sombre de la prison. Là, dans un espace beaucoup trop étroit, s’entassuient des hommes de tout âge, assis où couchés. Il en était parmi eux dont les traits dénotaient le dernier avilissement. Beaucoup se querellaient, juraïent. lanÇçaient des im récations. Poussés par la curiosité, ils se pressaient autour de nous autant qu'ils l’osaient, jasant et plaisantant dans leur: dialectes barbares. Je me trouvais véritablement
dans un enfer, un enfer ignoble et repoussanc, un enfer créé par les humains pour leurs $emblables. Jout n’était qu’un amas d’ordures. Ordures sous les pieds, sur les murs, sur les poutres, ordures flottant dans l’air lourd, chaud ct empesté. Chaque individu semblait être une masse d’ordures mouvante.
e dévisageais les sens. Cet examen m'attirait des regards farouches. Les forçats chuchotaient à voix basse, mais la pr'sence au rsdouté Varlamoff me préserva de toute insulte.
Le long du mur se trouvait un plancher incliné, sur lequel reposaient les prisonniers dans des attitudes diverses. Comme c'était là de toute la prison la place la moins incommaode, elle était couverte, sans un pouce d’intervalle, de corps «tendus et pressés les uns contre les autres. Dans l'in des angles, j'aperçus enfin un homme, la te écroulée sur sa poitrine, les yeux clos. Quelque chose de “ déjà vu ”’ me frappa en lui. Je m'avançai, je mis ma main sur son épaule. C’était le docteur Ceneri M