‹ Du fond de la nuit [microforme]Chapitre 25 sur 33 · US HT À · texte numérisé non relu

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‘Avant tout, dit-il, j'insisterai pour qu’à partir de ce moment Pauline soit placée sous ma garde. Ni elle ni sa fortune de deviendront la proie d’un misérable aventurier italien”?

Ce furent les dernières paroles prononcées par le malheureux. Macari fit un pas en avant. La longue lame sortit soudain de dessous le vêtement où il la dissimulait et, au moment où Anthony se rejetait en arrière, le coup s’abattit, lo frappant de haut en bas, de toute la force d’un bras nerveux. La pointe du poignard s’enfonça sous la clavicule et transperÇa le cœur de part en part. Anthony March était muet pour toujours !

Au moment même où il tombait, le chant de Pauline s’arrêta brusquement et le cri d'horreur poussé par elle retentit dans tout l’appartement. Du piano elle avait vu Etait:-il ‘surprenant qu'un tel spectacle lui eût enlevé la raison ?

Ceneri demeura pétrifié en face d’un crime qui rendait inutile le plan qu’il avait combiné d’avance. Pétroff seul était resté en possession de son sang-froid, Les cris de Pauline auraient pu tout dénoncer ; il s’élança vers elle. lui jeta sur la tête une grande couverture de laine, la déposa sur le canapé et l’y maintint de force.

À ce moment, j’entrai comme un vengeur du crime. Le féroce Macari lui-même fut frappé de stupeur à mon aspect. Ce fut {'eneri qui, poussé par linstinct de la conservation, prit un pistolet et l'arma. Ce fut Ceneri qui comprit le sens de mon appel suppliant et me sauvæ la vie.

Macari, dès qu’il fut remis de sa première surprise, insista pour que l’eusse le même sort qu'Anthony March. Son poignard se leva de Noveau sur moi tandis que Pétroff, qui avait quitté Pauline pour me saisir, me tenait cloué

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sur le plancher, à l’endroit où j'étais tombé. Ceneri, constatant que j'étais aveugle, repoussa la lame : il jura que, lui présent, un second crime ne serait pas commis.

Pétrofi appuya Ceneri, et Macari, tout en maugréant, finit par céder, sous condition que l'en disposerait de moi de la manière que j'ai racontée déjà.

Pourquoi Ceneri n'alla-t-il pas dénoncer le meurtre ? La crainte d'y être impliqué dut le retenir ; il savait aussi qu'il serait sûrement condamné si la vérité sur le détournement du dépôt qui lui avait été confié était connue. Peut-être aussi Pétroff et lui considéraient-iis !a vie humaine comme peu de chose ; il est certain que leurs mains n'étaient point absolument pures d’assassinats politiques. Persuadés que, livrés à ta justice, ils n'auraient rien à espérer, ils firent cause commune avec Macari, s’efforçant d'empécher les recherches et de cacher les trases du crime.

Maintenant qu'ils marchaient tous d'accord, le succès était assuré. La première chose à faire était de se débarrasser de moi. Pétroff, car Ceneri ne voulait pas m’abandonner aux mains (le Macari, sortit et trouva une voiture attardée. Moyennent un bon prix, le cocher consentit à la Jui laisser pour une heure. Il faisait encore nuit, de sorte qu’on put, sans être vu de personne, me placer dans la voiture. Ce fut d’autant plus facile qu’on avait pris soin de me faire avaler un narcotique. Pétroff me déposa dans une rue écartée : il reconduisit ensuite la voiture à son propriétaire et rejoignit ses complices.

Quant à Pauline, ses gémissements s'étaient éteints peu à peu, et elle restait étendue dans un état léthargique. Elle était pour ceux qui l’en-

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touraient le principal danger. 11 n’y avait rien à faire, sinon la transporter dans sa chambre et l'y laisser sous la garde de Thérèse. A son réveil, on aviscrait aux mesures à prendre à son égard,

Le soin le plus pressant était de se débarrasser du cadavre. Différents moyens furent proposés et discutés. On prit enfin un parti que son audace même paraissait devoir faire réussir : les difficultés de leur situatirn engageaient les coupables à risquer ce cout: surdi,

Le lendemain matin une lettre fut envoyée au Jémicile d'Anthony. Elle disait que le jeune March était tombé gravement malade chez son oncle. Ceci pour empêcker une enquête de ce côté. Le corps de la victime avait été disposé adroitement e manière à lui donner l’apparence d'une mort naturelle. On fabriqua un faux certificat de décès signé d’un nom de* médecin. Un cercueil et une caisse de bois de sapin furent commandés à un entrepreneur pour la nuit suivante. Le corps y fut déposé tout simplement en présence de Ceneri sans les formalités habituelles ; on expliqua cette façon d’agir en disant que ce n'était qu’un arrangement provisoire, pui.qu2 les obsèques auraient lieu à l'étranger.

Puis, à l’aide de faux certificats, les formalités indispensables se trouvèrent remplies et, deux jours plus tard, les trois hommes, en habits de deuil, faisaient route vers l'Italie avec le cercueil, Dans la ville où la mère d’Anthony était moite, ils enterrèrent le fils à côté de la mère et inscrivirent sur la tombe son nom et la date de sa mort. Îls n’eurent plus ensuite d’inquiétude que du côté de Pauline.

Et il n’y avait pas lieu d’en avoir. Quand Pauline revint à la vie, elle ne parla point de la ter-

rible scène à laquelle elle avait assisté ; elle no fit aucune question. Le passé s'était évanoui de sa mémoire. Selon des instructions reçues, Thérèse l’'emmenu aussi vite que possible rejoindre son oncle en Italie, et C'eneri constata ainsi que son crime avait privé le frère de la vie, la sœur de la raison.

Le temps sécoulait, mais l'état de Pauline ne changeait pas. Thérèse avait soin d'elle à Turin. Ceneri, qui n'avait pas de résidence fixe, voyait rarement sa nièce dont la vue éveillait en lui le souvenir de ce qu'il eût voulu, coûte que coûte, oublier. Le sé’ +de l'Italie paraissant nôtre pas ag-éahle à 1 vuline, Ceneri, qui cherchait à l’éloigner de lui, consentit à ce que Thérèse la ramenût en Angleterre. Il était venu à Turin, le jour où je l'y rencontrai, afin de prendre des dispositions pour le départ de sa nièce. Macari l'avait accompagné. Tout souillé qu'il fât du sans du frère, il n'en persistait pas moins à convoiter la sœur, 11 voulait épouser Pauline malgré son état maladif. Il avait même menacé Ceneri de la lui enlever, en jurant qu'elle serait à lui. Elle ne se souvenait de rien : pourquoi donc ne seruitelle pas sa femme ? Ceneri, malgré son absence de scrupules, recula devant une pareille monstrir osité. Il eût rompu volontiers tout rapport avec Macari ; mais il existait entre ces deux homines trop de secrets pour qu’un crime si atroce qu'il fût, pût les séparer.

Quelques ‘aps après survinrent Îles circous-

tances qu. lres, me rapprochèrent de Pau:

line et m’an à demander sa main. En me l’accordant, CL. se déchargeait de toute res

ponsabilité et en même temps la plaçait hors des atteintes de Macari. C'est ainsi que se fit notre étrange mariage.

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Telle fut la confession de Ceneri. Peut-être s’était-il dépeint sous des couleurs trop favorables encore ; mais il m'avait fait ce terrible récit de son plein gré, sans rien cacher, et malgré la répulsion qu'il m'inspirait, je sentais qu'il m'avait dit la vérité.

l'orce était de terminer notre entretien. Il durait depuis si longtemps que le complaisant capituine avait avancé la tête plusieurs fois dans la chambre, indiquant ainsi que j'outrepassais les limites de l'autorisation qui m'avait été accordée, tout exceptionnelle qu'elle fût. D'ailleurs, le but de mon voyage était atteint. J'avais appris ce que je voulais savoir.

Ceneri cessa de parler. Il restait assis, les yeux iixés à terre. J'avais devant moi un malheureux en guenilles, si misérable et si vieilli que ic eus pus la force de lui adresser un reproche.

* Croyez-vous, demanda-t-il, que Pauline guerisse ?

— J'en suis presque sûr.

Vous lui direz l’état dans lequel vous m'avez vu. Maintenant, il faut que je m'en aille, ” ajouta-t-il avec un frisson en traînant ses membres lassés vers la porte.

‘ Arrêtez, m'écriai-je, dites-moi si je puis quelque chose pour vous ? ”

Il sourit faiblement. ‘‘ Donnez-moi un peu d'argent. Peut-être pourrai-je le garder et me procurer ainsi quelques petites douceurs, qui sont le luxe d'un prisonnier.”

Je lui remis plusieurs billets de banque, qu'il cicha sous ses vêtements.

‘10 désirez-vous davantage ? ”’

Il lit signe que non. ‘“ Je m’attends à ce que ceux-ci me soient volés avant que je ne les uti-

lise. Mais il dépend de vous de m’accorder une faveur plus précieuse... Macari, ce scélérat, recevra tôt ou tard sa juste récompense. J'ai souifert, il souffrira aussi. Quant l'heure seru venue, voulez-vous tenter de me le faire savoir ? Ce sera difficile, mais vous uvez de l'influence et vous pourrez probablement me faire parvenir un message.””

Sans attendre ma réponse, il se dirigea vers la porte ct la sentinelle le reconduisit à la prison. Je le suivis. Au moment où la lourde serrure grinçait : *

‘* Adieu, monsieur Vaughan, me dit-il, si je vous ai fait tort, j'implore votre pardon. Nous ne nous reverrons jamais.

— En ce qui me concerne, je vous pardonne volontiers.”?

Le soldat saisit brusquement le bras de Cencri et le poussa sous la porte. Alors il se retourna encore vers moi, et ses yeux en rencontrant les miens e ‘+ une expression dont le souvenir me pourst endant plusieurs jours. Il me regardait en. : ainsi, quand la lourde porte se referma.

SE SOUGIENT'-ELLE ?

À Saint-Pétersbourg, je trouvai des lettres de Priscille. Elle avait emmené ma femme dans le Devonshire, son propre pays, ayant foi dans la vertu du climat. Et, en effet, ce séjour faisait le plus grand bien à Pauline qui était redevenue fraîche comme une rose et ‘ aussi saine d'esprit, que monsieur Gilbert lui-même.”

Ces bonnes nouvelles excitèrent jusqu'à la fièvre mon désir d’arriver chez moi. J’allais donc revoir ma femme telle que je ne la connaissais

pas encore, c’est-à-dire rentrée en possession de son intelligence. Se souviendra-t-elle de moi ? Apprendrait-elle enfin à m'’aimer ? Mes peines étaient-elles finies ? Telles étaient les questions que Je me posais sans relâche.

Je me rendis, sans avertir personne de mon retour, à l’adresse indiquée dans la lettre de Priscille. C'était une petite maison tranquille, perchée sur un côteau boisé, avec un ‘artiin qui descendait en pente, tout rempli des dernières furs de l'été. Dès le seuil de cette calr:e retraite, ;' approuvai le choix fait par Priscill:

Une servante me dit que ‘ la demoiselle ‘” était en promenade dans un bois dont elle m’indiqua la direction.

On touchait au commencement de l’automne, mais tout était encore vert. A mes pieds, apparaissait le village des pêcheurs. Les maisons sont groupées à l’endroi où un torrent, descendant de la vallée, se jette avec hruit dans la mer. De chaque côté de la rivière «’élèvent des rochers derrière lesquels ondulent, les collines hoïsées. Fn face de moi. l’océan calme et diapré s’étendait à perte de vue.

Te suivis un petit chemin au bas du rocher.

Yatteignis les hoïis de haute futaie et, au moment, d'v pénétrer avec le sentiment d’un amoureux de conte de fécs qui va chercher sa princesse dans la forêt enchantée, ie rencontrai le hon génie, ma vieille Priscille, File couraïit vers la, maison cherchor nn châle dont sa maîtresse avait hesoïin. À ma vue, elle poussa nn grand cri de surprise et, de joie,

Enfin ! s’écria-t-elle, vous voilà donc revenn ! Toutes nos angoisses rernnt finies.”

Te ni coupai la narole :

‘°Se souvient-elle de moi, ma honne Priscille ?

— C’est difficile à dire ; elle parle sans cesse de l'ami qui voyage pour elle. Vous m'avez défendu de lui en dire davantage. C’est votre faute si sa mémoire sur ce seul point est lente à revenir. J'aurais pu lui parler tout naturellement de votre mariage, lui dire comment vous l’avez soignée. Si elle avait appris seulement que vous l’aviez embrassée avant de partir ! Oh ! alors elle se serait souvenue, et vite !

— Priscille, jai bien su ce que je faisais en vous défendant de parler. Je veux qu’elle soit libre. Flle est jeune, belle, elle se croit riche et notre mariage n’a été qu’une formalité qui peut être rompue. Si elle ne m’aime pas, et qu’est-ce qui me prouve qu’elle puisse m’aimer ? je m’effacerai de sa vie, tout en nrenant des mesures pour qu’elle ait l’illusion de la richesse.

— Voilà hien des idées à l’envers, comme vous en avez souvent ! s’écria Priscille en levant les mains au ciel. Vous commencez par la planter là pour courir le monde bien inutilement. et puis vous revenez avec cette méfiance de vous-même qui vous fera tonionre manaror les meilleures occasions. Si les autres ont de la vanité, on peut bien dire que vons péchez par le défant contraire. Oh ! monsieur Gilhert

— Allons, Prisrille, ne me grondez pas. Dites. moi où elle est...

— Dans la elairière. elle dessine, Allez droit devant vons : c’est. à deux pas.”

Un sentier à peine tracé conduisait en effet vors une éelaireie : les arbres abattus laiecaient anorcevoir comme dans un cadre délirionx 1e rochors et Ta rivière. De loin. ie vis une jenne fille, ascicn on face de ee naïnt de vue. un attirail d'aauarel. liste à sos côtés. Sa forme grarieuse. sa noire chevelure dénouée m’étaient connues : mon cœur

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