‹ Du fond de la nuit [microforme]Chapitre 3 sur 33 · IS · texte numérisé non relu

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toujours ! Je me sentais tellement à bout de courage que je refusai de me soumettre à aucune opération. À quoi bon résister au sort ? Pour le reste de ma vie, j'étais condamné.

Maintenant vous pouvez vous repré-enter dans quel.état je me trouvais, après les premières semaines de ténèbres, presque tenté dans mes nuits d'insomnie de maudire Dieu en désirant mourir. Si vous n'y parvenez pas, interrogez quiconque a perdu la vue. H vous dira ce qu'il a éprouvé lorsque le fléau vint le frapper. Il comprendra, celui-là, l'intensité de mon angoisse.

Je n'étais pas, d'ailleurs, entièrement abandonné. Quelques bons garçons de ma connaissance s'cfforçaient de me consoler en parlant gaiement de ma guérison prochaine. Je ne leur étais pas aussi reconnaissant de leurs visites que j'aurais dû. Je souffrais de voir mon malheur étalé aux yeux de ter

La personne qui m'aimait le plus au monde était d’humble origine : Priscille Drew, une vicille domestique de confiance de ma mère. Elle m'avait connu depuis ma pr emière enfance, Rentré à Londres, je ne pouvais supporter l'idée d'é-

à tre, dans cette misérable situation. livré à des

soins étrangers ; ; C’est pourquoi j'écrivis à Pris-

+ cille, la priant de venir. Je pouvais au moins me

lamenter devant elle sans ressentir aucune hon- Elle accourut, pleura d'abord, s'apitoya, et puis, en femme raisonnable, s'occupa de tout faire pour adoucir la dureté de mon sort. Elle trouva un appartement confortable, m'y installa, et nuit et jour fut À ma disposition pour répondre à mes moindres désirs.

Une fois, j'étais couché sans dormir, plongé dans un accablement plein d’ angoisse ; elle dormait à côté, sur un lit placé contre la porte qui

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séparait ma chambre du salon. C'était une nuit suffocante du mois d'août. L'air lourd, pénétrant par la fenêtre ouverte, ne m’apportait guèrc de fraîcheur. Le seul bruit que je pusse entendre était la respiration régulière de Priscille dormant derrière la Porte, qu'elle avait laissée entr'ouverte, afin d'entendre mon appel. Je m'étais couché de bonne heurc. Pourquoi seraisje resté debout. ? Le sommeil seul m'apportait l'oubli. Mais cette nuit-là le sommeil ne venait pas. Je touchai ma montre à répétition. J'en aVais acheté une afin de Savoir au moins l’heure. La petite sonncrie me dit qu’il était, un peu plus d’une heure. Je SOupirai et m’affaissai sur mon oreiller.

Bientôt je fus saisi par le désir soudain et bizarre de sortir, La ruc devait être à peu près déserte. Il existait un large trottoir devant la rangée de maisons Parmi lesquelles était la mienne. Je pouvais donc me promener en toute sécurité. Je me disais ou’en m’'asseyant dehors, sur Je seuil, je serais miux que couché dans ma chambre étouffante, où je me tournais de côté et d'autre sans pouvoir dormir.

Cette envie devint si vive que je fus sur le point d'appeler ma bonne Priscille et de la lui confier. Mais, sachant qu'elle dormait profondément, j'hésitai, J'avais été agité, maussade, difficile à l'excès toute la journée, et ma vieille garde-malade — que Dieu la récompense ! -— me servait par affection et non par intérêt. Pourquoi la déranger ? “ 1] faut que je commence, mo disais-je, à m'aider moi-même, ainsi que le font tous les aveugles.” Je m'étais déjà habitué à m'habiller sans secours. Après avoir quitté furtivement ma chambre, je POUVais, j’en étais sûr, Sagner à tâtons la porte de la rue, sortir, et,

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