UNE CURE EXTRAORDINAIRE
Bientôt après, je fus forcé, en effet, le pense à autre chose, (‘es souvenirs pénibles fnrent mi: en déroute par une espérance qui devint peu à
peu une certitude, Me voilà presque fou de joie ! La science à triomphé de
* mon mal. Mon ennemi vaincu a été mis en fuite, On m'assure même que “on retour est impossible, Je revois Ja lumière ! Ma guérison fut une affaire de soins et, de temps, On opéra sur les deux veux, sur l'un d'abord, et puis, dès que le succès de cette Opéra tion fut assuré, sur l'autre. Plnsieurs mois se passèrent avant que l'on me permit de sortir tout à fait de l'obscurité. La lumière me fut distribuée avec précaution, Que m'importait, puisque je savais maintenant qu'elle me scraît une bonne fois rendue ? J'étais patient, très patient, et reconnaissant, Je suivis à la lettre les instructions de M. Jay.
Mon cas avait été traité par la méthode d'opéretico Ja plus simple et la plus sûre, selle qui est toujours suivie, Pourvu que la maladie et l'âge du sujet le permettent. Quand tout fut fini,quand tout danger d’inflammation eut disparu, je constatai qu'à l’aide de fortes lunettes convexes je pouvais distinguer ce qui m'était nécessaire, M. Jav me fél'-ita et so félicita Jui-même. Ma cure Promettait, disait-il, d’être la plus balles qu’il eût encore faite. Cette cure dût être extraordinaire car tous les livres d’ophtalmologie, écrits depuis mon cas. la citent comme un exemple.
Je n’oublicrai jamais le jour où fut enlevé mon bandeau,
Quelle joie de sortir d’une nuit qui menaçait
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d’être éternelle, de contempler le soleil et les astres, les nuages poussés par le vent dans un ciel bleu, de voir les branches couvertes de verdure s'incliner sous la brise et projeter leur ombre sur le chemin! Quelles délicés de pouvoir admirer la fleur, qui n'était hier qu'un bouton et qui est aujourd'hui épanouie, ou la vaste nappe de la mer empourprée sous les feux du soleil couchant ! Quelle fête de porter sa vue sur les magnifiques tableaux de la nature ! Je n'étais vhts réduit à entendre les paroles ou le rire sortir des lèvres, je pouvais voir sourire et parler les amis qui venaient, joyeux, me serrer Ja main.
Mon seul ennui était l'obligation de porter de srosses lunettes convexes qui me défiguraient.
‘No pourrai-je m'en passer ? demandai-je,
— C'est un point, mc répondit M. Jav, sur lequel je désire m'entretenir avec vous. Vous: ne pourrez jamais vous passer entièrement de ver. res, Comprenez donc : j'ai dissous et détruit les loupes cristallines de vos yeux. Une humeur fluide, dont la puissance est grande, les remplace. Très fréquemment, si vous ne cédez pas à la nature, c'est elle qui vous cède. En la forçant, vous l'obligez à vous obéir, Vous êtes, monsieur, dans une position qui vous permet de tenter cette expéricnce, Vous êtes jeune, vous n'êtes astreint à aucun travail obligatoire et votre pain ne dépend pas de l'usage de vos yeux. Vous devrez sans doute toujours porter des lunettes, mais si “ous ne vous servez que de lunettes assez faibles, si veus demandez avec persistance à la nature d'agir -ans le secours de verres puissants, VOUS pouvez espérer qu’elle vous obéira. Ce procédé exis : une patience et une persévérance que peu de personnes possèdent. Mais, mon expérien-
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ce me l’a appris, il-est souvent couronné de succès. ”?
Je résolus de faire ainsi. Je suivis ce conseil. À ma grande gêne, je portai des lunettes qui me permettaient à peine de voir. Je fus récompensé. Je constatai que ma vue allait s’améliorsui, lentement, il est vrai, très lentement, mais oufin, deux années après, je pus à l’aide de lur:ttes, dont la légère convexité était à peine sen-:hl, voir aussi bien que tout le monde. Je recommençai alors à jouir de la vie.
Je ne puis dire toutefois que pendant ces deux années passées à parachever ma guérison, je n'aie plus pensé à la terrible nuit ; mais je ne tentai aucun effort pour découvrir le mystère ou pour convaincre qui que ce fût que ces événements n'étaient pas le jeu de mon imagination. J'ensevelis cette aventure dans le plus profond silence, J'en avais noté par écrit les détails pour pouvoir me les rappeler au besoin, puis je m'efforçai de bannir de ma pensée tout vestive de ce que J'avais entendu, J'y réussis assez bien, sauf sur un point : longtemps, je ne pus écarter le souvenir du Jugubre gémissement de cette femme. J'avais encore présent le brusque passage d'un chant mélodieux et doux à un cri de terreur désespérée, C'est ce cri-là qui tourmentait mes réves. C’est ce cri-là qui résonnait à mon oreille, lorsque je me réveillais tremblant. mais bientôt rassuré en reconnaissant que, cette ‘fois du moins, ce n’était qu'un rôve.