‹ Du génie de l'architectureChapitre 11 sur 31 · DE L’ART EN ITALIE · texte numérisé non relu

DE L’ART EN ITALIE

L’art s’est toujours enrichi, à chaque époque, de quelques particularités d’une utilité générale, comme on peut le voir en Italie, quoiqu’elle ait beaucoup emprunté du genre Grec. Mais une marche peut-être plus régulièrement géométrique dans la composition des profils; plus d’ampleur dans les corniches; l’emploi, tant des bases aux colonnes de tous les modes , que des stylobates ou piédestaux-continus, et, surtout le fréquent usage, l’on peut dire même , Y invention , des 'voûtes en élévation, feront toujours regarder les œuvres Etrusques ou Italiennes, comme un genre distinct et classique. C’est ainsi que nous considérons parmi les Trophées ou Monuments de souvenirs, la Colonne Trajane et l’Arc de Titus; parmi les Temples, le Panthéon ; puis , parmi les Lieux d’exercices , le Cirque Maxime , le Colisée et les Thermes de Dioclétien, exemples, comme on voit, tirés de Rome antique , et que nous chercherons à décrire particm lièrement.

Rome ! Lorsqu’il s’agit du génie de l’architecture, il est naturel de parler de cette ville célèbre qui a fourni tant d’exemples , et dont les débuts dans cet art , ont eu généralement ce beau motif, V utilité publique. Nous allons tâcher d’en esquisser la description , nous reportant à son état de splendeur, sans pour cela faire l’énumération entière de ses édifices, (l’entreprise passerait notre mesure), mais en jetant simplement un coup d’œil sur ses principaux chefs-d’œuvres, et prenant pour guide, le plan qu’en a publié Pirro-Ligorio ; déplus, les passages de l’histoire confirmés par ces grands restes, témoins irréfragables que nous avons vus et qu’il nous semble voir encore.

D’après ces bases , Rome , selon nous , ne peut mieux se comparer

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qu’à une belle et vaste foret, variée de hauteur de sol et de productions, que le génie n’aurait cesse d’embellir et d’augmenter de beaux espaces, de belles masses, de details ordonnes, et de ce que l’imagination a de plus propre pour plaire et intéresser.

Plan de Rome. (pl. 12.) C’est dans l’enceinte formée sous Aurelien , que Pirro-Ligorio nous montre Rome antique ; c’est-à-dire , dans un espace qui comprend les onze collines ou monts , savoir : le mont Palatinus , nomme d’abord comme lieu d’origine, Collis- Romuleus ; vers l’ouest-nord, le mont Capitolinus ; puis, de l’autre côté du fleuve, (le Tibre) le mont Janiculus ; du nord au sud et de suite, les monts Citorius , Pincius, Quirinalis , Viminalis , Esquilinus , Cœlius , Aventinus et le mont factice Testaceus.

Des dix-sept portes qui donnent entrée à la ville, en allant du sud à l’est, savoir: celles Capena , Latina , Cœlimontiana , Lavicana , Prœnestina , Tiburtia, Quœrquetulaua , Numentana , Salaria , Pinciana, Flaminia , Tnumphalis, Septimiana, Janicu lensis^ Portuensis, Trigemina et Ardeatina , nous choisissons pour point de départ, la première, comme étant la plus méridionale de toutes, et comme point principal où vient aboutir la belle Voie Appia, celle-ci il faut le dire en passant, est surnommée à juste titre, Regina Viarum , non-seulement à cause de sa belle construction, de son pavé de cubes de pierres de quatre et six pieds de dimension sur tous sens, bien jointes sans le secours des mortiers, de ses marges pour les personnes à pied, de ses montoirs pour les cavaliers et des bornes inilliaires indiquant les distances à partir de Rome; mais surtout à cause de cette longue suite de Monuments de souvenirs qui la bordent des deux côtés, et offrent ainsi de toutes parts, des objets qui émeuvent, de beaux effets d’optique et de goût , qui charment la vue. L’Almo , petite rivière qui traverse le chemin , rappelle aussi la vallée ombragée et paisible, où est érigé le Temple ou Grotte sacrée de la Nymphe Egérie, divinité que le bon et grand Roi Numa aimait, comme on sait, à venir consulter. On voit de ce côté, un Temple à

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Mars et un autre à Minerve; le premier, sur les bords de l’Almo, est le lieu où le sénat donne audience aux ambassadeurs et aux généraux qui demandent le triomphe.

Arrivés ainsi aux pieds des murailles, nous voyons déjà le goût et la sollicitude patriotiques se manifester dans cette immense ligne de défense , dans les imposantes masses de cette quantité de hautes tours, présentant comme autant de corps- de- garde , de casernes , avancés terminés à leur sommet par des terrasses d’où l’on découvre au loin la campagne. En dedans nous voyons ces mêmes murs offrir de puissants et commodes abris aux défenseurs de la patrie; des escaliers de dégagement, des galeries communiquant d’une porte à l’autre , en passant par les tours , communications ingénieusement établies à travers les contreforts qui sont bandés en arc, de l’un à l’autre, et percés par les côtés, en d’autres arcs d’une moindre dimension, ce qui présente de toutes parts, X utilité sous les aspects les plus pittoresques.

Passant alors sous la porte Capène, plus connue sous le nom d’ Arc de Drusus , et nous dirigeant vers la porte Flamine, c’est-à-dire, dans une traversée d’environ cinq mille cinq cents mètres, nous trouvons, sur notre passage , les Arcs de Trajan et d’Auguste; en côtoyant une infinité d édifices d’un effet varié, à notre droite, nous trouvons des Bains publics, ayant en regard le Septizône de Septime Sévère, sorte de Monument de Souvenirs ou observatoire, de forme pyramidale, sur un plan carré, élevé de sept étages, qui, par leur retraite des uns sur les autres, offrent six terrasses; la dernière est surmontée d’un temple orné de quadriges et de statues; deux de ces étages sont avec colonnade au pourtour; 1 entrée principale est ornée de statues et d’inscriptions ainsi que tout le reste du monument: à côté, sont les vastes Thermes d’Antonin, autre sorte d’édifices publics et privés, particuliers aux Romains; ceux-ci pouvaient contenir jusqu’à dix-huit mille personnes , se livrant aux divers exercices nautiques, gymniques et intellectuels, le lieu étant corn-

posé de Temples, de grandes salles ou Xystes couverts et découverts, de Piscines communes, de Baignoires particulières, de Bibliothèques, de Cirques, d’Exèdres de Promenoirs, de couverts d’arbres, de Fontaines, le Tout circonscrit dans une même enceinte. A côté de ce monument nous voyons l’aqueduc qui y amène les eaux , et le réservoir qui les reçoit pour les distribuer.

Autour de ces principaux points , sont des Places, des Portiques, des Habitations , des Fontaines jaillissantes , jusqu’à la voie Subura , qui croise notre chemin, et qui est elle-même traversée, sur notre droite, par l’aqueduc de Vaqua Claudia. C’est à travers les arcades qui portent ce canal, que nous apercevons l’Arc de Constantin, et, bien dominant par-dessus, le colossal Amphithéâtre de Flavius, dit le Colisée , monument public, pouvant contenir, assis commodément sur des gradins, cent vingt mille spectateurs, témoins des exercices gymniques et nautiques: près de cet édifice nous remarquons la Curia- Hostilia ( un des palais du sénat ) , renfermant dans son enceinte , des salles et portiques décorés. Puis, en tournant sur la gauche, on trouve la fontaine appelée la Meta sudans , représentant une de ces bornes que l’on voit en tête de l’épine des cirques, mais creusée, jetant de l’eau par son sommet, et alimentant des bassins pour l’utilité du lieu.

Nous dirigeant entre les monts Palatin et Quirinal, nous avons devant nous , une ligne d’édifices parmi lesquels on distingue la Porte Claudia, l’Arc de Titus, le Temple de la Concord e-Livia , puis les deux temples adossés l’un à l’autre et consacrés, l’un à Apollon, ! autre à Diane. C’est entre ces divers monuments que l’on passe dans la V oie Sacrée , Espace célèbre , où les Romains jurèrent paix et alliance avec les Sabins, et où se font les cérémonies pieuses des processions solennelles ; on y voit les Temples des Vestales et du Grand Pontife, ainsi que les Temples à la Paix et à la Ville de Rome; e est dans ce dernier, de forme ronde, que l’on voit tracé sur son pavé intérieur , le plan de la ville en mosaïque. On trouve ensuite

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les Temples à Antonin et Faustine, à Venus, à Adrien; de l’autre côte' de la voie, la Basilique Julia, les Temples de Vénus -Gérritrix , de Jupiter-±5hz£or, et parmi les palais des Césars, sur le mont Palatin, le Temple à Jupiter- Victorieux ; celui d’Apollon, où sont conservés les livres Sybillins, et qui renferme une célèbre bibliothèque; puis, d’autres édifices appelés AEdes , devant lesquels se pratiquent les cérémonies religieuses.

A l’autre extrémité de la voie, passant devant l’arc de Septime Sévère, et en vue du sommet du mont Capitolin, où se trouve le Temple principal de Jupiter, puis au pied du mont Palatin , nous nous trouvons dans le Forum Romanum, place illustre, entourée de gradins, de galeries couvertes , pouvant contenir un immense concours de peuple, pour l’exercice de ses droits civils, et, les jours de fête pour la célébration des grands jeux ; dernier emploi cependant moins fréquent depuis l’existence des cirques , des théâtres et des amphithéâtres. Dans cette place, nous remarquons en regard du capitole, les Rostra ou Tribunes aux harangues, élevées sur des colonnes ornées de proues de vaisseaux; le parvis est couvert de monuments mémoratifs, d’ex-voto, de trophées apportés des pays conquis , comme, statues de marbre ou de bronze , tableaux et autres objets précieux, parmi lesquels se distinguent les statues dorées des douze grands Dieux de V Empire.

Repassant devant le mont Capitolin , nous voyons, au devant, la belle partie basse appelée Clwus-Capitolinus ; un Temple à la Concorde et un autre Temple à Jupiter; la première Curia-Hostilia et le Temple de Janus ou trésor, aux portes de bronze; puis, laissant à

notre droite le bel ensemble du Forum de Trajan, nous nous trouvons au pied du grand escalier, montant au Capitole; de là nous entrons dans la voie Lata , bordée, du côté droit, de divers édifices , entr’autres, d’un Temple à la Fortune ; ensuite passant sous l’Arc Gordien , nous arrivons , par l’ancien Champ-de-Mars , à la voie Flamine qui est une suite de la précédente; puis, toujours du même

côté, nous voyons les Septa Curia ou bâtiments pour les sept Tribus; une Naumachie, vaste bassin pour les exercices nautiques, entourée de gradins, de galeries et de portiques ; enfin, à l’extrémité de la voie, la Porte Flamine, Porte Triomphale, pour les vainqueurs venant des provinces du nord.

En revenant sur le côté gauche de notre chemin , nous trouvons un vaste espace demi-circulaire , avec gradins et portiques , ayant au milieu un temple rond, appelé Diribitorium ; ensuite se présentent les Sep ta- Trigaria , lieux de grandes assemblées, et autres monuments importants, avec enceinte, portiques et galeries; puis, à côté, le Temple et le Bois de Lucine, et, près de là, une Colonne colossale élevée à Antonin le Pieux; enfin, l’Arc de Sévère-Parthicus , et des édifices privés entre lesquels nous distinguons le Portique de Constantin.

Nous arrivons alors, par le grand escalier, sur la terrasse supérieure (appelée Intermontium ), du mont Capitolin, qui se termine en deux cimes, l’une à droite, appelée Arx, ou est la citadelle à laquelle nous reviendrons; l’autre, la cime principale sur laquelle est érigé le grand temple à Jupiter, surnommé Capitolin, édifice que nous avons vu dominer sur le Forum. Sa forme particulière , offre un plan parallélogramme, composé d’une grande cella, entourée de deux rangs de colonnes ou double galerie ouverte, le tout circonscrit dans une enceinte fermée de hautes murailles, ajoutant au soubassement du temple, ainsi qu’à ses vastes perrons ayant de grands paliers dans toute la largeur des façades. C’est sur cette base que s’élève un ordre Corinthien de marbre blanc, de dix colonnes de front, surmonté d’un fronton aux deux faces principales ; la toiture est également de marbre blanc, et le tout, richement décoré, est caractérisé par des ornements d’un grand style, par des statues de marbre sur les parties supérieures, et jusque sur les piédestaux des soubassements. La cîrne de droite composant la forteresse, comme nous l’avons déjà dit, est divisée en bâtiments de service, ainsi que Fin-

tervalle ou sol plus bas, et présente avec ce dernier, une double enceinte entourée de galeries intérieures, de loges extérieures, et dont les parvis renferment trois AEdes , puis trois statues colossales, parmi lesquelles domine celle d e Jupiter. C’est de ce point sacré dominant la cité, que nous en considérerons les quatre aspects principaux.

Si donc nous partons de la voie Flamine, la vue s’étendant à l’ouest, et embrassant une partie du mont Janicule, toujours parmi des habitations, des édifices de diverses formes, des places rafraîchies par des fontaines jaillissantes, nous distinguons le Temple de Sérapis; le Cirque Flaminius-Apollinaris, ou se célèbrent les jeux en l’honneur d’Apollon ; le Forum de Minerve et ses quatres obélisques , la basilique d’Antonin , près de la Colonne de ce nom ; le Champ-de-Mars et son Obélisque colossal; puis, parmi un groupe de Mausolées, nous remarquons celui d’Auguste, grand monument de forme circulaire, érigé dans une enceinte fermée de portiques , et que précédent deux obélisques. Il présente en hauteur, six étages en retraite, terminés par le piédestal qui porte la statue du héros. Chaque étage , orné de bossages , de bas-reliefs et d’inscriptions, offre des terrasses plantées d’arbres. C’est encore dans notre espace qu’est renfermé le mont Citorius, petite colline sur laquelle le magistrat se place pour appeler les centuries et les faire entrer dans l’enceinte nommée Septa ou Ovilia, ou elles votent pour l’élection des magistrats: près de ce dernier mont sont: les Thermes d’Agrippa, le beau Temple consacré à la réunion des Dieux des alliés, aux Dieux de la patrie, sous le nom de Panthéon; le Cirque Agaunale, ou l’on exerce et passe en revue la cavalerie; le Portique d’Octavie, etc.

Depuis le Panthéon jusqu’au fleuve ; nous voyons dominer cinq beaux édifices consacrés à des exercices moraux et physiques ; ce sont: l’amphithéâtre de Statillus; le Théâtre Lapideum; celui de Balbus , de forme ronde; celui de Pompée, au devant duquel est la statue colossale en bronze, de Jupiter; enfin, le théâtre de Marcellus, un des plus beaux exemples d’architecture Romaine ; le plan

de ce dernier présente intérieurement , comme celui des théâtres Grecs, une forme demi-circulaire, continuée en deux parties droites jusqu’à la façade du Proscenium^ qui est sur un plan droit ainsi que le Postscenium ; de même que tous les théâtres Romains, il est isolé et diffère en cela de ceux des Grecs ; sa décoration extérieure consiste particulièrement dans la réunion des trois ordres, dorique, ionique et corinthien; et les colonnes Doriques, ou de l’ordre inférieur, n’ont pour base que les gradins qui pourtournent l’édifice.

Parmi les autres monuments principaux , on remarque les Thermes Alexandrins, la Curia-Pompéia, le Portique des Argonautes; le tout circonscrit, de ce côté, par la rive du fleuve, bordée de murailles de défense dont les eaux baignent le pied, jusqu’au premier pont appelé AElius.

En tête de ce pont est l’Arc Gratien, qui se lie de l’autre côté du fleuve, sous le double rapport de la symétrie et de la décoration, avec le Monument Cinéraire élevé à Adrien; la base de cet édifice présente une masse carrée , ornée de bossage et d’une belle frise sculptée, surmontée d’une tour ronde à quatre étages, en retraite les uns sur les autres ; le premier qui est dominant, forme une galerie ouverte soutenue par de belles colonnes Corinthiennes de marbre jaune de Laconie; le deuxième est orné d’un bas-relief continu; le troisième est divisé en piédestaux et niches avec statues; le quatrième enfin, est percé de bayes ornées de bossages, et couronné d’une coupole que termine une pomme de pin sculptée. Derrière ce monument et en dépendant, est l’Hippodrome pour la célébration des Jeux Mémoratifs iLest orné, comme les cirques, d’un grand obélisque au milieu de l’épine. Près de là est un Temple rond, consacré à Hercule, et de ce point , jusqu’à la rive du fleuve qui est en regard avec celle bordée de murailles, l’on voit divers édifices et des Ville (jardins), parmi lesquelles se distingue la Villa Domitiana.

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Côtoyant les dehors des murs où nous sommes, c’est-à-dire, marchant toujours en deçà du fleuve, nous laissons sur notre droite, la Villa Rusti, le grand Cirque de Néron, la Villa Sereniani, la voie Aurélia , des Habitations et des Jardins, parmi lesquels on remarque celui de Martial. Sur notre gauche nous trouvons la porte Aurélia, en tête du pont triomphal, et marchant vers le midi, la porte Septimiana d’où l’on entre pour ainsi dire , dans une autre cité ; celle-ci est enceinte de murailles et comprend une partie du mont Janicule.

Dans cet espace, couvert d’habitations et d’édifices publics de tous les genres, nous remarquons entr’autres, près de la porte Septimiana, les Thermes de Sévère, l’Aqueduc de l’eau Sabatina , puis, sur la crête du mont, le Sacellium Mammœ ou petit temple antique, consacré à la nature, entouré sur son parvis de ses douze autels; également sur la hauteur, est la porte Janiculensis, à gauche de laquelle on voit le Tombeau de Numa, porté sur des murs de soutènement. A l’autre extrémité de notre porte d’entrée, est une belle Naumachie elliptique , entourée de gradins et de loges en tours creuses supportées par des colonnes de marbre; à côté de cette naumachie, est la porte Portuensis, à double arcade, ornée au dehors, de piédestaux portant des figures colossales; elle donne sur les voies Vitellia et P ortuensis , lesquelles voies sont bordées du côté droit de ville , parmi lesquelles se remarquent celles de Bassiami , d’Antonin, d’Auguste, etc.; c’est également du côté du fleuve et parmi divers édifices et jardins, que se distinguent les Jardins de César.

Rentré dans notre région et remontant les bords du fleuve, devant les bâtiments de la marine, nous comptons quatre Ponts dans le développement de notre ligne de démarcation. Le plus au nord est le Pont Janicule, décoré de bossages et de statues de marbre sur ses piles, puis , terminé à ses extrémités par des portes ornées et d’une ample profondeur. Le deuxième est le Pont Cœstius , également décoré de

figures, et auquel sa porte d’entrëe sert aussi d’ornement. Il conduit à File Tibérine, consacrée a Esculape; cette île , présentant la forme d’un navire, a ses rives revêtues en pierre, et est ornëe à ses bords d’une riche frise composée de têtes de bœufs, de guirlandes et de bandelettes; c’est au centre de ce simulacre et sur son parvis, que s’élève un obélisque faisant allusion au mât du vaisseau; au côté droit l’on remarque les Temples de Jupiter et de Faune; au côté opposé sont d’autres édifices , dont, un Temple à Isis, caractérisé entr’autres signes dans le fronton, par la massue entourée du serpent symbolique; l’Hôpital avec ses galeries et portiques, et le parvis de son enceinte, enrichi de figures et autres ornements; tout cet ensemble dégage de l’autre côté de l’île, par le Pont appelé Fabricius. Ici donc le génie a laissé un trait parlant et ostensible d’un souvenir précieux pour Rome, en consacrant, par ce symbole, le souvenir du vaisseau pompeusement orné, qui a ramené le Dieu d’Epidaure en Italie. Le troisième Pont appelé Senatorius, est érigé pour le passage des sénateurs, allant consulter les livres Sybillins. Le quatrième enfin, est le Pont Sublicius, construit par Ancus-Martius ; l’histoire rapporte qu’il a été long-temps conservé en bois, en mémoire du trait héroïque d’ Horatius - Coclés , que dans la suite on le fit construire en pierre, et que par forme de culte, on en confia la surveillance à un collège de prêtres appelés Pontifices.

Passant sur ce pont de glorieuse mémoire, et arrivés ainsi au pied du mont Aventin presque à pic du côté du fleuve, nous continuons de décrire notre Deuxième quart de cité, car nous l’avons déjà entamé , ainsi qu’on a pu en faire la remarque. Dans le reste de cet espace, comprenant les monts Avantinus et Testaceus, à venir au pont Fabricius, nous reconnaissons d’abord, entre la rive du fleuve et le mont Capitolin, le Forum- Olitorium, (marché aux légumes), au milieu, la Colonne Lactaria , puis lès Temples d’Hercule etdeVesta, tous deux de forme circulaire; le Temple de la Fortune- Virile ; à la

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suite, le Forum -Boarium (marché aux bœufs); l’Arc de Janus, à quatre fronts et croisant quatre chemins; puis, entre les monts Avantin et Palatin, le fameux Cirque Maxime, monument très-vaste, et auquel se lient les portiques , galeries et théâtres ouverts du mont Romuleus. Parmi les édifices qui couvrent le plateau très-dominant du mont Avantin, nous distinguons sur le tertre le plus élevé, un beiu Temple consacré à la Bonne Déesse; un autre à la Lune, puis, au bas du mont, un lieu pour s’embarquer sur le fleuve. Suivant la rive qui est bordée de murs de soutènement et d’habitations , nous comptons jusqu’à sept Embouchures ou Cloaques, au-dessous desquels reprennent les murs d’enceinte. Vient enfin le mont Testaceus ou Doliolus , éminence factice, appelée de ce nom parce que de temps immémorial elle était formée de débris de poteries, et qu’on y avait pratiqué des celliers très-frais, d’une grande utilité, et qui pourraient bien être la cause originelle de la formation de ce mont.

Remontant à l’orient, on voit^ enclavée dans les murailles, la Pyramide de marbre blanc de Cestius, élevée près de la porte Trigemina , par laquelle sont sortis les trois Horaces , et qui est sur la voie à'Ostie. Plus haut est la porte Ardéatina sur la voie d 'Ardéa^ et plus loin encore, la porte Capène notre point de départ. De ce lieu donc, où commence notre première ligne de base qui s’appuie au mont Capitolin, et en prenant la voie sacrée , nous voyons dans le Troisième quart de la cité, vers l’Orient; d’abord, le Forum de Trajan, ses arcs décorés de trophées sculptés, ses portiques, son temple dans le fond, et dans le milieu du parvis, sa colonne monumentale, très - ornée comme tout le reste; la Basilique d’Auguste, adhérente à d’anciens murs de Rome, et son beau portique d ordre Corinthien; au-devant de celui-ci, le Forum d’Auguste , au milieu de l’enceinte duquel est érigé le temple de forme ronde, à Mars le Vengeur , et ayant à ses deux côtés les deux arcs de triomphe élevés l’un à Germanicus et l’autre à Drusus. A côté de ce dernier, est aussi

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le beau Forum ou marche de Nerva, dont l’enceinte est très-caractéristiquement décorée.

Laissant près du Colisée le palais de Tite , la Meta-Aurea la borne dorée (centre de toutes les bornes milliaires partant de Rome) sur le mont Esquilin nous voyons, pour ainsi dire contiguës, trois Enceintes immenses; la première renferme les Thermes de Tite, dont un volume entier suffirait à peine pour décrire les beautés, tant à cause de leurs parties architectoniques et de leurs peintures à l’instar de celles d’Herculanum et de Pompéia, que des chefsd’œuvres de sculpture qu’ils renferment, et entre lesquels on distingue le beau groupe de Laocoon. La deuxième enceinte contient les Thermes de Trajan, également d’une belle époque. La troisième les Thermes de Philippe, ayant un xiste à découvert, et terminés d’un côté, en hémycicle à double étage de galerie. Sur le mont Cœlius on voit un Temple dédié à Faune; il est de forme circulaire; sa nef, au centre, est soutenue de grandes cqlonnes d’ordre Ionique, et entourée de deux autres galeries séparées par un rang de colonnes de plus petite proportion, puis surmontées d’arcades, le tout fermé d’un mur circulaire, enrichi de peintures sur toutes ses parois.

Notre grand espace, de ce côté, est circonscrit par la partie, des murailles d’enceinte, percée de la porte Latinaprès de laquelle passe l’eau Antoniana, et plus haut, la porte Cœlimontiana , à quelque distance de laquelle les murs sont interrompus par l’Amphithéâtre Castrense , lieu où les soldats s’exercent à combattre, même les bêtes fauves : il est construit en briques , avec ornements aussi en terre cuite. Les murs reprennent ensuite jusqu'à l’aqueduc où se réunissent les eaux , Claudia , Marcia , Jiilia et Tepula. Divisées en trois branches, ces eaux viennent se rendre dans la cité; mais auparavant, l'eau Marcia passe dans le réservoir au-dessus de la porte à double ouverture , répondant aux voies Lavicana et Prœnestina : cette porte est en même temps Château-d’eau; elle est décorée en hauteur de deux rangs de niches avec pilastres et frontons,

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puis terminée par un ample attique, divisé en trois parties , recevant des inscriptions historicpies. Toujours en suivant l’enceinte, nous allons jusqu’à la porte Tiburtina, également Château-d’eau, recevant les. eaux Antonianae t Julia-Augusta: cette porte est percée d’une baye décorée, ainsi que les deux attiques dont elle est surmontée: entre ces deux portes, et faisant partie de la muraille, est un Temple à Minerve -Medica, près duquel est un autre Temple à Esculape, et les Thermes Gordien. Vers le milieu du mont Esquilin, est un autre Château-d’eau formant monument triomphal, appelé les Trophées de Marins , et d’où les eaux sont distribuées dans des tuyaux pour les fontaines et les bains publics. C’est particulièrement de ce côté du Sud de la ville , que l’on voit au dehors et à perte de vue , la suite des canaux portés sur de grandes arcades , et chariant ainsi des rivières ; puis , en dehors de la cité , ces mêmes aqueducs qui se croisent par différents embranchements, et présentent également, à travers leurs arcades, une infinité de tableaux de genres variés et piquants d’effets.

Toujours parmi les édifices, les places publiques, les fontaines et les jardins, nous distinguons, près des trophées de Marius, et trèsdominant, dans une vaste enceinte à double étage de galerie, le palais de Mécène et ses jardins : l’habitation est de forme pyramidale et sur un plan carré, élevé de cinq principaux étages subdivisés en d’autres de moindre hauteur, présentant à l’extérieur, par la retraite de trois étages, autant de terrasses surmontées d’un pavillon ouvert et d’une galerie.

En entrant dans notre Quatrième et dernière division de la ville, qui comprend une partie du mont Esquilinus, les monts Viminalis et Quirinalis, ( dernière éminence appelée aussi Collis-Hortulorum à cause de ses jardins, et bordée à l’occident par la voie Flamine) nous n observerons encore que les principaux édifices, savoir: an milieu du mont Quirinal, les Thermes de Constantin, et près de la voie Flamine, les deux Colossales Statues en marbre, de Castor et de Pollux.

Plus loin, entre les deux derniers monts, est le Cirque de Flore , ayant son temple en tête de l’arène divisée par l’ Epine ou piédestalcontinu, au milieu duquel est l’obélisque emblématique et une suite (X ex-voto religieux, ingénieusement exprimés. Il nous plaira toujours de rappeler que ce monument de reconnaissance est consacré pour y célébrer annuellement, vers la fin d’avril, les bienfaits de l’arrivée de Flore , protectrice des fleurs précurseurs des fruits ; aimable et religieuse institution, bien capable d’inspirer le génie! Jours de pieux et d’innocents désirs , exprimés, non-seulement, devant le symbole, mais par toute la Cité, décorée particulièrement dans ces temps de sacrifice, par des couronnes de fleurs suspendues aux édifices publics et privés , par des guirlandes de feuillages entourant les portraits des Dieux et ceux des héros! jours enfin, animés par une douce fraternité, par les agaceries que se font les citoyens, qui, dans leurs rencontres fortuites, s’inondent de feuilles de roses, se jettent des bouquets, et terminent ces temps d’allégresse par des festins.

Comme pour servir à l’instruction des citoyens , et leur rappeler leur haute destination, près du cirque de Flore, et sur une éminence s’élève un temple à Minerve, Emblème de la Sagesse, du Courage et du Génie, situé au milieu d’une place accessible par plusieurs issues; un de ses côtés est bordé de bâtiments à double étage de galerie, et les trois autres sont déformés variées. Sur le mont Viminal, et vers l’Orient, sont les Thermes de Dioclétien , vaste édifice érigé sur un beau plan et le plus complet dans ce genre.

Remontant jusqu’aux murs de l’enceinte, à prendre de la porte Tiburtine, nous trouvons, se liant à la ligne de défense, mais hors de la ville, le Vivarium ou ménagerie où l’on entretient les bêtes fauves qui servent aux exercices dans les amphithéâtres: séparé par la porte et la voie Querquetulana , est le Camp Prétorien, au milieu duquel s élève un AEdes dédié à Auguste; puis., au Nord, viennent la porte JSumentana qui donne sur la voie de nom , conduisant au mont sacré; celles Salaria et Pinciana; la dernière est sur la voie

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collatina , près de laquelle passe Vaqua Firgo. Au sommet de la colline des jardins, près des murs de la cite', est le Tombeau de la famille Domitieme; puis, en descendant, on retrouve la porte Flamme, qui , comme on peut s’en ressouvenir, est l’extrémité de notre ligne transversale.

Le reste de notre Quatrième partie comprendra la petite vallée qui sépare les monts Quirinalis et Pincius. A l’entrée de la vallée sont les fameux Jardins et Habitations en amphithéâtre de Lucullus; dans le fond, en passant devant le cirque de Flore, on voit le temple d’Esculape avec ses jardins et galeries; l’on y trouve également les Jardins et le Forum de Salluste. Le parvis de cette dernière place sur lequel est érigé un Temple rond, à Vénus, est de la forme d’un cirque arrondi -en tête, et élevé en terrasse où l’on monte par deux perrons; le grand côté, également couvert en terrasse, présente en dessous, des murs de soutènement auxquels sont adossées des galeries décorées sur la place ; le côté opposé est ouvert dans une grande étendue; il est composé de jardins en amphithéâtre; regardant le Sud, et à l’autre extrémité, il est bordé de murs, au-dessus desquels se dessinent les Thermes de Dioclétien; enfin, à gauche et sur le mont Pincius, on voit le grand Hyppodrome de Salluste.

En terminant cette description libre, nous ajoutons que ce n’est qu’en nous représentant près de quatre cents Temples et AEdes, une innombrable quantité d’édifices civils et militaires, publics et privés, de Places entourées de portiques terminés en terrasse , d’Acqueducs, de Fontaines, de tous genres et variées d’effets, de Jardins, de Groupes de sculptures de toute matière, que nous devons nous faire une idée de Rome antique : que partout on y reconnaît la. puissance du Génie de l’Architecture , jusque dans le bienfait de l’apport et de la distribution des eaux, qui, par leurs dispositions, fournissent aux premiers besoins, rafraîchissent l’air, récréent la vue, et servent, en dernier et grand résultat, à assainir de vastes et utiles Aqueducs souterrains , dernière partie importante de la Cité; autre

ville, si l’on peut dire, digne en tout detre comparée, pour l’aspect de grandeur , et surtout par ses accès faciles, à celle que le soleil éclaire au-dessus.

Pour mettre le lecteur à même de suivre plus facilement notre description, nous y avons joint, comme nous avons averti ci-dessus, un plan en masse de la ville de Rome, circonscrite dans l’enceinte Àurélienne (pl. 12). Nous y avons indiqué simplement la position et les noms des monts qu elle renferme ainsi que ceux des portes et des voies qui y correspondent; de plus, la situation topographique des exemples que nous faisons ressortir particulièrement pour donner une idée de l’Art en Italie.

Le tableau supérieur de cette même planche est un trait allégorique à la ville de Rome et à sa puissance , d’après une peinture antique. Aux deux côtés de ce simulacre, sont des symboles; l’un faisant allusion à Rome naissante, sur le mont Palatinus où régnait Pales (divinité champêtre), éminence appelée ensuite collis Romuleus ; l’autre est le trait du Panthéon, comme emblème de Rome à son apogée dans les arts.

Nous allons donner maintenant les exemples dont nous avons parlé au commencement de cette exposition.

Colonne Trajane. Cet édifice, élevé aux mânes d’un héros, n’est, comme nous l’avons vu, qu’un accessoire au forum de Trajan. En le donnant comme exemple nous avons eu en vue; d’abord, de montrer un but moral rempli sous les formes les plus simples , les plus grandes et les plus délicates, (véritable caractère du grandiose); puis, de donner un des plus anciens exemples ostensibles de Tordre Toscan, dans la courbure de ses profils, et particulièrement, dans la forme de sa base, abstraction faite cependant, des ornements dont elle est enrichie.

Cette belle page cV histoire est écrite très-harmonieusement, et dans tout son ensemble ne le cède en rien aux meilleurs temps. Sa première base est d’une large assiète, simple pour le socle, et ornée dans

ses moulures au-dessus; le dez du piédestal est revêtu avec beaucoup de grâce, d’amples trophées d’un juste relief, ainsi que d’une table d’inscription portée par des Génies ailés; aux quatre angles, sont des Aigles, attributs de puissance, tenant des guirlandes que nous regardons comme des simulacres d’offrandes d’inauguration ; audessus, nous voyons la principale moulure de la base de la colonne, revêtue de feuilles de laurier, et d’où prend naissance une suite de beaux bas-reliefs,’ qui, retraçant (sans nuire au galbe de la colonne), de grands faits d’armes, et d’autres traits historiques, s’élèvent en spirale, jusqu’à la statue du héros. Le chapiteau est composé de colliers délicats, d’une moulure profilée en quart d’ove, et couronné d’un tailloir, formant plate-forme: c’est sur cette nouvelle aire que s’élève le piédestal circulaire, terminé en demi-sphère couverte de feuilles de laurier sculptées , et servant de base à la statue de Trajan.

Ce monument est de marbre blanc ; il a onze pieds deux pouces de diamètre , sur sept diamètres et demi de hauteur , et en tout , compris son piédestal, quatre - vingt - dix -neuf pieds. Il est évuidé intérieurement en un escalier composé de cent quatre-vingt-quatre marches, montant jusqu’à la plate-forme qui, entourée d’un appui de métal , donne ainsi la faculté de voir de plus près les traits du héros, peut servir de point d’observation et permet de jouir de la belle vue générale de la cité.

La planche i3bffre, dans le tableau supérieur, la vue de la colonne; les deux médailles au-dessous renferment un exemple de 1’ordre toscan , d’après l’interprétation des livres de Vitruve, par Perraut.

Arc de Titüs. C’est encore sous un double rapport que nous présentons cet édifice; d’abord, comme un des plus anciens exemples où se trouve employé l’ordre Composite ou Romain ; ensuite comme continuant à montrer la marche toujours naturelle et judicieuse du génie, c’est-à-dire son but constant de satisfaire à l’utilité , à la raison et au plaisir. En effet, il s’agit ici de tracer ostensiblement, et dans l’intérêt d’une nation, les principaux faits d’une guerre

heureusement terminée, auxquels la reconnaissance veut intéresser , non-seulement le temps présent , mais encore la postérité : et nous voyons cette fin remplie dans la conception de tout l’ouvrage; déjà dans ce plan simple sous la figure générale d’un parallélogramme, composé de deux massifs, à l’aspect bien stable, comme soutenus et défendus chacun par quatre colonnes qui leur sont inhérentes. Ces masses sont liées, en élévation, par un arc qui ajoute à l’unité et donne à l’édifice le développement nécessaire de surface. Il en est de même de la partie supérieure ou attique dont le tout est surmonté.

Ce monument vraiment fait pour traverser les siècles, est caractérisé, comme on peut le voir (pl. i4), par des piédestaux continus, assis sur une base à large empattement, avec corniche et socle, supportant un ordre complet doiit les bases sont profilées , sur le mur , à la manière Grecque , et dont les chapiteaux à volutes sont surmontés, d’une architrave ornée dans ses moulures, d’une frise décorée de sujets sculptés, et d’une corniche avec modifions ornés ainsi que le sont les autres moulures; par l’attique que des cypes en saillie soutiennent à ses angles, et qui est couronné de sa corniche ; par l’arc qui est également orné dans ses impostes et archivoltes , et dans ses clefs de cintre d’un beau galbe ; puis , par toutes les saillies, formant entr’elles autant de cadres recevant des sujets sculptés en figures et en ornements, sculpture très-attachante par ellemême, tant elle est naturellement et grandement traitée, non-seulement depuis les quatre sujets et les frises qui remplissent les deux entrecolonnements, depuis la figure de la Victoire ailée, portant des étendards, et la Renommée sonnant de la trompette, jusqu’à la clef du cintre, ou Rome est présentée portée sur des pampres, mais encore, jusque dans la frise, où sont représentées des scènes religieuses et triomphales, et dans les grands bas-reliefs de l’attique, que sépare un corps avancé portant une ample table de dédicace, bien visible. Telle est la disposition caractéristique, linéaire et ornée de cet édifice, servant de base à un groupe sculpté en bronze, repré-

sentant un quadrige triomphal qui porte la statue du héros et que conduisent deux guerriers.

Après avoir considère cette ordonnance pompeuse et harmonieusement exprimée , si l’on passe sous la voûte, on voit au haut du cintre et parmi un luxe d’ornements naturels, comme fleurons, rosaces, caissons ornés de perles, X Apothéose de Titus. Aux deux côtés du passage sont également de beaux bas-reliefs, l’un représentant une marche de triomphe, l’autre une suite du cortège et divers traits explicatifs de l’érection du Monument, tels que: l’emblème du fleuve du Jourdain , le Chandellier à sept branches du temple de Jérusalem, la Table des pains de proposition, enfin, la représentation des objets qui ont orné le Triomphe de Tite, et qui font que le spectateur assiste encore à cette auguste cérémonie.

Ce monument , élevé après la mort du grand homme , comme l’indique le nom de Divus qui lui est donné, est construit de marbre blanc ; sa dimension positive est , pour la baye , de dix-sept pieds de large sur vingt-six de haut ; les colonnes sont de deux pieds de diamètre, sur environ dix diamètres de hauteur; ses deux massifs sont évuidés par des escaliers qui ne prennent naissance qu’audessus des piédestaux, et l’on y entre du côté opposé à celui que nous présentons, par des bayes ornées de chambranles; c’est aussi par là que l’on monte à la chambre voûtée qui est au-dessus de la baye.

Voyez, pour le plan, la première médaille, et, pour l'élévation, le tableau au-dessus, qui présente en perspective la façade principale de l’édifice, regardant la voie sacrée. Quant à la façade opposée, elle est toute semblable à celle-ci, à l’exception des deux bas-reliefs contenus dans les entrecolonnements.

La deuxième médaille renferme la base et le chapiteau détaillés des colonnes de ce monument ; nous les donnons comme un des plus anciens exemples de Tordre Composite, type particulier aux Romains.

Panthéon, Temple consacré a la réunion des Dieux des Alliés aux Dieux de la Patrie. Le génie, en s’emparant de eette idée toute divine de tolérance , a cru devoir donner à l’œuvre une forme ronde et la faire précéder comme d’un Anti-temple ou majestueux portique ouvert et d’une grande profondeur, orné d’une ordonnance Corinthienne de huit colonnes de front, surmontées de leur entablement couronné d’un fronton encadré de ses corniches et décoré dans son tympan d’un beau bas-relief caractéristique, indiquant la dédicace du temple, et ayant une statue à son sommet, ainsi qu’à chacune de ses extrémités ; ses parties rampantes sont couronnées de riches ornements, en forme de rinceaux et de pampres; la frise et l’architrave portent des inscriptions.

Au sentiment religieux qu’excite la première partie de cet édifice, à la beauté et aux ornements intérieurs de ce péristyle, d’où, laissant à droite et à gauche dans leurs exèdres les statues colossales de Neptune et de Mars, l’on s’avance jusqu’au seuil de la porte grandement ouverte, il faut ajouter l’impression que produit la vue du temple, vaste sanctuaire circulaire, orné d’élégantes colonnes, et divisé, dans sa circonférence, en sept enfoncements ou chapelles décorées, dont celle du milieu, qui répond à l’entrée, est la place du Maître des Dieux. Entre ces chapelles , en sont d’autres également ornées. Tout l’intérieur est couvert par une coupole ouverte circulairement à son sommet, et qui, en laissant introduire une lumière douce et mystérieuse, permet aussi à l’air de pénétrer librement; les parois de la voûte sont divisées par de grands et riches caissons renfermant, dans de triples cadres très-ornés, des sujets ayant trait à l’histoire des Dieux.

Cet ensemble supérieur, faisant allusion à la voûte céleste , et que l’on juge indestructible comme elle, est supporté, d’abord, par l’attique marqueté de divers marbres précieux, puis par les colonnes d’ordre Corinthien, de marbre Isabelle et érigées sur un Pavé à compartiments variés de granit et de porphyre, et percé dans son

DE LARCHITECTURE.

milieu, pour laisser ëcouler les eaux du ciel. Tel est le Temple où les Dieux des Alliés sont unis a ceux de la Patrie.

C’est bien en considérant cette œuvre du génie, seulement, sous ses rapports physiques, que l’on peut dire avec Voltaire :

. La simple Architecture ,

Par ses travaux hardis , surpassa la nature.

En effet, rien n’est plus capable que cet irrécusable témoin de génie et d’intelligence d’énorgueillir l’homme qui a su former un aussi grand ensemble avec d’aussi petits matériaux qu’il a encore, la plupart, composés lui-même, et qui a su porter à quarante-six pieds de hauteur, sur les colonnes extérieures , des blocs de marbres en linteaux, que l’on ne dirait jamais y être placés depuis près de vingt siècles.

Quant à l’harmonie de ce temple , elle est telle , non-seulement par la concordance de toutes les parties entr’elles et leur juste rapport avec le spectateur , mais encore par leur heureuse opposition , que particulièrement à l’intérieur, il semble beaucoup plus grand qu’il ne l’est réellement.

Le cadre principal (pl. i5) retrace la vue extérieure perspective du Panthéon tel que des recherches approfondies permettent de le représenter.

La première médaille est le plan de l’ensemble de l’édifice , avec la date du temps de son érection , et la deuxième en offre la Vue intérieure, prise dans la première chapelle à droite de l’entrée.

Cirque Maxime. Voici une autre sorte d’édifice également de principe religieux, et d’une origine, pour ainsi dire, aussi ancienne que le monde. Ce fut primitivement la représentation de l’espace que les hommes, même sauvages, adoptèrent pour manifester, soit au renouvellement des saisons, soit à des époques mémorables, leur reconnaissance et leur joie par des actes ostensibles, par des exercices cadencés, des jeux, des courses mesurées à limitation des

rjo DU GÉNIE

évolutions célestes ; lieux de grandes et antiques réunions , particulièrement en Grèce, pour la célébration des jeux Olympiques ou du culte de Flore généralement répandu, et ici, pour la célébration des fêtes consacrées au souvenir de la Naissance de Rome.

Comme tous les édifices de ce genre , le Cirque Maxime est de forme longue , de deux mil cent quatre-vingt sept pieds sur trois dixièmes environ pour sa largeur ; il est découvert , à l’exception des loges, galeries, promenoirs et pavillons qui entourent l’espace du milieu appelé Arena (du nom du sable qui le couvre) et présente, avec ses bâtiments, la figure d’un navire arrondi à l’une de ses extrémités.

A partir du centre du cercle, jusqu’aux deux tiers de sa longueur, l’arène est divisée dans son milieu , par un mur stylobate ou piédestal continu appelé Spina {épine) sur le plateau duquel sont érigés des simulacres de temples et d’autels, des statues et des obélisques, dont un, placé au milieu, rappelle le mât du vaisseau. Aux deux extrémités de ce piédestal sont des cônes symboliques ou bornes arrondies et terminées par des boules ou oves; l’arène est bordée, savoir : au côté de l’entrée , par un bâtiment disposé sur un plan en ligne courbe, divisé par douze ouvertures couvertes, sorte de remises où l’on retient les chars, qui sont appelées Carcere et dont les séparations tendent toutes à un centre commun , également distant du milieu du côté droit de l’arène qui est le côté du départ. Dans les trois autres sens, l’Espace est limité par l’Euripus, canal de dix pieds de large, par la barrière et par le passage supérieur auquel on arrive par des voies venant de l’extérieur, et par les perrons qui , montant aux pieds des escaliers , desservent les rangs de gradins appelés Spectacula.

Viennent ensuite les bâtiments composés d'une galerie ouverte, devant et derrière, sur un large promenoir qui donne entrée au rang de loges qui pourtournent ces trois côtés, de même qu’aux pavillons et aux escaliers montant, de fond, jusques sur les terrasses

DE LARCHITECTURE. 71

dont ces bâtiments sont couverts. Le rez-de-chaussëe répondant au-dessous des gradins est voûté et ajoute ainsi des Crypto-portiques (ou lieux frais), aux portiques percés à l’extérieur, ainsi qu’aux pavillons. Ces derniers, au nombre de cinq, ont leur entrée particulière; celle du milieu de l’hémicycle est la porte triomphale.

Tel est le plan de cette immense machine qui, dans son élévation extérieure, présente des aspects aussi variés que caractérisés; soit par ses deux grands côtés, en ligne droite, élevés d'un double rang d’arcades et de pilastres, ornés de corniches surmontées de balustres en rinceaux bordant les terrasses, et unis l’un à l’autre par la partie circulaire; soit par ses pavillons qui articulent les angles; soit par ceux qui sont à la naissance du cercle, et les deux qui forment entrée dans la direction principale; soit encore, par ce côté où sont pratiqués les Carcere, et qui achève l’ensemble du monument; soit enfin, à l’intérieur, par les lignes ou masses de gradins au pied desquels sont les barrières et le canal qui les bordent; au sommet de ces éminences, par les galeries percées d’arcades ornées et répondant à celles de l’extérieur, et au milieu de l’enceinte par la grande ligne de l’épine chargée d’objets précieux , de symboles et d’exvoto.

A toute cette disposition géométrique il faut ajouter que les pavillons, entr’autres décorations, sont chargés de Groupes de marbre et de bronze sculptés, représentant des quadriges, des scènes entières de souvenirs, et formant autant de tableaux dont un rappelle l’enlèvement des Sabines.

Quant aux emblèmes qui couvrent le plateau de la Spina , nous voyons près des bornes de limite et en tête, d’abord: un obélisque porté sur deux colonnes corinthiennes; puis à la suite, un rameau d’olivier d’or; un autel; un groupe de quatre colonnes Ioniques portant l’emblème des sept bornes ; un cype surmonté de la figure de la fortune; une cassolette d’or; un simulacre de temple au soleil; le Grand Obélisque emblématique et portant des inscrip-

tions;un Groupe figurant la Terre portée sur un lion dans une action animée; quatre colonnes , d’ordre corinthien, surmontées de poissons sculptés et liés l’un à l’autre; un autel; une colonne Dorique, surmontée d’une victoire ailée tenant une palme et une couronne ; un trépied; deux colonnes Ioniques revêtues de feuilles de laurier sculptées, et surmontées d’attributs symboliques ; une nayade tenant une palme; deux colonnes d’ordre Corinthien cannelées, surmontées d’un fronton triangulaire, et des sept bornes ; enfin, deux autres autels , et au bas de l’épine, les trois bornes terminées par la boule ou œuf. Ce dernier symbole est porté sur un soubassement évuidé par une arcade et orné de bossages, de guirlandes et de couronnes.

Il faut encore ajouter que ce Monument est à côté du Mont Palatin, aux édifices duquel il se lie, entr’autres à un Théâtre dont les portiques viennent communiquer aux terrasses qui couvrent les loges et les galeries.

En se pénétrant de la disposition d’un pareil Edifice , et sans trop d’efforts d’imagination, que l’on se suppose assistant à la célébration de quelque époque mémorable , alors on voit tous les gradins couverts, les loges remplies ainsi que les terrasses, d’une population de trois cent mille spectateurs, les uns au sommet de l’édifice, se dessinant en partie sur le ciel, et dominés encore par les groupes de sculptures, les autres au-dessous, remplissant les loges et formant autant de tableaux animés , enfin ceux placés sur les gradins et ressortant sur le fond d’une architecture pompeuse; que l’on se figure encore cet imposant Tableau vu à travers la grande ligne fuyante de V Epine, alors ornée de fleurs, et parmi les autels fumants ouïes cassolettes remplissant l’air de parfums, et l’on sentira que le Génie , animé de V amour du bien , a compris le vœu de la loi , le but du programme , et qu’il a produit.

Voyez, pour la disposition géométrale, le plan pris du haut des gradins, au sol des galeries supérieures , puis la position de l’Épine,

DE LARCHITECTURE.

placée de manière à laisser l’espace plus grand du côté droit, le côté de départ, (pl. 16).

Le tableau au-dessus est la vue générale, extérieure et intérieure, de l’édifice; le spectateur placé sur un point très-élevé, et regardant le mont Palatin.

Amphithéâtre de Vespasien dit le Colisee. Cet édifice, ainsi appelé à cause de sa structure colossale, est un autre monument populaire , pour les exercices gymniques et nautiques; il comprend un espace de cinq cent soixante dix-huit pieds sur quatre cent quatre-vingts, et a cent cinquante-six pieds de hauteur 'f il présente en plan, la forme d’une éllipse divisée en parties concentriques jusqu’à l’arène qui est de deux cent cinquante-huit pieds sur cent soixante. De la rive de cette partie jusqu’au sommet du périmètre intérieur, on compte trois masses de gradins appelés Cunei ; la première est élevée du soi des arènes dont elle est séparée par une barrière d’appui; la deuxième, séparée de la première par un passage , vient se terminer à un autre passage qui porte la troisième masse de sièges, et au devant duquel est un mur percé de bayes et de portes d’entrée.

C’est au-dessus de ces derniers gradins que règne, sur unstylobate, une galerie ouverte à l’intérieur et dans laquelle sont pratiqués , le long des murs , des escaliers montant à la terrasse qui termine enfin cette dernière partie , la plus grande enceinte du monument.

A l’extérieur et toujours en plan, le rez-de-chaussée et les deux étages supérieurs sont percés, chacun, de vingt-quatre arcades ornées de colonnes inhérentes au mur et correspondant à autant de divisions qui forment la distribution intérieure. Au rez-de-chaussée ette distribution présente, en profondeur, neuf divisions concentriques savoir : sur le devant , deux qui sont de grandes galeries de circulation ; puis trois autres qui comprennent les passages et les escaliers montant aux étages supérieurs; le surplus est distribué jusqu’à l’arène, par des passages, par quatre escaliers qui desservent le bas des gradins, et enfin, par deux autres galeries de circulation dont

io

une borde le mur de l’arène à laquelle elle donne entrée par onze ouvertures.

Quant au premier étage ou sol du deuxième ordre , il présente deux galeries de circulation et la continuation des escaliers. Le deuxième étage est une simple galerie, ainsi que le troisième qui fait portique ouvert sur l’intérieur seulement.

Voyez la première médaille qui retrace le plan de l’édifice, pris à la hauteur de la galerie supérieure, (pi. 17.) *

En élévation, l’extérieur présente, dans son immense développement, les quatre étages articulés par quatre ordres complets avec stylobates profilés en piédestaux, excepté l’ordre du bas qui est porté sur un perron continu composé de trois marches ; cette première partie de décoration est d’ordre Dorique, mais sans triglyphes à sa frise; le deuxième ordre est Ionique et le troisième Corinthien^ Ces trois étages sont ouverts en totalité par deux cent quarante arcades ornées de leurs archivoltes et de leurs colonnes, lesquelles supportent un mur élevé, décoré de pilastres d’ordre Corinthien dont 1 entablement est orné et soutenu par des consoles; ce même mur est percé, de deux en deux, entre les pilastres, par des bayes carrées avec leurs chambranles , et est orné d’un cordon de corbeaux ou saillies galbées, qui, correspondant avec des rainures qui traversent la corniche, servent à soutenir les antennes auxquelles on attache les haubans et les bannes ou voiles dont on couvre l’Amphithéâtre dans le temps des jeux. (Voyez la deuxième médaille).

Quant à l’intérieur, présenté dans notre grand tableau, il est presque décrit par le plan; nous y voyons, le mur qui pourtourne l’arène et trois de ses douze entrées, les masses de gradins ou sièges ayant leurs entrées ou vomitoires , les escaliers qui desservent les places, enfin, au sommet, le portique continu ouvert en arcades décorées de colonnes et de leur entablement , surmonté des piédestaux et des statues bordant la terrasse qui a seize cents pieds de nourtour.

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DE LA PiCHI T E C T U E E . ^5

NB. Cette vue est prise dans la direction principale sous une des portes qui donnent entrée dans l’arène.

Nous aimons à nous rappeler encore l’effet, même simplement physique, que ce monument a produit sur notre vue, rien qu’à l’extérieur, par son immense hauteur continue et à pic ; mais, lorsque passant sous un des quatre péristyles de vingt-sept espaces en quinconces, voûtés, décorés, et fuyant encore par leur disposition locale; et lorsque laissant à droite et à gauche ces galeries circulaires de longueur infinie et mystérieusement éclairées , nous sommes arrivés dans l’arène , alors nous aurions pensé entrer dans un ouvrage de la nature, dans un de ces vallons entourés de collines , si, de suite, tant de dispositions ordonnées selon un certain rithme ne nous avaient averti que tout était production du Génie, jusque dans les moindres détails.

Pour compléter le charme de ce tableau , ici , comme au Cirque Maxime, nous nous supposons au Colisée par un jour de fête, alors nous le voyons pavoisé, augmenté encore de dimension, si l’on peut dire, par l’effet des bannes qui le dérobent au vague de l’air, et peuplé de cent vingt mille citoyens qui , commodément placés depuis le haut de la galerie supérieure jusqu’au pied des barrières, forment des chaînes continues et animées et s’offrent déjà en spectacle les uns aux autres.

Thermes de Dioclétien. Ces sortes cl édifices, en général, sont nombreux et particuliers à l’Italie; Rome en comptait seize: d’après leur nom de Thermes, il ne faut pas conclure qu’ils ne servaient que pour les bains, et s’imaginer qu’ils n’étaient que des lieux de plaisirs frivoles et de luxe stupicle ; car, par leur composition cpii nous rappelle les Pœciles et les Stoa d’Athènes, nous reconnaissons qu’ils avaient un tout autre but, et il n’est pas étonnant que le génie se soit animé pour réaliser de pareils programmes.

Nous remarquons donc dans l’exemple que nous choisissons, simplement pour fixer notre idée sur ces sortes de Monuments, que

io .

rjQ DU GENIE

celui-ci contient autre chose que des bains de propreté et de santé ; en effet, nous y voyons deux Temples, l’un à Hercule, l’autre à Minerve; deux bibliothèques, l’une Grecque, l’autre Latine, un hémicycle garni de sièges; de grands portiques ouverts sur une arène; des salons littéraires ; des xistes spacieux; des écoles de diverses facultés; des exèdres pour les professeurs et les philosophes; des promenoirs paisibles , couverts de platanes et rafraîchis par des fontaines. Pour montrer que ces monuments n’étaient pas crées seulement dans l’intérêt d’une petite société, celui-ci pouvait contenir 18,000 personnes ; et nécessairement d’une pareille réunion , occupée selon ce que la distribution indique, devait se répandre des lumières au dehors; aussi ces sortes d’édifices se rattachent-ils à l’utilité générale.

Suivant donc la distribution du plan de notre palais d’etudes et d’exercices utiles , nous voyons que ce Monument se compose d’une enceinte et d’un bâtiment principal, et que de la disposition isolée de celui-ci résultent trois espaces égaux et un quatrième plus grand, lequel ayant mille cinquante pieds de long sur deux cent quarante de large , est propre à servir de stade pour les grandes solennités , et permet d’y établir un théâtre répondant à l’hémicycle avec gradins stables , qui augmente l’enceinte et en fait partie.

Le corps de bâtiment principal est de la figure d’un parallélogramme de sept cent trente-huit pieds de large sur quatre cent cinquante de profondeur, formant, du côté de l’entrée, deux ailes entre lesquelles est disposée la grande piscine; ce bassin est bordé, â droite et à gauche , par de grands vestibules d’entrée conduisant à trois chambres magnifiques d’où Ton peut voir les exercices dans le xiste qui occupe le milieu du monument, et chacune des piscines qui sont situées dans les ailes.

La distribution de chacune de ces ailes donne les pièces suivantes, savoir: à l’entrée éclairée par trois bayes, la première salle de bains froids à l’usage de ceux qui ne s’exercent pas dans le xiste ; à la suite

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et pour la distribution des prix, une salle d’assemblée, à deux hémicycles et ayant deux entrées, l’une sur le grand vestibule, l’autre dans I’Eléothèse ( chambre des huiles et onguents ) ou dans la Conistère ( chambre des poudres à l’usage des lutteurs); l’axe ouvert en trois entre-colonnements , donne sous un péristyle soutenu de quarante-huit colonnes, et au milieu duquel est une piscine particulière, à l’usage des jeunes gens. A côte, vers l’extérieur de l’édifice, est I’Ephébée ou lieu d’exercice pour la jeunesse ; au côté opposé sont les trois chambres magnifiques ci-dessus mentionnées, puis celles à l’usage des Athlètes. Ces dernières pièces sont ouvertes par trois entre-colonnements sur la grande salle d’exercices, le xiste, ouverte aussi sur la grande pièce d’eau par trois entre-colonnements , et couverte en voûtes d’arrêtés portées sur des colonnes plus colossales que celles des autres parties.

Retournant dans la ligne d’axe, perpendiculaire à la façade, on voit la statue colossale de dédicace, aux deux côtés de laquelle sont deux portes donnant entrée dans une salle circulaire soutenue de huit colonnes, et appelée Apodytère ( pour le dépôt des habits) ; puis passant par deux portes semblables, et opposées aux deux premières , on entre dans une grande salle monumentale formant vestibule et loge sur le grand espace ; à droite et à gauche de cette grande salle, sont quatre chambres aussi d’une grande dimension et destinées aux différents bains des Athlètes. Les premières , situées à chacun des angles de l’édifice, se nomment Laconiques ( lieux pour suer). Celles qui viennent ensuite s’appellent Etuves , et servent aux bains chauds ; les bains tièdes sont dans les troisièmes appelées Tépidaires ; et les dernières, où l’on s’arrête pour passer sans transition, forte à l’air extérieur, se nomment Frigidaires.

La distribution de l’enceinte, toujours à partir du côté de l’entrée principale , offre , à droite et à gauche, les Bains des philosophes r loin du bruit du xiste ; ils se composent chacun , d’une salle demicirculaire soutenue de colonnes entourant un bassin, puis de

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l’Apodytère et de l’Eléothèse, dans les deux angles sont les logements de ceux qui ont soin des bains. Entre ces dernières parties, ainsi que dans les bains des côtes en retour, nous comptons six grands hémicycles voûtés et décores de statues de grands hommes ; ces salles, ainsi que huit autres de forme carrée, sont ouvertes sur l’intérieur, savoir : les salles circulaires par sept entre-colonnements , et au-dessus de l’entablement , par un cintre de la grandeur de la voûte demie-sphérique et ornée de caissons dont chacune d’elles est couverte; les salles carrées, les unes par trois entre-colonnements , et les autres par de simples portes ; elles sont également terminées en berceaux ornés de caissons , excepté ceux des vestibules et de la salle appelée I’Escole ou rendez-vous des amis, au sortir des Thermes.

Les autres lieux sont des exèdres, des salles à l’usage des philosophes et des professeurs qui viennent y faire des cours. Les bâtiments de l’enceinte, du côté parallèle à celui de l’entrée, présentent à leurs angles, deux Temples de forme ronde: le premier, dédié à Hercule, précède l’entrée de la bibliothèque Romaine ; l’autre, consacré à Minerve, précède l’entrée de la bibliothèque Grecque; celleci est composée, ainsi que la première, cl’un vestibule et d’une grande nef entourée de galeries, portées par vingt-six colonnes. Le milieu de ce côté de l’enceinte est terminé par un hémicycle très-orné avec gradins stables pour recevoir les spectateurs; attenant les gradins sont des escaliers et passages conduisant à l’extérieur. L’intervalle entre l’enceinte et le corps de bâtiment principal est embelli sur trois côtés , de plantations d’arbres , de fontaines et cl’exèdres. Le quatrième côté sert alternativement de lice, de palestre, de stade, enfin de xiste découvert à la manière des Grecs. (Voyez la pl. 18.)

D’après la simple disposition de ce vaste édifice, on ne peut s’empêcher de se faire une idée des effets produits, dès l’entrée de l’enceinte, par ces espaces convenables, ces allées ombragées; par

DE LARCHITECTURE. jg

le point de vue qui s’enfonce jusqu’à la statue colossale qui est dans le xiste, la façade pompeuse de ce dernier, ses trois enfoncements en tour creuse pour la retraite des baigneurs , et les ailes en retour, enlin , par tout cet extérieur se mirant dans les eaux de la grande piscine vivifiée par la fontaine qui l’alimente.

Mais rien n’égale peut-être le point de vue qu’offre, à toutes les distances, la grande ligne transversale qui s’étend d’une Ephébée à l’autre, et qui fait voir, au centre de l’édifice, la grande salle croisée des exercices, puis à droite et à gauche les chambres des athlètes, celles de réunion, les premiers côtés des portiques, les bassins et les vasques d’eau du milieu, les autres côtés des portiques, les salles des Ephébées , et enfin les statues dans leur enfoncement circulaire.

Aux nombreux aspects intérieurs, variés autant que le désire le spectateur, et donnés non-seulement par les percés grandement ouverts, mais encore par la forme et le décors de chaque partie , il faut joindre les beaux effets extérieurs produits, dans l’enceinte, par les grands couverts de Platanes, formant promenoirs, et au travers desquels se distinguent les exèdres ouverts en portiques, ainsi que les fontaines jaillissantes qui en rafraîchissant l’air, égayent la vue et vivifient le lieu ; il faut joindre enfin la vue prise sous le grand portique, en regardant le xiste, les bâtiments des bibliothèques, les deux temples circulaires dédiés, l’un, au courage à la force, à l’agilité du corps, l’autre à la sagesse, et indiquant bien ainsi le but général de l’institution des Thermes, savoir le développement des facultés physiques et morales de l’homme.

Par une conséquence nécessaire de leur double destination, ces édifices sont encore enrichis, indépendamment des peintures et des bas-reliefs mémoratifs , des statues des Dieux , et de celles des vainqueurs dans les différents exercices , ce qui en fait naturellement des sortes de Musées, que chaque fondateur à augmentés de chefsd’ œuvres, d’objets précieux, et c’est aussi sous ce point de vue que nous avons cherché à représenter notre exemple.

Le tableau supérieur de la planche offre la vue perspective intérieure de la grande salle du xiste, en regardant l’Ephébée à droite de l’édifice. Au-dessous est le plan du bâtiment principal et de son enceinte.

Il ne faut pas non plus oublier à l’extérieur et au côté droit de cet édifice, le réservoir qui est de la forme d’un trapèse, porté sur un quinconce de piliers se liant par des voûtes , et comprenant une superficie intérieure d’environ douze cent pieds ; nous remarquons aussi l’aqueduc adhérent, apportant les eaux par un canal de deux pieds six pouces de large sur cinq pieds de haut , couvert de larges pierres formant l’épaisseur des piliers qui ont cinq pieds sur neuf, et sont liés l’un à l’autre par des arcs de seize pieds d’ouverture.

Nous le répétons , nous avons adopté l’exemple des Thermes de Dioclétien, sans autre motif que celui de la nécessité de nous fixer; car les Palais des Thermes d’ Agrippa, de Néron , de Vespasien , de Titus, d’Antonin et même ceux de Constantin sont tous remarquables, et nous montrent combien les vraies productions du génie sont variées entr’ elles, dans leur ensemble, dans leurs grandes parties, jusque dans l’harmonie de leurs détails que l’on sent toujours créés exprès, tant ils abondent dans le caractère de leur objet.

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