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DE L’ART EN EUROPE

( Suite du moyen âge. )

C’est toujours sous le double rapport de leurs types varies et de leurs qualités constantes , que , parmi le nombre infini de monuments érigés durant cette époque qui ne compte pas moins de dix siècles, nous choisirons, d’abord, pour donner une idée particulière du style Arabe Mauresque, la Grande Cour du palais de T A lhambr a a Grenade; puis , pour montrer la continuation du même style mélangé au genre Grec, modifié et varié de toute manière, et trèsrépandu à Venise, dans la Lombardie, chez les Persans et les Florentins, dans l’Allemagne, en France et en Angleterre, sous le nom général de Lombard et de Gothique, ce seront: la Cathédrale de P avis , celle de Milan , le Campo-Santo a Pise ; et enfin, pour compléter cette grande période, si ferHle en exemples, nous adjoindrons le grand Hôpital de Milan , comme passage bien distinct dn Gothique au temps appelé la Renaissance.

Cour dite des Lions , palais de V Alhambra , à Grenade. Cette cour présente la forme géométrique d’un parallélogramme de 28 mètres sur 17. Elle est formée de portiques ouverts, donnant communication aux appartements du palais, et laissant la vue d’une belle fontaine qui est au centre. Les portiques des deux extrémités, plus larges que les deux autres, donnent entrée à deux porches ou salons ouverts, et en saillie dans la cour. Quant à la distribution intérieure du palais, on y remarque un grand vestibule, deux salons et une belle galerie; ces quatre parties ont leurs entrées, répondant aux quatre points cardinaux et au centre de la fontaine d’où partent des canaux creusés dans le pavé, et offrant des effets d’eau, dans les lieux fermés ainsi que dans les deux salons ouverts.

C’est sur ce plan et bordant la cour, que s’élèvent cent vingt colonnes de proportion svelte, portant des masses qui les excèdent de volume, et d’où naissent des ceintres variés de forme, ce qui, joint à la multiplicité des ornements découpés qui les revêtent ainsi que les murs , donne à cet ensemble la physionomie d’une feuillée. Qu’à la vue de ces berceaux permanents et enrichis dans leurs fonds des plus harmonieuses couleurs, on ajoute encore celle des devises et des pensées philosophiques, gravées sur les murs, des vases de fleurs odorantes, placés sous ces portiques, la belle fontaine que semblent supporter des lions , et dont les eaux jaillissent et coulent sur un beau pavé de marbre qui en fait ressortir le cristal; puis, que l’on joigne à tout cela, le murmure, le gazouillement des petits jets qui s’agitent dans les salons couverts, et l’on appréciera sûrement ce que peut offrir d’agréable le palais de l’Alhambra.

Le médaillon de la planche 3i, offre le plan de la cour entourée de ses portiques , et de quelques dépendances.

Le tableau au-dessus, est la vue perspective prise sous la galerie, et dans la direction du milieu des grands porches ouverts inhérents aux portiques.

Cathedp.ale de Paris. C’est simplement pour nous fixer que nous choisissons cet exemple plutôt que mille autres, car en Angleterre, les églises principales de Westminster, de Cantorbéry , d’Exter, de Ducham, de Farum, etc. En France, celles de Dijon, de Rheims, de Rouen, (St.-Ouen), de Strasbourg, d’Amiens, de Beauvais, de Chartres, d’Orléans, etc. En Allemagne, les cathédrales d’Anvers, de Mayence, de Cologne, de Vienne, etc., présentent également des monuments non -équivoques de piété, d’intelligence et de goût.

Pour revenir donc à notre église, considérant le plan sous ses rapports géométriques, nous reconnaissons qu’il ne le cède en rien aux plus belles créations des meilleurs temps ; en effet, il présente d’abord, du côté de sa façade principale, trois entrées pratiquées

dans trois enfoncements, l’une répondant à l’axe de la grande nef, et les deux autres, divisées elles-mêmes en deux parties, donnant dans les deux passages des deux bas-eôtês. Cette première distribution est traversée par les bras de la nef et continue de chaque côte' pour se lier circulairement dans le fond , et former ce qu’on appelle le rond point ; lequel ici, est divisé en cinq chapelles plus larges que les autres ; toute cette partie est entourée , entre les colonnes du premier rang , du mur stylobate , et renferme le maître-autel qui regarde l’entrée.

La façade présente d’abord, trois divisions principales, séparées et encadrées par les montants. Les deux divisions des angles sont détachées, environ aux deux tiers de leur hauteur, et forment ainsi les deux tours élevées de terre d’environ deux cents pieds. Cette façade est également divisée en trois parties sur la hauteur: la première se compose des trois enfoncements formés en voussure et cintrés en ogives ornées jusques dans le socle , de nervures dans la voûte et de petites colonnes au-dessous encadrant, ainsi que le dessus des portes, des sujets caractéristiques en sculpture; sur les montants et au droit de la naissance des cintres, sont également de petites niches ornées de statues; cette première partie est couronnée d’une riche frise formant galerie remplie également, entre les colonnes , de statues en ronde bosse.

La seconde partie est aussi décorée particulièrement, dans son milieu, de sa grande rose emblématique; au-dessus, et formant couronnement, est une galerie de communication soutenue par des colonnes très-sveltes , unies par des arcades en ogives ornées: cette galerie est surmontée d’une balustrade, ou appui évidé. C’est ici que prend naissance la troisième partie formée par les tours terminées en plate - forme et entourées également d’un appui découpé à jour. Tout le périmètre extérieur du monument répond à l’abondance de la façade.

L’intérieur présente à l’entrée et bordant aussi la croisée de la

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nef, des piliers formant faisceaux de colonnes sveltes montant dans toute la hauteur des trois divisions formées jusqu’à la naissance de la voûte, c’est-à-dire, comprenant la hauteur des deux bas-côtés, celle des tribunes qui sont au-dessus et qui forment également galeries ouvertes sur la nef, puis ietage des croisées qui éclairent l’intérieur.

Les autres supports des premiers rangs sont de fortes colonnes simples, portant les arcades ogives des bas côtés, et d’autres colonnes sveltes, en faisceaux, inhérentes aux murs, qui se continuent, dans la voûte, en autant d’arcs doubleaux parallèles et en diagonale, lesquels viennent se réunir à une clef pendante ou cul de lampe. C’est sur ces cintres de pierre que s’appuyent les voûtes formées également en pierre , mais d’un petit volume. Les ouvertures qui répandent la lumière dans ce vaste lieu, tant celles des bas-côtés que celles au milieu de la nef, sont divisées en châssis de pierre élégamment ordonnés et remplis de carreaux de vitres coloriés, retraçant autant de sujets de l’histoire sainte.

Telle est la description de l’extérieur et de l’intérieur de la Cathédrale de Paris.

Que ne pouvons-nous aussi peindre l’impression que nous font éprouver ses dispositions fortement caractéristiques , ses effets d’optique, et de simplicité! C’est au lecteur à se figurer le Monument dans son état intégral; alors il se trouvera, à l’extérieur, devant un grand livre d'instruction religieuse , écrit de toutes parts, avec zèle et naïveté, par le Génie de l’architecture et le Génie de la sculpture, tous deux épris de leur sujet.

A l’intérieur, il sera également frappé par l’effet de l’unité, de la profondeur, et par la belle disposition du plan. Il se sentira comme enveloppé par l’œuvre mystérieuse de la piété qui l’avertira, de suite, qu’il est dans la demeure de la Divinité, dans un monument consacré véritablement par la Reconnaissance.

Le tableau supérieur de la planche 3s , offre la vue perspective extérieure de la façade, prise sur le côté gauche de l’église.

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Les deux médaillés au-dessous, donnent, l’une le plan de l’ëdifice, et l’autre, la vue perspective intérieure de la grande nef.

Cathédrale de Milan. Si jamais édifice crëë par le zèle uni à l’intelligence peut produire des effets heureux sur l’homme, c’est sans contredit le monument que les Lombards ont élevés à la Mère du Christ. Car on peut dire de celui-ci comme des Pagodes de l’Inde, que c’est un Monument envoyé au ciel , non -seulement à cause de la richesse de la matière, car ce monument est tout en marbre blanc; mais encore, à cause de ses dimensions extraordinaires, de ses formes pyramidales très -ornées, où se distinguent deux tours élevées que domine encore la partie du milieu appelée dôme, qui porte la statue de la vierge.

Qu’on ne s’attende pas à nous voir faire l’énumération de tous les détails des statues et des ornements qui caractérisent ce monument de piété ; nous nous bornerons à mettre sous les yeux (pl. 33), son plan renferme dans la médaille, et présentant la forme générale d’une croix peu prononcée à l’extérieur ; on y voit aussi que la façade est flanquée de deux tours et percée de cinq portes dont celle du milieu, appelée Pontificale, donne entrée à la nef qu’accompagnent des bas-côtés formés par une galerie double jusqu'au retour des deux bras de la croix où elle est simple, ainsi que dans la partie du rond point.

Le tableau supérieur donne la vue de la façade du monument, prise dans la ligne du milieu.

Campo Santo, (le champ saint) Monument élevé a Pise , d des Guerriers morts en terre sainte, et servant aussi de Cimetière public. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la planche 34, pour sentir de suite que l’édifice représenté, est une œuvre de zèle, de simplicité, de génie et de goût; le zèle bien manifesté dans le peu que nous montrons de son ensemble; la simplicité, le génie et le goût, également écrits dans son plan, de la figure d’un parallélogramme très-oblong, entouré de murailles, décorées de pilastres sur le côté de l’entrée, et

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lisses sur les trois autres. Sur ce même côte de l’entrée et répondant à des voies publiques, on trouve deux portes qui entrent dans ce monument, d’abord, par une galerie ou cloître qui le pourtourne, puis par deux chemins qui le traversent dans son espace découvert, et qui donnent directement à de petits oratoires.

A chaque extrémité de la ligne d’axe, prise dans la plus grande profondeur, est une porte d’entrée au cloître, l’une en face d’un autel , l’autre en regard d’une chapelle de forme circulaire et trèsornée.

L’ensemble du périmètre du mur intérieur présente trente ouvertures dont six sont autant de portes; les autres sont fermées par des murs stylobates en quatre parties : le sol des galeries est pavé, dans sa largeur, de trois rangs de dalles, recouvrant cent quatre-vingt-six tombes particulières auxquelles correspondent des sarcophages adossés, les uns aux murs stylobates, les autres aux murailles opposées, revêtues en outre de pierres tumulaires et de leurs inscriptions. L’espace que les galeries encadrent forme le cime tière public.

Le plan ainsi que la vue perspective intérieure de ce monument sont présentés dans les deux tableaux de la planche 34-

Voilà ce qu’il nous est possible de montrer du Campo-Santo, mais, ce que nous ne pouvons que dire, c’est que ce monument, de marbre blanc et noir, est d’une exécution extrêmement soignée; que les parois intérieures de ses murs sont couvertes de peintures du plus grand caractère, rehaussées encore par les plus fraiches et les plus riches couleurs ; enfin , que l’on sent par-tout qu’il a été inspiré par un sentiment profondément religieux, et consacré à des Héros.

Grand Hôpital de Milan. Voici une des espèces de monuments qui, dans l’origine, furent adjacents aux temples et consacrés à l’humanité en Grèce et en Italie ; qui sont encore essentiellement religieux dans les Tchoultrys de l’Inde;., mais qui ne présentent

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plus chez les modernes que des édifices civils , ouverts pour les malheureux. Le génie de l’architecture, en créant l’exemple que nous choisissons et en lui donnant une aussi belle disposition, l’a rappelé à la sainteté primitive de l’origine des hospices.

A le considérer planimétriquement (voyez pl. 35), c’est un parallélogramme de 2,5o mètres de long sur 120 mètres de large , ayant son entrée principale sur un des grands côtés, et bordé de l’autre, par un canal. Suivant la ligne du milieu , à l’entrée nous trouvons un vestibule ayant, de chaque côté, des pièces de service qui donnent entrée dans une première galerie couverte, et de-là, dans un vaste portique soutenu par soixante-seize colonnes, qui entourent la cour principale: à droite et à gauche ce portique communique, par des vestibules ouverts, à de grandes salles formées en croix et dont chaque extrémité dégage, par un vestibule également ouvert, dans trois autres galeries qui pourtournent l’extérieur de l’édifice, et dont une donne sur une terrasse ornée de parterres et d’allées d’arbres bordant le canal.

Ainsi disposées, ces salles, au centre desquelles est placé l’autel, sont bordées de cabinets de garde-robe ; elles sont inscrites dans un carré et forment, par leur disposition, quatre moyennes cours également entourées de petites galeries qui dégagent les gardes-robes , et donnent des communications couvertes dans les bâtiments de service qui sont aux côtés opposés à ceux des salles. Les milieux de ces cours sont occupés, les uns par des bassins, les autres par des pavillons de bains ou de service, tous accessoires traités avec goût comme le reste. Au fond de la grande cour est le bâtiment d’administration , offrant d’abord, en correspondance avec la porte d’entrée , le temple consacré à la divinité; puis, de chaque côté, de grandes salles d’exercice et d’assemblée , et d’autres d’un service général avec de petites cours ornées de parterres. Toutes ces grandes masses de bâtiments et leurs galeries sont élevées d’un étage desservi par les escaliers situés aux quatre extrémités des galeries de la cour, aux

deux côtés des huit vestibules, et dans les angles intérieurs des salles.

Indépendamment des eaux de service, indispensables pour cet établissement, celles de la fontaine publique delà place se distribuent par un aqueduc divisé en deux branches, dont l’une va à droite, l’autre à gauche, et qui se subdivisent encore pour passer sous les cabinets de garde-robe et les assainir. C’est ainsi que le génie a distribué le plan de l’hôpital de Milan pour le plus grand avantage de l’humanité.

Pour donner une idée d’un des aspects les plus agréables du lieu, nous montrons, dans la deuxième médaille de la planche, une vue perspective intérieure, prise sous le vestibule de l’entrée. On y remarque le fond et le côté droit de la cour à double étage de galeries servant de communications et de promenoirs couverts. Les colonnes de marbre sont liées par des arcades ornées d’archivoltes, entre lesquelles sont les portraits des bienfaiteurs qui ont concouru à l’érection et à la dotation de l’établissement. Les voûtes et les parois des murs sont aussi décorées de peintures. Quant aux autres aspects, qui sont aussi nombreux qu’agréables et piquants d’effet, ils sont une suite naturelle de la contexture du plan , où l’on reconnaît bien l’ouvrage du talent dirigé par la sensibilité.

La première médaille renferme la porte d’entrée et une partie de la façade que nous donnons comme marquant le passage du style de l’époque qui finit à celle appelée la Renaissance et qui va com¬

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