‹ Du génie de l'architectureChapitre 20 sur 31 · DE L’ART A L’ÉPOQUE APPELÉE LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

DE L’ART A L’ÉPOQUE APPELÉE LA RENAISSANCE

La dénomination affectée à cette époque, et, surtout, les caractères employés dans ses édifices, ont toujours laissé croire que l’art ne devait dater que des Grecs ou des Romains; erreur infiniment préjudiciable, non-seulement parce qu’elle a fait rechercher l’art dans des types et de simples parties , mais encore en ce quelle a fait oublier les Monuments de la plus haute antiquité , sacrés, civils, publics et particuliers, qui ont illustré l'Inde et l’Egypte, ainsi que ceux qui ont été érigés en Europe, dans l’Espagne, la France, l’Angleterre , l’Allemagne, etc. etc., au temps du moyen âge; époque dans les monuments de laquelle, en général, nous avons manifestement reconnu les qualités essentielles et constitutives de V Architecture^ telles que: la beauté caractéristique, celles géométrique et d’optique , d’harmonie et de goût , etc. Mais sans avoir la prétention de changer le nom donné à cette époque, nous nous bornerons à établir ici que, par ce mot la renaissance, on ne doit entendre seulement, comme on le verra en effet, que le retour des modernes

AUX TYPES MODULES d’AtHENES ET DE ROME.

De cette nouvelle ère, qu’il n’entre pas dans notre sujet de suivre dans tous ses points, nous dirons, seulement comme simple indication, que ses commencements se présentent par le mélange du style Oriental avec le style Grec et le style Romain que l’on appelle genre Antique ; que son milieu et sa fin (celle-ci qu’il faut reporter au temps de l’érection de la basilique St.-Pierre à Rome), ont dans chaque pays une physionomie particulière que nous voyons encore changer par l’influence des systèmes ou règles publiés des maîtres qui ont fleuri vers la fin de l’époque.

Quant à ses diverses phases, nous suivrons ce que nous en apprend l’histoire confirmée par les faits, et pour cela, c’est à Florence, à Venise, à Rome et à Paris que nous nous transportons.

A Florence, nous les voyons successivement dans l’érection de la Loge dite des Lances, primitivement les Rostra, (la tribune de la république ) ; dans l’achèvement et la restauration de l’église Sainte- Marie des fleurs ; dans la chapelle de ’ Pazzi , dans les églises de la Magdelaine, de Ste.- Marie-Nouvelle, du St. -Esprit; dans le palais Guadagni; dans les églises des Anges, de St.-Laurent; dans les palais Riccardi, Pitti , Nicolini, Ruccelaï; puis, dans les églises de St. -Pancrace et de l’Annonciation ; dans les palais Strozzi , Gondi , Gugni, Bartholini ; dans les restaurations, en divers temps, de la grande Salle d’assemblée du vieux palais et la décoration de sa cour; enfin, dans l’érection du palais Pandolfini, des palais des offices et de leurs espaces ordonnés à l’instar des forum ; dans la cour de l’archevêché, l’église St. -Michel, etc.

A Venise. Nous voyons également ces phases écrites dans l’érection de la Madone des miracles , des vieilles Procuraties aux trois étages de galeries, de l’Ecole St.-Roch, de la porte de l’Arsenal et de son oratoire ouvert de trois côtés ; dans plusieurs chapelles de l’église St.-Marc, dans l’église de St.-Nicolas-de-Tb/e/^'/ïo, de St. -F 'antino , de St.-François de la Vigne, dans le palais de la vieille librairie et ses gracieuses façades et celui de l’horloge; dans les Prisons, la loge de la place St.-Marc; dans les églises du Rédempteur, de St.-Georges le Majeur; dans le couvent de la Charité, l’église de St.-Gervais et St. -Protais; dans l’école de St.-Marc et ses tableaux en sculpture; dans 1 Hôpital des mendians, les Procuraties neuves, autre vaste et beau portique formant , ainsi que les vieilles , un des côtés de la place St.-Marc; et enfin, dans la physionomie de beaucoup d’autres édifices à venir, jusqu’à l’église de Ste. -Marie du salut. Parmi les principales habitations particulières, ce sera dans les palais Trevisano , Venclremini , Calergi, Camerligni; dans les palais Cornaro, de différents

de l’architecture. i3y

maîtres , ainsi que dans ceux Contarini, Cucina, Balbi, Mocenigi, les deux palais Grimani, ceux Dolfini, Gussoni et autres, à venir au palais Justiniani.

A Rome, nous voyons s’élever, dans le même temps; d’abord, un angle de la cour du palais de Venise, l’église de Sts.-Nerëe et Achille, celles de St.-Pierr e-in-Vincoi et in-Montorio , la porte de celui-ci, ainsi que celle de St.-Jacques des Espagnols, le puits de St.-Pierrein-Vincoli, l’ëglise de Ste. -Marie de lame, le palais de la chancellerie, ceux Giraud, Doria, Pamphile, Buoncompagni, Sachetti, Pastini , la Farnésine, petit palais antique par son caractère, décore' de peintures de Raphaël, les loges du Vatican, (œuvre de féerie), composées de galeries ouvertes et décorées aussi par Raphaël, le fameux palais Farnèse, les trois palais Massimi, ceux Aquilæ et de la vigne du pape Jules; ensuite, le petit temple de St.-André hors delà porte du peuple, les palais Matteï, Paganica, les cours du palais de la chancellerie et du palais Farnèse; la Villa du pape Jules, le petit temple dans le cloître de St.-Pierre-in-Montorio; puis, l’oratoire de Ste. - Catherine , le palais Lancellotti et son intérieur , l’église de Sta.-Pudenziana , les palais Spada, Monte-Cavallo, CesiAltemps, Borghese, et la restauration de Ste.-Praxède ; enfin, les palais Justiniani, Barberini, etc.

Nous aurions bien d’autres beaux exemples à citer, rien que dans les Villes d’Italie, comme à Sienne dans le Vicentin et sur les bords de la Brenta; puis en France, où s’offrent à nos yeux les châteaux de Gaillon, d’Anet, d’Ecouen et de Paris, etc. Mais, nous en tenant à ce que nous avons dit, nous ferons simplement ressortir : à Florence, les Palais Guadagniet Nicolini ; à Venise, V Ecole St.-Roch ; à Rome, le petit Temple dans le cloître de St. -Pierre in Montorio , et les Loges du Vatican ; enfin , a Paris, la Cour du château du vieux Louvre.

Pal 4is Guadagni et Nicolini ,à Florence. Le premier exemple parle éloquemment en faveur du génie du siècle et de la noble intention d’un citoyen qui veut concourir à l’embellissement de la ville qu’il

habite. C’est particulièrement en élévation que se présentent les traits remarquables de cette production qui offre, dans sa masse générale, une belle proportion, un aspect fort, et pourtant fin et aimable, où futilité se déclare dès cette banquette commode qui forme en même temps l’empattement de la façade. C’est sur cette première base qu’est érigé un soubassement dont les angles sont soutenus par de larges chaînes de pierre, et qui est percé, dans son milieu, d’une porte cintrée que soutiennent aussi des bossages et que remplissent des vantaux revêtus d’une riche armure en bronze: les croisées de cet étage, élevées de beaucoup au-dessus du sol, sont carrées, encadrées de chambranles simples, et sont d’une moindre dimension que les croisées supérieures. Au-dessus de ce soubassement, s’élèvent, soutenus également aux angles par des chaînes de pierre, trois étages diversement ornés. Le premier et le deuxième sont percés, chacun, de sept bayes cintrées et entourées de bossages plus particulièrement articulés aux croisées du premier étage. Le troisième présente une galerie ouverte dans toute la largeur de la façade, et divisée par six petites colonnes qui soutiennent, ainsi que les pieds-droits des angles, un entablement élégant, couvert d’une riche et grande saillie faisant le prolongement de la toiture et composée, en encorbellement, de consoles ornées et de modillons, enfin, abritant amplement, les étages inférieurs.

Tout cet ensemble ainsi gradué, en s’élevant du fort au svelte, est divisé horizontalement par des saillies, judicieusement ordonnées, qui correspondent aux divisions de l’intérieur; de plus, il est orné, aux deux étages intermédiaires, de tableaux et de frises gravés, représentant en Sgrafitti (espèce de marquetterie de deux tons) des scènes animées; les entre-deux des croisées sont encore enrichis de peintures arabesques ; enfin , même les lanternes qui sont placées aux angles du soubassement, portent l’empreinte du caractère, du goût et du soin distinctifs de cette époque.

DE LARCHITECTURE. 1

Voyez dans le tableau supérieur, (pl. 36) la façade en perspective de ce palais, et au-dessous un arrachement du plan.

Nota. On peut remarquer que notre exemple offre encore quelques traces du style Oriental, dans les colonnes sveltes qui terminent les angles extérieurs de la façade, qu’on peut considérer aussi comme un moyen de conservation et un ornement.

Le palais Nicolini, notre deuxième exemple, est de même type que le précédent pour la façade, (même planche) nous en présentons seulement le plan comme offrant une disposition toute particulière, par la singularité des localités dont le génie a su, cependant, tirer le plus charmant parti, comme on le voit dans ces passages et salles qui précèdent l’habitation; dans la cour dallée entourée de portiques enrichis de statues, et au centre de laquelle sourd une fontaine, sous ses portiques se trouve l’escalier, et, dans la direction de l’axe de l’entrée principale, une longue galerie à double étage, ouverte, à droite, sur un beau jardin, et ayant en regard une autre galerie semblable servant d’orangerie , liée à une grotte fraîche avec fontaine, puis, en retour, à un berceau couvert de pampres et soutenu par des pilastres surmontés de vases. Cette dernière partie est adhérente à un appartement en aile, venant dégager sous les portiques de la cour d’entrée. A gauche, notre première galerie dessert le logement principal qui a aussi vue sur un joli parterre de fleurs orné de grottes et d’effets d’eau, distribué, ainsi que le grand jardin, en quatre allées principales bordées de vases, et ayant au centre un bassin avec jet d’eau.

Tout, dans ce plan, présente des dispositions simples quoique variées d’effets et de détails, et peut donner une idée générale des Habitations Florentines.

École Saint-Roch à Venise. C’est sous les auspices de la religion que ce monument a été élevé aux arts : l’arthitecture a payé son tribut par l’édifice même dont le plan présente, à rez-de-chaussée, comme on peut le voir (pl. ), plusieurs parties dont une princi-

l4o DU GÉNIE

pale qui est une grande salle de quarante mètres (plus de iao pieds), sur dix-sept mètres (plus de 5i pieds). Cette salle, divisée en trois nefs, est soutenue par dix colonnes avec piédestaux, et est éclairée par onze grandes bayes; dans le fond et répondant à l’entrée est placé l’autel du Patron invoqué, et derrière est pratiqué un portique donnant sur un canal. Sur la droite, la façade, qui s’étend de deux entre-colonnements en plus de la largeur de cette grande salle, offre des pièces de service et un passage ordinaire: toujours du même côté, et prenant naissance dans la grande salle, est un magnifique escalier, à deux révolutions montant à un même palier, au milieu duquel reprend une plus large montée qui arrive, à l’étage supérieur, dans une vaste salle de réunion éclairée, comme celle au-dessous, par onze bayes avec appuis, puis entièrement libre sur son aire, et accompagnée de pièces de service, comme à rez-de-chaussée. C’est dans cette magnifique salle , ornée encore d’un riche plafond , que sont réunis les chefs-d’œuvre de l’école , dont quelques-uns sont exposés au dehors , pendant les jours de fête, à l’admiration du public.

Quant aux élévations, nous en donnons une idée dans la façade du côté de l’entrée, partie qui a été traitée d’une manière pompeuse, ainsi que l’on en pourra juger par notre description. Deux ordres composites décorent les deux étages de cette façade, et sur les cinq divisions qui en partagent la largeur, trois seulement sont enrichies de colonnes en saillies , articulant ainsi , au dehors , la partie principale de l’intérieur, et au milieu desquelles se trouve la porte d’entrée ornée de deux colonnes supportant un fronton.

Nous ajouterons ( à cause de la petitesse de notre échelle qui ne permet peut-être pas d’en faire la remarque) que l’édifice est couronné d’une ample corniche dominant les autres saillies, simple, mais enrichie dans ses modifions ; que la frise , qui est au-dessous , est sculptée en rinceaux d’ornements, avec des génies ailés qui se jouent dans le feuillage; que les chapiteaux des colonnes sont variés

de l’architecture. I/Jl

aux deux étages ; que ceux du bas sont particularises par des figures de Muses qui , semblant se presser le sein , forment le support de l’abaque, et se terminent, par le bas, en rinceaux et enroulements qui se lient avec l’ornement du milieu. Les colonnes à ces deux étages sont cannelées et , au tiers environ de leur hauteur , ceintes de branchages et de feuilles de laurier qui ornent aussi les piédestaux des petites colonnes formant l’ajustement des croisées du premier étage. Différentes marquetteries en marbre viennent ajouter à l’agréable variété de cette fabrique pittoresque, qu’une exécution soignée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, achève de rendre on ne peut plus intéressante.

Le tableau supérieur de la planche, offre la vue perspective de 1 École et d’unë partie de Xéglise Saint-Roch qui l’avoisine.

Petit Temple de Saint-Pierre, dans le cloître de Saint-Pierre in Montorio à Rome. Beaucoup de substance dans un petit volume , un certain cachetd’originalité qui se ressent toutefois du genre desTemples de Rome Antique , caractérisent particulièrement la chapelle élevée dans le cloître de l’église Saint-Pierre in-Montorio , et c’est ce que nous allons reconnaître par la description.

Son plan est circulaire, les premières lignes présentent trois marches ou degrés interrompus , environ aux deux tiers de leur circonférence, par un escalier à deux rampes qui descend à une chapelle souterraine ; ensuite , s’élève un stylobate dans lequel sont pratiquées trois ouvertures répondant à trois des points cardinaux , et par lesquelles on monte , au moyen de trois autres marches , au sol du pavé du Temple. C’est sur ce sol que régnent seize colonnes qui forment une galerie entourant la Cella ornée, à l’extérieur, de pilastres et de niches, et éclairée intérieurement par quatre croisées et trois portes dégagées en tour creuse. L’autel du saint est placé devant une niche dans l’axe du milieu ; voyez le plan tracé sur la première médaille ( p. 38 ).

Le tableau au-dessus nous offre la vue perspective extérieure de

ledifice, le spectateur étant placé dans son enceinte. On voit d’abord les trois degrés ou marches portant le stylobate sur lequel s’élèvent les colonnes d’ordre Dorique, surmontées de leur entablement complet, orné de triglyphes et métopes enrichis d’attributs et d’instruments sacrés; de plus, couronné d’une balustrade de forme légère; puis enfin, les niches ornées de coquilles scupltées. Au-dessus de l’entablement reparaît le corps de la Cella; il présente un attique qui , percé de huit bayes et orné d’autant de niches , est couronné par une corniche enrichie de modillons , avec acrotères au-dessus; enfin , le tout se termine par une coupole couverte de tuiles taillées en écailles et servant de base à un piédouche surmonté d’une boule et de sa croix.

L’intérieur est décoré, dans son périmètre, de pilastres ( d’ordre Dorique autre que celui de l’extérieur) avec piédestaux, et portant un simple entablement; l’attique au-dessus percé de ses huit bayes et couronné de sa corniche, est terminé par une voûte sphérique, ornée de peintures et recouverte par une deuxième voûte sur-élevée formant toiture. Les entre-pilastres sont ornés de niches et de voussures avec archivoltes. Le pavé est percé, dans le milieu, d’une lunette répondant dans la chapelle souterraine. Cette dernière, à laquelle on descend, comme nous l’avons vu plus haut, par un escalier placé derrière l’édifice , est éclairée au moyen de l’évidement de l’autel de la chapelle supérieure, et est ornée dans le fond, vis-à-vis de l’entrée, d’une niche, d’un autel et d’accessoires caractéristiques. Les murs sont revêtus de marquetteries en marbre; le pavé également en marbre , est percé, dans son milieu, d’une fossette circulaire recevant une lampe qui est perpétuellement allumée. ( Voyez la deuxième médaille ).

Telle est, en abrégé, la disposition de notre Monument : on peut ajouter qu’il est d’une élégante proportion , et que ses colonnes de granit gris sont, ainsi que le reste, d’une exécution soignée. Que ne nous est-il donné maintenant de rendre l’impression austère et agréable tout à la fois qu’il nous a fait éprouver!

de l'architecture. i43

Il nous en souvient encore. Ce fut dans un de ces jours particulièrement consacres au recueillement et à la nuit tombante, que nous nous trouvâmes fortuitement devant la porte de l’enceinte : attiré par une clarté mystérieuse , nous entrâmes d’abord sous la loge ouverte sous le cloître; là, nous admirâmes le petit temple dans ses principales parties qu’embellissait encore l’effet d’un foyer de lumières intérieures dont l’éclat se répandait sur l’effigie du Saint, qui est de marbre blanc, entourée de fleurs , et sur un autel richement orné; puis, au moyen des croisées et des trois portes ouvertes, la lumière qui réfléchissait sur les fidèles en adoration , les uns dans le sanctuaire, les autres sur le parvis de l’enceinte , vint compléter le charme du spectacle qui enchantait nos esprits.

Nous laissons au lecteur à se figurer ce que les autres aspects peuvent avoir de piquant, sur-tout ceux qu’offre la chapelle souterraine, symbolique et mystérieusement éclairée par cette lampe qui brûle nuit et jour devant l’autel.

Loges du Vatican à Rome. Quoique cet édifice n’offre pas un plan régulier, nous n’avons cependant pas hésité à le présenter comme exemple de génie, d’effets grands et harmonieux produits par des moyens simples.

Il ne s’agit que d’une cour entourée, de trois côtés seulement, par des corps de bâtiments avec galeries de communication à quatre étages différents, qui se lient, d’une part à la Basilique Saint-Pierre, de l’autre aux fameuses Chambres décorées par Raphaël, et au Vatican. Mais ces galeries, ouvertes sur la cour, sont d’une architecture très-élégante, et celle du premier étage a vue sur le parvis du temple , sur la ville et les jardins.

Leur plan à rez-de-chaussée est divisé, sur le devant, par des ouvertures terminées en arcades simples en élévation, et dont une seule décorée présente une fontaine, des jets d’eau et une vasque. Aux premier et second étages sont également des bayes en arcades , mais ornées d’impostes, d’archivoltes et de pilastres sur piédestaux. Le

premier étage est d’une ordonnance Dorique, avec entablement simple, sans triglyphes dans la frise ; le deuxième est d’un ordre Ionique également avec entablement simple , et ces deux étages sont couverts en autant de voûtes qu’il y a d’arcades. Au premier , ces voûtes sont sphériques , celles du deuxième sont , ce qu’on appelle voûtes en arc de cloître ; elles sont aussi portées sur des arcades de la même grandeur que celles de la façade ; enfin le dernier étage est soutenu par un rang de colonnes d’ordre Corinthien , posées sur piédestaux et surmontées d’un entablement orné de modifions dans sa corniche et supportant la toiture. Le plafond de ce dernier étage présente autant de compartiments que d’entre-colonneinents , et des soffites qui répondent aux pilastres engagés dans le mur et qui supportent, par le moyen des voussures, de grand caissons carrés. Les bayes de ces trois derniers étages sont ouvertes jusque sur le. pavé, et remplies par des balustrades qui en forment les appuis.

Toutes ces dispositions pourraient n’être qu’une œuvre purement géométrique et toute de raisonnement, mais elles sont d’un caractère entièrement approprié au sujet; partout on voit que le génie, accompagné du goût et du talent , a su tirer parti des moindres choses , les percements de portes dans les galeries, leurs ajustements quoique variés, sont en harmonie avec le tout; enfin Raphaël, animé comme les anciens, a décoré, ou , pour parler plus justement, a fini de caractériser ce lieu par des représentations de sujets sacrés qu’il a accompagnés de tout ce que l’imagination la plus féconde peut présenter en ornements de tous genres, composés ou imités de la nature. Indépendamment de ses autres ornements, la galerie supérieure est encore enrichie , sur les parois de ses murs , de cartes peintes des villes d’Italie.

D’après cela , on peut se figurer tout le plaisir que la vue seule de cet édifice doit faire éprouver au spectateur , quand même il n’entrerait que dans la cour oû il voit ces façades, d’un caractère doux et d une élégante ordonnance , servant de cadres à tous les intérieurs

DE L’ARCHITECTURE. izj5

peints des couleurs les plus vives, les plus variées, les plus fraîches et les plus riches. Mais, excité par cet aspect vraiment enchanteur, il n’en reste pas là; les galeries supérieures l’appellent, et c’est en les parcourant qu’il en admire les masses ou les détails, soit intérieurement, soit extérieurement, quelles lui présentent autant de premiers plans à ce qui les environne, et, par leurs arcades, autant de tableaux charmants, de la ville, de ses belles fabriques et de leurs jardins.

Cour du Louvre à Paris , particulièrement de la partie gauche de la façade intérieure regardant le Levant. Nous n’entrerons pas dans les détails historiques de la forme complète de cette cour qui a commencé par la façade d’un palais comprenant les trois' avant-corps couronnés, chacun, d’un fronton circulaire, et auxquels il a été ajouté successivement le grand pavillon du milieu , le surplus qui complète la façade, et enfin les trois autres côtés formant la Cour telle quelle se voit aujourd’hui. Ce sera le caractère primitif qui se reporte à notre ère que nous ferons observer comme renfermant la beauté caractéristique unie, dans ses détails, à ce que le goût a de plus pur, de plus ample et de plus élégant , et pouvant servir de modèle à l’égal des chefs -d’œuvres Grecs et Romains desquels on sent que cet exemple a été inspiré.

Dans le plan de la Cour que nous représentons en entier , même avec les changements et améliorations modernes , on voit d’abord , (pl. 3g) que l’espace compris entre les bâtiments est un carré parfait de i^3 mètres; que l’on y entre, des quatre points cardinaux, par quatre vestibules variés et riches de distribution; que le corps de bâtiment au levant se compose savoir : aux deux côtés du vestibule du milieu , de deux escaliers à limons pleins , richement décorés dans leurs voûtes par des ornements caractéristiques et des devises; à gauche, d’une grande salle destinée à rendre la justice, et ornée , du côté de la porte d’entrée, par une belle tribune que soutiennent des Caryatides colossales à l’instar de celles du Temple de Pandrose à Athènes, puis , du côté opposé , par des espaces soutenus de colonnes groupées

au-devant desquelles on monte au tribunal ; (cette grande salle , ainsi que celles qui suivent et celles jusqu’au vestibule du côté en retour, sont actuellement les salles du Musée de sculpture et des antiques ) ; que le corps de bâtiment, au couchant, est distribué également en de grandes salles, et qu’à ses deux extrémités sont établis nouvellement deux magnifiques escaliers desservant les trois ailes de bâtiments et montant à l’étage de la fameuse galerie ouverte à l’extérieur de l’édifice.

En élévation, notre façade présente, au milieu, un pavillon principal , et , de chaque côté , trois autres avant -corps de moindre saillie sur le corps de bâtiments; le tout percé, à chaque étage, de vingt-une croisées ; dans sa hauteur, elle est divisée en trois parties, mais au pavillon principal plus élevé que le reste, elle en offre quatre ; ces divisions articulent les étages de l’intérieur qui sont : le rez-de-chaussée décoré, au dehors, d’une ordonnance Corinthienne complète avec piédestaux et entablement; le premier étage, d’une ordonnance Composite également avec piédestaux et entablement ; le deuxième et dernier d’un ordre Attique; le troisième du grand pavillon, enrichi d’un ordre de Caryatides supportant un fronton triangulaire que surmonte une toiture en forme de dôme élevé sur un plan carré; les avant-corps des deux côtés sont terminés par des frontons circulaires, et la toiture qui recouvre le tout est enrichie, à son faîtage , d’ornements qui lui donnent l’aspect d’une tente royale.

Quoiqu’il soit facile de reconnaître , dans la figure que nous présentons de cet édifice , combien les convenances y sont observées , tant sous le rapport de la richesse que sous le rapport de la judicieuse gradation des étages ou se distingue si bien l’habitation d’honneur, que termine heureusement le couronnement pompeux de l’étage attique; peut-être, cependant, nous demandera-t-on, attendu la petitesse de notre échelle qui empêche de distinguer les détails , sur quoi nous avons fondé ce titre de consécration : Le génie de l’architecture aux vertus chevaleresques. Notre réponse sera dans le sujet

DE LARCHITECTURE. 1

même. Elle existe dans cette élégance soutenue qui est répandue dans tout l’édifice, et particulièrement dans cette multiplicité d’attributs , de devises et de places destinées à recevoir des inscriptions caractéristiques du sentiment de cette époque. Au-dessus des portes à rez-de-chaussée des six avant-corps on voit, en sculpture, des génies représentant les Arts, les Sciences, la Guerre, la Victoire, l’Abondance , et d’autres figures allégoriques ; puis , dans les frises du premier ordre , des arcs et des carquois enlacés de lauriers ; dans les parties supérieures, des groupes d’amours se jouant parmi d’amples guirlandes de fleurs et de fruits, enlaçant des chiffres et des symboles; au-dessus des principales croisées, des bustes de Diane, accompagnés de lions et de chiens, etc.; mais, c’est sur-tout dans l’attique que se trouve une grande réunion de signes caractéristiques ; là , ce ne sont que trophées , que figures colossales et symboliques des Eléments , des Vertus et des Talents ; les unes sont portées sur de fortes guirlandes de fruits , et représentent le Commerce , l’Abondance , etc. ; d’autres sont armées de toutes pièces ; d’autres encore sont avec des attributs d’arts et de science ; toutes sont accompagnées de petits sujets explicatifs aussi figurés et servant d’ornements. Enfin , la corniche de cet étage forme diadème par l’assemblage de têtes de mascarons , de signes de puissance surmontés de flambeaux et de croissants qui la couronnent. Dans le même esprit d’abondance , l’étage, sur l’attique du pavillon principal , est orné de huit figures Caryatides colossales d’un grand effet et, dans son milieu, d’une figure assise représentant la Victoire.

Il n’a pas dépendu du génie de Pierre Lescot que ce monument ne fut complètement caractérisé et n’offrît tout l’intérêt possible. En effet, le grand nombre de niches et de tables de marbre qui se trouvent à tous les étages , au-dessus des portes , dans les médaillons et dans les frises, présente le moyen de placer des statues, puis d’écrire des devises et des sentences morales dont lame aime à se nourrir dans tous les temps. Enfin une des qualités de cette partie de monument

qu’aucune description ni même aucun dessin ne sauraient rendre , c’est le sentiment de ses membres architectoniques et de sa sculpture : dire que celle-ci est en partie du ciseau de Jean Goujon , c’est déjà en donner une idée avantageuse; c’est dire quelle est originale, sans pour cela cesser de ressembler au B eau- Senti de tous les temps , de tous les lieux ; quoique subordonnée à l’ensemble de cet édifice, on sent pourtant quelle est libre; aussi, attache-t-elle par son originalité. En général , on ne peut s’empêcher de reconnaître que , dans toute l’œuvre , il y a eu association de talents créateurs.

Tl 36.

LE-GENIE • DE -LÂRCHITECTVRE-A-IVTILITE-/VX-PLAISIRS- PRIVES ET -P VP LICS • CHEZ -LES -FLORENTINS-

PALAIS-GVADAGNI- iïT

PLACE -DV-S^-ESPHIT *

PI 3 r-

Page 1