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COMPOSITE

En remarquant les édifices de l’époque où nous allons entrer et dont il faut fixer les commencements vers le milieu du temps de l’e'rection de la Basilique Saint-Pierre à Rome , on ne peut s’empêcher d’y reconnaître (à travers l’invention) l’influence des principes publiés par les maîtres qui florissaient alors , sur-tout celle du système des cinq ordres par Vignole, et que, pour cela, nous plaçons en tête de ce chapitre.

Mais , préalablement , pour savoir à quoi s’en tenir sur ces sortes de principes , adoptés trop souvent comme règles absolues , nous croyons devoir en reculer l’origine aux temps les plus anciens , justement comme une suite d’observations nous y montré, et ces principes et l’art naissant avec eux, déjà dans le moindre objet consacré, comme la Pierre de limite ou du serment, le Fétiche du sauvage, la Pierre-votive, les Dieux ronds des anciens et les Hermès; ces derniers terminés d’abord par des têtes d’animaux d’une utilité reconnue , puis par des têtes humaines, tous signes indicateurs d’époques et de saisons, ou, écrivant allégoriquement des pensées dignes de mémoire. C’est de la réunion de ces caractères qu’il faut voir les premiers peuples se former les premiers Temples, dont les parties sont autant d’expressions de sentiments religieux , poétiques , et généralement métaphysiques.

Ainsi quoique, depuis bien des siècles, l’on ne semble considérer que sous des rapports purement géométriques et de goût les membres constitutifs des édifices ; quoique nous regardions simplement la Colonne comme un support nécessaire, composé pour son plus haut degré de stabilité et de grâce; sa Base plus étendue, comme

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ayant les mêmes fins; son Chapiteau , comme servant à diminuer, par ses saillies, la portée des linteaux continus, appelés Architraves , et adoptés pour la liaison de tout l’édifice ; la partie au-dessus , nommée Frise, comme une suite de supports et dégageant la partie supérieure ; quoique nous ne considérions encore cette partie supérieure appelée Corniche , que comme utile à la conservation générale de l’édifice et le Fronton , que comme' un moyen d’éloigner les eaux du ciel des façades principales; malgré, disons-nous, toutes ces propriétés matérielles des membres architectoniques , nous aimons les observations savantes qui nous les montrent , sous de plus précieux rapports , comme autant de Caractères Hiéroglyphiques.

En effet, s’appuyant des exemples, elles nous font remarquer, entr’autres, les supports ou colonnes ayant des pieds, des mains, des têtes; les unes prenant naissance dans des feuillages, dans des vases; d’ autres portées sur des animaux; d’ autres avec des griffes ou, comme à Palmyre, ayant leurs attributs caractéristiques marqués par une petite figure qui leur est adhérente; et sur-tout, la variété indicible de ces supports dans leurs chapiteaux. Aussi voit-on que ce n’est pas pour de simples propriétés physiques qu’ont été inventés les membres appelés: Colonne, Cannelure, Architrave , Frise, Triglyphe , Métope, Corniche, Fronton, Cimaise de couronnement ou C encorbellement , Ove , Denticule , Goutte , etc.

Les Colonnes sont des allusions au temps ; les Cannelures représentent les sillons de la terre ; 1’ Architrave et la Frise sont le Cycle , le bandeau porté sur une quantité déterminée de supports qui sont en nombre et en propriété analogues aux saisons et aux mois; ces parties horizontales portent avec elles, à cet effet, des divisions caractéristiques d’époques et d’espaces; les unes, les Triglyphes, représentées par divers signes sensibles , tels que des triples sceptres , des lyres, des trépieds, des tyrses, des cannelures, etc.; les autres les métopes ou espaces, remplisde figures significatives, sous les formes de vases, de têtes de béliers ou de bœufs, de patènes de sacrifices, de

tableaux , etc. ; la Corniche caractérisée, par exemple, clans ses faces et à ses plafonds, par des disques, des ubeus, des ailes d’épervier , des chacals, oupar des foudres ailés , des têtes d’Apollon, des flambeaux, etc., c’est la Corbeille- Céleste ou Couronne d’Osiris renversée sur la terre , et répandant sa précieuse influence : le Fronton , c’est l’aigle , comme l’indique son nom en langue grecque, le Gehova. Ces petits corps appelés Denticules sont des subdivisions du temps ; ceux qu’on appelle Gouttes retracent les bienfaits de la rosée; les Oves, séparés par de petits dards, sont les œufs , symbole très- antique et trèsconnu de la fécondité, et ici vivifiés par la chaleur. Enfin toutes ces parties, sont des figures emblématiques, exprimant des idées d’astronomie, d’agriculture, de statistique, de religion, d’arts et de sciences.

Ces caractères dont on reconnaît les premiers principes dans les vieux monuments de l’Inde et de l’Egypte, cessèrent presque entièrement d’être allégoriques ; chez les Grecs on les y voit se changer en des figures géométriques qui , modulées selon un certain rhythme , et devenues ainsi des échelles de proportion et d’harmonie, formèrent d’abord, trois sortes de modes , appelés Dorique, Ionique, Corinthien.

Le premier se reconnaît à sa colonne sans base; à son chapiteau simple et mâle avec son couronnement carré appelé Tailloir et ses moulures fines , découpées en forme d’osselets et de perles ; à ses supports formant parpaings et appelés Triglyphes, qui divisent la frise et dont les derniers soutiennent les angles, comme cela se remarque au Parthénon et explique pourquoi les triglyphes des extrémités ne tombent pas aux milieux des colonnes.

Le second mode est très-distinct du premier, tant par l’élégance de sa colonne qui a une base, que par son chapiteau, dont les lignes au-dessous du tailloir, sont terminées en spirales très-amples et très-gracieuses, appelées Volutes.

Le troisième enfin, plus élégant encore, se rattache au second

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par les volutes de son chapiteau qui est d’une proportion plus haute, puis, est accompagné de feuilles et de Caulicoles dans lesquelles prennent naissance ces mêmes volutes qui semblent porter une Table d’ autel (si ce chapiteau n’est pas lui-même un simulacre d’autel consacré à la terre), table enfin dont les quatre faces sont concaves et échancrées aux angles, comme on le voit aux trépieds. Cependant au Temple de Jupiter Olympien et au Temple de Vesta à Rome, ces mêmes angles sont entièrement aigus et présentent comme des dards ou rayons d’auréole.

Tels sont les trois modes Grecs que les Etrusques et les Romains adoptèrent, mais réformèrent d’après un sentiment qui leur est particulier, et auxquels ils en ajoutèrent deux autres , l’un appelé Toscan, que l’on reconnaît à sa grande simplicité et particulièrement à la base de sa colonne; l’autre nommé Composite ou Romain, distingué par la grande richesse de son chapiteau , avec feuilles de persil ou autres, et plus encore par ses volutes qui prennent naissance dans les oves, et au total, se rapprochant beaucoup du chapiteau Corinthien.

Il ne nous reste rien sur l’origine et la théorie de ces principes, si ce n’est ce que nous en apprennent les monuments eux-mêmes, et particulièrement ceux de I’Inde où l’on retrouve des idées, en général, du chapiteau Dorique , dans les supports ou colonnes en forme de vases ou pots à feu. Dans I’ancienne Grèce , les trigfyphes accompagnés d’accessoires symboliques, comme vases, thyrses, et pavots inhérents, figurent des autels et des trépieds: le chapiteau Ionique , ébauché dans I’Inde, fini dans ses détails chez les Égyptiens, et enfin devenu type dominant chez les Grecs, présente par ses volutes, des allusions aux ondulations des eaux, et d’autres fois, aux cornes des béliers ou à celles de la Chèvre Amaltée, qui a nourri Jupiter; et, en général, à ces parties d’animaux regardés, par ces anciens, comme des signes de puissance et d’abondance : nous voyons également des allusions à la terre, dans le chapiteau Corinthien , rappelant

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aussi ceux des Egyptiens , à la forme de bouton de lotus entouré de ses feuilles ou de celles de palmier, et couronnés de l’autel ou la table hiéroglyphique.

D’un autre côté, en fait d’origine, de doctrine raisonnée et écrite, nous ne pouvons citer que ce qu’en a publié Vitruve ; et encore , ce maître, dans son ouvrage, ne s’étend-il que sur les quatre premiers

ordres qui ne nous sont pas même parvenus figurés. Ce n’est

qu’après un long intervalle, que ses commentateurs et des auteurs célèbres sentirent la nécessité de reproduire des Bases propres a r étude générale de l’Art, c’est alors que les uns les ont figurées d’après ce qu’ils comprirent du texte du vieil auteur, que les autres, inspirés par les édifices-mêmes de Rome, ont établi leurs systèmes selon la teinte de leur génie, et c’est ainsi que chacun de leur côté, Barozzi-de-Vignole , Palladio et Scamozzi de Vicence, Labacco et Léon-Alberti de Florence, Rusconi de Venise, Serlio de Bologne, Philibert-de-Lorme et Debrosse de France, et d’autres maîtres de divers lieux , ont publié des règles de physionomies et de styles différents , il est vrai , mais semblables sous le rapport de la gradation des caractères; car, ainsi qu’on peut le remarquer, Tous ont présenté l’Ordre Toscan, comme le plus robuste et le plus simple; V Ordre Dorique , comme plus élégant et plus riche; l’Ordre Ionique, comme plus svelte que ce dernier, plus orné et d’une simplicité plus délicate; l’Ordre Corinthien, comme plus léger et plus riche encore, particulièrement dans son chapiteau abondant en feuillages , en pampres et en volutes , et l’Ordre Composite , de même dimension que le précédent, mais plus magnifique et susceptible de plus de variété, surtout dans le chapiteau qui tient des deux ordres Ioniques et Corinthien. Enfin, sous le rapport de l’Harmonie , il est encore à remarquer que ces auteurs se sont également rencontrés.

Quand on pense que tous ces systèmes, en y comprenant même celui de Vitruve, ont, pour ainsi dire , été puisés à la même source,

il semble qu’ils devraient se ressembler; il n’en est pourtant pas ainsi: tous sont tellement différents entr’eux, et leurs parties, néanmoins, sont dans un si juste rapport, que l’on ne pourrait tirer une pièce de l’un pour la rapporter à l’autre sans produire des discordances; aussi ces sortes d’inventions ajoutent-elles singulièrement aux exemples infinis d’ordres de divers styles, et sont-elles plus propres, par leur réunion et leur composition suivie, pour l’étude, mais rien que pour V étude de la Progression des caractères et de V Harmonie en général.

Pour que l’on puisse se faire une idée de ces systèmes, nous présentons seulement celui de Vignole, (pl. 4°)j non dans toute son étendue, ni dans la délicatesse de ses subdivisions, ni dans la grâce de ses courbures et de ses ornements (tiotre échelle ne le comporte pas) , mais simplement pour donner connaissance de la construction géométrique des masses et de la proportion des cinq ordres ou ordonnances de ce maître.

On verra donc que Vignole, de même que Vitruve et les autres auteurs, compose ses principes de membres généraux, comme Piédestaux avec Bases et Corniches ; Colonnes avec Bases et Chapiteau ; Entablements avec Architraves , Frises et Corniches ; qu’il assemble ensuite ces parties pour en former des portiques , les uns en colonnades, les autres en arcades avec ou sans piédestaux et ornées d’impostes et d’archivoltes, etc.

Également pour établir son système, comme Vitruve, il regarde la colonne, compris la base et son chapiteau, comme une unité dont il prend le tiers pour la hauteur totale à donner au piédestal , puis le quart comme mesure générale de l’entablement. Après avoir divisé ses colonnes, savoir: celle du premier ordre en y parties; celle du deuxième en 8 ; celle du troisième en q et celles du quatrième et du cinquième en io parties, il forme de ces parties les Diamètres de ses colonnes qu’il prend pour mesure ou terme de comparaison, et qu il divise en deux parties égales appelées Modules , lesquels sont

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subdivisés, savoir: pour l’ordre Toscan et l’ordre Dorique en 12 parties ou minutes , et pour les ordres Ionique > Corinthien et Composite en 18 parties : et, selon leur place respective, chaque membre principal et les parties qui le composent, prennent les dimensions suivantes.

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