A ROME , JUSQU’A TIVOLI
Il y a tant de choses à dire sur la prodigieuse fécondité du Génie de l’Architecture, sur la variété incalculable de ses produits, même de ceux qui portent le même type et qui ont la même destination, que nous ne croyons pouvoir mieux terminer ce rappel à la pro priété de l’art, et à l’immensité de son matériel, qu’en rappelant quelques Monuments principaux, de toutes les Époques, rien que sur une simple ligne de Paris à Rome; nous indiquons ainsi la marche à suivre pour faire de pareilles revues plus fructueusement, à l’aide d’ouvrages publiés que l’on aurait sous les yeux, et, nous excitons , par ce moyen, à parcourir la Terre dans ses nombreuses et diverses directions , en suivant les traces qu’y a laissées le Génie de l’Architecture.
Commençant par cette grande et extraordinaire Cité, Paris, nous voyons d’abord son ensemble bordé, extérieurement par des boulevards plantés d’arbres, à différentes hauteurs de sol, ce qui la dégage de ses environs , et offre une promenade continue de plus de vingtsix mille mètres; ensuite et naturellement ce sont les Édifices formant les Entrées qui se présentent à nous. Ils sont au nombre de cinquante, tant grands que petits.
Les plus remarquables sont : la Barrière dite du Trône, avec ses deux pavillons principaux , et particulièrement ses deux colonnes
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colossales, isolées, destinées à porter des statues de la Ville et du Commerce; en suivant et successivement, au nord, la Barrière Saint- Martin, sur un plan carré à quatre façades et péristyles formant soubassement , surmonté d’une vaste rotonde avec galerie, en colonnade, ouverte sur la campagne; la Barrière de Monceau,, à l’instar des temples Grecs; celle du Roule, avec ses vestibules et terrasses; celle de Neuilly, au plan quadrilatère et entourée d’une colonnade ; celle de la Conférence, avec péristyle ouvert en arc au-dessus de sa colonnade; puis, celles de l’Ecole militaire, du Mont-Parnasse, d’Enfer et d’Italie. Toutes productions en général bien accusées dans leurs plans , d’une ampleur suffisante , de caractères et de formes analogues au lieu, et ne demandant que la réforme de quelques bisarreries dans les détails.
Si nous continuons à nombrer les Edifices par séries, nous voyons sur la Seine, douze Ponts de communication, dont les plus caractérisés sont: le Pont Saint-Michel, le Pont-Neuf, et le nouveau Pont du Champ de Mars.
Parmi les édifices tant religieux que civils, indépendamment de ceux que nous avons déjà décrits, nous trouvons, d’abord, l’Eglise dite des Carmes (faub. Saint-Germain ) qui se fait remarquer par sa disposition en plan , et par son intérieur orné de peintures et de sculptures et que l’on sent avoir été décoré avec zèle; ensuite l’Eglise Saint-Paul , dont le portique abonde en détails de caractère pleins de finesse et de goût; l’Assomption, présentant une grande rotonde et un portique Corinthien bien accusé. Le Val-de-Grâce, dont le parvis, ouvert sur le devant, est grandement décoré; les Quatre-Nations, aujourd’hui le palais de l’Institut, à la disposition théâtrale et aux détails fermes , imités des types Romains ; l’Eglise de Saint-Laurent, portant un caractère vraiment religieux; Saint-Philippe du Roule, dont le portail est d’ordre Dorique, et l’intérieur terminé en voûte, avec caissons, supportée par des colonnes Ioniques ; l’Eglise des Capucins (chaussée d’Antin), avec son cloître; d’autres Eglises Go-
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thiques et restaurées au temps de la renaissance) telles que : Saint- Nicolas des Champs ; Saint-Germain-l’Auxerrois ; Saint-Eustache et son portique moderne; enfin, d’autres purement Gothiques, entre lesquelles il faut distinguer, l’Eglise appelée la Sainte-Chapelle du Palais. Viennent ensuite les Hôpitaux, les uns d’un caractère religieux, tels que: Saint-Louis, au plan ferme d’une grande et complette disposition; l’Hôpital dit la Salpétrière et quelques parties de l’Hôtel - Dieu ; les autres d’un caractère civil , comme l’Hôpital Beaujon, (faub. Saint-Honoré), au plan et à l’élévation complets. L’Hospice Cochin, sur un plan également complet, quoique dans un petit espace; enfin, l’Hôpital des enfants orphelins; celui des aveugles dit les Quinze-Vingts ; l’Hospice des Incurables, (faub. Saint-Germain) dont les salles sont grandement disposées , et celui de la Charité dont l’église a été transformée en Clinique.
Nous trouvons également sur différents points de la ville, d’autres Edifices d’utilité publique, comme le Palais des Tuileries, demeure royale, remarquable , surtout, par ses pavillons au caractère d’habitation et ses galeries sur les jardins ; le tout décoré des ordres Ionique et Corinthien qui , à l’extérieur, articulent bien les étages ; l’Intérieur de ce palais se recommande encore par son bel escalier, ses appartements riches, graves et gracieux tout à -la -fois, sa chapelle, ses galeries et ses Salles des Gardes, du Trône, de Conseil et de Spectacle; le tout lié au Palais du Louvre par une longue galerie, renfermant les Musées de peinture et de sculpture, richement et élégamment décorée; le Palais du Luxembourg, autre habitation d’importance, d’un ensemble vaste et colossale, dont les étages sont articulés par les ordres Toscan et Dorique et par un ordre Attique ; il comprend quatre corps de bâtiments principaux, dont l’un sur le devant , se compose de galeries , de terrasses , de pavillons aux extrémités, et au centre, d’une loge terminée en coupole. L’aile droite renferme un grand et magnifique Escalier conduisant au corps de bâtiment principal, et dans l’axe de ce dernier, une Salle d’ Assemblée
d’autorité Nationale; l’aile gauche forme des salles de Musée de peinture : Un autre Palais, actuellement de même destination que le précédent, dans la direction d’un beau pont, orné d’un Portique surmonté d’un fronton, soutenu par douze colonnes de front, d’ordre Corinthien , et encore élevé sur un vaste perron de trentequatre marches, orné de statues colossales analogues au lieu. Un quatrième édifice appelé Palais-Royal, composé de divers corps de bâtiments, orné sur sa façade principale des ordres Dorique et Ionique; il comprend un vaste Jardin planté d’allées d’arbres, orné de jets d’eau et entouré, à rez-de-chaussée, de galeries se liant à de beaux péristyles distribués en quinconces de colonnes, et ses bâtiments élevés sont richement décorés : le Palais de Justice, entre les différentes parties duquel on distingue, dans l’aile à droite, son bel Escalier arrivant à une longue galerie qui donne entrée à une immense Salle de réunion publique, divisée en deux nefs réunies au moyen de grandes arcades ornées de pilastres d’un ordre Dorique, et qui communique aux différentes salles d’audience des divers Tribunaux : l’Hôtel-de- Ville, avec sa façade mi-gothique, mi-Romaine, aux lignes horisontales bien accusées, et pouvant, au moyen de niches ornées, recevoir des statues qu’éleverait la reconnaissance publique; il est de plus remarquable par ses cours élevées, entourées de galeries ou communications couvertes, ses escaliers voûtés et ornés, enfin par une vaste Salle-Galerie éclairée sur la place publique : l’Hôtel des Monnaies, dont le plan bien percé offre, dans le bâtiment principal et en avant , un vaste péristyle auquel répond un bel escalier montant aux galeries des Minéraux et des Médailles, ainsi qu’à d’autres locaux pour l’Administration ; le reste est distribué en différentes cours se communiquant par des passages ordonnés, et entrant aux ateliers de fabrication.
On remarque encore d’autres Palais ou grandes Habitations ; tels que: la Maison Carnavalet, ornée de sculptures originales de Jean Goujon; l’Hôtel Beauvais , au beau portique d’entrée et dont l’escalier est grandement disposé ; l’Hôtel Soubise présentant de grandes cours
que supportent des colonnes d’ordre Corinthien, son pavillon orné et, comme dépendances, l’Hôtel-Cardinal regardant le jardin : le Palais de Salm, aujourd’hui Palais de la Légion d’Honneur, avec sa porte en arc de triomphe, sa grande cour entourée de portiques en colonnades d’ordre Ionique, et son principal portique d’ordre Corinthien donnant entrée au Palais, composé de grands appartements très-décorés : l’Hdtel Gallifet, au portique Ionique, et au riche intérieur : un autre Hôtel Soubise, rue de I Arcade, avec ses augmentations et ses changements qui en font, pour ainsi dire, une habitation royale, et spécialement sa grande salle de festin d’une ordonnance grande et gracieuse : l’Hôtel de l’Infantado, sur-tout le petit Hôtel en forme de manège bien exprimé au dehors, et qui est caractérisé par sa sculpture d’un bon style: l’Hôtel de Viîleroi, rue de 1 Université: celui de Lucques, rue Saint - Dominique : l’Hôtel Biron, rue de Varennes : l’Hôtel Télusson, dont l’entrée pittoresque est formée par une grande arcade, faisant cadre à travers lequel on voit, parmi les arbustes, une riche habitation, sur un soubassement élevé, et composée particulièrement d’un pavillon en tour ronde, enrichie d’une colonnade Corinthienne-, et dont l’intérieur offre une grande et agréable distribution: le Palais du cardinal Fescli, habitation restaurée à la manière des grands palais Italiens : le rang d’Hôtels avec jardins , bordant le quai d’Orsay : les deux Hôtels qui se distinguent rue du Mont-Parnasse : les Maisons de plaisance sur les boulevards de ce nom : l’Hôtel d’Uzès dont la porte est ornée de colonnes portant des trophées et dont le bâtiment principal est d’ordre Corinthien. . . Il faut aussi noter les Hôtels qui bordent le côté droit des Champs-Elysées, et parmi lesquels on remarque le Pavillon de Brunoi, ainsi que l’Elysée-Bourbon, surtout depuis sa belle restauration et son augmentation; enfin, des milliers d’Habitations particulières qu’il deviendrait trop long d’énumérer ici.
Maintenant ce seront d’autres Edifices d’utilité publique, tels, par exemple, que les Marchés. Nous commencerons par la Halle aux
Farines, de forme circulaire, composée de bâtiments à double nef sépares par des colonnes supportant des voûtes-d’arête , et offrant, audessus, un étage également voûté, à l’usage des greniers : ces bâtiments , en anneaux , sont ouverts en arcades , tant à l’extérieur qu’à l’intérieur , sur un espace de près de deux cent vingt pieds de diamètre , et couverts d’une voûte-plein cintre percée d’une ouverture en lanterne , et fermée de fermes et de châssis, en fer coulé , recevant une couverture en planches de cuivre. Viennent après : la Halle aux Vins ou Entrepôt de ce liquide, comprenant, dans une grande étendue de terrain enclos, de vastes magasins couverts à double couverture, pour empêcher le contact de l’air extérieur, et, dans d’autres parties, de nombreux celliers voûtés, au-dessus desquels sont érigés d’autres magasins pour les eaux-de-vie et liqueurs ; le tout dégagé et desservi par des rues plantées d’arbres, et enveloppé de son enceinte, ayant, à l’entrée, des pavillons pour l’ Administration : les Greniers d’ Abondance, bâtiments d’une seule ligne , de 35o mètres, 1 077 pieds, élevés sur des berceaux de cave d’un aspect à perte de vue, et composés d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage au-dessus. Puis, parmi les autres Marchés de comestibles , dont nous avons offert un exemple dans le Marché Saint-Germain, nous remarquerons : celui de la place Maubert , érigé au pied de la montagne Sainte-Geneviève , et disposé pour avoir une cour également au centre : le Marché Saint-Martin, qui se coordonne avec le Conservatoire des Arts et Métiers , et qui présente deux bâtiments de halles couvertes , une fontaine au milieu, puis deux pavillons, dont l’un sert de corps-de-garde, et l’autre est à l’usage de l’administration de la police ; enfin, le Marché Saint-Jean, vieille rue du Temple, disposé à la manière des Xistes couverts qui faisaient partie des Thermes des anciens Romains, et présentant dans le fond , des boucheries publiques séparées par une rue.
Si nous jetons actuellement les yeux sur les Théâtres tant grands que petits , nous verrons parmi les premiers, entre lesquels nous avons distingué celui de l’Odéon : le Théâtre Français (rue de Riche-
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lieu) remarquable par son grand vestibule circulaire , ses galeries de dégagement, à rez-de-chaussée, et l’intérieur de sa salle grandement décorée : l’ancien Théâtre de l’Opéra ( maintenant Théâtre de la Porte-Saint-Martin) avec sa façade caractéristique, et celui de la rue de Richelieu, aux grandes dimensions; enfin le Théâtre-Favart au portique Ionique, et le Théâtre Feydeau à la façade aux Cariatides Grecques : parmi les seconds, l’Ambigu-Comique, et les Variétés : ce dernier Théâtre érigé sur un terrain exigu, mais dont on peut cependant remarquer le double portique au dehors, le bel et simple vestibule et la salle caractéristiquement et élégamment décorée.
Au nombre des Places monumentales, nous compterons : celle dite Vendôme, qui se recommande par la belle proportion entre l’espace et ses bâtiments disposés, pour la plupart, sur de beaux plans, et qui est ornée, en sus, d’une belle colonne triomphale : la Place Royale et ses portiques, avec sa promenade en verdure au milieu : la Place des Victoires, partie formée en cercle, dégageant le quartier et répondant à diverses percées : la Place Louis XV , centre de points de vue uniques , d’abord sur un grand chemin bordé d’arbres formant promenade en amphithéâtre; puis, en regard, sur un grand jardin public, les Tuileries ; ensuite, dans la ligne transversale, sur un portique décoré de colonnes au-devant duquel se trouve un pont qui doit être orné de statues colossales, et, au côté opposé, sur un autre portique , de dimension colossale et présentant un frontispice d’Ordre Corinthien, à l’instar des Temples antiques. Les édifices qui servent de cadre à ce dernier aspect et de limites à la place se composent de bâtiments avec galeries en arcades, au rez-de-chaussée, et avec colonnes d’Ordre Corinthien , aux étages supérieurs. L’un de ces corps de bâtiments três-ornés est un Edifice public affecté au Ministère de la Marine ; l’autre , sous la même forme , sert d’habitations particulières : en outre , la place est entourée par des fossés bordés de balustrades, et par de petits pavillons peu élevés.
Maintenant viennent les Boulevards Intérieurs , deuxième et an-
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cienne enceinte dont il reste encore les Portes Saint-Denis et Saint- Martin; la première forme un arc de triomphe d’un grand trait de dessin, orne de détails larges et fins tout-à-la-fois , caractérisé aussi par une sculpture en figures et en ornements d’un grand goût, qui montre, comme au vieux Louvre, l’union de deux talents originaux; ici , c’est le génie de Blondel et celui des frères Laugier ; la deuxième est un autre arc de triomphe également colossal, d’une grande rectitude dans l’ordonnance, et offrant aussi des beautés du premier ordre dans ses profils. Parmi les autres promenades, on distingue d’abord celle des Champs-Elysées , vaste plantation en couvert d’arbres en quinconce, avec de grands et moyens espaces pouvant servir à donner des fêtes et à faire des réunions publiques : puis, de l’autre côté de la Seine, l’Esplanade de l’Hôtel des Invalides, ornée, dans son milieu, de pelouses fraîches que bordent des quinconces soignés et circonscrits de barrières : ensuite une autre Esplanade, formant arène d’une grande étendue, entourée de talus et bordée d’arbres des deux côtés; cet espace, qui est appelé le Champ -de- Mar s , a pour limites, d’un côté, un pont orné jeté sur la Seine et arrivant aux pieds de collines couvertes d’habitations, et de l’autre, l’Ecole-Militaire, vaste en semble de bâtiments ornés, distribués en grande cour d’apparat et encours de service pour les exercices de l’Ecole.
Les Jardins principaux sont au nombre de trois , savoir : le Jardin des Tuileries, dont nous donnerons une description particulière; celui du Luxembourg aux effets riches et variés, au sol incliné et de diverses hauteurs, couvert d’arbres, orné d’une belle fontaine, d’un grand bassin et de statues de marbre, se coordonnant agréablement avec le bâtiment de l’Observatoire, et formant une promenade solitaire, tant par sa disposition particulière, que par sa situation près des limites de la ville ; le Jardin des Plantes, jardin mixte de composition, pittoresque et régulier, servant aux différentes cultures de plantes au moyen d’enceintes, et de serres chaudes et tempérées : on y trouve également un Cabinet d’Histoire Naturelle, des
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ménageries d’animaux de toutes ies parties du monde, de belles promenades et de. beaux couverts d’arbres. Il est d’autres jardins, mais de disposition tout-cà-fait irrégulière et cependant heureuse, et dont les principaux sont : le Parc de Monceau avec son charmant pavillon ; les jardins de Beaujon, de Tivoli, de Marbœuf, etc.
Arrivant aux Fontaines monumentales, aux Edifices renfermant des machines hydrauliques, et aux Canaux qui charient des rivières, nous distinguerons, parmi les premières, la Fontaine dite des Innocents, recomposée des façades qui faisaient partie de l’église de ce nom : elle est sur un plan carré dans une disposition de temple, isolée et élevée, ouverte par quatre arcades couvertes d’une voûte sphérique, avec une vasque au centre, jetant un gros bouillon d’eau qui retombe en nappes et en fdets, par les gueules des sphinx sculptés en bronze , dans un bassin qui pourtourne le soubassement de la fontaine , et vient alimenter quatre fontaines basses et d’autres pour le service public du quartier qui est un de ceux des halles; enfin la partie supérieure de cet édifice est embellie , en sus de ses ef fets d’eau , d’une architecture élégante d’ordre Composite surmonté de frontons , d’attiques et d’une coupole, etornéed’une sculpture gracieuse du ciseau de J. Goujon , qui a représenté des Naïades et des Renommées accompagnées d’attributs nautiques et d’inscriptions : une autre Fontaine qui, pour être vue, aurait besoin d’un emplacement plus heureux , c’est la Fontaine de Grenelle, qui décore une lace de réservoir et où sont représentées, en marbre blanc et sur un riche fond d’architecture, deux Fleuves et les quatre Saisons; nous remarquerons encore la Fontaine appelée le Château-d’eau , disposée en une vasque élevée au centre de deux bassins en gradins, et jetant de l’eau qui retombe en cascade; la partie supérieure se groupe avec des sphinx cpii entourent les gradins et lancent des filets d’eau dans le grand bassin de forme circulaire. Parmi les Pompes et Réservoirs d’eau, il faut compter : l’Aqueduc qui eharie les eaux d’Arcueil et qui est à l’instar de ceux des Romains; les deux Pompes à vapeur, l’une à Chaillot, renfermée dans un pa-
villon carré, et allant déposer ses eaux dans dévastés bassins situés, en amphithéâtre , sur le penchant de la montagne , l’autre presque en face, mais de l’autre côté delà rivière, présentant un bâtiment décoré sur un plan parallélogramme , surmonté d’une tour carrée également ornée et formant réservoir, ou, pour mieux dire, cuvette de distribution des eaux qui se répartissent de suite dans les divers quartiers de ce côté de la Seine. Une nouvelle source plus considérable se prépare; déjà l’on voit sur les hauteurs qui dominent la ville du côté du nord, un vaste bassin qu’alimente un canal charriant, entr’autres , les eaux de l’Ourque et celles de la Beuvrone, petites rivières qui doivent, au moyen d’écluses , voir leurs eaux se mêler à celles de la Seine. La partie de ces écluses qui se dirige vers l’Occident, est déjà en pleine activité; l’autre partie, projetée à l’opposé, doit alimenter une fontaine importante, située à la chute du boulevard du faubourg Saint- Antoine , et fournir au canal conduisant, de ce côté, à la rivière.
A d’autres Edifices publics, offrant aussi des qualités remarquables, mais que nous n’avons pu nommer, à cause de leur nombre, que l’on ajoute des milliers d’Habitations de tous genres, tant grandes que petites, dont les moindres qualités sont celles qui se remarquent à l’extérieur, et qui se recommandent bien plus par leurs distributions intérieures où le génie et le talent ont su allier la disposition gracieuse à la commodité ; enfin que l’on se représente l’aspect général et sans bornes de la cité, soit qu’on la regarde dans la direction de la rivière sur ses quais immenses , soit qu’on la considère à son Entrée majestueuse, par la barrière de Neuilly dite aussi de l’Etoile, ou sur les autres points des hauteurs environnantes, comme, par exemple, du côté de Mont-Martre; ou à travers des lieux boisés, comme du côté de Ménil-montant et du lieu dit la Glacière; on ne peut s’empêcher de convenir que c’est au Génie de l’Architecture que Von est redevable de tant de merveilles .
Sortant de cette Ville extraordinaire, ce qui se présentera d’important sur notre chemin, sera d’abord le grand Hospice dit le Château
deBicêtre, lieu de détention et servant, en même temps, de retraite pour les vieillards infirmes : nous y remarquerons la disposition générale de ses bâtiments, sa grande cour entourée de portiques, * son temple au milieu et, en tête de l’espace général, quelques dortoirs bien disposés, enfin, de grands accessoires, comme Puits Monumental , réservoir et vaste égout. Continuant notre chemin, nous trouverons ensuite: Fontainerlau , Maison royale, Assemblage de travaux du génie, en bâtiments, jardins et canaux de toutes les époques; l’ancienne ville de Moret et ses monuments du moyen âge ; quelques villes de l’ancienne province de Bourgogne ; comme Sens, Joigny, Auxerre, Autun et ses antiquités; Cravant et la tour du clocher de son église; toutes villes qui se ressentant de l’Epoque appelée la Renaissance : Lyon , remarquable d’abord , par son aspect général et varié du côté de la Saône ; offrant ensuite : son église d’Enay ; l’église souterraine de Saint-Irène; sous la montagne Saint-Juste, Notre-dame de Fourvières; les églises de Saint- Jean, des Chartreux et des ci-devant Minimes; la Cathédrale; l’Hôtel-de-Ville avec sa cour; les deux portiques qui la dégagent et les deux groupes de sculpture représentant allégoriquement le Rhône et la Saône; l’ancienne Maison des Jésuites , actuellement le grand Collège; l’Aqueduc antique passant par Saint- Juste et allant au village de Chapono ; les Bains , également antiques , dans le ci-devant couvent desUrsulines, sur la même montagne ; enfin, l’Hôtel-Dieu dont l’intérieur est particulièrement à remarquer.
Dans la Savoie, ce seront les Echelles, OEuvre de Bienfaisance et d’ Industrie , que l’Art a aussi consacrée par un petit Monument que décorent quatre pilastres portés sur un stylobate, et couronnés d’un attique sur lequel est gravé l’inscription qui apprend que Charles Emmanuel II , pour la facilité des communications commerciales , a fait ouvrir la montagne ; opération aussi grande qu’utile et piquante dans ses effets , par l’opposition que présentent le petit Edifice et les masses de rochers, toujours sauvages, aux pieds desquels il est érigé,
* Ces Portiques , si nécessaires , sont cependant bouchés en ce moment ; mais nous espérons qu’ils seront ouverts un jour par la Philantropie et par le Goût.
et dont la dimension est tellement colossale que leur séparation, quoique large au sommet, permet à peine à la lumière de pénétrer dans le chemin.
Après avoir traversé ces lieux agrestes, tantôt boisés, tantôt arrides et tantôt abrités par des chemins bordés de fondrières, de rivières, de torrents, et dominés encore par des montagnes escarpées, nous entrons enfin dans I’Italie, par le Passage du mont Cenis, nouveau Chemin qui attend aussi un Monument historique, et nous trouvons successivement : Suze, avec ses antiquités; Turin , que l’on pourrait appeler la Superbe, à cause de ses grandes rues alignées, de ses palais colossaux et de ses autres édifices en harmonie de disposition et de grandeur; Milan, remarquable, en général , par ses canaux, ses intérieurs de cours de palais à double portique de colonnes en hauteur, sa Cathédrale en marbre blanc, dont nous avons parlé, sa charmante église Mauresque des Anges, son vaste lazaret, sur lin plan carré entouré de portiques, son grand Hôpital que nous avons déjà cité comme exemple de philantropie et de goût, et ses autres édifices publics ; Plaisance avec ses Palais, entr’autres le Palais-Public; Parme, qui nous offre l’intérieur de son église, avec le sanctuaire élevé en amphithéâtre et son principal autel au milieu, son Temple-Baptistère, dans le goût Mauresque; et approchant du style de la Renaissance, ouvrage entièrement construit en marbre, enfin, ses Théâtres, et surtout celui formé à l’instar de ceux des anciens Romains; Modène, dont les places publiques sont disposées pour la sûreté des personnes à pied ; Bologne , que l’on peut appeler la Ville des Portiques, et qui se distingue aussi par ses beaux Palais, la plupart construits en briques, et dont les ornements, aussi en terre cuite, sont en général d’un charmant aspect: sous les vestibules des habitations, l’œil est aussi frappé par des peintures de tableaux en perspective, et par les effets de lumière que produisent des cours éclairant des escaliers généralement bien disposés.
Vient ensuite Florence, au caractère généralement ferme, simple et grand, se ressentant bien de l’architecture Orientale et Grecque,
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tout à-la-fois, pour le large, le fini et le goût de ses ornements, jusque dans les plus petites parties de serrurerie. Parmi ses Edifices publics, y compris ceux que nous avons nommés, en parlant de l’époque de la Renaissance, les Monuments Religieux sont: la fameuse et colossale Cathédrale de Sainte-Marie-des-Fleurs, à l’extérieur Mauresque au clocher isolé , aux assises noires et blanches ; le riche Edifice-Baptistère, aux portes de bronze ornées de rinceaux et de bas-reliefs, d’une composition et d’une exécution telles, que Michel-Ange les appelait les Portes du Paradis ; l’Eglise du Saint- Esprit, formant la croix en plan, enrichie d'une belle Sacristie et liée à une Habitation conventuelle, d’une belle disposition, composée de Passages, de trois beaux Cloîtres variés de décors, avec des fontaines au milieu, d’Oratoires, de Réfectoires, d’un grand Escalier conduisant aux cellules : le tout accompagné de bâtiments simples , de cours de service, et produisant par les différents percés, des effets d’optique très-variés; l’Eglise de l’Annonciation, précédée d’une Place bien ordonnée, avec portiques aux deux côtés, de deux Fontaines y correspondant et d’une Statue équestre dans la ligne d’axe : le Temple et son portique donnent entrée au Couvent et à une chapelle particulière, puis au Parvis précédent, entouré d’un portique orné de peintures sur les murailles : la nef, distribuée en chapelles, est suivie d’un passage orné qui donne entrée, par une grande ouverture, au Sanctuaire, de forme circulaire, au milieu duquel se remarque le maître-autel, entouré de chapelles et terminé, dans la ligne d’axe, par une autre Chapelle sur un plan carré : le tout, comme dans le précédent Edifice, accompagné de Cloîtres entourés de portiques et d’oratoires ; l’Eglise de la Magdeleine , avec le Cloître qui la précède : la simple distribution de son plan consiste dans une belle Nef avec chapelles sur les côtés , et dans le Chœur dont le fond est ouvert par une coupole ; Saint-Michel, dont le plan forme la croix : son Sanctuaire circulaire est avec deux tribunes ouvertes et soutenues par des colonnes, le tout en amphithéâtre; Saint- Pancrace, avec son petit parvis don-
nant entrée , sur le côté gauche, à un portique ouvert par trois entre-colonnements très-décorés, et avec un Monument au milieu : on remarque l’intérieur de cette Eglise, ses grandes nefs voûtées, ses chapelles peu enfoncées, ses Croisées , son chœur et les deux chapelles aux côtés de cette dernière partie ; Saint-Laurent, sa longue nef ; Sainte-Marie-Nouvelle, avec sa nef soutenue par des colonnes, et ses bas-côtés couverts en autant de voûtes sphériques que d’entre-colonneinents; le beau Vestibule de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, que l’on peut appeler le péristyle d’un Temple, présentant’, au sommet d’un grand escalier à deux rampes, un Autel commun à la salle supérieure de l’infirmerie et à la partie réservée aux assistans du dehors, lesquels voient ainsi : cette grande salle transversale, l’autel 'orné portant une statue de la Vierge, l’entre-deux des branches de l’escalier, formant tribune avec balustrade et supportée par des colonnes Ioniques, au-dessous, un percé intérieur à travers lequel on aperçoit une vasque jaillissante, enfin, au bas, deux piédestaux portant, l’un, la statue de la Religion, l’autre, celle de la Charité; la gracieuse et pittoresque chapelle des Pazzi , dans le cloître Sainte- Croix , dont on admire la belle porte; puis, sur le mont, hors des murs de Florence, L’Eglise de Saint-Miniato , Temple déjà bien situé, et dont l’intérieur, comme celui des anciennes Basiliques, est d’un effet théâtral, sous un caractère rustique que lui donnent ses murailles de pierres et de briques et la charpente à découvert de sa toiture ; ce qui ne l’empêche point d’être délicat , de bon goût dans les détails, dans les ornements et dans les peintures expressives qui le décorent.
Parmi les Monuments civils nous citerons d’abord : le Vieux- Palais, à l’aspect de forteresse, ses distributions anciennes et restaurées, telles que son Entrée décorée de grandes sculptures, sa Cour ornée , au centre , d’une vasque élégante , et entourée de grosses co lonnes, les ares que ces dernières supportent, ainsi que les murailles enrichies de peintures arabesques et de sculptures appliquées sur
des fonds d’or, sa grande Salle de Conseil, an plafond à riches compartiments décorés de sujets en peintures des couleurs les plus franches, ornée, à ses extrémités, d’une riche architecture, et formant de grandes Tribunes à double étage ; les autres côtés de la salle sont décorés de grands tableaux retraçant des faits d’armes et des actes du gouvernement, ainsi que des statues de marbre sur leurs piédestaux : sur la Place , la grande Loge dite des Lances ,
( autrefois les Rostra de la République ) de caractère Oriental, ouverte de deux côtés, par quatre grandes baies, de vingt -huit pieds de large, dont trois sur la façade principale regardant la place, et l’autre du côté du palais des offices; cette loge, couverte en voûtes d’arête avec nervures et arcs doubleaux, est ornée sur son grand côté, qui se compose d’une muraille lisse, de statues de marbre sur piédestaux, de banquettes et d’estrades : le Palais des Offices, dont les galeries sont ouvertes, sur un long Espace, et soutenues par des colonnes et des trumeaux élidés par des niches, qui offre, en retour, une loge ouverte sur la place et sur l’Arno (fleuve), et dont les étages, dans la partie latérale terminée également en loge, renferment des Musées de peinture et de sculpture : les deux Marchés, dont l’un, destiné autrefois à la vente de la soie, est soutenu par vingt colonnes d’ordre Composite disposées en quinconces couverts en voûtesd’arête, formant, à l’extérieur, des arcades ornées d’archivoltes que surmonte un entablement élevé, et donnant, dans cette hauteur jusqu’aux combles, une Pièce pour les archives, à laquelle on monte au moyen d’escaliers pratiqués dans les angles qui sont de forts massifs, et qui, avec les pieds-droits, soutiennent les côtés de l’édifice.
Après quantité d’Edifices ou belles Parties d’édifices , tels que l’ancien Palais du Podestat, servant aujourd’hui de prison; le Portique de l’hôpital de Sainte-Marie-Nouvelle; le Muséum d’histoire naturelle, sa salle bien disposée, ainsi que les serres agréablement liées au Jardin des Plantes qui donne dans celui dit Boboli, et enfin les Pro-
menades appelées Caséines , où l’on remarque diverses Fabriques, à l’usage de Cafés et d’Etables , et des Bosquets d’où l’on aperçoit le fleuve, viennent les Palais dominants qui achèvent de caractériser la ville. Nous nommerons, entr’autres, le fameux Palais Pitti, à la Façade étendue, colossale et sérieuse, avec ses trois rangs d’arcades, décorés de bossages divers et terminés en balustrades; ses deux Ailes en avant, où se tiennent les gardes, sont ouvertes sur une esplanade en pente douce ; à l’intérieur, tout change sans cependant cesser d’être grand et ferme ; le corps de Bâtiment principal est éclairé sur une belle Cour qui est ornée des ordres Dorique, Ionique et Corinthien et qui est entourée, à rez-de-chaussée, de portiques sur trois côtés, et sur le quatrième, d’une Grotte répondant à l’entrée; en retour, les deux ailes qui s’étendent à droite et à gauche donnent sur des portiques et répondent aux allées du jardin; les grands appartements et leurs dépendances sont enrichis de peintures et de sculptures de bon goût ; le bâtiment principal a pour vue la Grotte ou Portique souterrain orné d’une fontaine au milieu, et d’un autre effet d’eau sur sa plate-forme ou terrasse supérieure , au niveau du premier étage; on y monte, du rez-de-chaussée, par un escalier à deux rampes demi-circulaires, et c’est ainsi que l’on arrive au Jardin, autre belle partie, où l’Art se montre dans un large Cirque en pierres, bordé de gradins, de piédestaux et de vases au devant, fermé de balustrades , et , au chevet, présentant d’autres balustrades et vases, qui accompagnent de petits édifices isolés, couronnés de froutons, avec niches et statues, et, au centre du demi-cercle est un Obélisque en granit : détails qui se dessinent sur une belle végétation variée, de chênes-verts, de pins, de cyprès et de lauriers. Toute cette verdure se prolonge particulièrement dans une Grande Allée au milieu. Celle-ci est également ornée, à droite et à gauche, de piédestaux, de fontaines, de statues et de bancs demi-circulaires; elle descend, en suivant une pente douce , jusqu’au centre du jardin, marqué par une grande et riche Fontaine, et reprend, en s’élevant en amphithéâtre.
jusqu’à l’autre extrémité. Ce Centre ou bas-fond est disposé en un grand Espace circulaire, entouré de bosquets et de bancs en hémicycles, d’où l’on a vue sur le.milieu de cette partie justement appelée F Isola Belia, pour être bordée d’un beau Chemin avec bandes de pavé de marbre et portant un appui en fer, d’un Canal, et enfin, d’un deuxième Chemin avec soubassement orné, et auquel on arrive au moyen de deux Ponts ayant, chacun , en tête deux Groupes de deux colonnes Ioniques, de marbre, très-riches, portant divers sujets en sculpture, et entre lesquelles sont des statues sur des piédestaux. Les limites de l’île sont fermées de balustrades avec piédestaux ornés de vases de fleurs, et interrompues alternativement par des vasques d'où s’élancent des bouillons d’eau; c’est au centre qu’est érigée la Fontaine que nous avons vue dès l’entrée des grandes allées, et que l’on reconnaît , de près , pour être une grande vasque portée sur son piédouche élevé , et surmontée d’un socle carré aux faces duquel sont adaptées quatre figures de marbre qui semblent servir de base à une autre Figure, mais colossale , représentant X Océan; le bassin qui reçoit les eaux de la vasque est traversé par quatre ponceaux, jusqu’à la base de la fontaine, où le spectateur peut être à couvert, tout en se trouvant enveloppé d’eau.
Les autres Palais sont: ceux Guadagni et Nicolini, que nous avons déjà cités, l’un pour son élégante Façade tenant encore du style Oriental, l’autre pour la charmante disposition de son Plan ; le Palais Stozzi, au plan d’une grande et simple disposition, aux façades de Forteresse, qui portent aussi le caractère Oriental, jusqu’à la corniche , laquelle est de style Romain et fait opposition à leur rusticité cependant fine et riche jusque dans la serrurerie : les façades intérieures sont entourées, en hauteur, de triples portiques d’une élégante proportion ; le Palais Ricardi (plus étendu et plus complet en accessoires que le précédent) comprenant une Cour d’honneur , celle du petit Palais sur la même façade, et ses cours de service; le tout disposé avec des Loges, des Fontaines, des Percés et des Ajuste-
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ments de bon goût: à l’extérieur, la façade est de même caractère que celle du palais precedent, ainsi que la corniche; mais celle-ci est moins heureuse de proportion: son élégant Intérieur de cour, enrichi de sculptures, produit un effet très-pittoresque ; le Palais Gondi , de même caractère , mais plus simple à l’extérieur, est aussi riche à l’intérieur, ayant son portique soutenu par des colonnes Composites, sa cour dallée, avec une belle vasque en guéridon, jetant de l’eau dans un bassin , le tout accompagné de sculptures ; le Palais Pandolfini, d’un goût pur et toujours large de détails, présentant ses terrasses sur la voie publique, et ayant un parterre et un jardin avec des effets d’eau; les deux Palais Ruccelaï, à la même façade décorée d’une, triple ordonnance de pilastres articulant les trois étages intérieurs , et aux portes décorées d’une riche armature en bronze; le Palais Gherardesca qui, outre ses beaux et nombreux percés, à partir du passage d’entrée, a sa cour d’honneur entourée de portiques avec jet d’eau au centre, et ornée d’une riche sculpture, plus , un grand Jardin avec bassin au milieu : dans la direction latérale de la cour sont ses passages , ses portiques , ses effets d’eau et ses parterres de fleurs, en retour, des points de vue sur des gradins de fleurs; et une orangerie : au travers du passage de la loge on voit dans le jardin, deux serres, des jets d’eau et une fontaine sur le dernier plan ; le Palais Bartholini, à la façade isolée, mais très-ornée, savoir: de colonnes et de frontons aux croisées, de devises dans les frises, et, entre les croisées, de niches recevant des figures et des trophées militaires : le tout d’une grande disposition quoique dans un espace borné, qualité commune aussi à l’Intérieur qui se compose, à rez-de-chaussée, d’un passage, de deux pièces aux deux côtés, d’une cour avec portiques seulement sur trois côtés, et toujours avec jet d’eau au milieu : les autres Etages sont également avec portiques ornés dans leurs appuis , et le dernier Etage, qui va en s’élargissant, présente une loge ouverte ; le Palais Giocomini, dans la même disposition que le précédent, pour les ajustements
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des croisées, mais sans figures ni ornements ; le Palais Cocchi, quoique sur un petit terrain, offrant une grande Loge sur le devant; le Palais Uguccioni, au soubassement simple, avec une riche balustrade, et orné, aux deux étages, des ordres Ionique et Corinthien; le Palais Guigni, dont la cour aux quatre péristyles ornés se coordonne avec le jardin et la fontaine qui est dans le fond ; enfin les deux beaux Plans, du Palais Pucci, et du Palais Orlandi et jusqu’à la charmante Façade du petit Palais Pandolfini, qui concourt aussi à embellir la cité, par sa masse élégante et simple, ses banquettes et gradins, ses cinq ouvertures cintrées, réunies vers le centre, ses deux étages articulés par des corniches graduées de richesse , et enfin, au-dessus de la toiture générale, par sa loge ouverte en trois entre-colonnements.
Quiconque a vu Florence, a déjà pensé qu’il est encore bien d’autres remarques à faire sur les Edifices de cette ville, même sur ceux que nous avons cités , comme , par exemple , sur leurs particularités extérieures ou intérieures ; soit qu’il s’agisse des Monuments sacrés, enrichis d’autels et de tombeaux; soit que l’on considère particulièrement les autres Edifices tant publics que privés, décorés de leurs sculptures , peintures et effets cl’eau : tous , en général , d’un beau style et d’une belle exécution; ce qui, en somme, donne à la Ville une Physionomie toute particulière , d’Utilité publique, de Grandeur, d’Ordre et de Propreté, et surtout, un Caractère varié.
A l’aspect grand et vraiment théâtral, que présente cette ville vue, par exemple, du côté de l’Arno, sous la loge du Bâtiment des Offices, et regardant le vieux Palais, avec sa haute Tour, et les nombreuses richesses qui l’environnent ; aux vues prises du Pont couvert; aux aspects particuliers que présente chacune de ses Rues dallées, comme des cours, et qui lient ainsi les bâtiments colossaux dont elles sont bordées; à l’élégance de la plus petite habitation , il faut ajouter que le bel ensemble qui en résulte se voit dans un beau pays, parmi des montagnes cultivées, qu’il se dessine en grandes
lignes caclencëes par des Tours et des Dômes variés de tons et de couleurs, et qu’il a pour fond, la chaîne des Apennins.
Continuant notre chemin où se montre partout X alliance des Arts et du bon Goût , en harmonie avec la Nature , nous trouvons sur le mont Acuto,dL trois milles environ de Florence, une grande Fabrique conventuelle ; c’est la Chartreuse : dire tout le parti que le Génie a su tirer du programme proposé pour l’érection de ce monument, serait impossible, nous nous contenterons d’en suivre le Plan.
Nous voyons alors que l’on monte à ce Monastère par des chemins boisés et en pente douce ; que l’Entrée s’annonce par un Vestibule qui est ouvert sur l’intérieur d’une première cour ayant au fond un oratoire et formant terrasse du côté de la façade, et qui présente un large palier divisé en trois parties dont deux sont des rampes d’escalier ; celle qui fait le milieu répond à l’oratoire et monte en pente douce ou larges degrés ; l’autre est avec marches ordinaires : elles sont séparées par un limon ouvert en entre-colonnement, et toutes deux arrivent sous un autre Vestibule couvert, ayant vue sur la campagne et sur un palier répondant à l’axe de la grande Cour ou Parvis du Temple. Ce parvis, de la forme d’un parallélogramme, se présente en largeur, et, à chacune de ses extrémités, offre une Galerie soutenue par des colonnes ; celle à droite est dans la direction du grand escalier auquel elle communique du côté des Salles de réception et du Logement du prieur ; ce côté qui est aussi celui de six grandes Chapelles et de l’Eglise des Etrangers, immédiatement liée à l’Eglise principale et à laquelle on entre par un beau péristyle intérieur; l’autre Galerie est, de plus, ouverte sur la première cour, et de là, sur la campagne : elle dessert le bâtiment des Etrangers, qui a la même vue, puis elle communique, dans le Monastère, à des Parloirs, au petit Cloître, à une grande Cuisine et à ses dépendances, à un grand Réfectoire, à une troisième Cour entourée de portiques et des pièces de service du Temple, enfin, au grand Cloître qui présente un espace d’environ cent cinquante-six pieds sur cent quatre-vingt-douze, entouré de
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galeries ouvertes sur le jardin, ayant son puits orné au milieu, et donnant entrée à quinze habitations ou cellules. Chacune de celles-ci présente un pavillon séparé et donnant sur un petit jardin, ayant une entrée à couvert, une pièce principale et des cabinets, un escalier montant aux pièces supérieures, et enfin, une loge ou portique ouvert sur un parterre de fleurs : cette suite de cellules et de jardins est établie sur une Terrasse générale dominant la campagne. Nous ajouterons à ces différents détails que le Parvis qui précède le temple est du plus grand caractère, que l’Eglise et les Chapelles sont enrichies des plus beaux marbres, et que les Cloîtres sont décorés des peintures des maîtres les plus célèbres.
Nous nous arrêterons ensuite à Sienne que l’on peut appeler la Pittoresque ; nous citerons d’abord sa Chapelle à la Vierge, au couronnement riche, et qui précède l’entrée de la ville; ensuite sa Cathédrale, à la façade de style Mauresque, ornée de sujets tirés de l’Ecriture Sainte et figurés en sculpture de marbre blanc , sur fond colorié avec des ornements dorés, et dont la Sacristie, destinée primitivement à servir de bibliothèque , est ornée de grands sujets en peinture et entourée, ainsi que les voûtes, de riches arabesques coloriées. Nous remarquerons ensuite la Place publique en forme de coquille ou d’ Amphithéâtre , ayant en sorte de Pro-scenium son vieux Palais public à l’aspect colossal et au style Mauresque, composé de trois corps de bâtiments principaux, très-élevés et dominés encore par une haute Tour, située à l’angle de l’aile gauche; ces bâtiments sont ornés , dans le bas, d’un riche portique : la Loge dite du Pape , ouverte de trois côtés; puis les Palais particuliers qui enrichissent la ville. Les principaux sont : le beau Palais Picolomini présentant, dans un ensemble charmant, une cour peu spacieuse, mais entourée, sur trois côtés, de portiques très-ornés , et ouverte, dans le fond, sur une autre cour d’ou l’on voit un effet d’eau; la Eaçade du Palais Spannocchi dont tout est création, dessin et matière, car il se distingue non-seulement par les judicieuses proportions de ses étages, de ses baies, et de sa corniche
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ornée de médaillons et de bustes en terre cuite, mais encore parce qu’il est de pierres composées , les Palais Segardi etBianchi , recommandables par leurs beaux plans; l’un offre un vestibule et un escalier bien ordonnés, une petite cour dallée avec jet d’eau au milieu, à la suite, des passages ornés de statues et donnant sur un parterre en terrasse , avec deux loges ouvertes sur les deux côtés et une belle vasque au milieu, faisant le centre de deux rampes d’escalier qui descendent au jardin; l’autre présente un grand vestibule à trois arcades tenant toute la largeur de la façade , suivi d’un passage à gauche duquel prend l’escalier, et laissant apercevoir une fontaine au fond de la cour qui est entourée de portiques sur trois sens; puis, stracla del Corso , quelques petites Maisons pleines de grâce, et remarquables par leur construction en brique, leurs saillies, leurs corniches délicatement ornées et leurs toitures; enfin les diverses Fontaines de la ville, et les Colonnes surmontées de ses armes caractérisées par la Louve allaitant Rémus et Romulus.
Après quelques autres Villes telles que Aqua-Pendente, située sur la montagne, ses Édifices publics et privés; Orvietta, avec sa Cathédrale , retraçant extérieurement de nombreux tableaux de l’Histoire-
Sainte; Viterbe et ses vieilles Fontaines; Ronciglione et son Auberge grandement disposée; vient enfin Rome ! Cité tant de fois célèbre, où l’on voit la Maison d'un jours, côté de l’Édifice antique, érigé, souvent lui-même, sur des vestiges de Monuments d’une époque encore plus reculée, et où l’imagination peut se reporter à plus de vingt-sept siècles dans le passé, à venir jusqu’à nous; d’abord, aux Temps Antiques^ parla vue de ces beaux Restes qui parlent de sa splendeur et de ses vertus ; au Temps du Moyen Age , époque de la grande ferveur des chrétiens, par ces vastes et expressives Basiliques qui sont comme autant de livres historiques; au Temps meme des dissensions civiles , par ces Palais-forteresses d’un grand caractère; auTempsde la Renaissance , par ces Habitations enchanteresses, traitées toutes dans le style Romain antique, enfin au Temps Moderne , par des Productions
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qui se ressentent de l’influence des principes dont nous avons parlé, qui ont été successivement en vigueur et qui ont insensiblement amené l’État présent.
Mais, sans égard à l’ordre des temps, puisqu’il s’agit particulièrement du Génie de l’Architecture, nous nommerons simplement les édifices, par série, en rappelant toutefois, à la mémoire, d’abord les vieux Monuments et Fragments de l’ Ancienne Cité, selon la place qu’ils occupent dans la Ville actuelle.
C’est donc dans l’Enceinte antique dont Rome moderne remplit à-peu-près le quart, dans une distribution formée par de grandes voies, telles entr’autres que celles qui viennent se réunir à la Place dite du Peuple, que se trouvent les Edifices et Fragments suivants, dans l’ordre où Nolli les présente, savoir :
L’Aqueduc des Eaux- Juturne, vers Santo - Pietro in Velabro ; l’Aqueduc des Eaux-Vierges, in vicolo délia Palma ; l’Aqueduc Claude, vers les Thermes d’Antonin; Amphitheatrum Castrense , se liant aux murs d’enceinte, construit et orné en terre cuite; celui de Flaviendit le Colisée ; l’Arc de Marc-Aurèle, lequel est auprès de Scinto-Laurenzo in Lucina, via ciel Corso ; l’Arc de Constantin ; l’Arc de Drusus, près la porte Saint-Sébastien ; l’Arc de Gallien , près de Santo- Vito , Strada Felice ; l’Arc de Janus; l’Arc de Pantanus , auprès du Temple de Mars-le- Vengeur ; l’Arc de Septime - Sévère, derrière le Capitole; l’Arc dit des Orfèvres; l’Arc de Titus; les Arcades de Tarquin, Villa Negroni ; les Bains d’ Agrippa , à l’église Saint-Laurent ; les Bains de Paul-Emile, auprès de la Colonne-Trajane et de l’Hospice des Veuves; la prison ou Carcere Marmitina , à l’Eglise de la maison de Saint-Pierre; la Casa ou Maison dite de Pilate, près Ponte rotto ; Le Château d’eau Marcici, dit les trophées de Marius, strada felice , près Saint-Eusèbe ; le Camp-Prétorien, au-dessus des Thermes Dioclétien ; le Cirque de Flore, entre les voies des portes Pie et Salara ; le Cirque Maxime, au bas du mont Palatin; le Cloaque Maxime , qui a son embouchure dans le Tibre près du Temple ‘de Vesta ; la Colonne
isolée derrière le Capitole; les Colonnes près du Théâtre Marcellus, au-devant de l’église de Santo-A ngelo in pescaria ; la Colonne Antonine, gisante au palais Monte - Citorio ; la Colonne de Marc-Aurèle, place Colorie ; une Colonne provenant du temple de la paix, place Sainte-Marie-Majeure; la Colonne Trajane; les trois Colonnes du Temple de Jupiter-Stator, Campo Vaccino ; la Conserve des Thermes Antonins, entre les portes Saint-Paul et Saint-Sébastien; la Conserve des Thermes de Dioclétien, au côté droit de la Chartreuse; la Conserve des Thermes de Tite, et autres appelées les Sept-Salles, entre le Colisée et la voie Merulana ; la Curia Iiostilia ou Palais du Sénat, près du Colisée et attenant à Saint- Grégoire ; XEmporio près du fleuve, en deçà de Monte Testaccio ; le Forum deNerva, près du Campo-Vaccino; le Mausolée d’Adrien, sur les débris duquel est érigé le château Saint -Ange; le Mausolée d’Auguste; le Palais Corea, près du port de Ripetta; la Meta Sudans , près le Colisée; le mur de Septime-Sévère, in-Transtevere , près de Saint-Pierre inmontorio ; des Restes de Murs antiques, près du Fleuve, Strada Marmorata ; les Antiquités de l’île Saint-Bartholomée ; un Reste de portique, place du Panthéon; une Barque Votive, dite la Nace ou la Navicella; l’Obélisque Barberini , gisant; l’Obélisque du Cirque de Caracalla, place Navone ; l’Obélisque de Néron, place Saint-Pierre; l’Obélisque du Cirque Maxime, sur la place Saint -Jean de Latran; l’Obélisque Ludovisi , gisant ; l’Obélisque du mausolée d’Auguste, derrière l’Eglise de Sainte-Marie-Majeure; l’Obélisque de la Villa Mattéi, attenant la Navicella; l’Obélisque de la Villa Médicis , à la Trinité du Mont; l’Obélisque de la place de Minerve; l’Obélisque de la place du Panthéon; l’Obélisque solaire, place Monte-Citorio ; des Fragments du Palais des Césars, sur le mont Palatin, dans la Villa Farnesiana et autres Ville , Horti et Vigne qui couvrent le mont ; le Panthéon dit la Rotonda ; le Piédestal de la Colonne Antonine, place Monte-Citorio ; le Pont Ces dus , aujourd’hui Saint-Bartholomée; le Pont OElio ou Adrien, aujourd’hui Santo-Angelo ; le
Pont Fabricius ou qucittro Capi ; le Pont Janicule, aujourd’hui Ponte Sisto ; le Pont Senatorius , appelé Ponte rotto ; les vestiges du Pont Sublicius , près la Strada Marmorata ; les vestiges du Pont Triomphal, auprès du pont Saint-Ange, bourg du Saint-Esprit; le portique d’Octavius ; la Roche Tarpèienne, au côte droit du Capitole; des Ruines antiques, près Saint-Jean deLatran, dans la vigne du chapitre; une Saline antique, près du Pont Sublicius; la Pyramide ou sépulcre de Cestius , porte Saint-Paul ; le sépulcre de Caius Publicius, près la colonne Trajane; le Théâtre de Marcellus, près le Pont Quattro-Capi ; le Théâtre de Pompée, au Palais Pie, près de Campo di flore ; le Temple d’Antonin et Faustine, au Campo Vaccino ; le Temple d’Antonin -le- Pieux , place di P ietra, près de celle Colone\ le Temple de Claude, appelé aussi de Faune, aujourd’hui Sanûo-Stéphano Rotondo ; le Temple de la Concorde, derrière le Capitole; le Temple d’Hercul e- Custode ; le Reste de quatre colonnes, à Saint-Nicolas à Cesanni ; le Temple de la Fortune-Vuile , près la place de la Bouche de la Vérité; le Temple de Jupiter-Tonnant, derrière le Capitole; le Temple que l’on croit d’Isis et de Sérapis , ou du Soleil et de la Lune , entre le Colisée et le Campo Vaccino; le Temple de Minervci-Médica , près des murs, entre la porte Majeure et la porte Saint-Laurent; le temple de Neptune, place Capranica ; le Temple de la paix, Campo Vaccino; le Temple de la Pudicité-Patricienne, dans l’Eglise de la Bouche-de-la-Vérité; le Temple que l’on croit de Romulus, et qui est maintenant l’Eglise de Saint-Théodore, au bas du mont Palatin ; le Temple dit du Soleil, près de la place délia Pilotta , derrière l’Eglise des Saints Apôtres; le Temple de Vénus, près la porte Salara; un autre Temple de Vénus et de Cupidon , près de Sainte -Croix de Jérusalem; le Temple de Vesta, place de la Bouche de la Vérité et près le Tibre; les Thermes d’Agrippa, derrière le Panthéon, s’étendant jusqu’à la troisième voie transversale; les Thermes Alexandrins, Palais Madama, entre le Panthéon et la place Navone; les Thermes Antonins,
près les murs, entre les portes Saint-Paul et Saint-Sébastien; les Thermes de Dioclétien, à la Chartreuse; les Thermes de Sainte- Hélène, près la porte majeure et l’Aqueduc de Claude; les Thermes de Tite, au côté gauche du Colisée; les Thermes de Trajan-Decius , près les trophées de Marius ; la Villa de Mécène, ses ruines près les trophées de Marius; les beaux Restes, en marbre blanc, de corniche d’entablement d’un Temple dit Frontispice de Néron, dans les jardins de la Villa Colona.
Parmi ces grands fragments, quelques-uns , des plus entiers, ont été affectés à des usages modernes. C’est ainsi que le Panthéon est dédié à tous les saints ; le Temple de Vesta, à la Madona del Sole ; le Xiste des Thermes Dioclétien et quelques pièces adjacentes composent l’Eglise dédiée aux anges (la Chartreuse) ; un des Temples de res Thermes est dédié à Saint-Bernard, et d’autres parties de distributions sont affectées au cloître des Chartreux ; le Temple de la Fortune virile est consacré à Sainte-Marie Egyptienne; celui de Romulus à Saint-Théodore; le Colisée aux douze stations ; les restes du portique d’Antonin et de Faustine servent de parvis à l’Eglise Santo-Laurenzo in Miranda ; les restes du Temple d’Auguste font partie des bâtiments de la Douane ; sur le soubassement du sépulcre d’Adrien, s’élève le fort Saint-Ange: enfin ces Antiquités, en général, ou servent de fondation à des Edifices de temps plus rapprochés, ou en sont voisines.
Quant aux Monuments sacrés créés entièrement par les modernes, et composant la nouvelle ville , nous en comptons plus de quatre cents, tant Eglises que Chapelles et Oratoires. Parmi ces monuments nous devons encore rappeler à la mémoire, la fameuse Basilique de Saint-Pierre, au vaste ensemble, à la Coupole Colossale, et un des principaux ornements du côté occidental de la ville. Vers l’orient nous trouvons, d’abord : Basilique de Saint-Jean de Latran, dont nous remarquons le riche portail donnant sur la campagne, le somptueux intérieur dont le sanctuaire offre le caractère des belles basi-
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liques primitives, ie portique latéral à double étage de galeries, le palais et les cloîtres ; le tout se groupant avec le Baptistère et ses chapelles, Monument isolé sur la place. Nous trouvons ensuite l’Edifice sacré, appelé la Scala Santa , chapelle ornée, où l’on monte par cinq larges escaliers d’une seule rampe, chacun, et au bas desquels se voit un autre Chapelle d’un agréable coloris et en plein air, nommé Triclino-Leoniano , à l’instar des Triclinium des anciens: ces divers groupes d’édifices se lient particuliérement par trois grandes Voies; l’une conduisant à l’Eglise de Sainte-Croix de Jérusalem , qui toucheaux murs d’enceinte et à laquelle X Amphitheatrum- Castrense sert de jardin, l’autre menant au Colisée, et, enfin, celle du milieu conduisant à la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, autre Monument somptueux, dont l’intérieur d’une grande beauté, couvert d’un riche plafond et disposé à la manière des Basiliques des anciens, est décoré de deux files de belles colonnes Ioniques en marbre et portant , comme à Saint-Paul, des murailles percées de croisées et ornées de tableaux de l’Histoire Sainte.
Après ces Monuments ce seront, au sommet du mont Capitolin, l’église de X Ara cœli , (l’autel du ciel ) au beau plan, à la façade de style oriental, autrefois dorée, dont les Cloîtres et les Loges donnent sur le Capitole, et à laquelle on monte par plus de cent degrés ; l’Église appelée la Minerva , la vieille Eglise des SS. Apôtres; Sainte-Marie in transtevere ; les deux Églises, sur la place du peuple, ornant l’embouchure de la voie du Cours et de deux autres voies divergentes. Enfin Saint-Alexandre ; Sainte-Sabine , sur le Mont Aventin ; Santo-Stephano Rotondo , orné de ses tableaux couvrant la circonférence de ses murailles; Saint-Grégoire avec ses chapelles, rappelant les Sacellium des anciens; Santo-Onojrio , sur le Mont Janicule, et le cloître Saint- Pierre in montorio , dont nous avons donné le petit temple , sont encore autant d’Eglises isolées qui ne laissent pas de présenter aussi un certain intérêt. Nous nous dispenserons de nommer les autres, il suffit de dire qu’il n’est aucun de ces Édifices soit étrangers soit nationaux ,
qui lie soit remarquable par ses dispositions en plan et en élévation, et où le Génie n’ait su tirer le parti le plus convenable des localités, pour les moindres détails. Nous devons en dire autant des autres Edifices , tant publics que privés. Tels sont, dans la première catégorie : Ie. Les Collèges Nationaux et Etrangers , au nombre de vingtcinq, parmi lesquels se distinguent le Collège Romain ou file de fabrique, dont il fait partie et qui comprend aussi l’Eglise de Santo- Ignazio et le Collège délia Sapienza avec sa belle cour et ses salles d’études bien simplement ordonnées; 2,e. Les Hôpitaux ou Hospices, avec ou sans Eglise, également Nationaux et Etrangers, et parmi lesquels nous citerons l’Hôpital du Saint-Esprit et l’Hospice délia Mercede. 3e. Plus de soixante Edifices ou Lieux publics, tels que: les Loges du Vatican; l’Académie des Arcades, près Saint-Pierre in montorio; la J ilia Médicis, aujourd’hui l’Aeadémie de France, remarquable , tant par la disposition pittoresque de son Palais qui domine la cité, que par ses Loges et ses Jardins en terrasses, adossés aux murailles élevées de l’enceinte de la ville ; la riante et instructive Bibliothèque du Vatican dont les murs indiquent , au moyen de peintures agréables la classification des ouvrages contenus dans des armoires ingénieusement décorées ; les Musées du Vatican et du Capitole, avec leur disposition grande, noble et variée; Le Palais de la Chancellerie, offrant une cour gracieuse à double rang de galeries, puis une longue et élégante Façade ; la Curia innocienziana , Monte Citorio , bien disposée, dans son plan, à partir du Vestibule dont la galerie ouverte conduit à l’escalier, et dont la cour en hémicycle, dans le fond, a pour point de vue une ample fontaine, et est dégagée par un passage circulaire communiquant aux pièces de service du Palais; le Palais Pontifical à Monte Cavallo , dont la grande Cour, au fond théâtral, est largement disposée et est entourée, dans trois sens , d’une percée d’arcades d’une belle proportion, dont le Vestibule donne entrée à un des grands escaliers, et dont le dessus de la loge est décoré d’un tableau de sainteté, le Palais del Governo ; les Greniers pu-
blics; Les diverses Ecoles ; les differents Cimetières; les Théâtres; la Zecca ( la monnaie ) ; enfin le Capitole moderne oh la Résidence clés Sénateurs , dont le bâtiment principal, qui renferme une prison , est couronné d’une tour élevée, et est accompagné de deux ailes de bâtiments; dans celle de droite est le Palais dé Conservatori , et dans l’autre un Musée de sculptures: ces dernières et importantes parties sont jointes à deux élégants Portiques auxquels on monte par de hauts et larges perrons dont celui de gauche donne entrée au Cloître de l 'Ara Cœli. La Place elliptique qui précède le Palais principal , et au centre de laquelle on remarque la belle statue équestre, en bronze, du grand et bon Marc-Aurèle; le rang de Statues, de Trophées et de Colonnes-Milliaires antiques, qui ornent le devant de cet Edifice auquel on monte par un vaste perron , et enfin la fontaine située au pied de cet escalier, forment un ensemble du plus grand effet.
Dans la deuxième catégorie , parmi plus de trois cents Habitations importantes ou Palais qui concourent, conjointement avec un grand nombre d’autres Bâtiments, à l’embellissement de la ville, se présentent plus particulièrement : Le Palais Farnèse, à la masse solide , riche et imposante, et dans lequel on remarque de l’unité en plan et en élévation, présente, en outre, de la variété dans ses Portiques , son Vestibule , ses Loges et ses Galeries; il est en général d’un bon goût qui se manifeste par la grandeur et la finesse du dessin , et il réunit, dans son intérieur , divers produits de tous les Arts; le Palais Barberini , à l’effet théâtral produit par ses deux ailes en avant corps , son vestibule â triple enfoncement diminuant de largeur, et sa dernière partie, demi-circulaire, donnant entrée à un autre péristyle elliptique qui renferme un escalier à deux branches : le tout laissant apercevoir un grand passage voûté , et éclairé sur les côtés, un autre Portique frais recevant, à couvert, le bas d’une rampe douce, très - prolongée , qui monte aux sol des jardins; le Palais Girault , au Plan simple et grand , et , surtout , à la belle Façade bien assise, harmonique et d’un bon goût; Le Palais Massimi,
au parti ingénieux , et présentant un grand et charmant aspect , dans une localité irrégulière il est vrai , mais où l’invention et le goût se montrent jusque dans les moindres détails; la Farnesine , petit Palais qui nous représente une Habitation antique des Romains, par son ensemble, ses décors architectoniques, et qui, pour complément , est orné des peintures de Raphaël ; le Palais Panfile , place Navone, au plan à double péristyle, plein d’effets et généralement d’une belle distribution, le Palais Sacchetti , Strada Giulia , aux Façades simples , est remarquable par les percés de son plan , par sa cour entourée de Portiques, par un grand passage couvert, entre le Palais et le jardin qui a pour accessoire une galerie sur le côté droit, enfin par sa loge à double partie, l’une donnant sur le jardin, l’autre sur le Tibre et sur d’autres jardins en terrasses; le Palais Doria , via del Corso : son plan renferme de belles dispositions telles que , la Cour entourée de galeries soutenues par des Colonnes élégantes et liées par des Arcades, le Percé, dans la direction du côté droit de la cour, communiquant du vestibule au grand escalier opposé à la principale entrée du palais, enfin, une grande Ecurie digne d’un édifice public ; le Palais Negroni , Strada delle botteghe oscure , à la Façade bien ornée, au plan ingénieusement disposé et que l’on juge dès le passage d’entrée : sa cour est carrée et entourée de Portiques de trois ouvertures, chacun : celui du fond , plus large que les autres, est ouvert dans une cour de même largeur que la première , mais un peu plus profonde , ornée de fontaines et entourée de terrasses garnies de treilles; le Palais Lanti , au plan simple, aux parties pittoresques et dans le goût antique; le Palais Ruspoli et sa grande ligne de Façade d’une mâle proportion ; le Palais Buoncompagni^ûlzzæ s or a , dont on remarque particulièrement la Façade soutenue , aux Angles , par des avant-corps formant tour , ornée de pilastres à chaque étage et terminée en pavillon isolé: le tout, progressivement enrichi à ses trois étages, est d’un ensemble parfait dans la masse et dans les détails; le Palais Eancellotti, strada de coronari^ a sa cour avec un double Portique
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en hauteur , et il est décoré de fragments antiques; le Palais Spada , avec ses parties de distribution, telles que son percé principal traversant le jardin, sa cour ornée dans les frises de ses bâtiments, et, particulièrement , sa Façade au soubassement simple , ferme et décoré de Bossages de refend et de croisées ajustées dont la proportion est favorable à la masse : au-dessus , sont d’autres croisées et des niches surmontées, les premières, de mezzamines , les secondes, de médaillons, enfin, le dernier étage est orné de tables entre les croisées: toutes les parties supérieures , ornées de figures , de guirlandes et de sujets dans les niches et les médaillons ( exécutés en stuc) , sont couronnées par une corniche ferme et élégante ; I’Interieur de la Cour du Palais Mattéi , stracla cle funari^ d’une architecture ferme, et décoré, comme dans le Palais Lancellotti , d’antiquités ordonnées avec goût; Le Palais Corsini, stracla délia Long ara : sa Façade est d’un grand développement , son péristyle à double partie , donne entrée , des deux côtés, à des galeries ouvertes sur deux cours secondaires, puis, en face, à un grand escalier à deux révolutions au milieu desquelles est un passage : sa grande cour, comprenant toute la largeur du Palais , est bordée , de ce côté , par une galerie ouverte sur les deux cours latérales, et est circonscrite, du côté du jardin, par une barrière formée de pilastres supportant des vases de fleurs : poursuivant la ligne d’axe principale , on aura un beau point de rue vers l’extrémité du jardin, où, sur le penchant de la colline, on trouvera un large perron divisé , au deuxième palier, en trois parties: celle du milieu forme Cascade de Jets d’eau disposés en gradins ornés, aux deux côtés, de vases de fleurs, et surmontés d’une gerbe d’eau: les deux autres montent à des terrasses supérieures , bordées de balustrades, et en face d’un Portique: toute cette derniere partie, couverte de beaux platanes, présente à la vue, une œuvre magicpie , grande, ordonnée, et d’un pittoresque ravissant ; le Palais Borghèse, avec sa belle cour entourée d’un double Portique en hauteur , et offrant , malgré l’irrégularité du terrain, d’agréables percés, surtout celui qui
répond de la cour au jardin; le Palais Colone, place des SS. Apôtres, avec ses jardins en terrasses et en amphithéâtre.
Rome présente encore bien d’autres Palais ou Habitations plus ou moins étendus, et toujours de disposition satisfaisante ; mais nous nous contenterons de nommer : le charmant petit Palais, in J icolo dé Balestrari ; Celui, Strada del Borgo vecchio ; Celui près de St.- Jean-des-Florentins ; le petit Palais Mattéi -Paganica\ la petite Maison, au bas du Capitole; la Maison de Michel-Ange; les petits Palais Massimi et Bussi , auprès du Capitole; le palais Cesi, strada del Borgo- Vecchio; le Palais, strada dé B anchi ; le petit Palais Colone , strada dé Cezanni ; un Palais, place d’Espagne; le Palais Colone, di Carbognano , piazza Sciarra al corso; une petite Maison toute antique, Jicolo del Governo; un Palais sur la place délia Pilotta ; le charmant Plan , l’Intérieur de Cour et le petit Jardin d’une Maison , strada del Teatro délia Valle; le plan d’un palais et de sa loge sur le Tibre, strada delV Orso^ auprès du monastère des Célestins; le Plan du palais des chevaliers de l’ordre Teutonique, près la place Farnèse; le palais Rita, avec sa jolie petite cour et son vestibule dont l’escalier, au milieu, répond à une fontaine placée au côté opposé de la Cour, le petit Palais Gamberucci , au bas du Capitole; le petit Palais Maccarani , près la place Margana , avec sa petite galerie et la disposition pittoresque de son escalier; l’Intérieur d’une maison, près St. -Louis des Français; le Palais Giustiniani, près le Panthéon, avec les belles dispositions de son plan; le petit Palais dit de l’Aquila, près la chancellerie; et, dans ce quartier, quelques façades dans le caractère antique : le palais Altempo ^piazza Palomba ; le Plan d’une petite maison Borgo dit S. Pietro ; un petit palais, strada Giulia , avec sa façade simple, sa frise ornée au premier étage, son petit passage, sa loge éclairée sur une cour ornée : et, en général , présentant un ensemble pittoresque et de bon goût; le Palais Negroni ; strada di Ripetta, disposé d’une manière grande , quoique sur une échelle moyenne, et dans une localité difficile; un petit palais, strada dé
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Chiavari, dont on remarque particulièrement la façade élégante; un Palais Vicolo de P astini; une petite Maison simple, stradci Giulia ; une autre plus riche, piazza Fiametta ; un petit Palais, Vicolo délia Pedacchia , offrant son plan régulier, disposé en amphithéâtre, et avec passage d’entrée au milieu, sa loge éclairée sur la petite cour, son escalier sur le coté, sa salle basse à l’aile droite, sa fontaine formant grotte surmontée d’une terrasse, disposée en hémicycle, avec gradins de cascades alimentées par une fontaine qui est au centre d’une autre grotte supérieure formant Criptoportique, et au-dessus de laquelle on monte, de chaque côté, par un escalier; le tout orné de petits exèdres, de vases de fleurs, de statues et de couverts en treille; le Plan du Palais degliAtti, strada Giulia, son ensemble simple, régulier et étudié avec goût, son passage d’entrée par le milieu, sa loge ouverte sur la cour, soutenue par des colonnes et conduisant, à couvert, à l’escalier dans l’aile à droite, lequel est d’un grand emmarchement, un autre passage répondant au premier, dégageant dans la strada delV Armata , et dans l’axe duquel, du côté opposé au chemin, est disposé un espace arrangé en parterre d’où l’on a vue sur le Tibre, et qui est orné de vasques, d’exèdres et de balustrades; le Palais Brasehi, près la place Navone, dont il faut citer, entr’autres, le Pompeux Escalier; une petite Maison toute gracieuse, dans le jardin Fini, près le Colisée; le palais Ornani, avec sa façade sur la place Navone; sur la même place, la Façade d’une maison au soubassement rustique, et décorée, au-dessus, d’un ordre de pilastres Doriques; la Façade d’une maison simple, sur la place Borghèse; puis, arrivent les Pavillons et Jardins en terrasses, qui composent les Ville ; la Villa Giustiniani , dont l’entrée, ornée de grandes Cariatides supportant une balustrade, décore la strada Merulana , près de St-Jean de Latran : la Villa Aegroni ou Mont alto , près de Ste-Marie-Majeure, comprenant dans son enceinte, un Pavillon composé d’une loge ouverte et d’un salon , ornés de peintures, des Parterres de fleurs, des Fontaines, et, aux jonctions des allées et aux angles des jardins, des Loges également ornées de peintures; la Villa Lu do vis i , sur le Mont P incio , avec ses
loges, ses bosquets, ses allées, son grand exèdre de pierre; divers Edifices recevant des antiquités en sculptures, et dont quelques-uns ont pour fond la belle muraille d’enceinte de l’ancienne Rome, dont l’épaisseur présente des terrasses agrestes; enfin, les Pavillons et Jardins réguliers, dits de Monte-Cavallo\ le charmant Casin et les jardins, dits du Vatican; la Villa Salviati , à la Longara , avec ses beaux effets d’optique, etc., etc .
Viennent ensuite environ cent quinze Places ou espaces libres; trois cent soixante grandes ou petites Voies , d’innombrables Fontaines , dix Aqueducs et vingt-trois Tours.
Parmi les premières (les Places) , la seule ordonnée et vraiment symétrique est la Place St-Pierre, enrichie de ses Colonnades d’enceinte, de son Pavé, de ses Fontaines et de son Obélisque ; puis se présentent la place Navone, dont le plan, à l’instar de ceux des cirques, est remarquable par les Edifices somptueux et variés qui l’entourent, ainsi que par les trois Fontaines qui sont au milieu et qui servent de décoration bien appropriée à ce lieu où se donnent des fêtes publiques. La Place dite du Peuple, avec ses Fontaines et son Obélisque au milieu, et ses deux Edifices qui articulent les angles de trois voies divergentes, lesquelles tendent aux fontaines et à l’obélisque et servent de lieu de départ pour les courses de chevaux : la voie du milieu passe au-devant de la place de la Colonne Aurélienne, jusqu’à un autre espace appelée la Ripresa de Barbari , ou Place de Venise ; la Place théâtrale du Capitole , avec ses sculptures ; la Place Farnèse et ses deux fontaines , en forme de cuves antiques, etc., etc.
Parmi les Voies , nous remarquons d’abord les trois qui viennent de la place du Peuple, la strada Giulia, généralement bordée de bâtiments d’un beau caractère, savoir : à droite, d’édifices variés , donnant sur le Tibre, et à gauche , entr’autres, du palais Farnèse et d’une fontaine ou torrent d’eau tombant en cascade et qui est à une de ses extrémités ; la strada délia Longara , ornée de ses palais Salviati , Farnesina et C orsini ; celle qui vient aboutir au Capitole, et aux groupes , d’un si grand effet, qui précèdent ce monument,
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d’autres voies dans le cœur de la cité, et quelques-unes que l’on serait tenté d’appeler Champêtres , si elles n’étaient disposées grandement et meublées d’Édifices de bon goût. Telles sont , par exemple , les voies Feliee et Merulana ; l’une, partant de l’Obélisque de la Trinité du Mont, à venir à celui derrière Ste-Marie Majeure, l’autre, partant de la Colonne devant cette basilique, et se dirigeant sur l’Obélisque de St-Jean de Latran ; la stracla Félice , répondant à Ste-Croix de Jérusalem; la VoieSt-Eusèbe, et enfin la strada Pia , qui prend naissance au groupe et à l’Obélisque de Monte Cavallo, et se prolonge jusqu’à la porte de ce nom.
Entre les Fontaines, quatre sont remarquables par leur magnificence; chacune d’elles représentant un arc de triomphe par où arrivent des fleuves d’eau, et offrant des effets variés. L’une, sur le mont Janicule, est la Fontaine Pauline dont une partie forme la cascade bruyante de la strada Giulia ; l’autre , nommée la Fontaine Feliee , est sur la place des Thermes; la troisième est la Fontaine Trevi , également très -somptueuse, et dont les eaux roulent parmi des roches simulées, et la quatrième est celle que l’on nomme les Quatre-Fontaines ; les autres Fontaines sont celles de la place Babouino, del Facchino , del Masclierone, Farnese , etc., etc. Si ce n’était les bornes que nous nous sommes prescrites, nous citerions presque toutes les Places, presque tous les Edifices Publics et presque toutes les Habitations particulières, d’où, si l’on ne voit pas une fontaine, on entend, du moins, le murmure des eaux.
Toutes ces Fontaines sont alimentées par des Aqueducs charriant des rivières, et dont les arcades, jointes à celles des arcs de communications qui traversent les voies , forment autant de cadres partiels aux objets qui les environnent et qui offrent une variété piquante, par les différentes formes de ces Tours qui terminent ou accompagnent les édifices, et dont les unes sont de masse pyramidale , les autres terminées par des plates-formes.
Que l’on rassemble sur un sol varié de hauteur, et sur divers
plans, ces Restes antiques et vénérables, généralement d’un beau ton de couleur; les Edifices sacrés de divers caractères; les Edifices publics; les grandes Habitations civiles et religieuses, disposées en grandes lignes; les Dômes; les Tours à plate-forme carrée, ou terminées en flèche; ces milliers d’Habitations particulières, présentant toujours quel qu’ intérêt, sous le rapport de l’art, à l’extérieur comme à l’intérieur; les Fontaines; les Jardins; enfin, environ le tiers de la masse formant le corps de la Cité : que l’on y joigne ce qui est épars , dans sa spacieuse enceinte, au milieu d’une verdure puissante, oii l’on distingue les Aqueducs; et, pour terminer le tableau général, que l’on se représente encore la Ville entourée, à ses premiers plans, par Villa Borghese ; au bas de ce séjour, par la Voie hors la porte du Peuple, oh l’on remarque le petit Temple de Saint-André et surtout ce chef-d’œuvre du génie, la Villa Papa Giulo ; de l’autre côté du fleuve, par le mont Mario et la Villa Madama située à mi-côte; la magique Villa Pamfile , ses jardins immenses, son grand hippodrome; en retour, par la Villa Albano , digne d’être un lieu public par ses Fabriques et ses Musées ; enfin le tout se dessinant sur de belles montagnes d’un bleu prononcé, et l’on aura l’idée d’un de ces vastes Théâtres dressés par le Génie de l’Architecture, oh la philosophie peut se reporter avec intérêt à la situation, aux usages, aux lois, aux vertus de presque tous les âges d’un peuple célèbre, d’un Centre d Études^ oh, dans tous les temps, le Peintre, le Sculpteur, l’Architecte, en un mot, X Artiste viendra puiser, comme à une source, des idées de beauté et de simplicité, et retremper son âme à la sublimité des programmes.
Maintenant, si nous nous dirigeons vers Frascati et Tivoli, nous trouverons d’abord , sur notre chemin : Genesano , avec sa disposition en amphithéâtre , sa Place oh toutes les voies viennent aboutir, ses Celliers et son Couvent de religieux ; Albano , avec sa Maison conventuelle, dont la terrasse couronne les bords élevés du Lac entouré de montagnes escarpées, et boisées depuis leur cime jusqu’au
chemin sinueux qui en borde la rive: il faut le dire en passant, ce lac , en élevant ses eaux , inondait les campagnes basses et causait les plus grands dommages; l’Amour du bien public et le Génie de l’Architecture ont paré à ce grand fléau, en perçant, dans la masse de lave, un aequeduc faisant déversoir dans la rivière voisine ; la cause désastreuse ainsi maîtrisée , l’Art a laissé ensuite , à l’entrée du passage, des signes qui rappellent et le bienfait et son intéressante époque.
En sortant de la ville on trouve, sur les bords supérieurs du lac, des chemins abrités par des chênes-verts, et sur lesquels on rencontre des lieux de dévotion et des chapelles, agréablement ornés de peintures à fresque et de sculptures. Ensuite le spectateur tourne un autre lac dont les rives sont également escarpées, et qui est appelé, par les anciens, le Miroir de Diane : de ses bords il voit aux bords opposés, la petite ville de Nemi, sa rue principale, en amphithéâtre, bordée d’édifices, et d’un piquant effet. Continuant à parcourir des voies romantiques, coupées de vallons, de bois, de montagnes, de fabriques, d’oratoires et de petites Villes qui semblent comme suspendues, les unes sur des masses de rochers, les autres sur des masses de verdure du plus agréable aspect, des murs de soutènement, d’une grande élévation et terminés en terrasses, lui annoncent la ville de Larriccia qui présente, sur son plateau, une Place Publique, rafraîchie par des fontaines jaillissantes; une Église, en rotonde, précédée de porches ouverts sur la place, et de deux portiques aux deux côtés ; puis, en regard et dans l'axe de cet ensemble, un Palais y correspondant avec symétrie. Vient ensuite Grotta ferata, à l’assemblage de murs de forteresse du plus grand caractère, et à l’intérieur orné de belles peintures.
Au sortir de ces lieux généralement agrestes, l’on trouve Frascati qui pourrait s’appeler la Ville des Fées ; (du moins, c’est le nom que nous lui donnerions , d’après l’impression qu’elle a produite sur nous.) Que I on se figure en effet, une Ville propre et fraîche,
comme l’indique son nom, située à mi-côte d’une vaste campagne, et adossée à des montagnes boisées; puis au bas, et encore parmi des montagnes, entourée d’une continuité de Pille , c’est-à-dire, de Grands Palais variés d’effets, avec des jardins du plus beau caractère, animés par des cascades très-abondantes, aussi grandement qu’ingénieusement dessinées ; avec des galeries ouvertes, des parterres de fleurs, des grottes, des effets d’eau, des statues et des peintures; alors on concevra facilement l’émotion qu’une telle somme de beautés doit faire éprouver au spectateur; et, pour que l’on ne croie pas que ces lieux soient de pure imagination, il nous suffira de dire un mot sur les Ville suivantes :
i° La Villa A Idobrandini , avec ses jardins immenses donnant sur la place publique ; son Palais, érigé sur une vaste terrasse à double étage , où sont ouverts des grottes et des Cryptoportiques , est accompagné de pentes-douces à double rang circulaire de balustrades, de statues et de vases de fleurs, qui produisent les effets les plus harmonieux; mais un Point de vue devant lequel le spectateur doute réellement s’il est éveillé, c’est lorsque, tournant le palais, il se trouve devant la grande cascade ouverte, qui va en s’enfonçant dans une montagne boisée, et couverte en berceaux d’une belle végétation. En effet, si l’on se place dans la salle du milieu du Palais, qui est le centre de ce Théâtre, alors on admire la percée dans le bois, éclairée par échos de lumière, de même que les effets d’eau, les jets, les perrons, et, plus en avant, deux colonnes surmontées de figures et alimentant, ainsi que les canaux, une autre cascade bordée par deux escaliers dont les paliers dégagent dans les bosquets : ce premier ensemble est comme encaissé par un soubassement richement décoré, formant hémicycle au milieu, et offrant des grottes et des Cryptoportiques ouverts, sur ses façades, par des arcades de belle proportion; le tout, orné d’un ordre élégant avec piédestaux et balustrades , est surmonté de statues d’une belle exécution. Ce qui continue de donner de la vie au Tableau, cest la chute de la
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grande cascade qui reproduit d’autres effets d’eau, en guéridons; et celui du milieu, qui est le principal, met en mouvement un jeu d’orgues dont les sons semblent partir de statues allégoriques qui, à cet effet, sont représentées dans l’attitude de musiciens en action, et qui ornent les bassins ainsi que les arcades du Cryptoportique.
2° La J ilia Conti : son jardin est planté d’une végétation colossale qui encadre également une cascade imposante, accompagnée d’escaliers ornés descendant la montagne, laquelle est boisée jusque sur une terrasse de soutènement enrichie de niches , de fontaines* de bassins, de statues et de vases de fleurs.
3° La P illa Muti , dont les parties primitives présentent le Casin au milieu d’un plateau élevé, de la forme d’un parallélogramme, auquel on monte entre deux pavillons de service, et sous lequel sont pratiqués, des deux côtés, des corridors ouverts à leurs extrémités, et donnant entrée à des grottes et à des perrons séparés par des bosquets. Ce Casin, situé entre quatre fontaines jaillissantes, est composé de deux parties, sous une même enveloppe également de la forme d’un parallélogramme : la première, sur le devant, est une cour entourée de portiques ; sous celui du fond, qui donne entrée à l’habitation, est, de droite et de gauche, un escalier descendant aux souterrains , par un passage qui traverse le soubassement et les deux corridors, dans la direction des perrons principaux des côtés; l’Appartement, distribué d’une manière simple et avec goût, est éclairé tant sur les portiques intérieurs que sur les côtés du tertre, et il a une vue principale sur une fontaine jaillissante, située sur le plateau de ces escaliers qui descendent à un grand Parterre de fleurs, orné de bassins, de jets d’eau, de vases, de statues, et entouré, sur trois sens, de bosquets en allées et en massifs décorés de statues.
4° La Villa Falconieri, avec son Casin d’un effet Théâtral, ses bassins, ses pièces d’eau, ses jardins fleuris, ses quinconces, enfin
ses bosquets distribués en diverses salles variées de forme et propres à former des lieux pour les exercices du corps.
5° La T ilia Monte Dragone , remarquable par son exposition sur le penchant de la colline, est sur un plateau de forme circulaire dont le centre est marqué par une fontaine jaillissante qu’entourent une balustrade et des colonnes décorées , disposées ingénieusement pour servir de cheminées aux pièces de service pratiquées dans le soubassement. Le Palais est ouvert, au premier étage, en galerie ayant pour vue, sur les premiers plans, le soubassement, la fontaine et les jardins; et pour fond, d’un côté, Rome et les Campagnes de la Sabine, de l’autre, la vue de la mer: sa distribution se compose d’un vestibule, de loges dont une donne sur la cour, de salles de service et, aux deux côtés, de deux petites cours, avec portiques, et fontaine au milieu: il a pour dépendances une vaste cour bordée, d’un côté , par de longues galeries de tableaux éclairées sur un jardin fleuriste qui se termine en hémicycle, et du côté opposé, par un autre jardin fleuriste circonscrit, du côté de l’entrée, par une galerie très- riche, décorée de peintures et ouverte sur les parterres, avec des cabinets aux extrémités; de ce côté, les murs du jardin sont également ornés de niches et de charmilles. Ce dernier lieu est d’un ensemble on ne peut plus théâtral, car il se termine par un grand hémicycle décoré détours creuses avec pilastres et balustrades que surmontent des figures se détachant sur une montagne boisée à laquelle on monte par des-portes et des escaliers pratiqués aux deux côtés de ce beau fond élevé , lui-même , sur le parterre principal, d’un soubassement en terrasse, avec pièce d’eau demi-circulaire et des perrons à grandes marches et en pente douce : sous cette terrasse, au niveau du parterre, et répondant aux allées, sont pratiquées de petites grottes ordonnées, avec des fontaines, des statues et deux bassins; quatre parties de gazon, entourées de fleurs, ornent ce Jardin qui présente une Résidence particulière du meilleur goût et sous les formes les plus simples. Ce qui complète le charme de
cette Villa, c’est que les bâtiments du fond de la grande cour ont vue sur une autre cour formant grand Théâtre découvert, pour divers exercices, avec gradins bordant une terrasse surmontée de balustrades, et plantée selon la pente de la colline.
6° La Villa Taverna , son grand Vestibule donnant sur une cour demi-circulaire; son escalier, à deux rampes avec balustrades, montant dans les jardins ornés; ses Cours avec portiques de communication , et ses Galeries donnant sur des parterres de fleurs , disposés en terrasses élevées.
Il est encore à Frascati bien d’autres habitations remarquables sans compter les Edifices publics, qui, disposés en Amphithéâtre, au centre d’une belle végétation, font regretter de les perdre de vue ; mais ne pouvant nous servir que des memes expressions pour peindre des objets qui pourtant sont entr’eux d’une grande variété, nous terminerons notre revue générale en nous rendant de suite à Tivoli.
Tivoli. Nous choisissons exprès ce lieu parce qu’il offre un de ces exemples qui attestent évidemment que les grandes vertus et les Arts, seuls, fixent les idées et augmentent l’intérêt que l’on porte aux beaux sites en général. En effet Tivoli est, tout à-la-fois, agreste et cultivé , varié et symétrique : de grandes montagnes arides font opposition d’effet avec d’autres montagnes ombragées d’oliviers ; des chemins sinueux , couverts d’une vigoureuse végétation, des treilles et des bosquets de myrtes et de lauriers , sont comme suspendus auprès de gouffres dans lesquels vont se précipiter , avec fracas , les eaux d’une rivière et de plusieurs ruisseaux qui , par la hauteur de leurs chûtes, semblent se dissoudre en vapeur, et présentent partout les plus grands et les plus piquants tableaux. Néanmoins, à ne considérer que ces beaux et imposants accidents de la nature , Tivoli n’aurait d’autre privilège que celui de ces sites merveilleux qui se rencontrent dans les autres parties du monde, mais dont on ne conserve que des idées vagues, parce qu’ils ne se sont adressés qua la vue; quelque belles , en effet , que soient ces Localités formées de mon-
tagnes de divers caractères, dont la cime touche aux nues et dont la base s’enfonce dans des fondrières boisées oii coulent des ruisseaux , ces Cascades, les unes simples, les autres groupées, partant toutes de points élevés , et dont les eaux roulent en serpentant à travers la verdure, cette Rivière qui se précipite dans le gouffre et va se perdre, dans des grottes mystérieuses; en un mot, quelle que soit la magie de toutes ces Beautés naturelles; elles ont besoin, pour être en rapport direct avec l’Homme et pour le fixer, de ces Tributs des Arts qui constatent ici , par des Monuments, les actions mémorables , et qui , en marquant leur place d’une grande manière , ont su changer des lieux muets en des Séjours qui parlent distinctement à l’Artiste, à l’Historien, au Philosophe. Elles ont besoin des 'vieux Témoins de l’ancienne Tibur , de ce Temple adressé à la Divinité, et qui , d’une belle masse ronde entourée de colonnes, se dessine, au gré du spectateur , tantôt sur le Ciel, tantôt sur les montagnes qui lui servent comme d’enceinte religieuse. Elles ont besoin des beaux Restes du Palais de Mécène , ce soutien des nourrissons des Muses ; des Indices des Habitations des Cicéron, des Horace. Elles ont enfin besoin d’être embellies par le produit des Arts d’un temps plus rapproché de nous, comme par exemple, de la Villa T Este , ses jardins en amphithéâtre, ses terrasses dominant la campagne, ses bosquets, ses cascades, ses grottes ordonnées, ses pavillons symboliques, ses loges ou galeries ouvertes , ses jets d’eau , ses canaux liés par des ponts , ses peintures et ses nombreuses sculptures : tous Enfants du Génie , qui joignent ici leurs grâces à celles de la nature leur mère adoptive , et au sein de laquelle ils présentent d’heureux contrastes. C’est ainsi que Tivoli s’offre encore aux voyageurs, qui ne manquent jamais, par des portraits et des descriptions , d’en rappeler la mémoire au monde. Autant on en peut dire de tous les lieux historiques où le Génie de I’Architecture laisse des Traces parlantes , des Points de reconnaissance évidents, qui rappellent V homme a de nobles pensées , a la dignité de son être.
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