RÉFLEXIONS
SUR DE PRINCIPALES QUALITES DE l’aRCHITECTURE , ET REMARQUES CRITIQUES SUR DES INCONVENANCES ET DEFECTUOSITf's.
Aide par des traditions écrites, mais, bien plus encore par les exemples figurés, parlants et ostensibles, nous avons cherché à faire connaître l’Art dans ce qu’il a de fixe et de vrai, à partir des premiers produits religieux de son Génie , et en le suivant dans ses grandes et sublimes conceptions , jusqu’à la disposition du jardin paisible, créé également par la Muse de l’Architecture.
Mais l’hommage que nous avons rendu aux beautés de notre Art serait incomplet si nous ne relevions pas , en même-temps, les inconvenances et les défectuosités que le Temps, les Bouleversements en tous genres des sociétés, la Routine , l’Irréflexion et surtout, l’Esprit de système absolu , ont introduites au préjudice de ces mêmes beautés. Ainsi nous avons dû commencer par attaquer l’opinion sans cesse reproduite , quoiqu’elle établisse une erreur d’une grande importance, que l’Architecture doit son origine à la cabane simplement matérielle, nos moyens ont été simples; ils ont consisté à rappeler les choses naturelles et leurs conséquences immuables, qui veulent, par exemple, que le Principe qui fait agir la Fourmi, le Castor, le Pivert et jusqu’à l’Homme, dans un sens animal, ne soit pas le même que Celui qui élève l’Homme vers la Divinité et lui fait éprouver le besoin de la vertu, des belles choses. Aussi, dans les produits du premier de ces deux principes , quoique nous voyons des pierres
bien taillées , des tissus de roseaux travaillés avec intelligence , des arbres charpentés d’une manière industrieuse et progressivement le travail le plus merveilleux, toujours est-il vrai que ce n’est que matière et que rien ne nous indique encore l’origine de tant de choses de sens sublime dont la simple intelligence, livrée à elle-même, n’aurait pu concevoir l’existence. C’est alors que nous nous sommes tournés vers le Principe élevé, vers ce besoin que l’Ame éprouve de se manifester par des consécrations quelconques, et que tout s’est expliqué, depuis la création du Temple et de ses plus petites moulures, jusqu’aux moindres ornements. Alors chaque chose a parlé; le Temple, de Reconnaissance , et les membres architectoniques, les attributs et les tableaux , cl’ observations astronomiques , agricoles et morales. Cependant, l’abandon de la métaphysique ingénieuse des anciens 11e sera point l’objet de notre critique, il faudrait la prendre de trop haut; ce ne sera que des qualités communes et constitutives de l’Art, dont il a été parlé, que de leur présence ou non présence dans les monuments, que nous nous occuperons un instant, et encore , nous ne relèverons ni la ressemblance des Propylées des temples des Egyptiens avec les Propylées de leur Palais , ni la similitude du Type de V Entrée de la citadelle d’ A thenes avec celui du Par thénon Temple consacré a Minerve, ni le peu de différence de celui-ci avec le Temple élevé à Thésée , ni enfin , V emploi dans les Palais Romains , de l’Architecture des Temples; nous craindrions de juger légèrement et surtout d’être ingrats. Nous ne prendrons donc les choses qu’à partir de la Renaissance et des temps qui l’ont suivie, comme ayant eu l’avantage et de venir en dernier , et , par cette raison, d’être accompagnés, pour ainsi dire, de flots de lumière.
On reproche, avec raison, à cette Epoque d’avoir atténué, souvent par système, la Beauté de X Unité caractéristique , en donnant à la plupart des Temples une physionomie de Palais, et en affectant des divisions d’étages. Ce défaut a d’abord été répété, mais avec bien moins de goût chez les modernes qui ensuite ont pris le contrepied,
en appelant petits moyens, les moyens de leurs prëdëcesseurs, et par un système de fausse idëede grandeur, ont affecté la Disposition Extérieure des Temples aux Habitations; dernière incorrection d’autant plus discordante que l’Édifice contenant le plus d’étages a semblé à la Raison et au Goût ne pas avoir eu une destination fixe , et que de plus il présente des masses lourdes, sans grâce , au lieu de masses appropriées au sujet.
Il était tout simple que recourant à la disposition des temples , on en employât les détails et les ornements sans plus de raison ; aussi , a-t-on vu des supports, des corniches hors de proportion, avoir pour ornements des têtes de victimes, des attributs de sacrifice, et ces inconvenances , sans nombre , se répéter dans nos églises , dans nos palais et même dans l’intérieur des habitations privées : le tout servilement reproduit d’après les auteurs des systèmes des cinq ordres n’ont présenté ces ornements , que comme objet d’étude , et d’indication pour placer les attributs.
Enfin, pour trancher la difficulté, se croyant supérieurs aux anciens, et se moquant des fautes de ceux qui leur ont succédé; de nos jours, on s’est demandé et l’on se demande encore, dans un esprit d’économie et de prétendu perfectionnement, de quelle utilité sont toutes ces choses PEt nous ne voyons que trop souvent les Edifices, répondant dans le sens de la question , ne plus présenter que l’abandon total des détails, non pas seulement de caractère, mais même de richesse agréable à la vue , et servant au moins à occuper quelque peu l’imagination; mais passons sur cette opinion captieuse, qui ne laisse que du vide autour de soi , pour relever une erreur qu’il importe de réfuter: cette autre opinion amie de la beauté, sans doute, mais qui consiste à croire que l’on peut introduire sérieusement des types et des caractères autres que ceux adoptés par l’expérience , après de longues et profondes réflexions.
C’est pour faire ressortir l’inconvenance qu’il y a, dans notre Art, à se servir d’un style devenu étranger , que nous rapportons le trait
suivant qui dira, mieux que toute discussion, comment on doit considérer les types, leur valeur et leur application.
Une personne d’esprit nous disait que, si elle avait une chapelle à faire ériger, elle croirait devoir recommander d’y employer le genre des Goths, comme étant plus conforme à la religion et aux habitudes de ses pères. Pénétré que nous sommes, que notre art est particulièrement grave, délicat, et se propose, avant tout, d’être vrai, de persuader, nous crûmes devoir répondre par cette comparaison. « Si vous aviez à rendre des actions de grâces à quelqu’un de « respectable, et que vous voulussiez lui marquer, par écrit ou de « vive voix, votre reconnaissance, dans quel idiome le feriez-vous:1 « dans celui qui vous est connu, que vous comprenez parfaitement; « car autrement il y aurait incertitude , affectation, parodie même. Eh « bien! il en sera ainsi de notre langage architectonique, quand on « voudra se servir d’un genre , d’un style qui ne sont plus usités. En « effet l’expérience a pu convaincre que les modernes chercheront « vainement à imiter le laisser-aller de ces vieux temps , à faire re- « vivre exactement ces compositions libres , souvent ini-rustiques, « mi-délicates, mais toujours naïves, et que l’on respecte soit par « cette dernière raison , soit par les souvenirs historiques qu elles « peuvent rappeler , ou , même , par ces qualités communes à « tous les Edifices. Mais on se tromperait fortement si , par des « moyens de régularité et d’irrégularité , de délicatesse et de rusti- « cité tout à-la-fois, on pensait atteindre le but persuasif; le faux, la « manière affectée, perceraient toujours et, par cela seul, seraient in- « dignes d’une candide et pieuse consécration ; de même qu an- « compréhensible au sens commun, Racine lui-même eût été muet « pour le sentiment et la raison , s’il eût voulu imiter le langage et le « style cependant naturels et charmants d’sîmiot. »
Enfin, de l’absence du Principe Moral, si nous passons à l’absence d’Unité Physique, d’autres incohérences se présentent dans les Edifices des modernes : C’est dans ceux qui ayant un double objet, comme
d’être Monuments publies , sacres, civils ou militaires , et de servir d’habitation, sont unis cependant sous une seule façade. Les convenances et le goût ne demandent-ils pas qu’il y ait séparation , déjà par la simple raison que les membres, tels que supports, corniches et autres détails, toujours d’un certain caractère pour les Edifices publics, sont incompatibles avec les corniches et détails qui conviennent aux demeures privées ?
Quant aux autres Défectuosités qui nuisent aux bons effets que tout législateur doit attendre de l’Art , comme d’inspirer ces idées d’ordre, et de morale, si essentiellement liées au bonheur des peuples; quant à ces Défectuosités produites par l’encombrement plus qu’inconvenant des Edifices tant sacrés que civils , et qui ne marquent que trop l insouciance , la cupidité , la complaisance particulière , en un mot la mauvaise direction des temps, nous nous contenterons de les signaler aux idées saines, à la philosophie, et surtout aux administrateurs intègres et bienveillants , souhaitant ardemment que nos paroles ne restent pas inutiles et pour les Rectifications actuellement possibles, et pour les convenances à observer dans lErection des Monuments à venir.
De la symétrie et du colossal obliges. La Symétrie, la régularité des corps, quels qu’ils soient, nous sont indiquées par la nature : Les Cieux , les Prismes de la terre , tous les Êtres en général , nous en présentent autant d’exemples. Les anciens se sont dirigés dans ce sens primitif, jusqu’à conserver dans leurs Edifices, un Laisser-aller , un Faire-naturel toujours variés. Les modernes ont étendu plus loin la symétrie; ils l’ont employée, par exemple, dans la disposition des villes, dans des édifices très-étendus et très-compliqués, puis dans les détails les plus minutieux; mais, par esprit de système, ils ont souvent répété les mêmes dispositions, les mêmes formes, sans nécessité et jusqu’à satiété, ce qui a produit naturellement la monotonie qu’on leur a justement reprochée ; circonstance à noter particulièrement et qui n’est peut-être pas étrangère à l’introduction de la licence qui l’a suivie. 33
Considérant d’abord l’assujetissement auquel se sont soumis les anciens, et, tout-à-la-fois , la juste liberté dont ils ont usé dans leurs édifices; puis le grand avantage que présentent les dispositions symétriques des modernes, qui produisent des effets magiques, et sont les grandes bases de l’ordre en général; et rassemblant ainsi tout ce que le génie pouvait produire de beau, nous avons cru devoir adjoindre au mot Symétrie, l’expression obligée que nous étendons, pour les mêmes motifs, au mot colossal. Car, cpioique cette dernière qualité impose à la vue et à l’imagination, il ne faut pourtant pas en conclure quelle soit applicable à tous les sujets et dans tous les lieux, puisqu’elle peut même être un défaut si, par exemple, les localités sont exiguës, s’il s’agit d’un sujet léger, ou d’une habitation riante; aussi, les observations que l’on entend faire sans cesse pour désigner que tel monument est plus colossal que tel autre, ne nous apprennent rien sur le degré d’estime qu’il mérite; un Edifice sur une petite échelle , pouvant , à cet égard , l’emporter avantageusement sur un Edifice de grande dimension.
De l’Aspect de la stabilité et de la non stabilité. Par l’impression désagréable que nous éprouvons à la vue d’un corps près de tomber et dont la chûte peut occasionner des dommages, nous nous expliquons le plaisir que nous cause un état contraire, V Aspect de la stabilité , que nous mettons au rang des beautés principales et, sous ce rapport, nous en venons naturellement à la critique des Types sveltes, en général; car, malgré notre confiance dans les qualités spécifiques des matériaux et dans l’intelligence des peuples qui les ont employés, nous ne pouvons voir de frêles supports, même de matière impérissable, porter des masses en apparence au-dessus de leurs forces, sans nous empêcher de penser qu’un tel assemblage ne peut subsister long-temps ; aussi , sommes-nous loin d’admirer toujours entièrement l’Aspect svelte des intérieurs des Monuments Gothiques par exemple, surtout quand nous voyons, à l’extérieur, ii quelles conditions sont achetés ces effets de légèreté, lesquels, il haut le dire, ne sont obtenus qu’au moyen de nombreux Contre-forts
ou Arcs-boutants^ qui nous représentent comme autant d’étais nécessaires pour soutenir un corps en péril; or, si nous parlons ainsi des moyens d’un peuple ingénieux, véritablement artiste, qui a su nous charmer, même avec ces défauts que l’on serait tenté de prendre d’abord pour des inventions expresses de Rite religieux et de goût, tant ils les ont dissimulés sous des formes gracieuses, caractéristiques et imitant l’abondance, le pittoresque de la nature. Que ne dironsnous pas des imitations des modernes, de ces Eperons employés pour retenir les effets des voûtes, et dont le défaut se montre dans toute sa laideur, étant tout-à-fait dénué de ces palliatifs aimables qui marquent au moins le respect , nous ne dirons pas seulement pour la beauté caractéristique, mais même pour la vue la moins délicate!
Du Grandiose : du Style relatif et de celui du compositeur ; puis de l’Harmonie. Quant à ce que nous pourrions dire de ces qualités, et de leur plus ou moins juste application, nous renvoyons aux édifices mêmes ; car , par exemple, que dire du Grandiose, cette qualité simple mais pleine qui est commune aux grands comme aux petits sujets, et qui consiste en une si juste opposition des parties avec les masses, et de celles-ci avec les détails, que l’on ne sait de quel côté vient le bon effet? tel est l’Intérieur du Panthéon de Rome , que l’on sent être véritablement Grandiose , tandis que l’Intérieur de Saint-Pierre n’est que Colossal , bien que celui-ci soit sur une plus grande échelle; mais, ayant des détails énormes et sans oppositions favorables, on ne le juge pas, à la première vue, ce qu’il est réellement, immense.
Quel jugement porter sur le style relatif au sujet, et sur le style de l’époque unis avec le style du compositeur? Si nous prenons le style de la Renaissance, nous sentons qu’il se rapproche du Style Romain antique, cependant nous voyons une différence sensible entre ces deux styles, et nous en voyons encore dans l’union du premier avec celui des auteurs de ce temps, au point de pouvoir dire : voilà le style convenable à l’édifice : on sent qu il a été inspiré du style
Romain ; il est de telle époque, il est de Julien de Mayano ou de Bramante, de BaldassarePeruzzi, de Scamozzi,de Vignole, de Philibert de Lorme, de Pierre FEscot, de Liberal Bruant, de Mansard, etc., etc.
Enfin, que dire de ces convenances locales, qui font qu’un Édifice peut être bien en lui -même, et ne peut néanmoins se souffrir dans la place qu’il occupe, ou qu’il serait admissible s’il ne représentait qu’un accessoire comme un piédestal , une colonne , une borne, enfin une partie de monument? Question qui nous ramène naturellement vers la nécessité de Fharmonie , ce Juste Rapport d’un Tout avec ses Parties , et de ce meme Tout avec les Localités ; cela s’expliquera mieux par les exemples; ainsi , pour aider à l’observation mais, sans cjue cela tire à conséquence à l’égard des autres qualités des édifices que nous prenons pour sujet de critique, nous commençons par signaler à Rome X Inconvenance des croisées du portail de Saint-Pierre, ainsi que de celles que l’on remarque dans cette quantité nombreuse d’édifices sacrés qui Font précédé et suivi , comme présentant, par leurs doubles et triples étages, l’aspect d’habitations privées. Indépendamment de ces inconvenances nuisibles au caractère, nous devons reprocher à ce premier édifice, le Manque d’ Unité physique et de simplicité, causé surtout par ce nombre infini d’avant-corps et de ressauts que présente son enveloppe extérieure ; Défaut qui, sous une apparence d’ordre, a eu de l’influence, par la suite , au point d’avoir force de loi pendant un laps de temps considérable.
A Paris, nos exemples seront : i° le Portail Saint-Gervais que nous avons présenté, il est vrai, comme modèle d’harmonie, mais que nous devons critiquer comme portant une physionomie équivoque, marquée par ses divisions d’étages et par l’absence de traits figurés, caractéristiques et relatifs au sujet , puis comme 11’offrant qu’une fausse application des principes de Vignole; car, sous ce rapport, si le premier coup-d’œil ne nous avertissait point que cette oeuvre ne peut appartenir au Maître dont le Génie investissait toujours ses pro-
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ductions du caractère propre au sujet , une simple réflexion nous rappellerait que Vignole , ayant continuellement modifié ses principes en raison des ensembles , eût conséquemment désavoué ces divisions multipliées, ces corniches saillantes, surtout celle du premier ordre qui coupe sans motif la façade, qu’il eût de même réclamé une corniche de couronnement général, enfin, qu’il eût confirmé cette vérité que les Principes Architectoniques tels qu’ils soient, ne sont pas d’une application absolue , et qu’en Architecture, comme en toute chose, il faut suivre l’impulsion de la Nature qui ne se répète jamais absolument.
2°. La Galerie extérieure adaptée à un ancien palais, et justement célèbre sous beaucoup de rapports. Nous demanderons de quelle utilité elle aurait pu être pour l’habitation, n’ayant avec elle aucune ouverture de communication; pourquoi cette surabondance de supports ou colonnes, accouplés sans nécessité, n’étant nullement liés ni assujétis aux distributions et aux données de l’ancien ordre de choses; enfin, pourquoi cet embarras dans le milieu, l’interception d’un passage, au moins à la vue, dans l’endroit principal du Monument? en vain l’esprit seul voudra défendre ces défauts, dire, par exemple, que c’est une simple décoration, que ces colonnes accouplées présentent plus de fermeté , de stabilité , et sont préférables ainsi à celles d’autres galeries, qui sont simples, mais trop espacées entre elles : le Sens commun, le Goût, ne se contentent pas de pareilles raisons, et, tout en rendant justice au bel effet en masse de cette galerie, ils voudront toujours qu’une partie ajoutée ainsi , se lie, autant que possible, par les percés comme par la construction et la décoration, aux choses déjà existantes, surtout quand les premières données sont aussi belles. Ils diront encore que deux supports si près l’un de l’autre, donnent toujours à penser qu’ils s’étayenr réciproquement, Impression contraire à l’effet de Beauté de Stabilité et de Simplicité.
3°. Un Portique, à l’instar de ceux des Romains, faisant partie
d’une vaste disposition générale de la ville , et donnant entrée à une Salle d’Assemblée Nationale , sera l’objet de notre remarque, non pour admirer le bon effet que produisent au loin le vaste perron, les douze colonnes et le fronton dont il est forme, mais pour demander s’il remplit entièrement son objet, pourquoi le Portique n’a pas plus de profondeur, et pourquoi la porte d’entrëe principale 11’est pas articulée? Les anciens n’eussent pas ainsi manqué à de simples convenances d’utilité et de grandeur.
4° Un autre Portique formé de six colonnes colossales , d’ordre Ionique, et sur une place peu spacieuse , précède une Salle de spectacle consacrée au genre Lyrique. On se demande si un Aspect aussi sévère , aussi froid , aussi dénué d’attributs et même d’ornements , annonce un Temple de Thalie?
5° Dans un sens contraire, et par une sorte de profanation de genre, il se construit un Edifice consacré au Commerce, et que l’on a décoré de l’ordonnance Corinthienne. Sans doute cette branche des institutions sociales, qui contribue à l’aisance de la vie, est respectable autant qu'elle est utile ; mais on regardera toujours l’emploi de l’ordre Corinthien, comme une Usurpation faite sur le domaine des Temples, ou autres Monuments consacrés à de religieuses et augustes fonctions.
6° Enfin, une Fontaine érigée dans une grande place, devant un Monument colossal. En projet, ce petit Edifice a dû tromper ses juges, parcequ’il n’est pas sans mérite en lui-même; mais on le critique , non sans raison, par la comparaison qu’on en fait avec ce qui l’entoure, et, nous ajoutons, parce que l’on a affecté cle lui donner le Caractère d’un Monument entier, au lieu d’un accessoire.
Après bien d’autres Edifices également susceptibles de critique , mais dont l’énumération serait trop longue, on pourrait descendre jusqu’à faire remarquer ces Monuments publics , formés par des spéculations mercantiles et qui, à la première vue, ne se ressentent que trop du Principe qui les a fait naître. Tels sont, par exemple : de cer-
tains Ponts qui ressemblent assez à des berceaux en treillage; des Edifices Militaires qui attristent la vue ; des Monuments Civils qui auraient besoin d’une étiquette pour que l’on sût ce qu’ils sont, et des Fontaines qui, par leurs styles, n’appartiennent à aucune époque; toutes productions que l’on sent avoir été décrétées, marchandées , et exécutées, pour ainsi dire, le même jour.
En général , si dans les Villes modernes on remarque une certaine quantité de Monuments et d’Habitations bien distribués, souvent élégants, et contribuant de cette manière à l’instruction ainsi qu’à l’agrément publics ; que dire sur ce nombre prodigieux d’Edifices informes, tant Publics que Privés, véritables avortons de la dégradation du goût ! Que dire surtout de ce que l’impuissance renforcée du calcul , le mépris de toute idée d’ordre , ont mis au jour ? Rien ! car nous aurions trop à embrasser ; il faudrait d’ailleurs remonter à de vieilles sources, plus abondantes à mesure que X Esprit empiète sur le Sentiment du Beau , commencer par nous en prendre à cette désolante Manie , qui se croit simple parce quelle est sans élévation y combattre son influence, les allégations quelle va chercher dans une Nature toute matérielle, et cela dépasserait les réflexions que nous avons à faire sur notre Art,
DU GENIE DE l’ A R C H I TE C T U R E.
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