‹ Du génie de l'architectureChapitre 7 sur 31 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

Le Génie, cette prëcieuse et particulière prérogative des humains, a donné lieu, pour le définir, à des discussions fort étendues, des distinctions fort subtiles. Pour nous , qui nous en formons une idée simple, nous nous en tenons naturellement à l’expression du mot, que nous traduisons ainsi: faculté de créer; faculté intellectuelle, puissante, qu’il faut reconnaître par le fait, pour exister dans la nature , que chacun possède , quoiqu’à divers degrés , et qu’il reporte vers un objet qu’il choisit, qu’il affectionne, qu’il épouse, et dont, si Ton peut le dire, il faut qu’il soit épousé. Mais, comme nous ne cesserons de l’observer, ce n’est que lorsque cette faculté frappe juste et avec force, sous quelques principaux rapports, et que, par ses résultats, elle sait remuer l’ame et l’attacher, quelle est appelée génie ; et ce sera dans ce sens que nous entendrons en parler. Maintenant, restreignant la signification du mot à sa valeur reçue, et ne faisant pas de différence du génie avec l’ame qui l’excite et l’échauffe , voyons s’il a été possible de dévoiler le mystère de son action, et si on ne l’a pas confondu avec l’esprit, lorsqu’on a dit dans un ouvrage influent: « Le génie s’approprie les faits; il les combine; il « saisit les rapports prochains et éloignés; il imite même, et ne va « pas au delà. » Pour répondre à ces assertions, que nous sentons ne pas être applicables au génie, nous n’avons besoin, il nous semble, que de nous reporter à l’action delà moindre composition; et c’est

alors que nous pouvons assurer qu’il ne s’y passe rien qu’il soit possible de retenir, et conséquemment d’expliquer, que ce feu ou génie , nous met dans un tel état d’effervescence , que nous ne saurions bien dire, au résultat, comment l’opération s’est faite; si c’est, le sentiment du bien , qui anime, X esprit juste , qui raisonne, la mémoire , qui rappelle les faits, le goût , qui arrange, l’adresse , qui exécute , qui ont agi, ou qui ont été dirigés ensemble ou séparément, et dans quel ordre. Mais, ce qu’on ne peut révoquer en doute, c’est que le génie va au delà, puisqu’il crée même lorsqu’il semble imiter, à plus forte raison lorsqu’il invente en totalité, comme il l’a fait nécessairement, avant qu’aucun produit de l’intellect n’existât.

Nous ne chercherons donc pas à pénétrer le secret de l’action du génie : il nous suffit d’être assurés que cette force mystérieuse existe; de sentir qu elle a le pouvoir de s’emparer de toutes les propositions du genre adopté; de leur assigner à chacune les dispositions , le caractère qui leur sont propres, et cela, selon les moyens simples quelle seule connaît. C’est ainsi que nous pouvons montrer le génie appliqué d V architecture , dans toute sa puissance, semblable à Apollon, animant les pierres, investissant la matière du pouvoir d’attacher, en lui donnant la forme et les qualités de beauté telles que l’unité , sous le rapport moral et physique; la symétrie et le colossal obligés; V aspect de la stabilité; le grandiose ; le style relatif uni au style propre de f inventeur; et, surtout, les trois sortes de qualités composées , que l’on retrouve dans toute espèce d’exemples, sous quelque forme et style que ce soit.

La première de ces qualités celle où le génie se fait connaître dans son plus noble attribut, est, sans contredit, cette disposition morale de l’édifice, inhérente à la consécration du sujet, et que nous appelons; pour cela, beauté morale caractéristique ; parce qu’il est dans son essence, surtout, d’affecter l’ame selon le but que le programme propose ; tel est complètement, par exemple, le Panthéon de Rome, comme temple, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. (Prenez-en une idée à la pl. i5.)

DE L ARCHITECTURE. Il

La seconde qualité est celle qui existe aussi dans la disposition générale des corps, mais considérée seulement sous des rapports géométriques , de manière à offrir au spectateur des plans prononcés et variés, des jeux de lumière et d’ombre, et que nous appelons beauté géométrique d’optique : nous la retrouvons dominante dans le portail Saint-Sulpice à Paris. (PL 47)-

Enfin, la troisième qualité, est la simple Eurythmie répandue dans un tout qui se fait remarquer, en plan comme en élévation, dans des rapports proportionnels d étendue, de forme, de style des grandes et petites parties, avec ce même tout, et que nous appelons, pour cela, beauté Harmonique. Le portail Saint-Gervais, à Paris, nous en offre l’exemple sous un simple aspect vertical. ( Voyez pl. 44. )

Nous allons mettre à même de reconnaître l’existence de toutes ces qualités, non-seulement dans les édifices que nous nous sommes proposés de donner comme exemples d’application des principes , mais encore dans tous ceux que nous n’avons pu citer à cause de leur nombre incalculable. C’est alors que l’on aura une idée générale; d’abord, de cette unité morale , que l’on juge si bien inspirée par le sentiment; puis, de ï unité physique , de la symétrie , des proportions propres et de celles relatives , qui ressortent de l’esprit juste et du goût , et se présentent à la vue d’une manière si satisfaisante ; il eu sera de même du rassurant aspect de la stabilité , de V union du style relatif au sujet avec le style propre du compositeur , produisant cette aimable et infinie variété qui nous rappelle la diversité précieuse que l’on remarque dans l’organisation des êtres : enfin , on pourra apprécier ce mystérieux grandiose , qui est commun aux grands comme aux petits objets, ainsi que cette harmonie nécessaire, que l’on sent mieux qu’on ne peut l’expliquer.

Les monuments les plus parfaits seraient ceux qui, comme le Temple d lsis h T entyris , le Parthénon a Hthenes, le Panthéon a Rome , la Cour de V hôtel des invalides a Paris , etc ., réunissant le plus de

sortes de beautés , sembleraient, à la première vue, devoir être les seuls remarques; mais nous rejetons toute espèce d’exclusion, et, suivant l’impulsion naturelle, nous irons trouver la beauté là où nous sentons quelle existe, en tout ou en partie, à] commencer par les travaux des plus anciens peuples, les Indous, par exemple

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