‹ Du génie de l'architectureChapitre 9 sur 31 · DE L’ART CHEZ LES ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

DE L’ART CHEZ LES ÉGYPTIENS

vJuoique l’on retrouve, à partir du fond de la Nubie jusqu’à Thèbes , où ils sont tout-à-fait isoles , des monuments creusés et taillés dans les montagnes , nous ne chercherons point à savoir si un peuple a pu donner l’exemple à l’autre , si les Indous ont été influencés par les Égyptiens, ou ceux-ci par les premiers. Il nous suffit de pouvoir attribuer les mêmes effets au même besoin , à la même cause qui sont, ici, le sentiment religieux commun à tous les peuples. Voyons donc les produits ostensibles de ce sentiment sublime, dans les édifices à l’aspect stable qui se multiplient et s’élèvent , en Egypte , en Grèce , en Italie , et généralement chez les peuples modernes. En Egypte, dans ces monuments colossaux dont les moindres avantages sont d’offrir des masses indestructibles, puisqu’ils se présentent surtout comme des organes parlants de l’histoire, des sciences et des arts, et que le génie s’y montre le conservateur du rit religieux , des hauts-faits des héros, et enfin le propagateur des moyens qui intéressent l’existence physique et morale de l’homme.

Pour avoir une idée, sous le plus de rapports possibles, des édifices Égyptiens, c’est particulièrement la commission de France, que nous avons consultée : c’est avec elle que nous avons descendu le Nil , pour en observer simplement les bords , depuis son entrée dans la Thébaïde; et c’est alors que nous avons vu file Philæ, son grand temple dédié à Osiris, emblème delà Chaleur et delà Lumière; puis au midi de file, un monument tout astronomique, composé de colonnes isolées et de longues colonnades aboutissant à des entrées de temples, sortes d’observatoires appelés Pylônes par les anciens; ensuite l’île Éléphantine et ses édifices, entr’autres son Nilomètre , un des lieux où se conservait la mesure sacrée de la crue du Nil;

puis l’antique Syène ; Ombos, et son temple à double entrée sur la même façade , un autre petit temple avec des grottes taillées à l’entrée d’anciennes carrières; Edfou (Apollinapolis-magna), son grand temple précédé de son enceinte avec parvis en amphithéâtre, entourée de portiques, et fermée de son pylône, plus un autre petit temple; Eckab ( Éléthia ), ses édifices et grottes taillées retraçant,' en sculpture sur leurs parois, les arts libéraux et mécaniques; Esnè ( Latopolis) , son grand temple dont le pronaos est orné, au plafond , d’un Zodiaque sculpté; Hermontis, (l’ancienne Latopolis), son temple à Isis (la Nature), à l’astronomie et à la morale, puis un autre temple situé au sud ; Biban ( el Molouk), les tombeaux des rois, ornés de peintures, d’instruments aratoires, de guerre, de musique, et de divers meubles et vases ; Thèbes-Louqsor , son temple et le palais d’Osymandias, intérieurement sculpté et colorié; Thèbes-Karnak son beau palais, ses temples, entr’autres celui des Lances, son monument ou porte triomphale ; Memnonium, ses hypogées ou siringes , son temple à Isis et à Lœus , ses deux colossales statues de Memnon ; Thèbes , le tombeau d’Osymandias; Medinet-Abou, ses palais et temples, ces derniers ornés de statues-supports , consacrées à Isis ; Coptos; Denderah ( Tentyris ), son temple à Isis, dont le pronaos est orné de vingt-quatre colonnes terminées chacune, par quatre masques à l’image de la Déesse, et soutenant un plafond où est représenté l’état du ciel , en rapport avec le sol de l’Égypte. Ap rès Typhonium, viennent, Diopolis- parva, Abidus et son palais; Ptolémaïs, Aphroditopolis, Antéopolis et son temple monolite; Lycopolis , ses montagnes des hypogées et son hypogée principal ; Antinœ, sa porte triomphale ; l’Heptanomide, avec son hypogée où se trouvent des détails, assez clairement exprimés, du mode que les Grecs appellent Dorique; puis, Fayoume et son obélisque; Hermopolis-magna ; Oxyrynéus; Héracléopolis-magna ; Arsinœ ( Crocodilopolis) ; le lac Moeris; Aphroditopolis; la fameuse Memphis ; Busiris; les Pyramides ; Troya; Babvlone; Héliopolis ; Héropolis ; Prosopolis; Andro-

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polis; Hermopolis-parva ; Ménélaïtis; .le lac Marëotis; Eleusine ; Alexandrie et ses catacombes.

Parmi tant de merveilles, après avoir donne' le plan du cours du Nil, dans l’Égypte, nous chercherons à décrire, le grand temple d’Osiris,à Edfou ( Apollinapolis-magna) ; le beau pronaos du temple d’Jsis, à Esnè (Latopolis.); le palais d’Osymandias à Thèbes-Louqsor, et un autre palais à Thèbes-Karnak ; enfin, le temple d’Isis , à Denderah ( Tentyris ).

Plan du cours du Nil, ( depuis l’île Philæ, jusqu’à ses embouchures ). Nous avons cru qu’il n’était pas sans intérêt de rappeler les positions de tant de villes importantes qui bordent le Nil, et des restes descjuelles nous tirons nos exemples. Aussi nous sommesnous attachés, (pi. 3.) à en offrir la situation topographique.

Nous avons accompagné notre plan de détails précieux tirés des monuments, pour faire ressortir particulièrement le principe qui les a fait créer. Pour cela nous nous servons de la première ceinture du Zodiaque du temple de Tentyris , où se remarquent l’ordre et la marche des constellations, exprimés d’une manière sensible; de plus, des parties de tableaux tirées des grottes d’Eléthia très-abondantes en représentations de méthodes utiles de tous les genres : celles que nous rapportons sont relatives à l’agriculture, au labour à l’ensemencement , à la récolte , et suivies d’offrandes faites à la divinité représentée ici sous les figures d’Isis et d’Osiris. Nous nous servons enfin, d’un autre trait pris dans le grand temple de lîle Philæ; il annonce l’immortalité de lame, sous l’emblème du scarabée ailé, représenté en ascension dans un disque, avec la barque allégorique et des personnages, les uns naturels, les autres méthaphoriques.

Temple d’Osiris, à Edfou. (Apollinapolis-magna.) Le propre de ce temple, qui est le plus complet dans ses principaux accessoires, a été de faire tressaillir encore de plaisir nos contemporains , de les exciter à respecter ce lieu, à se reporter sans peine au temps de sa plus

grande splendeur, et à assister, pour ainsi dire , aux ceremonies solennelles à la pompe desquelles le temple dut contribuer puissamment; en effet, cette disposition d’entrée principale, ou propylées en forme de pyramides colossales; ce parvis en amphithéâtre entouré de portiques; le pronaos du temple laissant apercevoir, entre ses colonnes, son plafond et une partie de son riche intérieur; ces distributions générales comprenant le péristyle, les salles d’initiation, le sanctuaire du symbole, sa double enveloppe et l’enceinte principale; enfin , les parois de tous les murs , couvertes intérieurement et extérieurement d’hiéroglyphes expliquant les grandes causes de l’érection du monument ; tout a dû parler fortement à l’âme et à la pensée de nos artistes. Aussi, les premières impressions éprouvées, se sont-ils appesantis sur chaque partie constitutive de l’édifice, et c’est alors qu’ils nous en montrent iæ plan, sous la figure d’un parallélogramme de 1 38 mètres (ou 4^5 pieds environ) de long, sur 45 mètres (ou 1 38 pieds) de large, et en sus , le pylône ou entrée de 69 mètres de base. Dans cette première masse, sont pratiqués des escaliers communiquant à des chambres et à des terrasses ou plates-formes. Le parvis intérieur de l’enceinte, disposé en gradins s’élevant en pente douce jusqu’à la hauteur du temple, est entouré, sur trois côtés, de portiques soutenus par trente-deux colonnes ; puis bordé, sur le quatrième côté , de la façade du pronaos , servant de lieu d’instruction , fermé de murailles sur trois sens, et distribué en un quinconce de dixhuit colonnes formant sept entre-colonnements sur la face ; celui du milieu est plus large que les six autres, lesquels sont fermés par des murs, environ aux deux cinquièmes de la hauteur des supports ; aux deux colonnes du milieu, sont adaptés deux dosserets pour recevoir les portes du temple. La porte du fond de ce péristyle donne entrée dans la salle d initiation distribuée par douze colonnes également en quinconce et formant cinq entre-colonnements en largeur. En avançant toujours, l’on trouve deux salles intermédiaires: la première communique aux passages et escaliers desservant des

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chambres qui sont au-dessus, ainsi que la terrasse dont tout l’e'diüce est couvert, et qui sert de lieu de retraite pour la contemplation; vient enfin le sanctuaire du symbole, entoure de sa double enceinte dont la dernière est celle générale.

Telle est la contexture du plan de ce temple, cpii peut donner l’idée de la distribution complète de ces sortes d’édifices en général, laquelle, si on l’observe, est disposée, non-seulement selon la consécration du lieu, mais encore de manière à aider singulièrement à l’effet d’optique, par la diminution graduelle des corps jusqu’au sanctuaire.

Quant aux élévations ou façades, en commençant par les propylées, elles se composent toujours de trois corps: ceux des deux côtés sont de forme pyramidale; celui du milieu est plus bas que les autres, et présente la porte d’entrée de l’enceinte. Ici cette masse totale a 6g mètres (ou 2i3 pieds) de base, sur environ ioo pieds de haut ; le tout est terminé par des corniches en forme de grands cavets basés sur une baguette ou tors enlacé de bandelettes , et pourtournant les angles saillants de ces masses. Le corps du temple présente également un ensemble , en talus , couronné et entouré de la meme manière cpie la façade des propylées, et aussi caractéristiquement décoré quelle, particulièrement au centre de la corniche, d’oii ressort un emblème faisant allusion à V univers, aux éléments, et composé d’un disque accompagné de deux serpents appelés Ubeus , se dessinant sur deux ailes d’épervier, déployées et à trois rangs de plumes: à la suite sont d’autres signes, tels que chacals', cannelures, vases et phrases hiéroglyphiques, etc. Les extrémités de la façade sont la continuation des murs latéraux, et les soffites ou linteaux sont supportés par six colonnes terminées par des chapiteaux avec feuilles de palmier ou de lotus, de trois genres différents, mais sous la même forme principale et semblables, deux à deux.

Les murs stylobates entre les colonnes sont autant de tableaux qui représentent les offrandes variées et sans nombre , laites a Isis , (la Nature), et à son fils Osiris, (la Lumière),

Toutes les surfaces sont couvertes de sculptures et cle gravures retraçant des marques de gratitude et des relations utiles : on aperçoit toujours le symbole du monde, répété dans les milieux, soit au-dessus d’une entrée, soit en tête d’un tableau; et, ce qui ne peut échapper au goût , c’est que tous ces détails sont présentés sous des formes délicates, et n’altérent en rien l’unité des masses.

(PL 4-) La médaille offre le plan général du temple, qui comprend le pylône, le parvis, le temple et l’enceinte qui l’entoure. Le tableau supérieur est la vue perspective du temple et de ses galeries latérales , prise dès l’entrée de l’enceinte.

Temple d’isis , à Latopolis. C’est encore un hommage bien naïf, rendu aux beautés générales de l’architecture , que l’aveu de ce que nos artistes éprouvèrent en entrant dans le pronaos du temple d’isis. Tous furent frappés de l’aspect du lieu , dans le même temps et de la même manière; mais ils étaient tellement prévenus par les principes influents de leurs études, qu’ils se regardèrent un instant sans se prononcer: cette hésitation dura peu; le sentiment général du vrai beau prévalut, et ce fut alors à qui ferait remarquer les beautés particulières de cette grande, simple, et pourtant délicate production , où l’âme est saisie par des objets figurant de toutes parts, l’harmonie de l’univers, et des concerts d’hommages offerts à la nature et cela, dans un vaste espace couvert, de près de 100 pieds de long sur 5o de large, fermé de trois côtés, et ouvert sur ht façade comme tous les autres pronaos, mais distribué en un quinconce de vingt-quatre colonnes, d’environ 5 pieds y pouces de diamètre, sur 35 pieds de haut, et terminées chacune, par un chapiteau en calice de fleur de lotus entouré de ses feuilles , ou de feuilles de palmier. Ces colonnes soutiennent leurs plates-bandes et les plafonds où est tracé un état du ciel ou zodiaque auquel correspondent les hiéroglyphes dont les parois des murs et les fûts des colonnes sont couverts. Il est toujours à observer que cette multiplicité de signes, loin de détruire la forme des masses , ajoute au cou-

traire à leur grandiose, par des details tins et d’un heureux rapport, d’une sculpture de peu de relief, et d’effet piquant par cette variété d’objets si ingénieusement et si élégamment exprimés, jusques dans les coiffures, les sièges, les estrades des simulacres, toutes choses que l’esprit est avide d’expliquer, à cause de celles dont il comprend déjà très-bien le sens.

Il reste encore à remarquer un trait d’intelligence; c'est qu’en général, toute la sculpture des hiéroglyphes de l’intérieur ressort en saillie sur les nuds , et donne des reflets très-agréables , tandis que la sculpture de l’extérieur, excepté celle des colonnes, se dessine sur des fonds creux , et ne passe pas la saillie des masses; précaution à laquelle il faut attribuer aussi, dans ce dernier cas, la conservation des caractères.

(PI. 5). La médaille où est tracé le plan offre, non-seulement le pronaos, mais encore une distribution complète du temple; restauration autorisée surtout pour la galerie qui pourtourne la Cella , par les deux portes latérales existantes, lesquelles se retrouvent également dans un temple de l’île Phylæ et présentent ces passages comme le chemin que l’on tenait dans les marches religieuses, lors de la célébration des mystères.

Le tableau principal est la vue perspective du pronaos prise intérieurement.

Palais d’Osymandias à Thèbes - Louqsor. Dans cette production , qui paraît assujettie à des localités, on ne peut s’empêcher de reconnaître la simplicité unie au grandiose, et surtout de grandes parties caractéristiques de la demeure d’un héros, d’un roi; d’abord, dès les propylées, dans les deux tableaux présentant des exploits guer-

puis dans les deux obéliscpies colossaux , chargés d’inscriptions explicatives; enfin, dans les quatre gardiens religieux, qui contribuent aussi pour leur part, à donner un aspect imposant à cette première partie de l’édifice, à laquelle il faut ajouter que l’on arrive

de très-loin , par une ailée de sphinx, que l’on peut encore supposer abritée par des rangs de palmiers.

De ce point donc, il faut concevoir que l’on passe, sous une porte de quatorze pieds de large sur trente -trois pieds de haut, dans une cour entourée de portiques à double rang de colonnes qui sont au nombre de soixante-seize: la porte opposée est également gardée par deux colosses, mais un peu moins forts que ceux de l’extérieur , elle donne entrée à une galerie dont les colonnes, au nombre de cpiatorze, ont environ 11 pieds de diamètre sur 58 de haut, et forment en largeur trois entre-colonnements : la baye à 1 autre extrémité, traverse un troisième pylône, et l’on entre alors dans une deuxième cour; mais celle-ci est avec galerie double sur les deux côtés seulement : le fond en est limité au droit des premiers rangs de colonnes, et l’on y remarque un autre portique ouvert dans toute sa largeur, distribué en un quinconce de trente-deux colonnes. C’est à travers ces espaces couverts, que fon aperçoit l’entrée de L’habitation. Cette dernière partie est composée d’un vestibule, d’une salle où en est inscrite une autre qui est un tribunal entouré de couloirs et construit en granit, orné dans son plafond et sur ses murs de sculptures coloriées, où le bleu domine; à la suite, et dans la ligne du milieu, s’offre d’abord une galerie dont les plafonds sont soutenus par douze colonnes; puis, la salle la plus reculée de la résidence, distribuée par quatre autres supports; le tout accompagné de pièces de service et de communication, de portiques et de couloirs.

Si nous avons remarqué que la façade de ce palais a de grandes parties caractéristiques , nous en retrouvons la disposition intérieure répondant aussi au but que le génie s’est proposé, de former un grand lieu, pour l'exercice d’un grand pouvoir, comme, de rendre la justice, recevoir les ambassades, les armées triomphantes, et d’offrir à tous des abris dignes , et toujours nécessaires dans ces. climats brûlants.

Enfin , dans cette conception, l’on distingue l’habitation privée qui , bien qu’élevée, puisqu’elle renferme le siège du juge et la

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bibliothèque , qu’Osymandias appelait la pharmacie de Vdme , ne le cède pas moins aux parties avancées et publiques, lesquelles, selon les historiens , étaient ornées encore des statues des souverains et de ceux qui avaient éminemment servi l’état, ainsi tjue des objets précieux que l’on aimait à montrer aux étrangers. Nous laissons à l’imagination à se figurer les effets piquants que doit produire cette suite d’espaces disposés d’une manière variée, et particulièrement ce portique ouvert dans le fond , distribué en quinconce de colonnes ombrées par leurs plafonds, et laissant apercevoir l’entrée de l’habitation dans la lumière.

(PI. 6.) La première figure représente le plan du palais d’Osy-

mandias.

Le tableau supérieur offre la vue perspective de la façade des premiers propylées , que nous donnons aussi comme exemple ou idée générale de ces sortes d’entrées.

Autre palais à Thèbes-Karnak. Ce que nous avons dit de la disposition du palais d’Osymandias, appropriée à l’exercice d’un grand pouvoir , s’applique peut-être encore davantage h ce deuxième exemple; surtout, si on le considère sous ses rapports colossaux. Car, pour s’en faire une idée, il faut d’abord savoir, que le pylône ou propylée a une base de cent-treize mètres, (environ 348 pieds) de long; qu’il est de quarante-quatre mètres, (environ 1 36 pieds) de hauteur, et que la porte d’entrée est de vingt pieds de large sur plus de soixante pieds de haut : c’est par cette porte géante , que l’on entre dans un grand parvis, bordé des deux côtés par unecolonnade. Au milieu de faire, on passe dans un double rang de colonnes isolées, au nombre de douze, chargées d’inscriptions, et que nous regardons comme consacrées à 1 astronomie. Au côté droit., la colonnade est interrompue par le corps d’un temple dépendant du palais. Reprenant la ligne de l’axe , on entre par un porche au fond duquel est une porte principale de même dimension que celle précédente, et qui donne entrée dans un immense abri, déplus de cent mètres de long sur cinquante de large, (en-

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viron 47-jûoo pieds carres ) dont les plafonds sont soutenus par cent trente-quatre colonnes disposées en quinconce. Il est divisé en trois parties; celle du milieu est formée par un double rang de colonnes de onze pieds de diamètre sur plus de|soixante de hauteur, et c’est dans la différence delà hauteur des plafonds de cette partie, avec la hauteur des terrasses qui couvrent les deux autres, formant bas côtés, que sont pratiquées les bayes qui répandent une lumière mystérieuse dans cette imposante foret.

A mesure que nous parcourons la ligne du milieu, les objets diminuent de hauteur; et alors se présentent un porche, un passage dans un troisième pylône, un espace découvert et orné de deux obélisques de granit; un autre passage dans un quatrième pylône, puis une galerie découverte , ornée de portiques et de deux autres obélisques colossaux, également en granit. Cette galerie dégage, aux deux extrémités, dans de longs couloirs parallèles aux côtés de l’enceinte: toujours dans la direction de l’axe principal, sont ensuite d’autres passages et un espace découvert, avec deux portes aux deux côtés, la porte du palais d’habitation qui entre dans une salle encore découverte et précédant un porche, enfin, V Appartement dit de granit , composé de deux salons ou tribunes très- ornées, dégagées par un couloir donnant entrée à des pièces de service, et à vingt cellules. Ce pavillon est presque isolé, dans une enceinte bordée par deux rangs de cases ou cellules. C’est au fond de cet espace que l’on trouve l’entrée à une galerie, dont les plafonds sont soutenus par cinquante-deux supports, savoir: trentedeux pieds droits formant les bas côtés, et vingt colonnes d’une plus grande hauteur , divisant la nef du milieu. Entre les plafonds de cette dernière partie et la hauteur des bas côtés sont des ouvertures oblongues , qui éclairent cet intérieur : reprenant la ligne d’axe, elle répond, à son extrémité, à un petit sanctuaire groupé avec d’autres parties, comme chambres de service, colonnades, passages couverts et découverts, le tout enveloppé d un mur, qui

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forme, avec celui de l’enceinte générale, de longs corridors qui dégagent, dès le milieu de l’intérieur, jusqu’à la porte de sortie derrière le palais.

Lorsque nous intitulons cet édifice palais de roi, de héros, ainsi que le précédent, nous y sommes autorisés, non-seulement par la vaste disposition de tout ce grand ensemble, mais encore par les traits gravés et sans nombre, dont les murs et les fûts des colonnes sont couverts , à partir de l’entrée , des deux rangs de colonnes isolées , du temple dépendant du palais du fameux abri , de ses plafonds, de la salle découverte, jusqu’à X Appartement de granit , orné, dans son plafond qui est de teinte bleue, avec des étoiles coloriées, et sur les parois de ses murs, de figures sculptées, peintes aussi des plus vives et des plus harmonieuses couleurs, et où est représenté entr autres, Harpocrate , emblème de la Chaleur et de la Virilité. Mais c’est particulièrement sur la surface des murs extérieurs de ce palais, que sont tracés de grands faits d’armes, d’administration civile et religieuse ; partout ce sont des combats glorieux , des trophées offerts à la divinité, des érections de monuments, des initiations, et d’autres actes entre-mêlés de paragraphes hiéroglyphiques, instruisant de toutes choses.

Quant aux effets d’optique, on peut se les figurer variés et sans nombre. Le bel ouvrage d’où nous tirons nos observations, nous en donne un exemple qui peut faire réfléchir sur les autres. A partir d’entre les colonnes colossales, et au fond du grand abri, le spectateur regardant les propylées y voit à travers un cadre de plus de vingt pieds de large sur soixante de haut, d’abord, ces grands supports et leurs plafonds ornés, fuyant jusqu’à la porte du deuxième pylône, puis les dosserets des portes du palais , d’une heureuse opposition de hauteur; les deux rangs de colonnes monumentales et astronomiques , la porte des propylées, une partie de ces masses pyramidales; et enfin, l’avenue des sphinx et les montagnes lointaines.

La deuxième figure de la planche 6 donne le plan de ce palais.

Temple d’Isis (à Tentyris). ATentyris.comme devant Thèbes , ce ne sont plus seulement les artistes qui reconnaissent le pouvoir du génie de l’architecture , c’est toute une armée qui le salue par ses acclamations réitérées. C’est surtout lorsque nos soldats passèrent devant le temple d’Isis, qu’on ne pouvait les en détacher. Et comment pouvaitil en être autrement? car si nous -mêmes sommes captivés par des descriptions ou des dessins, à la vérité , très-bien faits; combien à plus forte raison, ces braves ne durent-ils pas être séduits par la vérité tout entière et dite, nous le sentons, avec autant de force et sur le sol de tant de souvenirs; à la vue encore de cette diversité infinie d’édifices, de tous genres sacrés ou civils; de ces monuments de sépulture appelés Hypogées , sorte de créations souterraines, aussi soignées que celles qui sont au grand jour, et aussi instructives pour l’agriculture que pour les arts et les sciences, dont elles semblent particulièrement destinées à conserver les préceptes et les bienfaits ; devant ces grands effets d’optique, produits par les longues colonnades qui conduisent aux propylées des temples , ces avenues de sphinx, de haute proportion et de divers caractères symboliques; les colossales statues de Memnon , ces portes triomphales et ces fameuses pyramides, véritables monuments héliaques, qui ont toujours été vus sur la terre. Eh! que n’eussent-ils pas éprouvé devant ce merveilleux labyrinthe, consacré à l’astronomie, aux douze grands dieux protecteurs de l’Egypte, lieu dont Hérodote n’a vu qu’une partie, qu’il nous dit considérable, pour être composée de souterrains, d’espaces couverts et découverts, de parvis , d’obélisques, de colonnades, de canaux, de temples, de statues colossales et d’inscriptions instructives.

Pour compléter le tableau , que ne pouvons-nous maintenant représenter les innombrables travaux hydrauliques , dont toute l’Egypte était couverte, tant par ces inventions pour l’arrosement partiel des terres , que par ces vastes conceptions du génie, capables

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de diriger un déluge, la crue du Nil, ce principe si terrible de fécondité; mais c’est à l’histoire, animée par les arts, à nous retracer le tableau de tant de merveilles ; à nous faire le dénombrement des principaux canaux et de leurs ramifications, à nous donner la description des Nilomètres , et surtout, de ces lacs immenses suspendus, récipiens et déversoirs, retenant les eaux en conserve, pour les répartir ensuite par irrigation , selon les besoins de l’agriculture; immenses résultats , qui amenèrent nécessairement les ingénieux systèmes des écluses, ces autres produits de l’intelligence, au moyen desquels les lacs élevés communiquent aux fleuves, et réciproquement, et font ainsi, comme par enchantement, que les plus pesants fardeaux montent et descendent à la volonté de l’homme, et toujours

à son grand ravissement Mais revenons au temple de Ten-

tyris.

Son plan présente d’abord un pronaos ou péristyle, fermé de trois côtés, distribué en un quinconce de colonnes, au nombre de vingt-quatre, et dont six de front. Les entre-colonnements de la façade, sont fermés par des murs aux deux cinquièmes environ de leur hauteur; mais celui du milieu l’est par les dosserets qui reçoivent les portes du temple.

Au fond de cette première partie est la porte d’entrée des intérieurs qui se composent ainsi: de la salle d’initiation, divisée en une nef et deux bas côtés, par six colonnes soutenant leurs plafonds , de deux espaces et du sanctuaire du symbole. Ce dernier lieu est isolé par un corridor communiquant aux pièces précédentes, et à vingt autres chambres ou cellules, puis à un escalier montant à X appartement dit du zodiaque , ainsi qu’aux terrasses dont tout le temple est couvert , vaste plate-forme qui sert aussi de retraite pour la contemplation , et où se remarque un portique ou loge retirée pour l’étude.

La façade de ce temple, de quarante-deux mètres, (ou environ i3o pieds) de base, sur dix-huit mètres, (ou 5G pieds de haut), se compose

comme celles déjà décrites, d’une masse principale couronnée de la corniche symbolique reposant sur une baguette enlacée de bandelettes; décorée, ou autrement dite, caractérisée par le disque, les deux Ubeus, et les ailes d’épervier déployées; le tout en relief sur un fond cannelé, alternativement interrompu par des chacals, des vases, des phrases hiéroglyphiques et d’autres signes emblématiques. Mais une des particularités remarquables de ce monument, c’est que les vingt-quatre colonnes de son pronaos sont terminées, chacune, par quatre masques, à l’effigie de la déesse , et richement coiffés. I)e plus , ces chapiteaux très-caractérisés sont surmontés du simulacre d’un temple ou autel, aussi à quatre faces.

Quant à sa sculpture , elle ne le cède en rien en délicatesse et en fermeté aux plus beaux exemples: c’est toujours avec une variété piquante dans les détails, que des tableaux symétriquement disposés représentent Isis, la nature , à tête de femme, de boeuf, de lion, de chacal, ou sous d’autres traits, selon que ces anciens voulaient exprimer les saisons , les mois , les temps d’inondation , et autres événements notables; de même que son fils Osiris , le soleil , avec la tête d’épervier, de chacal, de bélier, etc., exprime par ces diverses transformations son influence céleste. Tous deux sont armés, comme puissance , du sceptre ou bâton augurai , terminé par une tête de lévrier ou un bouton de lotus. Autre - part nous voyons Horus , portant le sistre , instrument dont la vibration fait allusion au son que rendent encore aujourd’hui les monuments, lors de l’apparition du soleil sur l’horizon; cette divinité, comme Isis et Osiris , tient aussi la croix à anse , signe de puissance sur le Nil , présenté sous la forme d’une clef, ayant dans l’anneau, de quelquesunes, ce trait en zig-zag, — , bien reconnu pour indiquer l’eau.

Après, viennent, Harpocrate dieu du silence et de la nuit et des signes personnifiés de l’ordre et de la marche des constellations: ensuite sont d’autres figures générales, comme: les barques, pour

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marquer le mouvement des astres; les vases, pour emblèmes de l’inondation; l’oiseau appelé Huppe, pour indiquer le vent qui souffle et accélère le retirement des eaux; l’Ibis qui détruit les reptiles et les insectes provenant du dépôt du limon ; l’Œil d’Osiris ou l’Œil du monde; le Scarabée, emblème de la génération, et partout , le nutritif lotus ; enfin , des tableaux qui cessant d’être emblématiques, représentent des personnages occupés aux travaux agricoles ; les uns ouvrent la terre par le moyen des houes, d’autres avec la charrue; puis l’on remarque l’ensemencement^ la récolte, l’ernmagasinement et d’autres expositions de méthodes utiles; à la suite viennent encore, de nombreuses et solennelles offrandes, des cérémonies religieuses , des initiations*, des scènes funéraires, des embaumements, des apothéoses, des inscriptions, et jusqu’au cercueil représenté ingénieusement, sous la forme d’une enveloppe à l’effigie de la nature: tous objets rendus sensibles à l’intelligence, et élevant la pensée. Telle est évidemment et en général, la propriété de ces vieux livres de grès et de granit , où le Génie de l’Architecture, en émettant ostensiblement de grandes idées, en relatant des découvertes utiles, s’y montre le premier lettré, chargé au nom de la Divinité d’instruire les races présentes et à venir , d’émouvoir l’âme, de charmer la vue, et d’occuper utilement et agréablement l’esprit.

(PI. y). La médaille offre le plan du temple.

Le tableau au-dessus est la vue perspective de la façade principale, laquelle révèle bien, comme on peut le voir, le titre de sa consécration: à Isis, (La Nature ).

R Editer!

ARABIE- RETRE-E

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