VAISSEAUX
Si, à Tétat normal, le point d'émergence des vaisseaux ne présente pas une situation absolument identique dans tous les cas, nous savons cependant qu'on le rencontre le plus souvent un peu en dedans du centre de figure de la papille. En outre, chez un sujet sain, et quel que soit leur point d'émergence, les tubes vasculaires présentent un trajet le plus souvent rectiligne, quelquefois interrompu par de légères flexuo* sites. Mais l'œil peut toujours les suivre de leur naissance jusque sur la rétine.
Dans un cas de glaucome, ces dispositions ne sont plus les mêmes : d'abord, le point d'émergence a subi une sorte de mouvement de transport du centre à la périphérie, à la suite duquel il se trouve rejeté en dedans vers le segment interne de la papille; et, de plus, les vaisseaux présentent sur leur trajet des particularités que je vais étudier.
Je prends un vaisseau à la limite la plus externe de la papille : ce vaisseau parcourt la zone blanche extérieure de la papille, et arrive à la limite interne de cette zone ; il disparaît brusquement, et puis on le retrouve sur la zone grisâtre ou moyenne; mais au point où ce vaisseau a disparu, les deux bouts de sec-
tion apparente ne sont pas sur la continuatioo d'une môme ligne droite : ils sont séparést au coolraire, Tun de Tautre, transversalement, par un espace variable, et ne pourraient être réunis que par une ligne oblique, en forme de Z ; puis le vaisseau parcourt le cercle grisâtre, arrive à la portion centrale et pénètre dans le nerf. Avant d'élre arrivé à son point d'interruption, le vaisseau présente une coloration brane; au-delà, c'est-à-dire dans la partie moyenne de la papille^ il est généralement plus pâle.
Je suppose que Texamen auquel je viens de me livrer a été fait de face , le sujet dirigeant son œil un peu obliquement en dedans, selon Tusage. Je suppose en outre que le vaisseau dont j'ai étudié la disposition, soit un des troncs veineux inférieurs : alors, si nous engageons le sujet à regarder fortement en bas, et que nous-méme nous dirigions nos regards dans le même sens, c'est-à-dire de haut en bas, il pourra se faire que le vaisseau ne paraisse plus interrompu , et ses deux portions seront, au contraire, en continuation Tuneavec l'autre, au moyen d'une portion intermédiaire que les nouvelles conditions de Texamen permettent d'apercevoir ; seulement , cette nouvelle portion suivra un trajet fortement oblique , disposition dont on peut avoir une idée grossière, en supposant deux parallèles (portions extrsi-papillaire et intra*papillaire du vaisseau), réunies par une ligne oblique (portion intermédiaire ) ou. un Z.
Comment expliquer ce phénomène? Pnisqu'à l'aide de certaines précautions ou peut suivre le vaisseau sur tout son trajet, l'interruption n'est qu'apparente ; de plus, au lieu d'être rectiligne, le vaisseau est devenu Tortement flexueux : donc il ne parcourt plus une surface plane.
M. Jaeger avait d'abord cru à une saillie de la papille, et il expliquait la flexuosité du vaisseau et sa disparition momentanée par la présence de cette même saillie, qui dissimulait une portion du tube et le contraignait de changer de direction dans le point où, quittant une surface plane, il se trouvait en présence d'une saillie à gravir. Mais je suppose que la même veiné inférieure à laquelle j'ai eu recours tout à l'heure, arrivée à la zone moyenne de la papille, rencontre un petit cône le long duquel elle soit obligée de s'élever ; si nous regardons le sujet de face, il se peut qu'elle paraisse interrompue. Mais si, pour apercevoir la portion intermédiaire, nous engageons le sujet à regarder en bas, le petit cône, la saillie fera bien plus office d'écran et dissimulera une étendue encore plus considérable de la veine : pour apercevoir la portion intermédiaire, il faudra que nous engagions le sujet à regarder en haut.
Au lieu d'une saillie, admettons une dépression dont les bords seront plus ou moins à pic ; la même veine, arrivée sur la marge de cette dépression, se recourbera pour y plonger en suivant la paroi ; parvenue à rextrémité inférieure de cette paroi, elle se recourbera
de nouveau en sens inverse, pour ramper sur la surface plane qui représente le fond de la dépressioo, de la cupule. Si maintenant nous examinons le sujet de face, la portion de veine qui parcourt la paroi pourra trfes-bien nous échapper , puisqu'elle est parallèle à notre regard , la paroi étant supposée à pic. Si , an contraire, le sujet regarde en bas, ses rapports avec rœil de l'observateur sont complètement changés : tout le segment inférieur de la dépression devient visible, surtout la paroi, et par conséquent les lignes qui la parcourent.
• Ils (les vaisseaux) présentent sur leur trajet, à Tendroit où ils coupent la marge de la papille, une courbure, ou bien ils semblent comme coupés en deux avec déplacement des deux bouts de leur section. En las examinant du côté opposé à l'endroit où ils passent sur la papille, on découvre le plus souvent que les deux bouts, en apparence divisés, ne sont que des parties d'un môme vaisseau. Cela n'est possible qu'à condition qu'ils plongent dans une cavité : sans cela, en les examinant du côté opposé à leur entrée, Tinterruption de leur trajet paraîtrait encore plus forte * . »
Les démonstrations que je viens de tenter au moyen des données fournies par l'examen sur le vivant, ont reçu une sanction irréfutable de la part de l'examen
< Ponter ; Remarques sur l'excavation de la papiUe. { Ann. Mtf/., pag. 260 ; 1860.)
direct : les autopsies, et entre autres celles que M. Muller a fait connaître, ont démontré la présence d'une excavation. Celle-ci, plus ou moins régulière, présente ordinairement son centre dans le point correspondant à Témergetice des vaisseaux ; elle est, par conséquent, située en dedans de Taxe perpendiculaire de la papille.
La disposition flexueuse des vaisseaux s'explique par cette dépression; mais comme celle ci peut offrir quelques irrégularités dans la hauteur ou dans lobliquité de ses parois , les vaisseaux ne présentent pas tous au même degré, sur une même papille, la disposition que je viens d'étudier. Sur certains, au lieu d'une interruption complète, on ne constate qu'une légère flexuosité : celle-ci affecte des courbes variables jusqu'au moment où elle devient tellement prononcée, que sous certains angles il en résulte une interruption absolue sur le point du vaisseau qui lui correspond.
Cependant^ les parois de cette excavation ont de la tendance à prendre une direction perpendiculaire à la surface de la papille. C'est un caractère sur lequel M. Jaeger a insisté dernièrement et qui lui a servi à distinguer les excavations morbides des excavations hygides, dans lesquelles, les parois étant au contraire obliques, la cupule prend une forme généralement conique; aussi dans celte dernière, le crochet des vaisseaux, quand il est appréciable, est-il moins pro-
noDcé, puisque Tobliquité des parois de la dépression est une circonstance favorable pour qae ces vaisseaux aient moins de chance d'être dérobés aux regards de l'observateur.
Ce phénomène , connu sous le nom de crochet des vaisseaux, est mieux appréciable par le procédé de rimags droilç, quoiqu'il soit très-facile de l'observer au moyen de la lentille. Il est surtout prononcé du côté des veines ; les artères le présentent aussi, mais sur elles il est d'une étude plu9 délicate.
M. le docteur Forsler a publié dans les Archiven fur Ophthalmologie, tom. III, 2® partie*, un article dans lequel il avance une remarque dont je n'ai pas eu occasion de constater l'exactitude et que je n'ai vue reproduite par aucun autre auteur. Je vais la rapporter sans pouvoir, par conséquent, me prononcer sur sa valeur : « On observe aussi à la surface de la papille de petites concavités qui n'ont pas la signification pathologique de renfoncement général caractéristique du glaucome. Ce sont peut-être des anomalies congénitales sans importance. Elles sont plus fréquentes à la région périphérique de la papille qu'à sa partie centrale. Leur teinte est plus claire que celle du reste de la papille; leurs bords sont ordinairement définis ; elles afiectent le trajet des vaisseaux d'une manière analogue à celle de Fexcavation totale. »
< Ann. ocuL, tom. XLIII, pag. 269; 1860. (Traduit par van Bervliet. )