‹ Du glaucomeChapitre 15 sur 18 · OPÉRÉ · texte numérisé non relu

OPÉRÉ

Un œil étant atteint de glaucome, Tautre étant sain, si on pratique rîridectomie surie premier, Vodil sain en retirera-l-il quelque bénéfice? En second liètij les deux yeux étant pris, si on en opère un, Tàutre en ressentira-t*il une influence bienfaisante? En un mot, l'opération a-t-elle une action préservative ou curalive sur l'autre œil ?

Déjà, dans ses première^publicalions, M. de Graefe annonçait ne pas fonder grand espoir sur l'opération à ce point de vue ; dans ses Remarques cliniques ultérieures ( § 1 ), il revient sur ce détail et déclare qu'une longue série d'observations a malheureusement réalisé ces craintes : « Le fait que j'ai déjà indiqué qu'il n'existe dans le glaucome caractérisé aucune influence sympathique de l'œil malade sur l'œil sain, du moins d'une manière importante pout la pratique,

1 De Graefe ; Note à l'Institut.

ce faU peut encore être appuyé sur un grand nombre d'observations que j ai prises dans ces derniers temps. Ces observations démontrent qu'après avoir fait pas* ser Télat glaqcomateuxsur unœii, le second, auparavant tout à fait sain, fut atteint de (a même maladie et exigea une iridectomie; de même, dans une série de cas où après avoir enlevé le mal sur un œil , l'autre œil, auparavant atteint d'un glaucome chronique, n'en fut pas moins atteint d'une inflammation glaucomateuse très-intense. »

Les léfmes dans lesquels M. de Grsefe pose la question, en donnent-ils une idée bien nette? Je ne le pense pas. S*il y une certaine co'nfuston, je crois qu'elle tient à l'idée qu'on se fait du mot préservatif.

Je suppose iin œil malade, l'autre aussi : on opère le premier avec succès ; mais le second n'en guérit pas pour cela : rien do moins surprenant. Dans le cas actuel, les observations pratiques ne font que confirmer les instincts de la théorie.

Un œil est malade, l'autre non. Le premier est opéré et débarrassé de son mal. L'influence heureuse de l'opération qu'il a subie s'étendra- t-elle jusque sur l'autre œil, de façon à le couvrir d'un bouclier d'immunité et le préserver d'un mal à venir?

Les faits démontrent le contraire d'une façon péremptoire; mais en nous plaçant dans les mêmes conditions, examinons cependant les choses à un autre point de vue : Quel que soit le nom que Ton applique

à ces phénomènes, et la théorie qu'on en donne, il est certain que des relations de sympathie étroite existent entre les deux yeux et se révèlent sous mille traits de physiologie hygide ou pathologique. Or , qui dit sympathie dit influence réciproque. D*un autre côté, posons la question dans d'autres termes : Un œij est atteint de glaucome ; est-il vrai que l'autre œil, sain jusqu'ici, soit exposé à quelque péril, par le fait seul de la présence du mal dans rœil voisin ? La réponse ne saurait être douteuse, nous Tavons vu. Nous supprimons, par un moyen quelconque, les désordres dont souffrait Tœil atteint; le second œil, que je continue à supposer sain, sera-t-il toujours exposé aux mêmes dangers? Évidemment, non. Un foyer existait dans son voisinage, dont Tinfluence malfaisante menaçait de se propager jusqu'à lui; ce foyer est supprimé, et du même coup, les périls auxquels il l'exposait disparaissent.

On ne peut donc nier que l'opération n'apporte avec elle un bénéfice antre que celui qu'elle exerce sur l'œil malade. Ce bénéfice n'est pas une immunité pour l'avenir, mais il supprime, à un moment donné, une cause fâcheuse, et par conséquent peut annuler les effets actuels de cette cause.

Il me semble qu?, la question étant ainsi envisagée, il y a lieu de relever appel du jugement un peu sévère formulé par M. de Grsefe. L'opération n'abritera pas

— ibo —

l'œil sain pour toujours, mais on ne saurait lui refuser une certaine influence préservatrice, a/^^/ ,,^>:u s^^/^t Or, une influence de cette nature est crunfe appré- y, ^ cialion extrêmement délicate en pratique. L'iridec- / lomie guérit un œil atteint de glaucome, tandis que, y ^/ l'autre n'accusait aucune soufl'rance. Si le bien-être /?^, / c//^//de ce dernier persiste, pourquoi mettre ce* résultat heureux sur le compte du traitement antérieur? qui '', ' '\ pourrait prouver que sans ce traitement il eût été* atteint? Mais ce que les faits ne peuvent pas dire, les .^ enseignements physiologiques l'affirment, et les craintes que nous inspire pour un œil sain le voisinage d'un autre œil atteint , surtout d'une façon aiguë, doivent être remplacées par des espérances , si l'on parvient à supprimer, en teriips opportun, le mal dont on redoute la propagation. Aussi la pratique de tous les jours s'inspire-t-elle de ces principes , et avec d'autant plus d'empressement, que le moyen capable de préserver Tœil sain est précisément celui de qui l'œil malade attend , sinon toujours la guérison complète, du moins un soulagement à ses souffrances.

M. Hancock * a proposé une opération que l'on peutconsidérer comme un dérivé de l'i ridectomie. Cette opé ration consiste dans la section du muscle ciliaire. «Pour

ï On the division ofihe ciliary muscle in glaucoma» {The LanceL, février 1860. Voir Follin; Arch. gén,)

cela » j'iatroduis un ooutaau à cataracte au bord externe et inférieur de la cornée , à sa jonction avec la sclérotique : la pointe du couteau est poussée obliquenaent d'avant en arriére et de haut en bas jusqu'à ce que les fibres de la sclérotique soient divisées obliquement dans l'étendue d'environ un huitième de pouce ; on divise ainsi le n^uscle ciliaire , ei le sang s'écoule le long de la lame du couteau. Cette opération est ra< rement suivie de symptômes fâcheux. Dans un seul cas j*ai vu survenir un peu d'inflammation , mais qui a promptement disparu. »

D'après l'auteur, les avantages de cette opération sont:

a i<> De n'avoir aucun des inconvénients de l'iridectomie (ditTormité, impossibilité de l'adaptation à la vision des objets rapprochés ).

» 2^ Elle fait disparaître la douleur en supprimant la tension dont Tœil était le siège, et la pression que subissaient les nerfs par l'effet de la contraction exagérée du muscle ciliaire.

«S"" Elle donne issue au sang accumulé dans l'œil, et, supprimant l'obstacle qui s'opposait à la circulation régulière dans les vaisseaux choroïdiens, place ceux-ci dans des conditions favorables pour leur retour à l'état normal ; elle écarte en même temps les chances de la formation nouvelle d'épanchements intra-oculaires.

» 4^ Le siège et la direction oblique de cette inci-

sien des riiembranes de l'œil facilitent l'écoulement du sang au dehors.

» &* L'iris n'étant que légèrement intéressé , la pupille conserve sa direction , sa forme et ses dimensions normales.

» 6"" Enfin » cette opération n'expose pas à la lésion du cristallin \ »

Cette opération indique une théorie nouvelle du glau corne; je l'exposerai et l'apprécierai en son lieu. Quelle qu'en soit la valeur, il est certain que la section du muscle ciliaire a procuré des succès à M .Hancock. Surtout indiquée dans le glaucome aigu, elle peut réussir dans le chronique; M. Hancock en a retiré de bons effets dans des cas d'hydrophthalmie , de staphyloroe choroïdien, et M. Power, chez un sujet atteint de conicité de la cornée. Les bénéfices de cette opération ne se manifestent pas en général dès les premiers jours après son exécution; parfois il s'est écoulé dix jours et même plus, avant toute amélioration de la

vision^

Sous f empire de théories bien différentes, M. Haynes Walton et M. Mackenzie' ont proposé le même moyen, l'extraction du cristallin.

« Ann. ocuL, tom. XLTV, pag. 47; 1860.

2 Ann. ocul., loc, cit.

3 Traité pratiqua (kis MalàcHes des y^ux, tom. II, pag. 606.

M. Haynes Walton ' croit à rinfliience de Fexagération de pression inlra-oculaire dans le glaucome. Aussi, lorsque, à la suite d'attaques, les sujets ont perdu, tout espoir de retour à la vision, conseille-til l'extraction de la lentille pour les soulager des souffrances , quelquefois très-vives , qu'ils continuent à ressentir. Nous avons vu que Tiridectomie conduit absolument aux mêmes résullats, dans des conditions identiques ; et à moins que l'autorité des faits ne vienne imposer la supériorité de la méthode du chirurgien anglais, je ne vois pas pourquoi on préférerait une opération plus compliquée à l'excision de l'iris, d'un manuel plus simple, d'une efficacité mieux établie, et qui de plus laisse quelques chances au rétablissement au moins relatif de la fonction.

Pour M. Mackenzia, la nature du glaucome est foule autre, nous y reviendrons plus lard; constatons seulement pour le moment que , dans sa pensée , les lésions du cristallin jouent un très grand rôle dans cette maladie. Aussi, quand ces lésions ont acquis un degré sufflsant pour compromettre la vision, sans que cependant les troubles fonctionnels s'accompagnent des signes d'amaurose, conseille- t-il l'extraction de la lentille, mais il ne donne pas ce conseil sans restriction ; et malgré les avantages possibles de cette opération au début de la maladie , il ne recommande pas Textrac-

1 Médical Times and Gaiel., 16 juillet 1859.

tion comme méthode générale , à cause des accidents qui peuvent survenir. Du reste, il n a pas une confiance plus absolue dans rabaissement, qu'il considère comme passible des mêmes reproches.

Je termine ici Texposé des phénomènes que Ton a attribués au glaucome. Si leur connaissance n'est pas encore du domaine commun, faut-il s'en prendre aux difficultés qu'entraîne l'emploi de l'ophthalmoscope? Si, de son côté, l'iridectomie a rencontré quelques méfiances, son origine étrangère est-elle responsable de cet accueil?

Pourquoi ne pas espérer que le jour est prochain où la découverte d*HelmoItz sera acceptée et utilisée par tout le monde, et où l'opération de M. de Graefe obtiendra la faveur qui lui est due.

Ces faits nouveaux n'étaient pas vulgarisés parmi nous; j'ai cru devoir les rappeler. On remarquera des lacunes inévitables, et on les excusera sans peine.

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