CORNÉE
La cornée présente des lésions intéressantes, dans sa forme, sa sensibilité, son aspect, sa texture.
Forme. — Sa convexité diminue , et sa courbe se rapproche de celle de la sclérotique; en un mot, elle s'aplatit. Ce changement de forme s'apprécie, en gé-
1 Remarq. clin., chap. II.
néral, très-biea si , au lieu de regarder l'œil atteint directement d'avant en arrière, on l'examine obliquement ou même tout à fait de côté, en le comparant à l'œil sain étudié par le même procédé. Un autre bon moyen d'apprécier ce degré d'aplatissement de la cornée , consiste à présenter alternativement une lumière à chaque œil, et à mesurer la grandeur relative des deux images réfléchies; il est évident que la courbure des deux miroirs étant devenue inégale, le volume des images différera au profit de celle réfléchie par le miroir le moins convexe.
Anesthèsie de la cornée. — Ce symptôme est de ceux auxquels on a attaché la plus grande valeur dans la maladie ; nous saurons plus tard à quel point de vue. Quoi qu'il en soit , la sensibilité ordinairement si exquise de celle membrane peut être modifiée jusqu'à arriver à une aneslhésie complète ; ce dont on s'assure en promenant sur sa surface de petits corps dont le contact aurait autrefois provoqué une douleur vive, ou tout au moins un sentiment de gêne invincible, et dont la présence est maintenant à peine perçue. Ce phénomène, cependant, présente des nuances infinies dans son intensité, et quelquefois même il manque complètement. J'ai, pour ma part, rencontré, à la clinique de M. Siebel, un sujet chez lequel, au lieu d'une anesthèsie de la cornée, on constatait une sorte d'hyperesthésie de cette membrane. Ayant voulu toucher
celte dernière au moyen d'un petit corps très-léger, je provoquai une douleur très-vive et l'issue d'un flot de larmes.
Uaspect de la cornée est également modifié; sa transparence, son poli et son brillant ont disparu: «elle ressemble tout à fait à une glace sur laquelle on aurait soufflé légèrement. On croirait, en la regardant avec attention, qu'elle s'est recouverte à sa surface d'une multitude de gouttelettes d'un liquide presque incolore*.» Elle est terne, grenue, inégale, rugueuse. D'après M. Desmarres, ce phénomène s'opère par le mécanisme suivant : l'épithélium qui tapisse la surface extérieure de la cornée éclate, sous l'influence d'une cause que j'aurai à étudier plus tard, la pression intra-oculaire ; après quoi, au lieu d'une surface unie et continue, on rencontre une multitude de petites plaques d'épithélium irrégulières , excavées dans leur centre, relevées sur leurs bords, séparées les unes des autres par des intervalles, et qui procurent alors à l'observateur la sensation d'une série de petits miroirs concaves juxtaposés, brillants dans leur centre, et réunis entre eux par des points relativement plus obscurs.
Texture. — Ce trouble de la cornée peut arriver à un degré bien plus accentué. Le tissu éprouve quel-
1 Desmarres, tom. III, pag. 731.
quefois des modifications telles, qu'il s'y établit de véritables plaques ulcératives , à la suite desquelles surviennent des pertes de substance d'une étendue variable. Ces ulcérations s'établissent en général au centre de la membrane, et s'accompagnent de hernies de l'iris, d*hémorrhagie, et même de l'issue du cristallin ramolli et opaque ( Mackenzie).
Enfin, le pourtour est dessiné par un cercle d'une couleur brunâtre plus ou moins prononcée; ce cercle n'est pas spécial au glaucome, mais se présente dans toutes les maladies du bulbe où la circulation a à souffrir un peu profondément , et n'est autre chose qu'une injection du canal de Fontana.
Oh aurait de ces diverses lésions une idée fausse, si on s'imaginait qu'elles se présentent uniformément dans tous les cas et à tous les degrés de la maladie. Il en est d'abord qui ne surviennent que dans les dernières périodes du mal. La théorie que j'aurai à donner plus tard de leur formation, rendra compte de ces faits : ainsi, par exemple, les ulcérations, quand elles surviennent, ne se forment pas d'emblée; d'un autre côté, certains de ces phénomènes peuvent manquer, l'aplatissement de la cornée, par exemple. De l'absence de chacun de ces signes jusqu'à leur manifestation la plus accentuée, il est une série de nuances dont il faudra tenir compte, soit pour apprécier l'intensité du mal, soit pour reconnaître l'influence pour ainsi dire élective que celui-ci aura exercée, directe-
tneDt ou indirectement , sur tel ou tel des tissus de l'œil.