LE O O U V E RN EHK NT
voir par trop de sévérité: les principes de la nature humaine portent plutôt les pcrcs et les mères à un excès d'a^ mour et de Mondresse , qu'à un excès de sévérité et de rigueur; c'est pour celi'j^ . que, quand Dieu veut bien Faire connaître sa conduite pleine d'affection envers les Israélites , il leur dit qu« bien qu'il les ait châtiés ,• il ne les aime pas moins, parce qu'il les a châtiés, cojnme l'homme châtie son enfant (i); c'est-à-dire, avec affection et avec tendrese , et leur dor>ne à entendre qu'il ne les tenait pas sous une discipline . plus sévère que. leur bien et leur avantage ne le reijuérait. Or c'est par rap-» port à ce pouvoir que les enfans sont tenus d'obéir à leurs pères et à leurs mères, afin que leurs soins et leurs t.ra-, 1 vaux en puissent être moins grands et moins longs , ou afin qu'ils ne soient pas mal récomj)ensés.
XVII. De l'autre côté, l'honneur et tous les secours que la gratitude exige des enfans, à cause de tant de bienfaits qu'ils ont reçus de leurs pères et de leurs mères, sont des devoirs indispensables des enfans, et les propres privilèges" des pères çt mères. Ce dor-»
(i) Dcutcr. VlJIj'^^ïiv . i
nier
nier article tend à Tavantage des pères et des mères, comme le. premier terni à Pavàntage des enfans ; quoique l'éducation y . qui est le devoir des parens , ^érable emporter plus de pouvoir et 'donner plus d'autorité , à cause que l'ignorance et la faiblesse de l'enfance requièrent quelaiie crainte , quelque correction , quelque châtiment , cer* tains réglemens et l'exercice d'une- espèce de domination ; au lieu que le devoir, qui est compris dans le mot d'honneur-, demande , à proportion , moins d'obéissance, et cela par rapport à l'âge plus ou moins avancé des enîans. En effet , qui est-ce qui ira s'ima- -gîner que ce commandement, Enfans^ obéUsez à vos pères et à vos mères ^ oblige un homme , qui a des enfans, à avoir la même soumission à l'égard de son père, qu'il oblige ses )eun#s enfans à en avoir à son égard; et que, par cç^ prétexte, on est tenu d'obéir toujours et en toutes choses à un père qui, parce qu'il s'imagine avoir une autorité sana bornes, aura l'indiscrétion de traiter son fils comme un valet.
XVIIL La première partie donc du pouvoir paternel , qui est au fond plut ' t un dçvoir qu'un pouvoir^ savoir l'édu*
pS LE GOUVERNEMENT
calioTi, Appartient au père : en sorte qu'il finit dans un certain temps; car, lorsque l'éducation est achevée , ce pouvoir cesse , et même auparavant il a dû être aliéné : puisqu'un liommg peut remettre son fils en d'autres mains pour relever et en avoir -soin , et que celui qui met son fils en apprentissage chez un autre , le décharge par-là , pendant le temps de cet apprentissage , d'une grande partie de l'obéissance qu'il devait, soit à lui , soit à sa mère. Mais, pour ce qui regarde le devoir de xespect, il subsiste toujours dans^son -entier ; rien ne peut l'abolir ni le diminuer;, et il appartient si inséparÉ^bie'ment au père et à la mère , que l'autorité, du père ne peut déposséder la mère du droit qu'elle y a, ni exempter .^on fils d'honorer celle qui l'a porté dans ses flancsj mais l'un et l'autre sqnt bien éloignés d'avoir le pouvoir de faire des lois et de contraindre à les observer, 3âr la crainte dé peines qui regardent Jes biens , la liberté , les membres , la vi&. Le pouvoir de commander finit avec la minorité ; et quoiqu'ensuitè - Phonneur , le regpect , les consolations, les secours, la défense, tout ce que.
peut produire U gratitude au sujet de|
le
plu.s grands bienfaits qu'on peut avoir reçu , soit toujours dû à un père et à une inère, tout cela pourtant ne met point le scçptre entre les mains d'un ^père , et ne lui donne point le pouvoir souverain de commander. Un père ne peut prétendre d'avoir domination sur les biens propres et sur les actions de son fils, ni d'avoir le droit de i li prescrire en toutes choses ce qu'il trouvera à propos : néanmoins il faut qu'un fils, lorsque lui ou sa famille, n'en reçoivent pas de choses injustes , ait de la déférence pour son père , et ait égard à ce qui lui est agréable.
XIX. Un homme peut honorer et respecter une personne âgée , ou d'un grand mérite ; défendre et protég'er sàn enfant ou son ami; consoler et secourir une personne aiPigée ou qui est dans Pindigence; témoigner de la gratitude à un bienfaiteur, à qui il aura des obligations infinies : cependant tout cela ne lui confère point l'autorité ni le droit d'imposer des lois à ces personnes; et il est clair que tout ce.k
:qùittei
voirs envers sa «jère , et cjue ses enga*^
ÎOO I<E GOUVERNEMENT
gemens peuvent varier selon les différens soins ,♦ selon les degrés de bonté et d'affection de son père ou de sa mère, et selon la dépense qu'ils auront' faite pour son éducation : il peut arri# ver aussi qu*un père et une lïière preu'nent plus de soin d'un enJtant que d'un autre ; et il ne faut point douter que de deux enfant, dont l'un a reçu des témoignages particuliers de sesparens, à l'exclusion de l'autre , le premier n'ait aussi plus de devoirs à remplir euTer^ eux , et né soit obligé à une plus grande reconnaissance. •
XX. Ceci fait Voir la raison pour làquelle les pères et les mères, dans les sociétés et les états, dont ils sont sujets, retiennent leur -pouvair sut leurs en- ^ fans , et ont autant de droit à leur obéissance , que ceux qui se trouvent 4âns Pétat tÎ^î 'nature ; ce qui ne pourrait pas arriver si tout le pouvoir
J)olitîque était purement paternel , si e pouvoir politique >ét le pouvoir paternel n'étaient iqu^une seule et même choses; car alors toiit le pouvoir paterïiel résidant dans le prince , les sujets n'y. pourraient lîataréllement avcjir nulle part ; c'*ô*t pourquoi il faut reçoûuaîtte Que> cw éçùx. poftyoîrs , 1«
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Ç I V I t. ICI
politique et le paternel ^ sont véritablement distincts et séparés ,N$r>nt fondés sur dift'érentes bases, et ont des fins, différentes ; que chaque sujet , qui est ►ère , a autant de pouvoir paternel sur es enfant , que le prince en a sur les •siens; et quïin prince, qui a un père ou. .une inêre, leur doit autant de. respect et d'obéissance, que le moindre de se^ sujets en doit au3(. siens.
XXI. Quoique l'obligation où sont les pères et les mères par rapport à leurs eùfans , et Tobligati^n où sont les çnfans à l'égard de leurs pères et de leurs mères, produisent d'rin côté, en général, le pouvoir,, et de l'autre la s^oifmissiou , néanmoins il y a souvent dans le? pères un certain pouvoir qui naît de ce qui n^a pas toujours lieu, parce quef^ ce qui le produit ne se trouve
f)as toujours. Ce pouvoir vient de la iberté où sont les hommes de donner et laisser leurs biens à ceux à qui il leut plaît. Les biens et les possessions d'un
f)ère étant d'bi;dinaire regardés comme 'héritage de ses enf^ns, cofiformément au^ différentes lois et aux différente»
coutumes des pays , il peut en donner, aux uns plus ou moins qu'aux autres , selon la, conduite qu'ils auront tenu#^
Es
envers lui , selon le »oin <jii'îîs auront eu de lui obéir et de se conformer à sa volonté et a son humeur.
XXII. Ce n'est pas un petit moHf pour obliger les enfans à luie exacte^ obéissance. Et comme à la jouissance des biens, qui sont dans un certain p^ijs, est jointe la sujétion au gouvernement établi, on suppose d'ordinaire (ju'un père peut obliger même étroitement sa postérité à se soumettre à ce gouvernement^ aux lois de cet. état , /lont il est sujet , et que J'engag^meat, dans lequel il est à l'égard de cet état, oblige îndispensablement ses successeurs à un semblable : au lieu que cette condition n'étant nécessaire qu'à cause des terres et des biens qui sont dans l'état dont nous parlons , elle n'oblige véritablement que ceux qui veulent bien racceptcf^n'étant point un engagement naturel, mais purement volontaire. En effet, des enfans étant par la nature aussi libres que leiu' père , ou qu'aient été leurs ancêtres , peuvent pendant qu'ils se trouvent dans cette liberté, choisir la société qu'il leur plaît , pour en être membre et en observer les lois : mais s'ils veulent jouir de l'héritage dQ leurs ancêtres et de leiirs pré-
-décesseurâ , il faut qu'ils le fassent sous les mêmes' conditions sous lesquelles ils en ont joui; eux-mêmes, qu'ils se soumettent aux Condition» qui
j^ sont attachées. Certainement, let pèi'es oiit le pouvoir d'oirliger leur»
enfans , de leuji' obéir à cet égard , aprèa ftiême que le temps de leur minorité est expiré, et de se soumettre à ud tel
^ ou à un tel pouvoir. politique, mais ^i l'un ni l'autre de ces pouvoirs n'est fondé sur aucun droit de paternité , mais sur les avantages qu'ils accordent à des enfans,/ pour récompenser leur déférence; et il li'y a pas en 'cela plus de pouvoir naturel , qu'en a , par exemple , un français 5ur un anglais; duquel , par l'espérance qu'il lui doim© lie lui laisser du bien , il à droit d'exiger et d'attendre de la soumission et de Ta complaisance , et qui , lorsqu'il est temps, s'il veut jouir du bien qui lui a été, laissé, est assurément tenu de le prendre sous les conditiog^ annexées au lieu où il se trouve , soit en France ou en Angleterre.
XXIII. Pour conclure donc , quoique le pouvoir qu'ont les pères , de commander^, ne s*ctende point au-delà de la miûorilé de leurs enfans, et mê
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tende qu'à les élever et à les conduire-' daq$ leuf bas âge; que Phonnpur, le respect , tout ce queles latins appellent çiété, et qui est dû indispensablenient aux pè^ps et aux mères durant tout^i leur vie , et dans routes sortes d'états ^t de conditions, ne leur donne point le pouvoir du gouvernement; c'^st-àdîre, le pouvoir de faire des' lois, et d^établir des peines pour obliger leurji cnfans'à les obsctverj et que par-là un père n'a nulle domination suxles biens propres de son fils, ou sur ses actions ^ cependant il est aisé de concevoir que dans les premiers temps du raondie., et dans les lieux qui n'étaient guères peuplés , des familles venant à se séparer et à occuper des terres inhabitées , un père deycnait'le prince de sa famille (r)
(i) L'opinion du prince dés philosophes est assez probable , que le chef de chaque fa-* mille en était le roi. Ainsi , lors(ju'un certain nombre de familles se joignirent pour composer un* corps de société civile , les rois ' étaient la première sorte des gouverneurs parmi elles j et il semble que c'est la raîsoa pourquoi ils ont toujours retenu le nom de pères ; car on avait coutume de choisir les pères pour gouverner j c'a été^ussi une fort ancienne coutume , ainsi qu'on voit enla persoiuie de Melchisedec ; qao. ces rois et ce$
\ - ç I V I r. ro5
xèt le gouverneur de ses enfamydàns
leurs premières années , et aussi aprè«
qu'ils étaient parvenus à l'âge de dis-
c;rétipn. En effet , il leur aurait été assez
difficile de vivre ensemble , sans queU
^ue espèce de gouvernement ; et il y a
apparence que? le gouvernement du père
* fut établi par un consentement exprès
ou tacite des enfans , et qu^îl continua
ensjuite sans interruption , par le. raêmç
consentement. Et certes, il ne pouvait
y avoir alor$ rien de plus expédient
qu'un gouvernement par lequel un pèra
iexerçât seul dans sa famille le pouy oip ,
gouverneurs exerçassent la cliarge de prêtre et de sacrificateur , que les pères exercèrent peut-êtfe au commencement et pour le pleine sujet. Quoi qu'il en soit , ce ne fût p^s;.!^ seule iBorte de gouvernement qui fut reçue» dans le inonde ; les inconvéniens d'uno sorte de gouvernement bbligèrent ceux qui en étaient membres de se cfîviser , de le changer et d'ea former d'autres. En un mot, tous les gouverneiyïens publics , de quelque nature qu'ils aient été , semblent évidemment, avoir été flirmésde^ Pavis de chacun , par délibéra tiq^.
rer la nature en elle-même , que des hommes pussent vivre sans aucun gouvernement pu*
Ê\ic. Houi;er Eccl. 1» ï , $.^10. ^
."ioS LE G OUV ÈHN ËME .V T
exécutif des lois de lanatureqiife cliât-^ que homme libre anaturellemei3t,et nue par la permission qui lui en avait été donnée, il eiitun pouvoir monarchique.
Mais cela , comme on voit , n'était points fondé sur aucun droit paternel , mais simplernent sur le consentement des enfans. Pour en être tout-à-faît convaincus, supposons qu'un étranger , par hasard ou par aÇaires ^ soit venu alors chez un père de lamille , et y ait tué un de ses enfans , ou ait commis quelque autre crime. Qui doute nue ce p^re de famille n'eût pu condamner cet étranger et le faire mourir, ou lui infliger €]uelqu'autre peine, conformément au cas , aussi-bien qu'aurait pu faire aucun de ses enfans ? Or , il est clair qu'il aurait été impossible qu'il en eut usé dé la sorte , par a vertu detjuelque autorité paternelle sur un homme qui n'était point sou fils, il n'aurait pu le faire
a n'en vertu du pouvoir exécutif des lois e la nature,auquel,en qualité d'homme, il avait droit ; et parce que l'exercice de ce pouvoir lui avait été remis entre Içs mâms par le respect de ses enfans , lui seul pouvait punir un tel homme dans sa famille , laquelle avait bien voulu .
fairç résider eja «a persQjjjtie toute Tau-
~rr-
torîté et toute làdignitédu pouvoir exécutif.
XXIV". Il était aisé et presque naturel ffux eiïfans de revêtir leur père de l'au- ^torîté du gouvernement par un consentement tacite. Ils avaient été accoutumé» dans leur enfance à se laisser conduire par lui , et à porter devant lui leurs petits diflférends; quand ils furent devenus des hommes faits ^ qui pouvait être plus propre que leur père pour les gouverner ? Leurs petits biens et le peu de lieu qu'il y avait en ce temps-là à l'avarice , ne pouvait que rarement produire des disputes; et lorsqu'il s'en élevait quelqu'une , qui était plus propre à les terminer que celui par les soins duquel ils avaient été nourris et élevés, que celui qui avait tant.de tendresse pour .eux tous ? Il ne faut donc pas s'étonner si l'on lie distingua pas alors entre minorité et âge partait , si l'on n'examinait point si quelqu'un avait vingt ans , sHl était dans un âge où il pût disposer libre ment de sa personne et de ses bicn^, puisqu'en ce temps-là on ne pouvait désirer de sortir de tutelle. Le gouvernement auquel on était soumis contî* nuait toujours à la satisfaction de cha*
cwB? et était plutôt une protectioa cy
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tine sauve-garde qu'un IVein et une Su* jétion , et les en fans n'auraient pu trou^ ver une plus grande sûreté pour leur paix , pour leurs libertés , pour leurs biens, que dans la condnite et le gou-^ vernement de leur père.
XXV. C'est pourquoi les pères , par un changement insensible , devinrenl:
les monarques politiques de l^urs familles; et comme ils vivaient longtemps et laissaient des héritiers capables et dignes de leur succéder , ils jetèrent ainsi insensiblement lesfondemens de royaumes héréditaires ou é^ectif8 , qui pouvaient être réglés par diverses constitutions et par diverses îois, que le hasard , les conjonctures et les occa'sîons obligeaient de faire. Mais si les
{>rinces veulent lotider leur autofrîté sur e droit dles pères, et que ce soit une preuve spffisante du droit naturel des pères à Pautorité politique , parce que ce sont eux entre les mains de
2ui nous trouvons au commencement , e facto ^ l'exercice du gouvernement; . |e dis que si l'argument est bon, il prouve de même, et aussi fortement, que tous les princes , même les prince$ seuls, doivent être prêtres etecclésias- '*tiqiles , puisqu'il est certain que dans te
CQmmenccmeat les pères , et les pères
C I T l;h., ^ 10^ seuls V étaient sacrificateurs dans leùr# f auiilles , tout de même qu'ils en étaient les gouverneurs, etïes seulsgouvei:neurs^