CIVIL. <iyy
" facA voir que ce n'est pa^ sans raîson.
Qu'ils recherchent la société , et qu'ils
souliaiterit de se îoindre avec d'autres
nV sont déjà unis ou qui ont dessein-
e s'unir et de composer un corps ,
pour la conservation mutuelle de leurs
vies , de leurs libertés et de leurs biens,
choses que j^apelle d'un nom général
propriétés,
' n. C'est pourquoi la p^us grande et la principale fin que se proposent les hommes,. lorsqu'ils s'unissent en communauté et se soumettent à un gouvernement , cVst de conserver leurs propriétés , pour la conservation desquelles bien des choses manquent dans Pétat de nature.
III. Premièrement, il j manque des lois établies-^ connues, rcçues^ et apw prouvées d'un commun ror^senfemcnt , qui soient comme l'étendard du droit et du tort, de la justice et de l'injns*ticcyCt comme une commime mesure capable de terminer les ditFérends* qui s'élèveraient ; car bien que les lois de la nature soient claires et intelligibles à toutes les créatures raisoriiiables , ce-
f)endant les hommes , étant poussés par eur intérêt, aui^si bien qû'ignorans à Péga/d de ces lois: faute de les étu^
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dicr, ncrsont guères disposés JorsqtiHl s'agit de quelijue cas parliculier qu»i *les concerne , à considérer les. lois de la nature comme des choses qu'ils s^nf très-étroitement obligés d'observer. \
IV. En second lieu, dâjas , l'état de nature il manque un juge, reconnu ^ qui ne soit pas partial,. et qui ait rautorilé de terminer tous les difSr ends , conr ftirmément aux lois établies; car dans det état-là , chacun étant juge et revêtii du. pouvoir de faire exécuter les lois.de là nature et d'en punir les infracteurs ^ et les hommes étant partiaux , prjnci^ paiera, nt lorsqu'il s'agit d'eur-mêmei^ et de leurs intérêts , la passion et la vengeance sont fort propres à les^orter bien loin, à les jetei' dans de funestes extrémités, et à leur faire commettre bien des injustices ; ils sont fort ardena lorsqu'ir^'agiv de ce qui les regarde , naais fort négligêns et, fort froids Ibrs- <ju'il s'agit de ce qui concerne les autres ; ce qui est la soCirce d'une infinité d'injustices et de désordres,
V. En troisième lieu, dans l'état de liature il manquç ordinairement ua pouvoir qui 5oit capable d'appuyer 'et de soutenir une sentence donnée , et de l'exécuter» Ceux qui oût commis SL'l^^^l
0 ! ? ÏX, - "' ' T75Î que crime , eriijitcMent d'abord , lorsqu'ils le penveût, la force pour soutenir leur injustice , et la résistance qu'iUfônt rerra quelquefois la punition dangereuse et mortelle même à ceux
' qui entreprennent de la faire.
' Vï. Ainsi les hommes , nonobstant
' tous -les privilèges -de Pétat dénature , ne laîsssant pas d'être dans une fort fâcheuse condition , tandis qu'ils demeurent dans cet étai-là , sont viv^ement poussés à vivre en société. De-là vien4 que nous voyons rarement qu'im
. certain nombre de gens vivent quelque temps ensehîhle en cet état. Les inconvétiiens auxquels ils s' j trouvènÉ exposés par l'exercice îrrégulier et incertain du pouvoir que <:hacun a de
• punir les crimea dès autres , les con- ; traîgnent de chercher dans les lois établies d'un gouvernement , un as y le et la conservation de leurs propriétés. C'est cela , c'est cela précisément qui porte chacun à ^e défaire de si bon cœur du pouvoir qu'il a de punir, à en com- - mettre Pexercice à celui qui a été élu et<lestiné pour l'exercer, et à se soumettre à ces règlemens xjue là com- ' munauté on ceux qui ont été autorisés 'par elle, auroat trouvé bon de faire.
i^à Ïê gou vei^neme NT
Et voilà propremieiit le droit original et la source , et du pouvoir législatif ~\ et - du pouvoir exécutif , ayssi bien que des sociétés et des gouvernemgna Uîômes.
vVII. Car dans l'état de nature un.
homme , outre la Ubérté de jouir des plaisiris innôcens , a deux sortes de pouvoirs. , ^ . ; y
Le premier , est de faire tout ce qu'il trouve à propos pour sa conservation et pour laconservatian de« autf-e^ suivant resprîl et la permission jdes lois de la naturip , par lesquelles lois , communes a tous , lui et les autres hommes fout , une communauté , composent une sobriété qui les distingue du rest^ deà 'créatures ;. et si ce n'était la corruptioiï des gens dépravée, on n'aurait besoin d'aucune autre société, il ne serait point nécess^irç que les hommes se séparas^ sc;nt' et /abandonnassent la commu-^ ïiauté naturelle, pour en composer de plus petites.
L'autre f ou^pir qu'un homme a dans l'état de nature , c'est de punir les crimes commis contre les,l,ois. Oi* il se dépouille de Ptmetde l'autre , lorsqu'il se joint à une soei^té partie ulière' et politique, lorsqu'il s'iacorpore daos une
commtinaitté distihcte de célk du reste ' du genre- humain.
VIII. Le premie^r pouvoir, qui est de faire tqut ce qu'on juge à propos pour sa propre conservation et pour la conservationdu reste des homme^ , on s'eii dépouille , afin quMl soit réglé et administré par les lois de là société^ de la tnanière que la conservation de celui qui * vient à Sren dépouiller et de tous les autres membres de cette société le requiert : et Ces l(Èè de la société resserrent en plusieurs choses la liberté qu'on a par les lois de la nature. *
- rX. On se défait aussi de l'autre pou- voir^ quj consista a punir , et Pou en-' gage toute sa force naturelle qu'on pouvait auparavant employer , de son*^ autorité seule , pour faire exécuter les lois de la nature , comme on le trou- ^ vaitbon : on se dépquille , dis-je , de cg^ second pouvoir et de cette force naturelle, pour assister et fortifier le pourvoir exécutif ^'une s^ôçiété , selon que s^s lois le demandent; car un homme étant alors dans un nouvel état , dans lequel il jouit des commodités et des avantages dy travail , de l'assistance et de la société des autres qui sont dans la même communauté ^ aussi bien que de
iSz LE GOUVERNEMENT
' la protection de l'entière puissance ^ii corps politique, est obligé de se dépouil-
'1er de la liberté naturelle ^ qu'il avait de songer et pourvoir à lui-même; oui , il est obligé de s'en dépouiller autant
aue le bien, la prospérité. ejt la sûreté e la société à laquelle il s'est joint le requiert : cela est non seulement nécessaire , mais juste , puisque les autres membres delà société font la même chose.
X. Cependant qudB^ue ceux qui entrent dans une société j'emettènt Pégalitéja liberté et le pouvoir qu'ils avaient . dans l'état de nature , jeutre les mains de La société , afin que rautorité législative eh dispose de la manière qu'ellje trouvera bon et que le bien de la société requerra, ces gens-là néanmoins en remettant ainsi leurs privilèges na-, turels , n'ajart d'autre intention que .de pouvoir mieux conserver leurs personnes, leurs libertés , leurs propriétés ; ( car enfin, on ne saurait supposer -que dés créatures raisonnables changent leur condition dans l'intention d'en avoir une plus mauvaise) le pouvoir de la société ou de l'autorité législa-
tive établie par eux, ne peut jamais être supposé devoir ^'étendre plus loia
C ,1 V IL, l8g
jq\ie le bien pubiic ne le demande. Ge pouvoir doit se réduire à mçt*re en' ^^âfeté et à conserver les propriétés de chacun, eiï remédiant aux trois défauts dont il a été fait mention ei-dessus , et ^qui résidaient l'état de nature si dangereux et si incommode. Ainsi , qui qile ce soit, qui a le pouvoir législatif qu «ouvetain d'une communauté, est obligé de gouverner , suivant les lois établies et connues du peuple , non par des décrets arbitraires et formés sur le champ, ^d'établir des juges désintéressés et équitables qui décident Les différends par ces lois , d'employer les forcés de la communauté au dedans , seulement pour faire exécuter ces lois , ou au dehors pour prévenir ou réprimer les injures étralngères , mettre la commnnauté à , couvert d-es courses et des invasions:
et en tout cela de ne se proposer d'autre . lin que la tranquillité ,1a sûreté , le bien du peuple.