‹ Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, ou, De l'administration commerciale opposée à l'économie politiqueChapitre 11 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la Monnaie, troisième et dernier Elément de la Richesse des peuples.

L'homme , riche par la terre et par le travail , peut incessamment créer de nouveaux produits. Mais , tant que la chose produite reste à Tusage de celui qui Ta produite ^ l'industrie ne paît &ir€ de progrès. Son premier pas date du premier échange. Les échanges se firent long-temps en nature. Vous manquiez de hlé ; il fallait trouver un individu qui en eût trop ; il fallait avoir a lui donner en retour, une chose utile dont il manquât lui-même ; enfin il fallait convenir des conditions de rechange , accord bien difiicile quand la valeur respective des objets échangeables n'a de règle que le besoin ou le caprice. Avant de pouvoir efièctuer un de ces trocs, il y en avait donc mille qui échouaient Ainsi l'industrie serait éternellement demeurée au berceau, si Von n'eût trouvé le mojen de rendre les échanges faciles par l'adoption d'un agent quelconque, d'une monnaie, dont l'objet principal fût de rapprocher rindividu qui produit de l'individu qui consomme.

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A Fépoque où les échanges s'effectuaient en nature, on remarqua que certaines denrées étaient d'un usage assez général , pour que ceux qui en étaient pourvus trouvassent toujours à les troquer contre les objets dont ils éprouvaient le besoin. On fit donc en sorte d'avoir constamment de ces denrées en réserve. Le blé, qui convient à tout le monde ^ servit dès Torigine aux échanges. On découvrit ensuite les métaux. Leurs propriétés , soit d'utilité , soit d'agrément , les firent avidement rediercher ; leur rareté accrut leur prix ; ils pouvaient se garder mieux que le blé ; ils présentaient aussi une plus grande valeur, sous un plus petit Volume , avantage qui en rendait l'emploi moins embarrassant, le transport plus facile* L'idée de s'en servir comme moyen d'échange , s'offiit alors k tous les esprits , et l'usage s'en introduisit naturellement.

Le premier effet de l'adoption de la monnaie fut de multiplier tous le& produits du travail. Les nations qui possédaient de l'argent et qui l'employèrent intérieurement comme monnaie furent plus riches que celles où les échanges continuèrent k se faire en nature. Elles furent plus riches , non pas à cause de la valeur de t argent quelles possédaient y mais à raison des moyens que cet argent leur donnait de créer annuellement plus de produits.

Dès lors , Tutilîté de Targent changea totalement d'objet. Tant qu il était demeuré confondu avec les autres produits de la terre et de l'industrie, il ne contiibuait à la richesse générale que pour sa valeur. Désormais , appelé à la fonction de monnaie , on ne peut plus rien consommer , rien créer sans lui. Il est le véhicule du travail» le grand ressort de la production. Ainsi, la monnaie est devenue le troisième élément de la richesse des peuples.

Je prie qu'on réfléchisse à la manière dont se multiplient aujourd'hui les choses consommables. S'agit-il de denrées nées de la terre? Le sol qui les a produites a été acheté et payé en argent : les ouvriers qui les ont cultivées et récoltées ont reçu leur salaire en aident : il a fallu payer en argent le charretier qui les a transportées au marché , où vous-même, qui les consommerez, irez les acheter avec de l'argent

S'agit-il de produits nés de l'industrie? Ces immenses bâtiments où ils s'élaborent, ont été élevés h force de bras que l'aident seul a fait mouvoir. C'est avec de l'argent qu'on a du acheter les matières premières que la main de l'homme y modifie. Cette même main , dont il &ut récompenser le travail , s'ouvre incessamment devant Targent qui la met en action. Enfin ce qu'elle a créé , c'est l'argent qui l'achète ,

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l'argent qui remmagasine , Targent qui le divise , l'argent qui le transporte jusqu'au dernier marché, où le consommateur va. terminer, toujours avec de l'argent , cette longue chaîne de transactions , dans laquelle la chose produite et la monnaie cpii la paye se reproduisent alternativement d'anneau en anneau.

Que Ton considère l'argent comme moyen de consonunation ou de production , le résultat est le même. Dans la maip de l'homme qui travaille , l'argent est un moyen de produire. Dans la main de l'honune qui dépense , l'argent est plus encore : il est Tordre même de produire ; car vous commandez la production, vous la forcez de naître, toutes les fois que vous avez de quoi la payer. Telle est donc l'utilité de la monnaie , que ni le consommateur, ni le producteur ne peuvent plus rien sans elle , et qu'avec elle toutes leurs facultés doublent d'énergie. Ainsi l'argent concourt à la' création de toutes les choses dont l'abondance constitue la richesse ; ainsi il est richesse lui-même , puisqu'on ne peut ni les créer ni les consommer sans lui. ^

Dans l'état actuel du commerce , nulle denrée , nul produit industriel, ne peuvent tenir lieu d'argent* Si les institutions que le crédit facilite , donnent , jusqu'à un certain point , comme nous le verrons plus tard , les moyens de le remplacer,

c'est en créant une monnaie fictive qui supplée la monnaie véritable. Elle en fait donc Toffice. C'est donc toujours de la monnaie.

Aucune matière n'a été plus controversée que TutiLité de l'argent considéré comme richesse, ou conune élément de richesse pour les peuples. Le second livre de cet ouvrage , où je traiterai de l'influence de l'argent sur la reproduction , contribuera, je l'espère, k fixer tous les doutes. L'argent enrichit un particulier , parce qu'il lui donne les moyens de se créer un revenu. La monnaie enrichit un Etat, parce qu'elle y multiplie les échanges , et avec les échanges 9 la production. Ce sont deux eflfets dont l'un n'a rien de commun avec l'autre. Les gouvernements les ont-ils confondus? Ont-ils jamais pu croire que l'argent enrichissait un pays, comme l'argent enrichit un particulier? Non, et je le prouverai sans réplique. Disons, en attendant , que c'est l'invention de la monnaie qui a fixé la langue du commerce, en créant, sinon le commerce lui-même, du moins son principal ressort. Le commerce est né de la difficulté qu'éprouvaient les travailleurs à s'entendre pour l'échange de leurs produits. Le résultat indirect du commerce est bien de multiplier ces produits; mais son objet immédiat est de les réunir après qu'ils ont été créés , de les transporter près du consommateur, de les lui oflFrir

enfin en grande quantité et en grande variétë, afin * qu^il puisse s'en approvisionner aisément dans tous les temps comme dans tous les lieux.

L'adoption de la monnaie a donc fait naître entre les individus qui produisent et ceux qui consomiment, une foule de rapports nouveaux qu'il a fallu exprima* par de nouveaux mots. Il n^est point indifférent de connaître les termes de cette langue. L'agriculture est le travail appliqué à la terre. Le travail appliqué aux produits de la terre , s'appelle travail de fabriques ou de manufactures. Le conunerce embrasse dans ses hautes spéculations , et les produits de la terre et les produits des fabriques, qu'il s'approprie, qu'il assortit 9 qu'il déplace. L'homme qui les tient en réserve pour le consommateur a pris le nom de marchand. On n'échange donc plus en nature : le marchand vend ; le consommateur achète. C'est toujours une marchandise qu'il achète, et il la paie toujours avec de la monnaie (i).

Ainsi , le jour où l'argent est devenu monnaie , tout produit du travail est devenu marchandise , parce qu'en effet , ce jour là , et à dater de ce

(i) J'imagine qu'on ne m'opposera point ce qui se passe à la côte d'Afrique, où quelques échanges se font encore en nature , à moins qu'on ne veuille établir la règle précisément sur ce qui fait l'exception.

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jour là sealëment, on a pu yendra un produit, le marchander, Tacheter , le payer ; toutes choses qui supposent de la monnaie , qui n'existent que parce qu il y a de la monnaie , et qui font que la marchandise n'est pas plus de la monnaie que la monnaie n'est de la marchandise.

Je me home à indiquer ici ces vëritës fon* damentales sur lesquelles je reviendrai ailleurs.

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