CHAPITRE V
Des dis^ers Systèmes d'Économie politique*
La terre , le travail et la monnaie sont les trois éléments fondamentaux de la richesse des nations. On peut apprécier l'influence relative de chacun de ces éléments sur la richesse même ; mais il ne faut jamais les séparer par la pensée , puisqu'il nexiste aucun peuple où on ne les voie intimement unis , ce qui prouve qu'ils se fortifient l'un par l'autre , et surtout qu'ils sont indispensahles l'un à l'autre.
En effet, un peuple riche par son sol manquerait évidemment de tout ce qui est nécessaire à la vie, s'il ne fécondait la terre par son travail. Ce même peuple , devenu laborieux , n'aurait encore qu'une industrie éphémère et languissante, si , par l'adoption d'une monnaie , il n'avait su faciliter l'échange de tout ce qu'il produit. Ainsi , non-seulement la terre, le travail et la monnaie sont les éléments créateurs de toute richesse nationale, ils en sont encore les éléments obligés, indispensables , inséparables surtout , puisqu'on n'en pourrait retrancher un seul , sans que tout
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développement dans les facultés créatrices d un peuple ne devîpt à l'instant impossible.
Cest parce que les trois éléments de la richesse des peuples s'entr aident ainsi y qu on peut , en les considérant dune manière abstraite, voir dans chacun l'élément par excellence , et faire de celui qu'on aura préféré, la base d'un système où il deviendra l'élément unique. Chacun de ces éléments sera l'élément unique , puisque , sans lui , les autres n'agiraient pas ou agiraient à peine. Ainsi , vous aurez la terre richesse unique , le travail richesse unique , la monnaie richesse unique. On arrivera de cette manière à des conséquences tantôt fausses, tantôt justes; mais, justes ou fausses , on les aura déduites d'un principe vrai, et tout le mal viendra de ce que d'une vérité purement relative on aura fait une vérité absolue.
Ce que je mets ici en supposition existe en réalité. On peut diviser en trois classes les écrivains qui ont traité de la richesse des peuples. Les uns ne reconnaissent pour unique élément de cette richesse que la terre c ce sont les économistes français. Les économistes anglais veulent que la richesse consiste uniquement dans le travail. Enfin les uns et les autres s'étudient k combattre ime troisième classe d'écrivains , qui leur est très-antérieure , et qu'ils présentent comme
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plaçant la richesse dans For et Vargent exclusivement. Tel est Tétat actuel de la science économique en Europe, et Ton peut en conclure qu'elle n'est pas très-avancëe , puisqu'elle n'ofire pas encore une seule vëritë , même élémentaire , sur laquelle on soit d'accord. Cette dissidence a des effets très-fâcheux , et entre autres celui de susciter à l'Administration beaucoup d'entraves et d'embarras, dont elle n'aurait pas à s'occuper, s'il y avait unité de doctrine. Peut-être l'opposition que je signale ne s'est-elle autant prolongée que parce qu'en adoptant un des systèmes , on s'est toujours cru obligé de rejeter les autres. Le mieux eût été de rechercher ce qu'il y avait de bon dans chaque , afin d'arriver à les concilier s'il était possible. En reconnaissant qu'ils reposent tous sur une vérité relative , je me suis expliqué pourquoi ils conduisaient à des résultats différens. H s'agit ici d'une question qui a trois faces. Vous aurez trois solutions , si , à chaque examen , vous négligez l'une des données du problême : vous n'en aurez qu'une en les réunissant. De trois vérités relatives vous ferez alors une vérité absolue. Votre théorie sera bonne , car vous aurez tenu compte de tout ce qui devait servir k l'établir. Elle sera bonne surtout parce qu'elle sera d'accord avec l'expérience des peuples , avec les faits'.
Ainsi les économistes français , qui voyaient dans la terre la richesse unique , arrivaient à cette conséquence que tout impôt était mauvais , s'il ne portait immédiatement sur la terre. Après trente années de combats cette doctrine prévalut. Elle amena la brusque suppression de tous les impôts indirects, auxquels il a faUu revenir depuis, expérience qui nous a coûté assez cher pour qu'on ne la recommence point. On pourrait , par suite , se dispenser de montrer le danger du système économique français , si quelques-unes des erreurs qu'il avait consacrées ne lui eussent survécu. J'aurai plus d'une occasion de les signaler ; et je commence par la réfutation du principe sur lequel porte tout l'édifice.
Le travail , considéré d'une manière générale , s'exerce sur deux choses : sur la terre ou sur ce qui est extrait de la terre. L'homme qui exercé son industrie sur la terre, en tire un produit qui le fait vivre , plus un autre produit qu'il remet au propriétaire de la terre. Ce dernier produit n'est le résultat d'aucun travail , le remplacement d'aucune avance, d'aucune consommation. C'est le produit net des économistes.
Le travail, appliqué aux choses extraites de la terre, donne bien aussi k l'homme qui s'j livre, un produit qui le fait exister ; mais il ne donne rien au-delà. Ce que le tisserand ajoute à la valeur
du fil , en le convertissant en toile , est le remplacement des consommations qu^il fait pendant que cette toile est sur le mëtier: C'est une valeur substituée à une autre valeur. Il n'y a là de produit net pour personne.
Frappé de cette différence, qu'il crut avoir aperçue le premier y Quesna j en fit la base de son système. Le travail des manufactures y Ait appdé stérile ; il demeura pour constant que ce travail ne pouvait en rien augmenter la richesse des nations ; tous les encouragements prodigués k Tindustrie furent ainsi dépouillés de l'utilité qu'on leur avait attribuée jusque-là ; à plus forte raison blftma-t*on les entraves mises à l'introduction des produits de l'industrie étrangère. Cette partie de la politique des nations modernes fut déclarée inepte et absurde. Laisser faire et laisser passer devint le précepte par excellence, la seule règle de conduite à suivre par les gouvernements , auxquels , s'ils voulaient l'adopter et y joindre le bienfait de Timpôt unique, on serait bientôt redevable de la renaissance de l'âge d'or.
Les esprits droits n'attendirent pas la leçpn de l'expérience pour juger que celte théorie était aussi fausse que dangereuse; mais, en la réfutant , ils l'attaquèrent moins dans son principe que dans ses conséquences. Ils défendirent
donc les travailleurs industriels qu on ne pouvait raisonnablement appeler stériles, et moins encore assimiler aux domestiques comme on le faisait dans cette école. Ils montrèrent l'importance de la conservation de la monnaie, dont les économistes ne tenaient aucun compte. Enfin, et surtout, ils s élevèrent contre Tirapôt unique, qui devait, dans ce système , augmenter le produit net des propriétaires , tandis qu'en réalité il Taurait réduit à rien , puisqu en Angleterre , par exemple , les revenus des propriétaires fonciers réunis sont très-inférieurs à la masse totale des contributions que lève le Gouvernement.
Cet argument était sans réplique. Le produit net de toutes les terres d'un pays n'égalant pas toujours l'impôt levé dans ce pays, il fallait bien que d'autres que les propriétaires fussent appelés k contribuer. Cétait , par suite , une chose démontrée que l'impôt ne tombait pas uniquement sur le propriétaire foncier. Ainsi le produit net ne pouvait être qu'une distinction fausse en théorie, puisqu'elle conduisait à uïie absurdité dans la pratique.
Le produit net des économistes est une chose très-réelle, si l'on fait abstraction de la propriété territoriale, c'est-k-dire , de ce qu'il en coûte pour l'apquérir. Si, au contraire, on tient compte de la propriété, comme on le doit en traitant
des intérêts des nations civilisées , le produit net de la terre n'est plus que le profit du capital qui a servi k la payer. Dans ce nouvel ordre d'idées , tout capital est susceptible de rendre un produit net, de même que tout produit net vient d'un capital. En d'autres termes, le produit net n'est plus que le prix de loyer d'une chose qu'on possède et dont on cède la jouissance ou le profit. L'intérêt de l'argent est un produit net ; vous possédez une usine , une fabrique , un moulin ; vous les louez ; c'est encore un produit net. Vous aurez de même un produit net en cédant un droit de chasse ou de pêche , ou tout autre de cette sorte ; et remarquez bien que ces divers produits nets sont exactement semblables à celui des économistes. Tous constituent un revenu qui n'est le remboursement d'aucune avance, le remplacement d'aucune consomma* tion , le prix d'aucun salaire. C'est , dans toute la pureté de ce système, le produit net qu'il préconise. Dès que la terre a un prix vénal, dès qu'il feut acheter ou louer le droit de la rendre productive , il faut aussi que la terre donne deux sortes de revenus ; l'un qui va aux hommes dont le. travail la féconde , l'autre qui va au propriétaire du capital qui a servi à la payer. Le premier se compose de salaires et de profits; le second est le fermage ou le produit net.
Supposez un pays neuf où les terres, toutes de même qualité» appartiennent k quiconque veut en prendre : là , tout fermage disparaît et le produit net avec lui , car il est faux qu alora les cultivateurs pussent trouver dans la vente de leurs denrées autre chose que des salaires et des profils. Je le répète : le produit net est inhérent k la propriété , à toute espèce de propriété dont Tusa^ peut être mis à prix et cédé. Il se montre dans toutes les industries. Cest pour en avoir ftrit, contrairement ù la vérité, l'apanage exclusif du sol , que les économistes ont été entraînés à ne voir de richesse que dans le sol. Telle est l'erreur fondamentale de leur doctrine.
Les économiste» anglais reconnaissent pour chef, Smith, qui semble n'avoir écrit que pour tendre un piège à toutes les nations de TEnrope^ Quelques personnes ^ qui parlent de Smith sans Tavoir lu^ s'imagineiit que cet écrivain est le plus chaud défenseur du système administratif anglais. La méprise est forte. L'administmtioa anglaise est essentiellement prohiMtive ; Smità ne veut pas de prohibitions. LAngleterre s'empiare insensiblem/ent de tx)us les marchés de TEttrope^ en encourageant par des primes lexportatioa de ses produits industriels; Smkh ne veut ^pas dje prîmes. L'Angleterre dt)it les progrès desa mariae
au ùaneax acte de navigation; Smith loue et blâme altematiTément Tacte de navigation. Aussi , la doctrine de Smith ne jouit^Ue d'aucun crédit parmi les administrateurs de TAngléterre, qui ne se lassent pas d'admirer comment le pays qui a produit Colbert a pu tant prôner son détracteur.
Smith , qui a publié son livre de la richesse des nations en 1776, est reste à-peu*près inconnu en France jusqu'au commencement de la Révolution. Les écotioiâistes français , qu'il a cornbattus > quoique assez faiblement, charmés de retrouver dans son Ouvrage , non leur propre ^ théorie , mais ses résultats principaux , se chargèrent de lui faire une réputation. £n cela ils fiirent habiles et reconnaissants ; liabiles > car ilâ n'avaient que ce moyen de se survivre ; reconnaissants ^ dar Smith , tout en les réfutant, leur prodigue les plus pompeux éloges, n appelle Quesnay nu au/eur ingénieux ef profond* Ses élèi>ês sont des hommes d*im grand talent et iun grand saçùir. liCiûr système est aussi noble que généreux. Les contemporains n'ont pas confirmé ces louanges , même en ce qui touche le ^voir et le taleût ; et c'est une vérité incontestable que, des nombreux écrits publiés par les économistes français ^ U n^y en a pas un qu'on lise aujourd'hui»
Dans leur détresse, c'est-à-dire, à Tépoque où leur doctrine perdait insensiblement de ses partisans , ils ne trouvèrent donc de salut qui* en se faisant les apologistes de Smith, dont ils vinrent renforcer l'école , ou plutôt' à qui ils en formèrent une en France. Ils le proclamèrent un grand homme. On les a crus sur parole, et cela était plus facile que de lire Snjith , écrivain diffiis , obscur , lourd et par conséquent éminemment ennuyeux. Ceux qui ont eu ce courage se sont bien gardés d'avouer la fatigue qu'ils avaient ressentie. On n'aime point k passer pour dupe ; et quand un écrivain a de la célébrité , le lecteur modeste qui ne l'entend pas , s'en prend à sa propre intelligence, bien plutôt qu'à celle de l'auteur. Il ne l'en cite pas moins à tout propos , uniquement pour montrer qu'il l'a lu, sans d'ailleurs s'inquiéter s'il ne montre pas en même temps qu'il ne l'a pas compris.
Si l'on pouvait douter que la réputation de Smith se fût ainsi répandue en France, je renverrais aux! nombreux ouvrages économiques qui ont paru depuis trente ans , et je prierais de remarquer qu'il n'y en a pas un où Smith ne- soit cité comme autorité^ même par les écrivains doiit la théorie est diamétralement opposée à la sienne*
Les points principaux de la doctrine de Smith sont que le travail est Tunique créateur de 1?^
DE LA RICHESSE. Sg
richesse ; que Tinflaence du Gouvernement ne peut jamais avoir pour résultat d'en multiplier les produits; que les prohibitions, les privilèges, les primes sont des inventions d'un système mesquin , évidemment contraire à Tordre naturel des choses et, par conséquent, à Faccroissement de la richesse des peuples ; qu il faut s'en remettre à l'intérêt privé du soin de juger ce qui con* vient le mieux à l'intérêt général ; que l'argent est toujours marchandise ; que jamais un pays ne doit s'inquiéter de Técoulement de sa monnaie , parce qu'on achète de la monnaie quand on en manq[ue, ou parce qu'on la remplace avec du papier , ou bien encore parce qu'on y supplée par les échanges en nature; et enfin que les ministres qui , depuis trois cents ans, ont dirigé d'après d'autres vues le système commercial des peuples modernes, sont tous, et sans exception , des ignorants absolument indignes du poste élevé qu'on leur avait confié , aussi bien que de la célébrité que quelques-uns oat obtenue»
Je continue l'historique des trois écoles dans lesquelles j'ai range les écrivains qui ont traité de la richesse des nations. Celle dont il me reste à parler n'admettrait d'autre richesse que l'argent. Cette école serait assurément très-près de la vérité , si elle ne primait dans Targent que
Vmflttenoe qn il eÈeree sur la {irôdootioiii Toute la ^éiAâofi se i*ëduirait alors èi examiner si cette influëllcè n'a pas été ëxagârëe ; s'il est Trat, conme le p^éteadent les âeax autres écoles , qoe jamais là rareté de la môBdaîe tie peut nmre à un peuple^ etCb; et, quand on arrirerait k décider Taffirmative sur ces deux points de controverse ^ il ne s'ensuivrait pas pour cela que Técole admi-"
/ nistrative eût méconnu lés vi*aiés sources de la
richesse des peuples. On en pourrait seulement codclure qu'en rétablissant sur rabondânce des choses tsonsomtaables , d'eit-à^dire ^ sur la terre et le travail^ elle aurait donné à Fintervention de la monnaie plus d'importance qu'il ne con-» vieht ; mab il y aurait encore loin de là aux risprôches d'ignorance ^ d'ineptie et d'absurdité que lui adressent Iôib écrivains des deux uulres écoles , qui , dcmtant apparemment de la bonté de leur causa ^ ont (sni la rendre meilleure en prétaùt k leurs adversaires des principes ridicules qu'ils n'ont jamais professés.
Le marquis de Mirabeau était épris d'une si profonde admiration pour le docteur Quesnay, qu'il n'hésite pa» a meitre le fyMeaa ioBnùmiftm au nombre des troj^ plus grandes dëoouvettes qui aient été faites dépuis l'origine du monde» Smitli . sans partager tout-k-fait cet étrange engouement , dit que le sjrstémè des éètmMiisfces
est peut-être ce qu il jr à de plus approchant de la vëiité , jpsu^e qu'il représente la richesse des aationa comme n4 consUéant pas dans for éi Var^ gent , mais danï les biens consommables annuel^ lémeni reproduits* A soiltour , Smilhestrobjet de Tenthonliasme dé ses élèves > non-seulement poiii* avoir diissi placé la tichesae ailleurs que dans Tor ei Targent ^ mais encore pour lui avoir assigné, le premier, sa véritable. source^ le travail* Ainsi ^ la science économiqiÊe sari radieuse des fénèires où la reiéHmt la gent mercantile^ ei la fss* tériié de^ra à SrnUh dé F avoir enfin fixée par ceHe grande decou¥erte , la plus belle des éemps modernes.
Cet éloge magnifique n'est 'pteis extndt d'un livre obeciir ^ ni d'an seul livre ; il est dans tous les livres écrits depuis trente ans mar FAdmiais* ti^tîoo. Il faut ùàte justice de cette emphase , ^ui n'honore pas plus nôtre raison que notre saVrâr , et restituer à nos anciens administrateurs le bon sens dont on lés a très •* injustâment dépouillés.
Henri IV voulait qu'il n y eÂt pas dans son Royaume un seul paysan qui ne pàt ^ le dimanche, meiire la poule au pot i expressions touchantes du meilleur de nos Rois* Il ^vait qu^on n'atteindront ce but qu'en dimmuant le nombre des fainéants dont les campagnes étaient remplies. C'est pour cela qu'il tenait si fortement à rétablissement
des manufactures , que Sully ne voyait pas toujours du même œil. « Je ne sais ^ lui dit un jour. Henri avec humeur, quelle fantaisie vous a » pris de vous opposer à un dessein propre à enri- » chir le Royaume en détruisant T oisiveté parmi le » peuple (i). » Diminuer le nombre des fainéants dans un royaume , Fenrichir en détruisant Foisiveté parmi le peuple , c'est , je pense , mettre le travail au premier rang des éléments de la richesse publique ; et je trouverais plaisant de montrer Henri IV comme le véritable auteur de cette grande découverte , s'il n'était bien constant pour moi qu'elle est aussi vieille que le monde. Les eflforts de ce prince et des hommes qui ont été à la tête des affaires , après Sully , se sont constamment dirigés vers le même but. L'édit de 1601 , portant réduction de l'intérêt (je prie qu'on fasse attention aux dates) , est motivé sur la nécessité de rendre des capitaux à l'agriculture et aux fabriques y plusieurs de nos sujets aimant mieux vivre de leurs rentes en oisiveté parmi les villes. Un second édit de décembre i665 porte aussi réduction de l'intérêt , afin de multiplier les moyens de travail en faisant refluer vers le commerce , des sommes d'argent inutilement employées en constitutions de rentes. L'édit du
(i) Mémoires de Sally; livre 16,
mois d'août 1669 ^ ^^^ dicté par le même esprit. Les termes suivants en sont très*remarquables : « Comme le commerce est la source féconde » qui apporte Tabondance dans les Etats , à pro- » portion de ï industrie et du travail des sujets ^ ;) etc. » Un autre édit de 1670 abrège les formalités des. procédures , dans la y^i^- de rendre les plaideurs au traçaiL Celui de 17019 modératif des droits de douanes , commence ainsi : « Vou^ » lant procurer plus d^ occupation et de travail aux » ouvriers. » Dans tous , il s'agit d'augmenter les produits du travail. C'est toujours à l'augmentation des produits du travail que tend l'Àdmi** nistration.
L'opinion que le travail est le créateur de la richesse , est donc en France , au moins depuis Henri IV, une vérité populaire. Aussi n'avonsnous pas d'écrivain ancien qui n'en ait fait la base de sa doctrine. On la retrouve jusque dans les plus mauvais livres, ce qui prouve à quel point elle était usuelle. L'auteur de l'ouvrage intitulé: Des intérêts de la'France mal-entendus^ composition indigeste qui parut en 17 56, et dans laquelle il y a certainement autant de contradictions que de pages , bronche sur tous les principes, excepté sur celui que nous discutons. « Cest de la somme du travail général ( i ) que
« dépend la richesse de la Républiguâ. Les États ne n prennent un rang supérieur les uns sur les autres n gue dans la proportion des progrès de cette somme» » Cest elle gui décide de la grandeur ou de Fanéan^ M tissement d*un État. L attention du Ministère doit H donc plus porter sur cette partie gue sur toutes 1» les autres de F Administration, a
Melon , antérieur de vingt années à rëcrivain que je viens de citer ^ avait établi le même principe» « Les Etats ne deviennent grands (i) j* que par la quantité des travailleurs qui se )> multiplient dans chaque profession. Savoir » faire avec un matelot , un laboureur ^ un voitu- » nevj un ouvrier , ce qu'auparavant on ne £adsait « qu'avec deux y c'est savoir doubler le nombre >» des citoyens ; et, en ce sens, utiLtiPusa les taA-
» TAILLEURS ET ADOUCOI LE TBAVÂtL, EST LE CHE9-t)'(BUV]IE » Dt LA SAGESSE HUMAINE* *
ForbcNonais , écrivain plus moderne , qui avait vu naître les doctrines économiques et qui les combattit ttNite sa vie ^ parce qu il en prévoyait le danger, Forbonnais revient cinquante fois sur la nécessite de multiplier le travail et de le rendre plus fructueux. U écrivait en 1767 : « La ^ terre et Tindustrie ne sont des richesses qu^au-
(i) Essai politique sur le commerce , p. g6.
» tant qu^on les met en action (i). Ce sont des » Biens qui ne devienneiit productifs que par le 9 traçml ( n ). Cest done Taugmentation de » VutlUti du travail et de la production qui est » durable .( 5 ). »
Si de toutes ces citations , que je pourrais multiplier ^ Tinfini , il ne résulte pas que nous avions , bien avant Smith, des îdëes saints sur ce qui constitue la richesse, il fai|t renoncer à rien prouva au monde. M. Say trouve singulier que Tabbé Galiani, dans j^ ne sais quel livre obscur, ait prësentë le travail comme le seul créateur des richesses ; il demande si ce n'iset pa3 là que Smith a puisé Vun de|i fonilements de sa doctrine ; ^t M. Say ne remarque pas que cette doctriae sur le travail qui crée la Hchesse , fait depuis trois siècles le fonds de nos ëdits el de nos livres d'adnûoistratîo&. Ënvoîoi encore un exampie c q^ il n'y a point de pays oà 1? » défense de iâ sortie des espèces soit plus rigoa« » reuse qu'en E^gne. Cepettdant il n'y a aucun t^ pays d'où il en sorte taM ; et , malgré Tabon^ » daiK^ de l'or et deTûrg^it qui y entrent, c'est, » peut la pare5$0 des habUemts , un des Etats les
(i) Observations économiques, t. i.*' p. 4- (a) Ideu). t. i.'^ p, 10.
(3) Idem, t. i,^p. i34.