CHAPITRE III
De l'Argent, signe,gage ou mesure des Valeurs. — En quel sens l'Argent est marchandise.
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La fonction importante cpie remplit l'argent en in-' tervenant dans toutes les transactions de la société y et w^% effets relativement à la prospérité publiqae « durent être, pour les hommes qui s'occupèrent les premiers d'en reçherclier les causes , un objet continuel de méditation. Aussi tous }es écrivains qui ont traité ces matières, sont-ils entrés dans de grands développements sur Targent considéré comme monnaie. On ne peut douter qu^ils n'eii aient eu , povir la plupart , des idées justes. Cependant ils se sont quelquefois servis , pour désigner Targent, d'expressions peu exactes, et Ton s'est autorisé de ces expressions, ei^ les détournant de leur sens conç^nu, pour reprocher aux écri-vains qui les avaient employées, d'avoir parlé de l'argent , sans même savoir ce que c'était que l'argent.
Forhonnais appelle l'argent, gage des denrées; Montesquieu, signe de la valeur des marchandes \ Condillac , mesure des valeurs. Smith appelle aussi l'argent , mesure des valeurs ^ et il emploie indifi^ renm[ient les mots signe des valeurs , mesure des, ealeurSn
« L'argent , dit CondiUac , n'est point le signe » des valeurs. En sq servant de cette expression w pour le désigner , on paraît regarder l'argent » comme un signe choisi arbitrairement f et qui » n'a qu'une valeur de convention (i). »
Cette observation est fondée. Mais qui ne voit que le mot signe appliqué à l'argent , n'a point l'acception rigoureuse que veut lui donner ici CondiUac ? Le reproche qu'il adresse à tous ceux qui l'ont employé , se borne donc à une simple critique de mots ; et cependant , comme on était parti de là pour soutenir que ceux qui appelaient l'argent un signe , s'en faisaient une idée absurde , l'on en a conclu , depuis , qu'ils n'avaient pu écrire sur l'argent que des choses absurdes.
Mais CondiUac qui ne veut point que l'argent soit un signe , l'appelle , lui , une mesure. Or , le caractère d'une mesure est l'invariabilité , ce qui Élit que l'argent n'est pas plus une mesure qu'un signe. Ainsi , CondiUac ne combat une expression vicieuse, que pour lui en substituer une qui l'est à peu près autant.
Je dis, à peu près autant; car on peut trèsbien considérer l'argent comme mesure des valeurs à une époque donnée ; mais alors il est mesure relative , et rien de plus.
(1) Le Commerce et le Gouvernement, première partie^ chapitre XIV , dernier paragraphe.
laa . L I V R E I L
Assurément il importe de ne se servir que d'expressions justes ; mais, quand le s^s d'un mot est clairement énoncé par tout ce qui raccompagne ; quand surtout l'usage en a consacré l'emploi, il est aussi par trop ridicule d'aller régenter Fauteur comme un écolier ; et si l'on veut absolument qu'il puisse être utile aux progrès de la langue de redresser l'écrivain , du moins conviendra-t-on qu'il est souverainement injuste de chercher dans son livre autre chose que ce qu'il contient, précisément parce qu'un mot y a été détourné de son vrai sens.
« De même que l'argent est un signe d'une » chose, dit Montesquieu (i) , et la représente, >' chaque chose est un signe de l'argent. » Et rien ne montre mieux , j'espère , qu'en se servant du Qiot signe , l'auteur y attache l'idée de çaleur^ puisqufil l'applique indijBféremment à l'argent et à la marchandise.
Montesquieu , parlant ailleurs de l'altération des monnaies , espèce de banqueroute qu'il réprouve justement, dit que rien ne doit être si exempt de variation que ce qui est la mesure commune de tout. M. Say voit là trois erreurs en deux lignes (2) , et l'économie politique en est bien glorieuse :
(i) Esprit des lois, livre 22, chapitre II. (a) 3«« ëditioa, t. 1.^% p. 349, — 4,""* édition, t I.'"^ , p. 374. '
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elle ne n^lige , sous la plume de M. Say , aucune occasion de relever les méprises de nos grands écrivains , qui auraient été bien plus grands sUls n'avaient pa'& eu le malheur de naître avant elle ; et c'est ainsi que M. Say gourmandiâ , pas toujours avec raison, Bossuet, Fënëlon , Laharpe , Rousseau, Voltaire et jusqu'à ce bon La Fontaine qjui serait certes bien étonné s*il pouvait voir ses fables aux prises avec des théories sur la consommation. La vérité est qu'ici , Montesquieu n'a rien avancé que de très-raisonnable ; seulement il s'est servi de termes où l'exactitude rigoureuse de Vexpression est un peu sacrifiée au désir de produire de Teffet. C'est la. manière habituelle de l'écrivain. Mais le comprend>-on ? Le vœu qu'il; exprime estil selon la science ? Oui , cert^es ; et par conséquent il n'y avait pas de quoi faire tant de bruit (i ).
(i) « Les.motft sont de peu d'importance une fois » que les. idées sont bien comprises. » Qui a dit cela? M. Say lui-^meme, et il l'oublie eufiarlant de Montesquieu! M. Say reproduit la, mÈiaxe pensée àiikur» ( 3;^ édit. , t* I, p. i6.> — 4*® édit, y L Lf'p, 16 ; L H^ p^.j^i). « Il « ne faut pas faite là. guerre: à mes expressions!^, etc. « M. Say tremble qu'on^ne le ménage pas pln$. qu'il ne isénage les autres. Alors\, que ne donne-t-il l'exemple ?
M. Say a rangé l'auteur du cours de littérature parmi les écrivains qui ont eu le malheur de ne rien entendre à l'économie politique , parce qu'il est arrivé
Ainsi donc il est arrivé que, pour s'être aidés de mots impropres, dont le sens ne présentait d'ailleurs aucune équivoque, on est parvenu h prêter à des écrivains sensés et profonds, une opinion ridicule et absurde qu'ils n'avaient jamais ni défendue ni professée ; d'où il résulte qu'il en a été du mot signe appliqué à l'argent, comme du mot richesse^ et qu'en combattant l'un et l'autre , ce qu'on fait encore tous les purs , on ne prouve absolument rien, sinon qu'on n'a pas lu, ou qu'on a mal lu les auteurs qui s'en sont servis.
une fois à M. de Laharpe d'employer , un peu légèrement peut-être, \t moi circulation. C'est, dans un autre genre , le gros péché de cette pauvre Martine , que Philaminte met è la porte pour avoir manqué anx lois de Vaugelas. M. de Laharpe a commis un péché bien autrement irrémissible dans le jugement qu'il a porté des économistes en général, et de leurs théories qui tendent à tout affranchir* Il est remarquable que M. de Laharpe, habituellement assez tranchant, ne propose ici que des doutes, et que ces doutes sont tous des jugements sans appel', tant le sens droit et profond de l'écrivain leur donne de force. En voici la conclusion : « Il htut Idisser les axiomes et lea généralité 3» k la philosophie : elle considère les essences , qui né » changent pas; mais l'Administration ne veut que des x> probabilités et des modifications ; elle traite avec les 9 hommes, dont on ne £siit pas tout ce qu'on veut, « ( Cours de Uuérature. Eroffnent sur les économistes ^
Et delà toutes ces déclamations sur l'argent, qui n'est ni un signe, ni une mesure, ni un gage; sar l'argent , qui est marchandise , qui n'est que marchandise et qui n'est pas plus précieux que toute autre marchandise.
En proclamant avec tant de faste cette opinion saïf l'argent , qui n'a de valeur comme monnaie qae parce qu'il a une valeur comme marchandise, ne semblerait-il pas que c'est une vérité nouvellement découverte , et que tous ceux qui ont appelé l'argent signe ^ ne considéraient ce signe que comme une valeur de convention ?
Nous venons de voir que , selon Montesquieu , l'argent est le signe de la denrée , et la denrée le signe de l'argent , ce qui veut dire que la denrée vaut l'argent et l'argent la denrée. Consultons maintenant Forbonnais sur le même objet : a Les » métaux précieux ont une valeur intrinsèque » relative à l'usage que les hommes en pourraient » &ire , quand bien même ils ne s'en serviraient » pas comme signe. » A coup sûr on n'a jamais rien écrit de plus positif sur la valeur de l'argent, et c'est abuser étrangement de la crédulité du lecteur que de l'induire k considérer comme faux tous les raisonnements où l'argent n'est pas appelé marchandise.
C'est , dit-on , parce que l'argent a une valeur primitive , comme métal ^ qu'il en a une comme
mS L I y R E I I.
du mëtal qu'il veut ; c'est d'argent même , cW
d'argent brut qu'il a besoin.
Recbercbons maintenant ce que deyient V argent marchandise i acheté ainsi au .moment de sa production.
Il arrive au marché général de la nation qui s'en est rendue propriétaire , et là se distribue. Une partie des lingots passe dans le commerce de l'orfèvrerie ; l'autre est convertie en monnaie pour servir aux besoins de la circulation. Or , le mot marchandise convient-il également k l'argent qui a reçu ces deux destinations. Telle est ht question.
Je dis qu'il convient très-bien k l'argent qui a passé dans le commerce de l'orfèvrerie pour y être converti en bijoux , en vaisselle , en naeubles, parce que cette vaisselle , ces bijoux , ces meubles seront ensuite vendus à des consommateurs , qui satisferont ainsi immédiatement un besoin, ou se procureront immédiatement une jouissance.
Mais je nie qu'il puisse également convenir à l'arçent inonnajé, qui deyient. par cek même qu'il est monnayé, intermédiaire indispensable entre la production et la consommation , et ne peut plus satisfaire immédiatement aucun besoin , si ce n'est celui de l'avare , dont je crois ne devoir &ire ici aucun compte.
Ainsi l'argent , tant qu'il est sous la forme de
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bijoux , de vaisselle , ou même de lingots , est marchandise, et il cesse d'être marchandise dès qu'il deWent monnaie.
On ne dira sans doute pas que j'ai mal défini le mot marchandise. Je le répète, il n'y a de nlarchandise que ce qui peùt^ en passant du vendeur au consonmiateur , ou procurer immédiatement une jouissance , ou satisfaire immédiatement un besoin.
Cette définition du mot marchandise est la plus étendue et la plus générale qu'on en ait encore donnée, puisqu'elle comprend tous les produits possibles du travail, tant matériel qu'immatériel, depuis le ineuble grossier que febrique un menuisier de campagne i jusqu'à 'fëloquent plaidoyer d'un tamalle ou la rept^ésentatîon d'un chefd'œuvre de Haèide.
La définition du mot marchandise , telle qu'on vient de la lire , convient même à une lettre de change dans laquelle il &ut toujours voir deux choses , l'argent qu'elle représente , et cet argent tout transporté au lieu même où vous devriez l'envoyer. Or , c'est pour avoir ainsi de l'argent tout transporté; qu'on recherché une lettre de change et qu'on l'achète : lés lettres de change sont de véritalirles marchandises, dont le prix, "dans de certaines limités impossibles à franchir, se règle sur le nombre pW ou moins grand des
i^a' LIVRE II.
Mais siTargenlqui circule n*est pas, marchan* dise , encore faut-il bien qu'il soit quelque chose. Oui, certes; il est monnaie. Quavez-vous besoin d'autres mots pour rendre les idées que celui-ci réveille ? A quoi bon appeler l'argent signe des valeurs , gcLg^ des valeurs , mesure des valeurs ? Appelez-le monnaie tout simplement, et attachez à cette expression l'idée d'une valeur qui facilite \ l'individu qui consomme , les moyens de traiter avec celui qui produit. Vous vous ferez ainsi de l'argent des notions claires, simples , justes ; et vous ne courrez pas le risque de confondre, dans vos doctes méditations, le grand instrument de la production avec la chose produite , et d'affirmer , par suite, qu'à valeur égale, Tun n*est pas plus utile que l'autre , parce que l'un est marchandise comme Tautre.
Cette dernière conséquence est littéralement extraite de l'ouvrage de Smith. M. Say , qui l'adopte sans aucune pesCrîction , croit devoir avertir que, quand le numérafire sort d'un pays, ce pays n'en perd p^s la valeur; et il faut que cettfe remarque lui paraisse oii bien neuve où bien concluante ; car, après T^voir faite dans le texte, il l§f reproduit en qote , puiâ encore dan^ le texte , si^iea' qu elle revient à peu près à chaque chapitre. =Què l'iffgent qiHi= sort sdit remplacé par des marchandises qui entrent , c'est ce que jamais
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personne n'a mis en doute. M. Sajr pouvait se di^enser de nous rapprendre. Mais la marchandise cpii entre rçndra-t-elle les mêmes services que la monnaie 1 agira-t-elle sur la production comine agissait la monnaie 1 et serez-vous toujours assez sûr de vous procurer facilement de Targent au dehors pouç n'attacher aucune importance à la conservation de celui que vous possédez ] Ypila les vraies difficultés. Si le raisonnement que font les écrivains.. est exact , il est absolument iz^différent pour la France davoir deux milliards en monnaie ou deux milliards en amadou* Déjà le lecteur peut apprécier Tutilité pratique d'une doctrine qui conduit à de tels résultats^. C'est pour montrer le vice fondamental du raisonnernent sur lequel on rétablit, que j^ai traité^ un peu longuement peut-être , la question de Targent-marchandise ; car , pour tout esprit droit , que la iecture fies écrivains n'aurait pas détourné de la vraie route, la solution de cette question est tout entièire dans les mots cendre, marchander y acheter 9 payer y qui, ainsi que je l'ai fait remarquer ailleurs , expriment un ordre de relations comnieifcia^es dans lequel l'existence .de Jla ;pionuaie eSfl Q^lfgée , et qui i^^^clut , ps^r cunf,équçnt, ^a possibilité ^que la. mpnnaje .çoit^de }a marchandise, ou la marchandise de la monnaie. Ces dei^x expressions ( marchandise et monnaie \
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ont été créées simultanément pour désigner , savoir : la première, toutes les choses qui sont susceptibles d'être vendues , mgirchandées , consommées ; la seconde , la chose unique qui devait servir k acheter , à payer toutes les autres. Un nouveau système d'échanges s'était établi: il en résulta de nouveaux rapports ; et , conmie il arrive toujours , il fallut de nouveaux mots pour les exprimer. Aujourd'hui , on prend à tâche de torturer tous ces mots pour leur faire dire ce qu'ils n'ont jamais dit. Certainement on réussira ainsi à faire une nouvelle science; mais à qui profitera-t-elle ?
tt Recevoir de la monnaie en échange , dit » M. Say , c^est {fendre ; en donner , c'est acheter (i): ^^ ce qui est très-juste; mais pourquoi M. Say n'a-t-il pas complété ce vocabulaire \ Qu'achète-t-on ? Que vend-on ? de la marchandise. Avec quoi paye-t-on la marchandise ? avec de la monnaie. Un mot de plus , et M. Say était dans la bonne voie. Il est vrai que cela lui aurait coûté la moitié de son livre.
.Détourner un mot du sens qu'il a pour tout le monde 9 c'est se jeter, même comme écrivain,
dans de grands embarras. La crainte de n'être pas entendu amène alors de singuHères alliances
U) 3/"^^dit., t. L", p. 3o4.-.4.°« ëdit., t. !.*% p. 3^7,
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d'expressions. M. Say se croît quelquefois obligé de dire la marchtmdise-monnaie (i) , ce qui n'empêche certainement pas que la monnaie ne reste monnaie , comme la marchandise reste marchandise. Je trouve ailleurs (a) : « La monnaie est » une marcJiandise toujours achetée pour être reveur » due; 1» et comme véritablement personne n'achète ni ne revend de la monnaie,, sauf les changeurs , M. Saj ouvre vite une parenthèse où , aprè$ le mot revendue , on lit ( échangée de nouveau'). » Tout le monde, poursuit M. Saj, en » note, est disposé à recevoir de la monnaie en » échange des choses dont il veut se défaire , T» par la raîjsoa qu'il n'est personne , quelle que » soit sa profession , qui n'ait d'autres échanges à » Eure, j» Et , comme M. Say n'ignore pas qu'avec de la monnaie on ne fait [Jus d'échanges , il ouvre encore une parenthèse où , après le mot échanges , il écrit ( des achats ) ; si bien que , pour arriver à ce mot achats , qui est le mot propre , mot qui appelle d'aSleurs forcément la marchandise, et la sépare , ^forcément aussi, de la monnaie , il a fallu a M. Say deux parenthèses et une note. Ce n'était pas la peinç- de fair^ un
(i) oJ^ édit. , t. L«, p. 3m.— 4.'"* Wit. , t. L*', p. 334, (a)3«*édit.^t.n, p. 460.— 4.*^ Wit, t. n, p. 483.
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épitcme pour nous donner de pareilles défini*
lions (i).
(i) M. 'Ssty a place k la fin de son ouvrage un epàome où il a rëimi , pur ordre alphabétique , tdus les prin* cipes fondamentaux de la nouveUe science. C'est là qu^ faut apprendre la langue de l'économie politique, c'està-dire y la langue de M. Say ; car chaque écrivain de recelé de Smith a la sienne. Cette confusion des langues suffira pour tuer l'économie politique. En effet, quel attrait peut offrir une science qui s'exprime ainsi :
<c Le premier produit d'un fonds productif n'est pas M un produit proprement dit ; c'est seulement un ser- » vice productif dont nous achetons un produit. Les » produits ne doivent donc être considérés que conune » les fruits d'un échange , dans lequel nous donnons des » services productifs pour obtenir des produits. C'est M alors seulement que le revenu primitif paraît sous » la forme de produits.; et si nous échangeons encore M une fois ces premiers produits contre d'autres , le » même revenu se montre sous la forme des nouveaux » produits que ce dernier échange nous a .pnoourés. » ( 4.^*^ édition y t. U, p. 25 ).
Je sais bien que M. Say , en expliquant ce paragraphe par le paragraphe qui le suit, arrive à le faire comprendre ; mais n'est-ce pas une chose triste que de devoir ainsi employer des phrases à expliquer des phrases ? Et , puisque l'économie politique a là prétention d'être une science usuelle, ne vaudrait-il pas mieux qu'elle employât k langue que tout le monde parle ?
Au reste, M. 'Say est,.^ns aucune comparaison, le plus clair des écrivains économiques. Qu'on juge de ce que sont les autres!
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n tarde au lecteur , et il me tarde encore plus dé voir finir cette discussion , «qui n'est d'aillcuurs pas sans impertance. L'abus des mots n'eat rien quand , sous des lexpressioqs graounaticaloment vicieuses , aa aie place aucun aens ^pne la «îson n avoue; et c'est ftinsi^e Montesquieu »doitétre absous de Tusage du mot stgp^ appliqué à llar^eut» parce qu'il est certain que Montesquieu n attachait pas au mot s^ne l'idée d'une cbose sm$ valeur. Mais, quand les mauv^aîses .expressions mènent aux mauvais jraiawnemeote .t il faut .être inflexible. Au fond, rrieU'iiie'SemîtiplusaAdifirérQnt que d'appeler la >moimaie zuarcbandise, m. y d'ail* leurs , on reconnaissait »que de ces deux sortes de marchandises, l'une. agit sur la production autrement que l'autre ; que , par conséquent , l'une est plus pFécieuse que l'autre, non pour jles tpartiçu* liersy qui ^n'i^ppoéoient jamaisla richesse [gue par la supputation des ^râleurs , mais pour l'^^t., ;qui a surtout à considérer {l!actiQn , l'influence de ces valeurs sur la production, a Les «a^nti|ges >que » les particuliers trouvent à :recev<Hr delà tmon* -» naie >préférabUment Ji ules marchanHisp.s , .ne » sont rien pour les nations,(^i) , » dit M-'^y ; et c'est positivement le contraire qu'il faut établir ; car, pourvu qu'un négociant remplace avec béné-
(i) 3™«édit., t. V% p. i83.— 4.™»édit. , 1. 1.*% p. 194.
fice les valeurs qu'il envoie au dehors, peu lui importe en quoi consistent ces valeurs, et de quelle manière elles rentrent, tandis qu'il importe beaucoup aii pays que les valeurs qui rentrent , puissent donner de Taliment k Tindustrie nationale, et que les valeurs exportées ne soient pas de celles qui contribuaient à la soutenir , comme les machines , tant que le secret de leur fabrication n'est pas divulgué ; comme les matières premières, qu'il Êiudrait peut-être racheter manufacturées; comme l'argent enfin , quand le pays n^en possède pas au-delà de ce que les besoins de l'industrie en réclament. M. Say convient que la monnaie joue vn grand rôle dans le phénomène de la production (i) ; qu'elle est le principal agent des échanges; et il la flétrit du nom de marchandise pour ne plus voir ensuite que sa valeur , et pour soutenir qu'à valeur égale, la monnaie ne sert pas mieux le pays que la marchandise. Voilà ce que j'appelle un déplorable abus de mots; et j'ose croire que personne ne me reprochera de m'étre attaché à le bien combattre.
(i) 3."»' édit. , t. L", p. 298— 4."« édit , t. L", p. 3ao.