CHAPITRE V
Du Prêt à irUéréL
Donner, c*est disposer d*une chose qu*on possède, en faveur d'un individu qui en devient ainsi propriétaire. Prêter, c'est abandonner pour un temps quelconque , l'usage de cette même chose dont l'emprunteur n'aura que la jouissance.
Tout prêt repose sur un sacrifice : |c renonce momentanément , en votre faveur , à la jouissance d'un objet utile ou agréable dont vous éprouvez le besoin. Si je n'ai pas des raisons particulières de vous rendre gratuitement ce bon office , il est dans l'ordre que vous le payiez.
Les marchandises dont l'usage , pour un temps quelconque, est susceptible d'être acheté et payé, ne se prêtent point k intérêt ; elles se louent. H en est ainsi de la terre , des maisons. Le prix que vous payez pour vous servir d'un cheval ^ tf un lit , d'un hôtel, s'appelle loyer; et le loyer n'est que le juste dédommagement du au propriétaire qui vous cède, avec l'usage de ces choses, l'agrément ou le profit qu'il en aurait pu tirer.
Ce dédommagement prend le nom d'intérêt quand la chose prêtée est de la monnaie. Prêter à
DE L'AJRGENT. i65
intérêt , <;'est dow fréter de l'argent Ainsi le prêt k intérêt ne |[>eut s'entendre que de 1 argent.
M^ia Vint^rêt de Targent n'est, oonime le loyer de tout ce qui se prête » que le dédommagement d un sacrifice , que le prix d'un service rendu.
Si nous red^erchons quelles circonstances peuvent influer sur le prix dç ce service , nous trouverons qu il y en a deux principales^ la première, le taipx plu3 ou moins élevé des profits industriels ; la seconde, Fabondance plu$;pu moins grande des Cfqpitoux disponibles.
L'élévation plus ou moins forte des profits influe sur le taux de l'intérêt, puisque l'intérêt n'est lui-piême qu'une délégation que fait l'emprunteur wpr^^r , sur les bénéfices que l'argent de celuici . procurera à celui-là , en ^'autres termes , que Vabandon d'unie portion de ce bénéfice. Si donc il ëtaât p06$ibl^ qu'il s'élevât à trente pour cent, il n'y aurait aucune raison pour que l'intérêt ne fât de quinze , et le marcbé serait excellent pour les deux contractants, puisqu'en définitif tous deux auraient/dci gros {»?ofits qu'ils devrai^t l'uu k son argent et Vautrp h son travail.
Ledp.i!OJ|ts du commerce étaient, dans le moy^n âge , beaucoup plus considérables qu'aujour» d'hui (i). Gè n^est pas la seule raison, maisc'^^fl
(i) M. Say prétend le contraire ; en qopi il est ea
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une des raisons de Télévation da taux de rintérét à cette époque. Il est sensible que, quand on peut, en employant soi-même son argent en reproductions industrielles , gagner vingt-cinq pour cent, par exemple, on ne se contentera pas de cinq, si on le prêté. Ceux qui empruntent pour consommer, n'ont pas, à la vérité , de revenu à espérer de l'argent qu on leur confie; mais il n'en est pas moins juste qu'ils payent l'intérêt dans la proportion de ce revenu possible , pmsqu'enfin celui h qui ils le payent , aurait pu se l'assurer en ne leur prêtant pas.
J'ai dit que l'abondance plus ou moins grande des capitaux disponibles était, après le taux plus ou moins élevé des profits, la circonstance qui influait le plus sur le taux de l'intérêt. Mais que peut-on entendre par capitaux disponibles ? Qu'est-ce qui augmente la quantité de ces capitaux ? et s'agit-il ici de monnaie ou de marchandises ?
Il s'agit certainement de monnaie, car c'est en monnaie qu'on prête ; et il s'agit aussi de marchandises, ou , plus exactement, de valeurs, puisqu'on n'emprunte de la monnaie que pour avoir la disponibilité de la valeur que la monnaie représente.
opposition avec les £iits et avec Smith. Voir l'ouvrage de la richesse des nations , livre II , chapitre 3^ et le traite d'économie politique, 3."** édition , t. Il, p. log* 4.™*^édit., t II, p. i3i.
Dans tous les pays ridhes il y a des hommes dont la fortune consiste surtout en valeurs incessamment réalisables. On les appelle capitalistes. he^ valeurs qu'ils possèdent sont des effets de commerce , des intérêts dans les compagnies d'as- «inmce, des actions de banque, des rentes sur FEtat et de l'argent comptant. Cest dans cette classe d'hommesique se trouvent surtout les préteurs. Mieu]S elle est approvisionnée de fonds à prêter , et plus l'intérêt sera bas. Ce sera le contraire s'il y a disette de capitalistes , ou si la demande des fonds à prêter vient tout- à -coup à s'accr<^tre; car l'abondsinc^ ou la rareté des fonds a prét^ né sont jamais des choses absolues. Il y a toujours rareté quand la demande excède l'oflSre. Il y a toujours abondance quand c'est l'offre qui qxcède la demande.
Le taux peu élevé de l'intérêt sert la production et par conséquent la richesse ; mais il n'est pas la preuve de la richesse. Tout ce que le taux de l'intérêt témoigne quand il est bas, c'est qu'il se trottte alors plus de^ gens disposés à prêter qu'il n'y éQ a de fdrcés à emprunter.
Le taux de l'intérêt se complique ainsi, dans les éléments qui le déterminent, de beaucoup de circonstances fortldâicates. et fort dijBiciles à apprécier. Durant les révolutions, personne ne prête» Q9X alors les engagements sont sans garantie , comm^
1^ l<^is saofi autorité , et Kntérél est très^^haut* Après les révolations , Targent réparait de toutes parts. Les préteurs redeviennent nombreux , et Tinlérét baisse. Il baissera encore plus si la propriété foncière a cessé d'être en' aussi grande estime ; si, par des raisons quelconques , tirées des moeurs o» des événements politiques, beaucoup de personnes ont mis leur fortune en porte-feuille^ Mais ratirait dé ces sortes de placements est fatal au pays > csht alors l'agriculture souffi^ , et par fois aussi le commerce. Partout ou il y a beaucoup de capitalistes « il y a beaucoup d agiotage* Les gompernèments gagnent h cela de pouvoir facilement emprunter, et c'est un malheur de plus , puisque de nouveaux emprunts amènent nécessairement de nouveaux impôts.
L'abondance des fonds à prêter ti'e$il pas fou-* jours la même cbdse que rabondancettolamon** naie , et en effet il se pourrait, à toute ^feroe, que la quantité de monnaie fut double, sans'qne, parmi tous ceux dans les â3nins de qui die se trouverait , il y çût un seul in^vidu disposé à prêt^>cent francs; cependant on ne conçoit pas que la monnaie «oit rare et les fonds k prêter abondants* Ces deux circonstances ne peuvent exister ensemble* Sraîâi et M. Say se consument en eflbris pMNr mcmtrer qu'elles n'ont rien qui tie repousse. Pesons les raisons qu'ils en donnent.
: M. Svff disait idaos h première éditioa de sou owrnage (d) : p^ L'abondiiiica de L'argent ioflue fai- T» blâment 1 n'mflur p^ui-étni pas du tout sur le taux » de rio^étt » Jl est bf^ucoup plus i^bsolu dans la quatrième. \^. ^ L'abondance ou la rareté de » Targent , de la nnonnaie ou de tout ce qui en » iient lieu , n'infiÊte pas du tout sur le taux de '» Tintërêt. » £t M* Saj établit ensuite que , puisnpien empountaid; de largent, c'est uniquement la valeur de l'argent qu'on emprunte, il est indif*fér^nt d'emprunter en a^eiM ou f»s^ jmarebandises. 5 Rien n'est plus eominun dans le rcommeree, V. ptoursuit M* S^y , que 4e prêter et d'emprunt^ » antremi^t i^u'i^niargent» »
iJVf. Sfij 4e. trompe beaucocip en avançimt que , idans Ae domrtieiiqe^ rien n^e^t plus commun que âé,préli«r et d'en^rv^iter autc^tnent qu'en %rgent. Rien ja'^» au ^fu^séire plus i^ve, et le c{>mmerce «rt là 4)0 wtmte 4iémt»tàx* 'Acbelîer à crédit y œ» n est faa empi?i«ptefi<m.oii0mbiindîse»^ 0^ qiHind ^..emjirunte'des:Mardb0ndis6s, il j&ut. rendre k.mâme ^èee defliaFebaAdi5e;tondi0que, tor$qu'i)0 aeh^te 4^:arédiîA» onipagr^etan tierme eonvenn , wm en mardlianiti^éài mais 4n ^orgenl^i 9i\ tm div^ersçs opér^tirwsiin'oatiies/niwiaj^éciatfiC que parc^ qu'elles
:(tl)1bme 'H, p. iago.
(*)^^éait, t. »^p. ia4,--4.^é«t., t. Il, p. 145..
sont d^one nature très-diffërente. 'Poorqaot pronte-t-on ? On empmnte on pour conscmuncr on pour produire. Emprunte-t-on pour consommer? Cest nécessair^nent dWgent qu'on a besoin , caur l'argent est devenu Tintermédiaire indi^>ensahle entre Thonmie et toutes les choses actuellement à son usage. Si l'individu qui emprunte pour consommer n'avait à se procurer qu'une seule espèce de denrée, sans doute il emprunterait cette denrée aussi commodément que Targent qui rachètera , et encore même prëférera-t*il l'argent, parce qn*fl n'y a pas de di(ficultës possibles ; au moment du remboursement , sur la quotité de la somme empruntée ; tandis que , si le prêt était fidl en chandises, mille débats pourraient naître, smt leur qualité , soit sur leur valeur. Mais jamais cm . ne fait im emprunt quelque peu consîdéraUe» ; pour acheter une seule espèce de choses à coo- ] sommer. Ce sera presque toujours poisr subvenir aux diverses dépenses d'une mbison , poar entreprendre un long voyage , pour doter one fiDie qu'on marie. Cest donc exclusivement de Fai^enl qu'il &udra. Emprunte-t-<m au contraire pour produire ? A l'exception de la mati^e prennère qpToB peut acheter à crédit , c'est encore dargent ^^ a indispensablement besoin ; et en effist , on prunte alors pour reconstruire des atdfieisdrexploîtation, pour établir denouveUes asines.OhieB[NnBite
encore pour payer des salaires journaliers, comme cela arrive aux fabricants , ou pour faire face à des engagementeprochainement exigibles, comme les négociants y sont souvent obligés. Et qu importe que le pays possède un nombre immense de balles de marchandisea? Irai-je emprunter de Findigo pour payer Tarchitecte qui a élevé mes bâtiments, pour acquitter des lettres de change que j'ai souscrites ou acceptées , pour faire vivre les ouvriers que j'emploie ? N'est-ce pas de l'argent qu'exigent toutes ces choses ; et puisque c'est absolument de l'argent qu'il me faut ^ dois- je espérer d'en trouver à un taux modéré , si le pays , au lieu d'argent dont il est impossible que je me passe, possède abon* damment des marchandises dont je n'ai que faire ? M. Say avoue lui-même que Tabondance ou la rareté de la marchandise n'influe en rien mir le taux de l'intérêt ; mais il dit aussi que la chose du monde la plus aisée à se procurer , quand on en a besoin , c'est l'argent , pourvu qu\)n ait sa valeur k donner en échange. Ge principe , que •M. Say établit k l'occasion des débouchés (i) , est, selon moi , beaucoup trop absolu. Je sais bien que le même sac de rooo fr. , après avoir facilité Hn marché , un prêt , passant dans de nouvelles iBiains ; facilit^a cent autres marchés et cent autres prêts , et qu'en tout ceci la monnaie n'est qu'un
(i) 3."« Mit, 1. 1.", p. 144.— 4 ™« édit, i I.*', p. i5i.
agept intermëdîaire ; mids ençore/aut-*iI que cçt ageatse montre. Le capitaliste qpi a des ëcus oisi&, est toujours en mesure de prêter. Celui qui , aulieu d'écus 9 a des marchandises , ne le pourra qu après les aToir vendues ; et , pour prêter , il ne les vendra sûrement pas à perte. Il ne su0it donc pas de posséder des valeurs pour avoir immédiatement cle l'argent ; et comment en dputer quand on voit, chaque année, des maisons riches suspendre leurs payements, uniquement parce quelles nont pu réaliser la moitié ou même le quart de leur actif 1
Quand Targent afflue dans un pays par Tefiet d'un commerce extérieur qui prospère, il arrive que pacmi les individus k qui cet argent échoit en partage, jbeaucoùp manquent de la volonté ou de là possibilité de l'employer en reproductions. Alors ils le prêtent , et Tintérêt Ixaisse. Ceci n est point une supposition faite k plaisir. La Hollande est le pays.de r&irofie où l'intérêt était descendu au taux le plus has ( a pour o/D ) ; et nous avons déjà vu que la Hollande est. aussi le pays qui a, relative* ment , pc^dé le phis de métwx.
M. Say hlàme cette expressiom tintérêl de tar-* geni (i). On devrait dire,selon lui, t intérêt des capitaux^ parce que Tsargent n'est jamais ^npranté pour lui*-même , mais pour sa valeur* L'argeoit , c^Mnme
^^m^mmi'^m^
(i) 3."* é4it , t, n , p. 1 19 , 457. — 4."^ édit. , t II , p. ï4i , 4i8o. ,,.
nous venons de le reconnaître , est emprunte pour sa yaleûr et pour lui-même. Quand on emprunte, cest de Targent qu'on veut avoir et non autre chose , parce qu'on ne prendrait cette autre chose que pour la transformer en monnaie , ce qui ne se ferait pas sans perte. Voilà pourquoi il n'y at que les usuriers renforcés qui prêtent eh marchandises, et ils y trouvent bien leur compte. On doit donc dire T intérêt de t argent , puisque c'est de l'argent qu'on emprunte, et que c'est aussi de l'argent qu'on rend ; sauf à substituer à V intérêt de F argent , F intérêt des capitaux , quand nous verrons les gens qui empruntent acceptet, au lieu d'argent, des mouHns, descarrières et des machines k tapeur. « Les métaux précieux , dit M. Say , font partie n des capitaux de là société , itnais ils nfé font pas » partie des capitaux dispdniUes Où prétables de » la société. Ils ne cherchent pas leur emploi. II » est tout trouvé. C'est celui de faire circuler les * valeurs d'une main dans l'autre (i). » On né peut pais dire dé la monnaie , qu'elle ne fait pas partie du capital prêtable , puisque la monnaie , de l'aveu de M. Say , fait elle-même partie du éapitat de la société, et que c'est éri moùnaie qu'ôri prête. Comment l'argent pourraiît-il être prêté, s'il n*était
(I) 3™« édit, t: II, p. laS , eu note. — 4."** Wit,
i II, p. 147 t idem.
jamais prétable ? Quelquefois les gens qui prêtent leur ar^nt , n'ont que ce débouché à lui donner. U était mort , il resterait mort dans leurs mains. En serait-il moins un capital pour cela ? L'argent a pour emploi de faire circuler les^ valeurs; mais ce n^est psis son emploi unique. Tantôt il agit comme capital , et on le prête ; alors il donne un revenu. Tantôt il agit comme revenu, et on le dépense. Dans les mains qui le recueillent , peut-être redeviendra-t-il encore capitaLQuand il est commun, lesprêteurs ont plus de Ëicilités pour réaliser en monnaie les valeurs qu*ib possèdent sous d autres formes , car pour prêter ces valeurs , il &ut toujours qu'ils les convertissent on argent. On ne prête à intérêt qu'en argent. L'abondance de la monnaie n'est donc pas sans influence sur le taux, de l'intérêt, et j'en appelle ici de la quatrième édition de l'ou- "vrage de M. Saj à la première.
J'ai k vider avec les écrivains de l'école dé Smith y et toujours à propos de l'intérêt de l'argent, une querelle beaucoup plus grave, puisqu'elle est du domaine de la morale. Le taux de l'intérêt , quelque élevé qu'on, le suppose, est-il toujours juste ? L'école de Smith , qui répond affirmativement , veut que le contrat entre le prêteur et l'emprunteur reste parfaitement libre. Elle n'y voit qu'une convention de la nature de toutes les autres conventions. Hors le cas où l'intérêt est du
saifô contrai préalable, et où, par conséquent, la loi peut seule le fixer , il ne faut point de loi qui le détermine ; et la raison qu en donne ici M. Say, c'est que dans l'intérêt de l'argent il entre toujours une prime d'assurance contre les risques que court le préteur, risques qui peuvent être très - grands , soit par la nature des spéculations auxquelles l'emprunteur se livre , soit par son défaut de conduite , de bonne foi , ou de talent.
Cette doctrine est spécieuse ; elle a de nombreux partisans. Cependant , pour peu que l'espnt s'y arrête , il est épouvanté des conséquences qui en découlent. Elle ne tend à rien moins qu'èi légitimer l'usure ; et , en effet , dans le système que je combats, le mot usure est à rayer du dictionnaire.
Si donc on admet que , dans l'intérêt , il entre une prime d'assurance contre les risques que court le prêteur , il faut admettre aussi que tout intérêt peut être moral , ce qui est évidemment trèsimmoral, et ce qui, par conséquent, ne saurait être vrai.
L'intérêt le plus élevé que peut payer tout homme qui emprunte, est nécessairement inférieur au profit qu'il fera avec la somme qu'il emprunte : autrement, il ne recevrait aucun dédommagement pour son travail; il ne travaillerait pas. Mais le taux général des profits, comme nous Tayons déjà
vu , n'a aucnne limite fisce. Le taux de Tiiitérét sera donc atisii très * mobile. C'est aux préteun qui he cherchent que l'emploi honnête de leurs fonds y c'est aux emprunteurs qui offirent assez de garantie pour qu'on les leur confie , à débattre et k fixer le taux de Tintërét. Cet intérêt ainsi réglé , je l'appelle l'intérêt naturel. IL peat être de 4 pour cent , de 5, de 6, selon Félévation des profits , et aussi selon Tabondance plus ou moins grande des préteurs comparée avec celle des emprunteurs. Le taux db cet intérêt » quel qu'il soit , ne fkit rièfn à mon raisoniiement II pept baisser ) il peut s'élerer, sans jamais blesser les lois def la murale , parce qu'il est fondé sur un bâiéfice légitime que vous pourriez £sdre vousmême, et dont il est juste que vous obtenia votre part > puisqu'on ne le ferait pas sans vous.
Mais i dès quil devient impossible k l'homme à qui vous prêtée de trouver , dans l'emploi légitime de votre argent , l'intérêt que vous en exigez , la prime d'assurance qui l'élève est évidemment une chose inique.
Elle est inique; car, bien que l'emprunteur ait paru traiter avec vocis de gré à gré» il est sensible que , iîé poWMt fëiiwr de votre argent assez de profits pOâr en payer riâliérêt) il a dA être contraint k le prendre par quelque circonstance dont vous vous êtes fait une arme centime lui. Vous avei
abuse de son malheur ; vous Vwëz tyippnimè. C'est le triomphe du fort sur le faible ; c'est ce qu'il y a de plus odîeuJt au tàimàè.
Sans doute il est trid que Ûéxèb U^us les prêts» le taux de Fi&tërét 6M lé tëéukat duuè cettveU'* tien souscrite eotre deux personnes dont Funie a'est pas plus forcée , pair la loi > de pl'éter que l'autre d'emprunter ; fiôiais dette coht^ention ii'eh est pas pliia libre pour ^ta. Qilàhd , sbr uh giraùd chemin, je {etie Éka bourse S ûtn heftàrtiè qui me la d&msjiâë efii aie ffiOti«#ânt son estoc^ette , dépend - il de moi de la lui refoàet ? El ^ni he voit que là poéitioii de tovit hoftiâie qui pi^éte,
lui donne , sur èélui qui «mptliiltë, un dscébddnt auquel le'^besoin d'àtgèM, le plti» iihpi^Heiïi fy tous parce qâ'll lé» êkMpMIld tbûsi t^e kfisse aucun moyèti à§ se séUâti^i'ë*
La ptiÉÈie d'aftm'ancé n'^t pas senlémëxit i»te chose inique ; elle est suttout une chose âfbsiH^; EUe fôt iÂ)9iil«de , càf^ elle n'assute rien ; et t'é^t ki le tice i^Àcficai âà i^i)iënÉiattent que je eoiÈLbats , ce qâi i^éndriâ , f e Tespè^ë , U r^tàtroki èàns
L'inléÉét àë 1 a^gèM étant eâèseÀf '^létnenC ttùe délé^lidn snr le pt^efifr qu'en p«ri(t fak'e IbyàlMiléAf avec dé Tatgent , à^^si tite cobsé^ètice' indienpensd^le qde ftffttaiè^ f intérêt né petit extediet ce profit
De-là même en découle une autre qae voici : c'est que , dans le taux de Tintérêt , il ne peut jamais y avoir de prime d'assurance. Il ne peut y en avoir , parce Tintérét est limite par le taux
des profits, tandis que Tassurance est , de sa nature, illimitable.
Quelle assurance pouvez- vous trouver dans un intérêt élevé contre un homme qui aurait besoin de garantie? Qu'est-ce que l'intérêt peut garantir? Serez-vous certain de le toucher une seule année? et, s'il y a des chances pour que vous ne le touchiez que cette seule année , vous Téleverez donc au niveau du capital ; il sera donc de cent pour cent ? Je n'hésite point à le répéter : cela est révoltant ; cela est absurde. *
Non , il n'y a point de prime d'assurance dans l'intérêt. Tout honune qui prête s'expose à des inconvénients sans doute; et quels genres de placements en sont par£ûtement exempts ? Cent mille francs employés à l'achat d'une terre rapportent 3ooo francs de revenu. Vous en aurez le double en prêtant. Cette différence rachète bien des désavantages , et les rachète justement, c'est-à-dire , sans léser personne , puisque celui à qui vous prêtez, peut, nonobstant le revenu annuel qu'il vous paye , s'en créer un k lui-même. Ainsi , dans le calcul du taux de l'intérêt, vous n'avez jamais a faire entrer, conune élément de hausse
la possibilité de la perte du capital, perte qui ne se présume pas dès qu'on prête , et qui , fûtelle présumable , ne serait susceptible d'aucune compensation. Avez-vous donc des raisons de la eraindre ? ne prêtez pas. Vous traiterez ainsi votre frère avec charité ; car la main que vous lui tendriez serait une main perfide , et votre prime d'assurance le précipiterait au fond de Fabyme dont il aurait peut-être réussi à se retirer sans votre funeste assistance.
C'est parce qu il y a des hommes qui spéculent ainsi sur le malheur , que , dans presque tous les pajs, la loi civile règle le taux de l'intérêt. Ces lois ont toujours eu le défaut de ne pas assez se plier aux tévolutions du commerce. Aujourd'hui que dans la plupart des Etats de l'Europe il y a une dette publique , ces lois-là seraient trèsfaciles à faire. Il suffirait de statuer, une fois pour toutes , que le taux de l'intérêt, dans les emprunts entre particuliers, se réglera chaque mois sur le cours moyen des effets publics, c'est-à-dire , ne pourra jamais le dépasser ; et l'on éviterait ainsi un grand scandale , celui de voir les gouvernements emprunter à huit et dix pour cent au moment où ils poursuivent devant les tribunaux les particuliers qui ont prêté à sept. Il est d'ailleurs évident que , si , par des raisons quelconques , le prix des terres baisse , et que je puisse me faire
i3o LIVRE IL
cipq pour CQnt de revenu , eq achetant un domaine, la loi qui &xe riqtërét ^u même taux, n'a plus d'application. Il faut donc lui en substîtiier une qui relève , ou s'attendre h la voir violer. Çest, au reste , ce qui arrivera de cdle-pi , comme de l'autre , si les mauvaises doctrines , d'accopd avec les mauvaises mœur^ , ep favorisent Tinfraotioa. Alors il n'y pas de fraudes ^uxqp elles le prêt à intérêt ne donne lieu , et la loi qui le soumet à des règles , n'est plus qu'une cause de eopruption ajoutée à toutes celles qui e^t^isteift dë[kt
Les Anciens étaient sans pitié. On sait avec quelle dureté les lois romaines traitaient les débiteurs. Là, on prêtait à l'intérêt Iç plus haut, puis on réduisait k l'esclavage ceux qifi ne remboursaient pas. La prison et l'e^avage servaient donc ici de prime d'assurance , et encore n^assu-^ raient-ils rien non plus , si ce n'est la possâhiiité d'une vengeance a laquelle on ne met^it alors que trop de prix» La morale du cluîstianisme est venue épurer nos sentiments ; elle a aussi rectifié nos idées : on Im doit d'avoir enfin su démêler ce que, dans le loyer de l'argent, il y a de juste et d'ii^juste. Ce d^art p'était pas aussi facile à faire qu'iU peut le paraître aujourd'hui ; et l'Eglise , témoin des maux sans nombre que causait le prêt à intérêt , inclina lojpg-temps k le proscrire. Il faut prendre garde qu'il y avait
DE L'AUGE NT. i8i
ici deux ëcneils à éviter. L'Egtisé, fidèle à sa noble ixisdtcition> courût au phtè pfedsë : elle dautva la nsorale. Ce triônàpbè obtenu , éUe etaùiinaf , à loisir , si )e l&fét de Tàv^t ft'élail fus tout à k fbi furtê et Mile. Aloti9 tfàcftiit lé nttOt ilïCé^ét, oa pitftôl h tâ^îtablè ÀOftfè|)^n deâttr la^^Ie on le doit pi*€WÀe. Ajtfsi Fintérét et Ttidure sont âétet]^ dèujf cfhoséfi^ tï'èsMiisânéf éi , et, tes confoudre àufourd^hui, c*éift Mre /éti^ogradief la morale aui&i biéii c{«te la scnèh^t^ àé^ l*àdrMmstrà1!}ôi!i.
tFés^i^^ <fes^ dA:isi6Xis dtf gK^hd Stotiédrin de 1807 les paroles suivantes : « Le grand^ SaAhedrin* » voulant-' dis^per Veweur qui- attribue aux pré* D teurs la.vfabultë de faire TusuYel... cKâcidé qyùe ^ » même à Tégard des nations étrangères , Técri- » ture sainte, en permettant de prendre d'elles un » intérêt, n entend point pcurîer d un profit excessif
» ET RUINEUX POUR CELUI QUI LE PAYE^ CtC. » Il CSt
triste de devoir citer les juifs comme autorité morale contre l^isure. A quoi nous a rédmts Téco- Qomie politique !
Je dois prévenir que les écrivaipis de Técole de Smith ont été beaucoup plus loin que lem: maître en ce qui concerne la théorie morale du prêt à' intérêt. Smith dit simplement ( livre 2 , diap. 4 ) que , dans les pays où la loi prohibe l'intérêt de l'argent, on ne prête pas moins pour cela, et qu'on prêle alors à un prix plus élevée le- débiteur se trou-
i8a LIVRE IL
vaut forcée pour, ainsi dire , (T assurer son créancier contre les peines de T usure. Il y a loin de-là à la prime d'assurance devenue , sous la plume de M. Say , Tun des éléments constants et obliges du taux de Tintérét. Du reste, Smith parle des maux que l'usure produit y ce qui annonce assez qu'il ne la confond pas avec Tintérét ; il est donc permis de penser que , quoique Smith eût voulu plus de fiexi^ bilité dans les lois qui règlent l'intérêt , il n'aurait pas adopté cette conclusion de M. Say : Les lois de ce genre sont si mauvaises qu^il est heureux qu'on les viole (i).
(0 3.''"= édit,, t. II, p. lai. ^4."»» édit, t,H, p. i4i
ri
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